‹ Innocent XIChapitre 228 sur 430 · CONSIDERATIONS SUR LE PROJET DE LIGUE · texte numérisé non relu

CONSIDERATIONS SUR LE PROJET DE LIGUE

dans la première il expose les motifs d'après lesquels on doit juger s'il faut conseiller de reprendre Camenitz ou de signer la ligue avec l'empereur. La reprise de la ville est œuvre très-belle mais difficile, qu'elle se fasse avec ou sans la décision de la Diète, car on manque de soldats, (i) Il devrait y en avoir 16,000 mais en réalité ils sont moins nombreux : il y a beaucoup de places à garder, bon nombre, par fraude, déserte l'armée et pour mettre ces soldats au devoir et les faire marcher il faut un ordre de la République et de l'argent ; or, on ne peut pas en em-prunter, soit par le manque de crédit public, soit par la crainte des jalousies qui s'éveilleraient contre le roi. Il y a le précédent de Vladislas IV qui, ayant tout préparé contre les Turcs, dut tout abandonner la Diète n'ayant pas consenti ; la noblesse polonaise est trop jalouse de sa liberté. On prévoit que la Diète ne consentira pas à entrer en guerre contre les Turcs sans une ligue, car la Pologne seule ne peut rien faire. En tout cas elle doit bien se prémunir à temps, autrement elle attirerait contre elle les Ottommans qui déjà sont en mouvement. « Parlant de la ligue, conclut-il, je crois qu'il faut d'abord bien connaître les intentions des deux parties, car si les impériaux ne veulent que la seule défensive et si on ne'la conseille que pour montrer le zèle et le salut de la chrétienté, je croirais inutile d'en parler, avec l'expérience du passé ; le roi, en homme sage, la voulait, mais les Polonais l'ont refusée lorsque le mouvement des Turcs était incertain ; maintenant que celui-ci est positif ils voient qu'il faut secourir l'empereur. Or, quoique la défensive soit le meilleur moyen pour empêcher la perte de la Hongrie, je ne sais pas si le roi la voudra à présent. L'empereur, voyant qu'il ne peut pas éviter la guerre devrait penser à la défensive et à l'offensive

(i) Mais, le 7 novembre, Cybo répète que la citadelle ayant été considérée comme l'unique muraille contre les Turcs, il est bien plus désirable qu'elle soit reprise car ainsi on serait délivré du danger des barbares, et le royaume aurait sa liberté. «N. S. sera bien content si V. S. travaille afin que cette œuvre ait son effet ».

Innocent XI — III 37

combinées ; ainsi le roi insiste à présent pour l'offensive, qui pourrait être utile aussi à la Pologne et S. M. la reconnaît même plus nécessaire, car récupérant avec celle-ci Camenitz qui est le véritable but de la Pologne, le royaume serait bien vite délivré de toute anxiété, tandis que, avec la seule défensive, l'affaire serait longue, dispendieuse par l'obligation de rester armé. Cette nation, par son naturel, est plutôt inclinée à risquer le tout pour le tout d'un seul coup, que de vivre dans une inaction coûteuse qui ne la garantit pas contre les troubles et les craintes. Donc, si les Allemands acceptent les deux ligues : la défensive et l'offensive, on pourra en parler avec profit. Il peut surgir toutefois de nouvelles difficultés, ainsi il y a des gens qui disent que les précédents de la Hongrie ne permettent pas d'espérer beaucoup de l'union avec César, car les jalousies de la France en Allemagne l'obligeront à tenir une armée vers le Rhin ; il ne pourrait, par conséquent, lutter efficacement contre les Turcs, et le danger pour la Pologne serait aussi grand si elle devait agir avec un prince puissant, engagé ailleurs, que si elle devait lutter seule. Je me borne à parler dans le but précis de démontrer qu'il est nécessaire de se préparer, afin de. ne pas tomber entre les mains de l'ennemi, car la perte de la Hongrie entraînerait celle de la Pologne, bien que toutefois on ne sache pas à quoi s'en tenir sur les intentions des Turcs. J'attends les ordres de V. Em. (i) ». Dans la seconde, il ajoute que, voyant que les Turcs donnent ce qu'ils occupent en Hongrie à Tokoli

— car le pacha de Bude refusant à Cassovie les actes d'obéissance, il a renvoyé tout à Tokoli, qu'on disait le seul maître

— le roi refnarque leur astuce, car ils font croire qu'ils ne

(i) A la même date il écrit :

Ricevo hora lettera di Constantinopoli dal Conte Caprara in data 22 Agosto nella qualc dice cosi :

lo mi trovo quà per dover andare ad Adrianopoli et seguitar la Corte e quelle che debba essere non lo sô, ma sô certo che qualche gu'erra sarà, c noi ce ne burliamo, c ce ne accorgeremo. lo sono qui dopo sette mesi senza lettere e senza alcuna assistenza e senza far cosa alcuna e perô da mè non dipenderà il maie ô il bene.

Page 1