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SITUATION CRITIQUE A VIENNE

Le 9 août, Bonvisi mande : « les affaires de Vienne vont au précipice ; tous les conseils n'ont plus de valeur auprès de l'empereur : on perd les églises et toute la Hongrie, les Turcs ayant décidé de la laisser à Tokoli ; les révoltés gagnent chaque jour davantage, et principalement Fileth d'où il est facile de se rendre maître des mines. J'ai toujours répété que les forteresses se trouvaient dans un état déplorable, mais on me répondait que ce n'était pas le moment d'en parler ; et à présent on a honte des réponses de jadis » (i).

Le 29, Cybo écrit : « quoique à Vienne on prévoit bien proches et graves les pertes en Hongrie par le grand nombre des rebelles et parles désordres parmi les troupes mal payées, il ne faut pas se lasser de pousser la Cour à user de clémence. Il est probable que les ministres aient honte de parler à V. Em., car elle a prévu ces désordres sollicitant à temps les remèdes, insinuant les moyens- d'y pourvoir sans trop charger les peuples ; de manière qu'actuellement, se souvenant des réponses peu prudentes qu'ils ont données ,à V. Em., ils ne souffriront pas volontiers qu'on leur reproche tant les troubles. Dieu veuille que ces désordres ne nuisent pas à la chrétienté » (2).

(i) Le même jour, il annonce que la citadelle de Cassovie fut occupée par Tokoli par la trahison d'un officier allemand ; il avait été fait prisonnier par les révoltés et, feignant de s'être enfui, il se présenta devant la citadelle, dont les soldats lui ouvrirent les portes et ainsi s'y introduisirent les révoltés qui miraient l'officier ; il a tenté ensuite la même manœuvre pour la ville mais il a été mis en prison. Un autre Avis disait que les fortifications de Cassovie étaient de terre, avec peu de monde, car une grande partie des soldats dormait en ville.

{2) Le 13 septembre, Bonvisi annonce qu'on voit que Fileth est perdu car il n'y a pas de forces suffisantes pour sa défense. Caprara dit que les troupes réunies à celles de Strasoldo sont 11,000 hommes, mais les Turcs se trouvent bien plus nombreux, et on a dû laisser des impérieux dans différentes localités, sur la demande des populations pour leur défense... Il y a qui accuse Caprara d'irrésolution et qu'il y avait plus de 16,000 h... Il y a un avis qui dit que tout le monde désire la paix avec la France pour sauver la Hongrie. »

598 , l'attente de l'empereur.

Le 20 septembre, (i) Bonvisi'informe : .

Vedrà V. E. dal foglietto il deplorabile stato délie cose d'Ungaria, con probabilità, che siano per andare sempre peggio per la confusione di questa Corte, che ogni giorno si accresce, essendo sostenuti i due presidenti dal partito più forte, col quale camina unito il Sig'" Ambasciator di Spagna. Il Présidente délia Caméra si scusa con le spese straordinarie che se li addossano, havendo detto che oltre la grande spesa per la venuta del Sig^" Duca di Neuburgo, e per il suo suntuoso alloggio, li bisognerà metter fuori 50,000 tal. per il suo ritorno, e per i regali, che devono farseli, oltre quello, che si è speso, e si spenderà per la Regina, con essersi di più S. M. gravato di un numéro di soldati, che non si possono mantenere dà i suoi stati, e quei ministri, che avvertivano i disordini, che sarebbero nati per le soldatesche non pagate, venivano dà gl'altri lacerati come traditori, e pur si vede, che gl'Alemanni non pagati da tanti mesi in quà, rendono le fortezze senza contrasto, e pigliano partito sotto i ribelli, e l'istesso segue de gl'Ussari destinati per la guardia de' confini ; si chè è irreparabile la perdita di 13 Comitati dell' Ungaria superiore, restando solo di là dal Tibisco Zatmar, et Ecciet mal proveduti, e mal pagati i presidij, senza che ci sia più modo da mandarli soccorsi. 11 Présidente délia Caméra hà qualche scusa per le ragioni allegate di sopra ; ma quello di Guerra è totalmente inescusabile, perché con haver levata la gente, che serviva per i presidij, gl'hàtalmente debilitati, che cadde Cassovia con poca difesa, et hà portato in conseguenza tutto il rimanente. E con haver fatto allogiare i reggimenti in parti tanto lontane,non si è potuto metter insieme tanta gente dà tentar il soccorso di Filek, et il Présidente di Guerra sosteneva ch'il General Caprara haveva 16,000 huo. et egli hà mandato le liste sottoscritte dà tutti i colonnelli ; dalle quali costa, che prima délia resa di quella piazza, non haveva che 10,500 huomini, de quali 300 erano ammalati, e 400 erano smontati, et incapaci di far servizio, e se con si poca gente si fosse cimentato, et havesse perduta la battaglia, metteva in pericolo l'istessa Vienna. Sono perô infinité le mormorazioni contro il Présidente di Guerra, et alcuni

(i) Le 13, il avait annoncé que venaient d'arriver les jésuites expulsés de Cassovie, dépouillés de tout, et leur église a été livrée aux pyedicanti ; on a laissé seulement les franciscains et un autre couvent. Le chapitre de la cathédrale de Strygonie, résidant à Tirruaria, avait emporté le meilleur qu'on avait à Possonio et mis dans la sacristie, mais les voleurs entrèrent par une fenêtre et tout fut perdu.

PLAINTES DE BONVISI. 599

lo tacciano non solo di inesperienza, ma ancora d'infedeltà, délia quale non credo che si deva sospettare, ma l'inesperienza è chiara. V. E. sa quanto ho detto, e quant' ho fatto, acciôchè si rimediasse in tempo, e sono stato lodato dà tutti, dà nessuno ascoltato. Et hora ben mi accorgo, che si vergognano di parlare con mè, e nutriscono i contrasti contro di mè, per tenermi lontano, e per serrarmi la bocca, e parlando mi renderei odioso. Tuttavia domani presentero il Brève, e la lettera di V. E., e se S. M. mi darà adito di parlare lo farô con il mio solito zelo respettoso. Sperano gl'autori di tanti mali di Haver la pace con la concessione al Tekeli delli 13 Comitati, ma è periçoloso, ch' egli reso altero dalla propria fortuna, e dai disordini nostri, pretenda ancora le città montane con le minière, e perô sono necessarie l'orazioni di N. S^*^ per implorare l'assistenza Divina, mancando totalmente l'humana. Le 4 octobre, Bonvisi informe que Mgr de Vienne et Hocher tiennent de longues conférences pour les préparatifs à reprendre Cassovie. On espère que par l'arrivée des galions en Espagne on pourra recevoir 500,000 écus et faire face aux pertes des mines occupées par Tokoli... Caprara cependant écrit que celui-ci a pris le titre de prince de Hongrie et signe avec cette qualité, tout en donnant des espérances pour un accommodement... On continue le procès du français arrêté et de la femme qui demeurait chez le comte de Konisegg, comme espion des insurgés. Il y a à Vienne qui dit avoir vu des monnayes frappées par Tokoli comme duc de Hongrie ; toutefois il laisse toujours espérer de s'arranger (i).

(i) Le îi, il envoie copie de la déclaration de la France à Francfort (a), et craint que celle-ci ait à faire consentir aux négociations de paix avec les Turcs et les révoltés, même à des conditions plus mauvaises ; car si on abandonne les princes allemands ceux-ci s'arrangeront comme ils pourront avec la France, s'éloignant ainsi de l'empereur; il faut donc conclure une paix honnête avec la France et avoir ainsi le concours des princes contre les Turcs. La France avait déclaré qu'elle attendrait le mois de novembre et que si, à cette époque, on ne lui accordait pas de garder ce qu'elle a occupé, elle continuerait à réunir le reste de ce qu'elle prétend.

(a) Propositions du Roy faites par les Sieurs De St Romain et De Harlay, ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires de France aux Conférences de Francfort.

Que sa Majesté ne veut rien obmettre pour témoigner a l'Empereur et

6oo l'attente de l'empereur.

Le i8, Bonvisi informe qu'il a été nécessaire de conclure un armistice avec Tokoli à la condition qu'il se retirât des

aux Recteurs, Princes et Estats de l'Empire, le désir qu'EUe a de conserver la paix et d'entretenir avec eux une parfaite correspondence.

Que c'est dans cette veiie, qu'EUe a bien voulu suspendre, depuis le départ de ses ambassadeurs toutes les reunions, qu'EUe estoit en droit de faire en conséquence des Traittés de Munster et Nimegue.

Qu'encor qu'il luy soit assés facil de faire voir la Justice de ses pretensions, sur beaucoup d'autres lieux et paijs, que luij doivent appartenir, tant en vertu des dits traittés que de tout ce que s'est passé sur ce suiet dans les conférences de Nimegue, neantmoins Elle veut bien les borner par un accommodement, qui ne laisse plus aucun suiet de défiance de part n'ij d'autre n'y aucune interprétation doubteuse aux traittés, qui en sont le principal fondement.

Que pour cet effect, sa Majesté consent de réduire toutes cespretensions, pour le bien de la paix a Strasbourg et aux lieux et paijs, dont Elle s'est mis en possession, avant le départ des dits ambassadeurs pour Francfort.

En conséquence de quoij Elle veut bien qui soit fait des a présent une reconnoissance et déclaration entre ses ambassadeurs a ceux de l'Empereur et de l'Empire, de touts les lieux et paijs qui doivent servir des limites entre la France et le dite Empire. A que quelques tittres, qui puissent estre recouvrées al advenir de part et d'autre pour ou contre droits de Sa Maiesté, ils ne puissent apporter aucun changement a la position des bornes et limites, qui aura esté fait ainsi, qu'EUe est proposée, sur le pied de la possession prise par sa Majesté avant le départ de ses Ambassadeurs et de la soubmission de Strasbourg arrivée depuis.

Et pour plus grande preuve de la sincérité des intentions de sa Majesté, et faire d'autant mieux voir a tout l'Empire combien Elle est éloigné de vouloir iamais faire aucune conqueste au de la du Rhin, Elle veut bien consentir en cas que l'Empereur et l'Empire le désirent pour leur sécureté, que toutes les fortifications de la Ville, Château et fortes de Fribourg, quoij que les depences excessives que sa Majesté ij a tait, aijant rendu cette place la plus imprenable de toutes celles, qui sont dans ses dependences soient^ neantmoins entièrement démolies, et que la Ville soit rendu a l'Empereur pourveu que sa Majesté Imp^e fasse pareillement raser les fortifications de Philipsbourg, et que ce lieu et ce qui en dépend soit rendu al Evesque de Spire.

Si ces offres sont présentement acceptées, elles rétabliront une perfaite tranquillité dans l'Empire et la conserveront pour toujour comme sa Majesté le souhaitte et sans laisser aucun lieu de craindre, qu'elle puiss estre iamais troblée — Estoit signé : St Romain, de Harlaij.

LA FRANCE A LA CONFÉRENCE DE FRANCFORT. 6oi

villes qu'il avait occupées, et de quitter les mines sans les gâter... On a écrit de Paris que le roi, par réciprocité, car on dit que le français arrêté ici éiait un domestique de l'envoyé de France, a fait renfermer dans la Bastille le secrétaire de Mansfeld.

Le même jour, Bonvisi annonce que le comte Martinitz, (i) neveu du burgrave de Bohème, partira sous peu vers Rome et les villes italiennes pour obtenir des secours contre les Turcs et les révoltés... En attendant, Tokoli a demandé les passeports pour les députés qui viendraient à Vienne traiter avec l'empereur, suspendant les hostilités (2).

Le 24, Cybo l'informe que le nonce en Pologne a signalé la bonne disposition du roi pour la guerre, et aussi de celle des partis pour la ligue avec César ; les conditions générales du royaume paraissent changées mais il peut se faire qu'il y ait de plus hauts mystères. Toutefois, le rôle du pape et des ministres apostoliques est de ne pas laisser toute occasion de promouvoir de pareils traités tendant à la sûreté delà chrétienté. V. Em. agira auprès de César comme Pallavicini tâche auprès du roi ; toutefois on ne comprend pas comment on fait des promesses sans avoir entendu l'opinion de la Diète (3).

Le 25, Bonvisi annonce avoir parlé à Mgr de Vienne tou-

(i) Le 3, il avait annoncé qu'il a donné une lettre de recommandation au comte Martinitz neveu du grand et puissant Martinitz qui, avec la perte de sa vie, sauva la religion catholique en Bohème.

(2) Et, le 25, il ajoute que les députés sont déjà arrivés ; que Tokoli offre sa médiation avec les Turcs et cela semble bien téméraire ; il ne prétendrait rien sinon ce que les Turcs lui obtiendraient. On croit qu'ils demanderont pour la Hongrie inférieure et pour eux-mêmes une reconnaissance du royaume avec probabilité de prétention au tribut.

(3) Et, le 5 décembre, il ajoute : « tout ce que V. Em. de concert avec Pallavicini fera pour promouvoir la ligue entre l'empereur et le roi, sera au plus haut degré apprécié par le pape, qui a tellement à cœur le sort des deux Etats et la conclusion du traité.

6o2 l'attente de l'empereur.

chant les dîmes dans les possessions espagnoles d'Italie, et qu'il s'est convaincu que tout cela vient de la dureté des Espagnols, qui devaient au moins récompenser l'empereur ; mais ils sont sans argent, le roi ayant perdu celui qu'il attendait avec les galions qui ont fait naufrage. Toutefois, l'évêque ajouta qu'il serait bon que S. B. répétât les ordres afin que tout l'odieux du refus pèse sur les Espagnols, (i) « Je ne me suis pas montré curieux, ajoute Bonvisi, de connaître le texte des instructions qu'on prépare pour envoyer en Italie, et par des discours des ministres j'ai appris qu'on demandera à S. S. tout le possible qu'elle pourra accorder, et peut-être l'argent du sel de Bohème dont on a parlé et quelque autre impôt extraordinaire sur les riches abbayes de ce pays, afin qu'en outre de ce que donnent leurs membres on fixe le donatif volontaire de un pour cent sur toutes les terres, voyant inévitable la guerre avec les Turcs. Je n'ai pas de paroles pour expliquer à V. Em. combien l'argent manque ; tant de monde qu'on réunit devient impuissant alors qu'il serait nécessaire d'en augmenter le nombre pour ne pas tout perdre dans les grands dangers où on se trouve, si on ne trouve pas quelque remède, comme celui d'obtenir de la France la promesse précise de ne pas troubler la chrétienté ». Et, le i^r novembre, il ajoute : la situation en Hongrie est bien déplorable ; tout précipite par la négligence de quelques-uns ; à présent on ne pourrait pas y remédier avec une armée insuffisante ; sans voitures et fourrages pour aller à Cassovie qui protège les ruines. Tokoli, très anxieux par l'accord qui l'établit dans les conquêtes, avait offert de quitter les mines, mais à présent il en refuse la restitution disant que les Turcs le lui ont défendu et que si on tente de les lui prendre par la force il gâtera tout. Il faut ainsi rester oisifs. L'empereur est bien perplexe même à l'égard des demandes de la France. Malgré cela les négociations avec Tokoli continuent : il a promis de donner sur le produit des mines, 2000 uiigheri par

(i) Le 14 novembre, Cybo approuve qu'il ait dit à l'évêque que l'Espagne a toujours refusé l'exaction des dîmes.

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