PRÉVISIONS DE GUERRE
que les Turcs feront la î^uerre, quoique les députés de Tokoli promettent la paix sous trois conditions : confirmation du diplôme dans toutes les parties ; cession à Tokoli de quelques comtés ; le déboursement annuel de 60,000 thalers aux Turcs, laissant à ceux-ci la contribution de certains villages, afin qu'on ne le considère pas comme un tribut... On a écrit à Constantinople que l'armistice a été nécessaire parce qu'il n'y a pas moyen de se défendre. Et, le même jour, il ajoute que l'armistice a été conclu et on doit le dénoncer quatre semaines d'avance. Et, le 6 décembre, il informe : « qu'ayant demandé à S. M. si elle partait pour Rativsbonne, elle lui répondit que, pour décider, elle attendait une réponse ayant voulu d'abord tâter le terrain. Alors j'ai observé que je désirais le savoir afin de demander des instructions (i) à Rome, ne voulant pas qu'il arrive de questions au sujet des visites comme au temps du cardinal Caraffa. Mgr de Vienne m'a dit après qu'il déconseille ce voyage, car si l'empereur s'absentait on ne ferait plus rien » (2). Le 20, il mande : « Le nonce à Varsovie, sur la prière du roi, m'a écrit afin que j'insiste auprès de
(i) Le 10 janvier 1683, Cybo lui répond de ne pouvoir rien dire sinon qu'il doit tâcher de savoir de S. M. ou de l'évêcjue de Vienne ou par d'autre manière si l'empereur désire réellement être servi par S. Em., le pape ne croyant pas devoir l'exempter de ce dérangement si S. M. le désire.
(2) Et, le 13, il ajoute : « l'autre soir ayant représenté à Monseigneur la grande douleur du pape pour les circonstances de la Hongrie, et les prières qu'il adressait à Dieu pour la conservation du royaume, et que V. Em. aurait facilité les démarches de Martmitz, l'évêque m'a dit que deviennent plus clairs les projets des Turcs ; qu'ici on faisait le possible pour le recrutement des régiments, qu'on en avait créé de nouveaux afin d'arriver à 80,000 hommes pour les besoins de l'empire ; mais que tout procédait avec lenteur par manque d'argent; que l'exaction du centième était bien longue, et on pensait à un emprunt mais le monde était méfiant et avait peur des barbares. Il priait aussi S. S. d'obtenir que l'archevêque de Prague remette l'argent qui se trouve dans la caisse du sel et réservé pour la nouvelle fondation, et dont l'empereur payera l'intérêt. J'ai promis d'écrire ; et je le fais connaissant l'extrême besoin, quoiqu'on dise'que le Sultan ne veut pas la guerre, mais le gr. vizir l'y pousse faisant valoir les acquisitions... Du reste, il y a quatre ans, pour la ligue offensive avec la Pologne on a offert l'argent de la Bohême ».
6o6 l'attente de l'empereur.
l'empereur pour qu'il veuille se valoir du roi dans la médiation avec Tokoli (i). J'ai déjà fait quelques démarches auprès de S. M., l'engageant à voir si eile peut contenter le roi, — qui certainement a écrit sur conseil de Tokoli — et d'envoyer un ambassadeur en Pologne pour raffermir les bonnes intentions du roi, car, sans l'union des deux Couronnes, ses choses sont dans une bien mauvaise situation ; il s'agit d'aller à Ratisbonne et de démolir les faubourgs de Vienne, ce projet a attristé tout le monde et plusieurs ont fui de la ville ; l'empereur est très-acablé parce que les préparatifs des Turcs sont grands et on manque de tout. Il y a qui dit que César doit laisser les affaires de l'Allemagne et penser aux siennes, rappeler les soldats qu'il tient dans l'empire; mais il craint que des princes aillent avec la France et qu'on proclame le dauphin roi des Romains (2) ; toutefois il est certain que sans
(i) Le 9 janvier 1683, Cybo lui répond :
Viene approvata da N. Sre la parte, che hà fatta V.E. per indurre l'Impie à prevalersi dell' interpositione offerta dal Rè di Polonia col Techely, mentre qucsta potrà ô produrre qualche aggiustamentn, che trattenga l'inondazione dell' armi del Turco, imminente all'Ungheria, et alla Germania, ô stringere frà l'Impre et il medesimo Rè una corrispondenza sincera, e necessaria alla sicurrezza publica. Si persuade bene S. S^à, che la prudenza di V. E. nel far simil parte haverà usata, et usera la conveniente circospezione per sfuggire ogn' apparenza di dar mano alla concordia con uno, che in essa prétende cose preginditiali, e contrarie alla Religione.
Per sovvenire frà tanto agi' urgenti bisogni dell' Ungheria, si tenne ieri d'ordine di N. S^e una Congregatione di Cardinali ; la risoluzione délia quale riferita già da me à S. Stà, sarà a suo tempo significata a V. Em.
(2) La France avait communiqué à la Diète de l'empire :
Le Roy n'aijant rien de plus à cœur, qu'une bonne intelligence entre sa Mtè, et l'Empire, et voulant aussi donner aux Electeurs, et autres Princes, et Estats, qui ont fait paroitre leurs bonnes intentions des marques de la condition, que Sa M'ê a pour les instances, qui luy ont esté faites de leur part, pour la prolongation du temps, qu'ils estiment ancore nécessaire pour terminer amiablement les differens, qui ont fait de puis si long temps le suject de conférences de l'Assemblée de Francfort, Sa Mtè à pour cet effect donné, et donne par ces présentes pleni pouvir, commission et mandem.ent spécial au S"" Comte de Crecy Conseiller en ses Conseils, Secrétaire de son Cabinet, et son Plénipotentiaire a la Diette de l'Empire, d'écouter jusqu'