LA SITUATION EMPIRE
les vétérans toute défense devient impossible et, perdant Vienne, tout serait perdu pour toujours. « J'ose donc suggérer à V. Em. les seuls remèdes : que S. B. assiste vite avec tout ce qu'elle peut, stunulant l'union avec la Pologne et procurant que la France assure la sûreté générale. Je connais les difficultés avec la France, mais malgré tout cela on peut tenter pour sauver la chrétienté. » Le 21, il répond à Pallavicini : ce sont les soupçons qui empêchèrent les ligues entre les chrétiens, et il ne paraît pas qu'en Pologne on les ait perdus ; des Polonais regrettent le nouvel armistice avec Tokoli, comme principe d'assujettissement aux Turcs, mais l'empereur ne pouvait pas agir différemment pour se sauver des ruines et maintenir l'armée (i). Or, Tokoli est trop lié aux Turcs, et si l'accommodement avec lui ne passe pas par les mains du^ roi de Pologne, il n'inspirera aucune confiance. Le comte de Valdstein viendra comme ambassadeur près de la Diète (2). Et, le 27, il ajoute à Cybo, que l'empereur lui a annoncé qu'il avait donné des ordres à Varsovie pour qu'on conclue
au premier février prochain toutes les propositions^ qui luy pourront estre faites pour l'affermissement de la paix tant par les ministres de l'Empereur, que des Electeurs, Princes et Bstats de l'Empire, munis d'une pareil plenipouvir de ieur part, et consequentment arrester, conclure et signer en son nom tels articles, et conventions, que le dit S^ Comte de Crecy avisera bon estre : promettant se dite M^è en foy, et parole de Roy accomplir, etd'esecuter puntuallement, avoir agréable, et tenir ferme àtousjours tout ce, que le dt Sr Comte de Crecy aura promis, et signe en vertu du présent pouvoir sans jamais y contrevenir, ny permettre, qu'il y soit contrevenu pour quelque cause, ou prétexte ; que ce puisse estre. Comme aussyd'en fournir sa ratification dans le temps, qu'il aura esté convenu. En tesmoignage du quoy Sa d^e Mtè à signe les des présentes de sa mains, et ij fait apposer le scel de son secret. Fait à Varsailles le 19e jour de gbre 1682. Louis et, plus bas, Colbert.
(i) Le 13, il annonce qu'il paraît que le centième ne donnera plus que deux millions de florins, et l'empereur en est content pour ne pas faire trop crier les populations.
(2) Dans un avis de Vienne on lit qu'on parle déjà de détruire les faubourgs, mais on veut attendre ; maintenant on fait de grandes provisions de vivres.
6o8 l'attente de l'empereur.
la ligue, acceptant la médiation du roi avec Tokoli, S. M. a écrit au roi et, le lo février, partira l'ambassadeur Valdstein.
Le 2 janvier 1683, Cybo : « approuve Bonvisi d'avoir répondu à Mgr de Vienne qui lui parla de Martinitz au nom de S. M., que je l'aurais aidé, mais je n'ai pu le voir que deux fois, S. S. en ces jours de nombreuses chapelles n'a eu l'opportunité de l'entendre qu'une fois, et n'a pu le loger dans le palais parce que l'appartement est occupé par le vice roi de Naples. Le pape, au sujet de l'argent du sel, a déjà ordonné d'être informé de cette affaire afin de connaître la somme précise dont on peut disposer ; il accorderait aussi l'argent qui se trouve en dépôt pour la commende de Wratislaw, mais veut savoir combien il en reste au cas qu'on ait acheté le château; je prie V. Em. conclut-il, à prendre des renseignements exacts à ces sujets (i) ». Et, le 16, (2) il ajoute : « N.S. a été bien ému en entendant la description que Martinitz lui a faite de la situation désastreuse de la Hongrie, et des conséquences malheureuses qui peuvent en venir à la chrétienté.
(i) Le 10, Bonvisi annonce qu'on a mis en liberté et envoyé à la frontière le français qu'on avait emprisonné ; à présent on attend de voir cfe que fera le très-chrétien à l'égard du secrétaire qui se trouve à la Bastille, car si celui-ci est mis en liberté, le comte Mansfeld retournera à Paris pour présenter les félicitations pour la naissance du fils du dauphin ».
(2) A la même date, il écrit que N. S. a fait aussi des démarches, par un bref, auprès du très-chrétien, et il en parla au duc d'Estrées afin que S. M. veuille secourir la Hongrie, et, en tout cas^ suspendre ses menaces contre l'Allemagne et contre tout autre prince qui voudrait venir en aide. L'ambassadeur a promis d'en référer efficacement à son roi. On n'a pas aussi laissé de représenter au nonce en Pologne l'utilité qu'il y a pour la République de s'allier à César pour la réciproque défense et le card. Barberini a été invité à en écrire au roi. « V. Em. doit insister de même auprès de l'empereur, faisant voir que N. S. ne se lasse pas d'agir soit par les conseils soit effectivement dans une situation aussi grave ».Et,en chiffre, il l'approuve de ce qu'il a fait pour induire l'empereur à la ligue avec la Pologne. « Le pape admet que le roi soit médiateur avec Tokoli ; et V. Em. ne cioit pas abandonner les négociations parce que de celles-ci dépend la surêté de la Hongrie. Le pape en a beaucoup parlé en consistoire et le card. Barberini a. promis d'en écrire au roi ».