LA COURSE DES TAUREAUX
Le 21, Cybo écrit : la course, la chasse des taureaux est un des spectacles du paganisme des plus réprouvés par TertuUien et S*^ Augustin. Le bienheureux Pie les défendit par une bulle, avec des censures ; Grégoire XIII réduisit les censures aux ecclésiastiques et Clément VIII, voyant que l'engouement national l'emportait sur les censures, s'en tint aux réguliers, invoquant des mesures de précaution contre les malheurs. On espérait que la bulle de Clément aurait eu force de loi, mais les malheurs qui eurent lieu dans la dernière course avec un mort et plusieurs blessés, engagent S. S. d'ordonner, comme il résulte du bref ci-joint pour V. S., de s'abstenir d'y paraître ainsi que le cardinal Portocarrero comme ordinaire du diocèse. Toutefois, avant de remettre le bref à S. Em., elle doit tâter le terrain, s'il est favorable à l'idée du pape et, dans le cas affirmatif, le lui donner. V. S. en parlera aux ministres et au confesseur du roi, faisant aussi noter les malheurs qu'a éprouvés la monarchie et le fléau de la peste qui est proche, afin que par le repentir on puisse apaiser Dieu justement irrité par tant de fautes » (i). Le 15 août, Mellini accuse réception des brefs : « un pour Portocarrero et l'autre pour lui touchant il gioco ossia caccia de ton, et il assure qu'il tâchera de s'entendre avec le cardinal selon les intentions de N. S. (2). Le 29, il écrit, qu'avant de remet-
premiers ministres. Et il ajoute que, quant à la somme, il ne paraît pas convenable qu'il en déclare le chiffre, qu'il suffit de dire qu'elle se monte à plusieurs milliers. Toutefois si D. Pietro ou d'autres insistent pour en connaître le montant, il pourra le dire comme si cela lui échappait par hasard.
(i) Le 20 juin, Mellini mandait qu'un courrier annonce que les Maures ont occupé 4 châteaux de Tanger et qu'on a fait une suspension d'armes de 4 mois... Dimanche ^6,11 y a eu la réunion de Mme Colonna avec le connétable tous les deux habitant la même maison.
(2) Et il ajoute : E non lascerô d'usare ogni effîcacia per conseguire l'intento di N. S^e benchè io stimi che sarà molto difficile, per non dire impossibile. In tanto per quello che tocca à me in ordine all'essere intervenuto à questo giuoco, devo rappresentare à V. E., che sin dal principio tenni qualche scrupolo d'intervenirvi ; m'informai perô se dall' astenermene potesse qui osservarsi alcuna novità. insolita, e se il Rè et i ministri fussero per farvi qualche riparo particolare, et in oltre presi notizia esatta dello
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tre le bref au cardinal, il a voulu parler aux ministres des courses des taureaux et des précautions à prendre pour empêcher des malheurs. « J'ai trouvé, que, à Navarra l'idée ne déplait pas ; je lui ai laissé un écrit à ce sujet, qu'il porta au Conseil d'Etat et il paraît que les conseillers, eux aussi, ont jugé bon de prendre des précautions. Alors, j'en ai parlé à Portocarrero, qui se montra reconnaissant envers le pape, après avoir lu le bref. Nous avons été d'accord d'en parler à Médina, en établissant la conduite à tenir. Notre projet fut réduit à trois points. En premier lieu, S. Em. tâche-
stile tenuto dai SS^"' Nunzij miei predecessori ; et havendo trovato, che qui si sarebbe potuto stimar strana questa mia astinenza, massime che gli altri SSri Nunzij vi erano intervenuti col risguardo del gusto, e del compiacimento di queste MMtà, e d'intervenirvi il S"" Présidente di Castiglia anche quando fusse Cardinale, e Monsr Inquisitore ; mi lasciai persuadere ad assistervi io ancora ; perô assicuro V. E. d'havervi assistito colla persona ma non coll' animo, havendo sempre cercato di divertirlo dalla vista di tal giuoco ô con discorsi da quello totalmente alieni ô con recitare l'offizio quando non stavo con personne di soggezione. Io dunque godo d'haver ricevato dalla somma bcnignità di N. S^e questo divicto, perché con esso potrô esimermi da qualsivoglia obiezionc di novità. Rispondo riverentemente al Brève di S. Stà, come l'E. V. si degnerà vedere dall' annessa lettera, la quale potrà servirsi di porgere alla Stà Sua, ô di ritenerla secondo che stimerà più à proposito, et adattato allô stile. Et à V. E. etc.
Placuit Sanctitati Vestrae per apostolicas litteras die 2i Julii nuper lapsi datas mihi mandare, ut a ludi taurorum conspectu imposterum abstineam.
Hune ego mandatorum Sanctitatis Vestrae honorem amplissimum,summa obsequiorum meorum religione effuse veneratus, brevi hoc pro animi mei reverentia responso, id a Sanctitate Vestra humiliter peto, sibi persuadere velit, me ab huiusmodi ludorum génère, semper aborruisse, atque obedientiam quam de illorum conspectu declinando Sanctitatis Vestrae imperiis debeo at pollico omni prorsus innati mihi ingenii consensu et iucunditate cumulare.
Cetera quae ad hoc argumentum pertinent cum reliquis negociis ad Sanctitatis Vestrae primarium Status administrum scribenda duxi. Et ad Sanctitatis Vestrae Beatissimos Pedes provolutus supremam eius M^iestatem demisissime me recolo ac veneror.
Matriti 15 Augti 1680 Sanctitatis Vestrae.
Humus Dcvotmus et Obcds S^ S. Archieps Cesarien.
DÉFENSE AU CLERGÉ D'y ASSISTER. 73
rait d'obtenir la suppression des courses, mais doutant d'y réussir car c'est un spectacle ancien et cher au peuple, demanderait qu'on entoure la chasse de précautions afin d'empêcher des malheurs ; et à cela on pourrait arriver en liant autour des taureaux des cordes longues dont les bouts seraient tenus par des hommes qui, ainsi, arrêteraient les animaux s'ils voulaient se jeter sur les personnes ; ce système est déjà pratiqué en quelques localités d'Espagne les jours de fête, où on est obligé de tenir les taureaux ; il était aussi en vigueur à Madrid dans les chasses particulières, qui avaient lieu les jours de fête avec des animaux jeunes ; et c'est pour cela que les chasses générales où assistent le roi, les conseillers et la Cour, se célèbrent les jours non fériés pour n'être pas obligé de retenir les taureaux par les cordes ; et S. Em. tentera d'obtenir qu'on les emploie, même dans les chasses générales. En second lieu, le cardinal usera de toute son' autorité sur les ecclésiastiques afin de les empêcher d'y assister, tandis que moi je ferai de même envers les religieux qui sont sous ma juridiction directe. Ainsi nous restâmes d'accord de travailler sur ces trois points. Je me suis rendu ensuite chez Médina et, lui parlant de l'ordre reçu de V. Em., je lui ai répété ses instructions et dit que, si le roi adhérait au désir du pape, il donneiait preuve de sa piété filiale et ferait aussi un acte qui serait agréé de Dieu alors que la monarchie avait tant besoin de se rendre propice la bonté divine, à présent surtout que la peste faisait des ravages en Andalucia... Le duc me répondit qu'il était impossible de supprimer la chasse, mais qu'on fera ce qu'on peut pour empêcher des malheurs, que l'argent que dépensait le roi en cette occasion n'était pas perdu, mais à l'avantage du public car l'argent qu'on recevait de la vente des tribunes était donné à des œuvres pies, aux nonces et aux monastères et, qu'enfin, les malheurs qui arrivaient n'étaient pas bien graves ; on ne comptait qu'un mort sur cent chasses. Quant à l'intervention des ecclésiastiques à la fête, Médina observa que le nonce, les inquisiteurs, le président du Conseil royal, qui est un ecclésiastique, n'y viennent que pour accompagner le roi.
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chose qu'ils font dans les chapelles et en d'autres occasions et, par conséquent, ils ne peuvent pas refuser de paraître. A ce propos, j'ai observé que, pour mon compte, après les ordres du pape, il m'était impossible d'y assister. J'avais résolu d'en parler au président de Castille,mais Portocarrero m'a dit qu'il faut d'abord qu'il lui en parle ; quant au confesseur il n'y aura plus le temps, caria fête est prochaine » (i).
Le i^^ août, Mellini écrit : « D. Melchor vint me porter les billets de réponse aux miens touchant le sel, le vin au S. Collège et les dîmes, mais j'ai vu que tout en est au même point. S. Exe. dit qu'elles a fait son possible ; mais dans les deux conseils on met en évidence les raisons pour ne pas préjuger les droits du roi, on trouve que pour les dîmes l'exequatur est nécessaire et qu'on doit l'avoir à Naples. J'ai su ensuite, en confidence, que les ministres ayant discuté sur les dépêches, du 1661 on a refusé de les prendre en considération, soit comme concédées par pure grâce, soit parce qu'en ce moment on fait établir un état normal, ayant considéré que N. S. veut avec vigueur détruire la régale. Toutefois, mettant en relief l'urgence du moment, j'ai de nouveau insisté pour que le roi
(i) Et, le 12 septembre, il ajoute que Portocarrero prépare l'édit pour l'abstention du clergé séculier aux courses, et ensuite, écrit-il, j'en ferai un pour le régulier. J'ai parlé aussi avec le confesseur et le Président pour l'abolition de la fête ou pour qu'au moins on y prît des précautions. Le second croit que l'abolition est impossible, il promet de faire prendre des précautions ; et touchant la défense d'y assister, il déclara que ses efforts ont été inutiles devant l'opposition du clergé et que le roi même n'a pas voulu s'en occuper, toutefois monseigneur promit à la première occasion de renouveler ses démarches pour plaire à S. S. Le confesseur approuva l'idée des édits, assurant qu'il fera son possible pour les appuyer, mais que déjà une partie du clergé s'abstient, et que peut-être avec le temps ces courses disparaîtront, mais qu'il est impossible de les abolir parce que le peuple les veut, que l'abolition causerait du tumulte. Toutefois, le 7 novembre, il ajoute que la course a été suspendue ; Portocarrero et lui y ont travaillé, mais le Conseil d'Etat s'y opposait et, comme trois membres seulement y sont intervenus, tout a été renvoyé et l'on a suspendu aussi la publication des édits. Mais je doute qu'il en soit de même à l'avenir.