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ORDRE DE MALTE CONTRE LES TURCS

décide ici de son autorité, afin d'ôter tout obstacle à la concession des grâces de la part du pape, comme S. S. l'a déjà déclaré à del Carpio, au sujet des induits pour les missions » (i).

Le 29, Mellini informe que D. Diego de Bracamonte, ambassadeur de Malte, est venu lui dire qu'il avait remis au roi une lettre du Gr. Maître pour l'encourager à satisfaire les désirs de S. S. et s'unir par les armes contre les Turcs, offrant même de servir sous ses ordres comme capitaine ou soldat, et qu'il avait fait parvenir une lettre analogue au très-chrétien ; « je me suis rendu chez Médina pour appuyer la demande du Gr. Maître, faisant aussi voir que les Turcs continuaient leurs préparatifs d'invasion, mais le duc me répondit qu'il avait d'autres nouvelles bien moins menaçantes, mais que du reste le seul moyen de réussir,c'était défaire une ligue entre les princes italiens pour se défendre contre quiconque voudrait troubler la paix ; que, en tout cas, on ferait quelque chose, mais sachant d'abord les noms des princes et le but qu'ils se proposent » (2).

(i) Le 24 novembre, Cybo lui écrit : « V.S. dans les informations touchant le sel, aura trouvé que dans le bref le pape dispense les princes de l'mcompatibilité de garder le royaume deNaples et le duché de Milan, tandis que les rois s'obligent de maintenir les capitulations anciennes et renouvelées entre le duc milanais et le Siège Apostolique. Par conséquent, si le roi refuse de payer les droits, le pape pourrait révoquer la dispense, S, M. ne tenant pas ce qu'il a souscrit ; et on en laisse considérer les conséquences. V. S. opportunément insinuera ces réflexions. » Et, à la même date, il ajoute que les accidents de l'horrible tremblement de terre à Malaga ont donné bien occasion à S. B. de réfléchir que tant de désastres, qui ont frappé en différentes localités la monarchie, tant par les injures des hommes que par les éléments, sont des indices de la colère de Dieu pour tant d'offenses à S. M. divine; parmi lesquelles une des principales est le Quartier, nid et asile de mauvais sujets et de criminels de toute espèce. V, S. parlera de tout cela au P. Confesseur et au nom de S. S., elle le priera de représenter au roi tout ce désordre ».

(2) Le même jour, il transmet un avis dans lequel on lit qu'un ressortissant de Valence offrait à des chevaliers de la Cour des titres et des charges à condition de signer l'obligation de payer des somn.es au roi, p. ex. 10,000 doubles. Le gouverneur l'a trouvé déjà en possession de plusieurs obligations, il l'a fait emprisonner et ensuite envoyer en exil à vie.

y6 INNOCENT XI ET L'ESPAGNE.

Le 15 septembre, Cybo engage Mellini à appeler l'attention des ministres sur les déclarations faites au Sénat de Venise par Morosini, qui fut Bailo à Constantinople ; « on y voit que les Turcs ne cachent pas leurs projets d'envahir l'Italie et la Sicile. Et dans ce but ils cherchent chaque jour la place des villes dans les volumes de l'Atlas dont l'ambassadeur de Hollande leur a fait cadeau ; ils marquent les entreprises et les conquêtes. Cette nouvelle unie aux autres impose à la Cour l'obligation de penser sérieusement à la défense sans perdre de temps ; que V. S. agisse fortement car ces messieurs sont habitués à ne se rendre aux conseils que lorsqu'ils ont l'eau jusqu'au cou » (i).

Le 29, Cybo informe Mellini, qu'il y a quelques jours, Carpio demanda une audience extraordinaire, car il n'y en avait pas eu d'ordinaire depuis des semaines à cause des grandes chaleurs. Toute la Cour était dans l'attente et S. Exe. même doutait d'être reçue, tout le monde connaissant ses insolences récentes ; mais S. S. a voulu la concéder eu égard à sa qualité. L'audience a étéjDrève, et N. S., après avoir entendu la narration des affaires que l'ambassadeur devait communiquer, lui demanda s'il n'avait autre chose à dire et, sur sa réponse négative, lui donna sa bénédiction et le congédia. Toutefois,

(i) Et, le 29, il lui annonce que S. S. approuve le contenu du rapport de la nonciature en ce qui touche la daterie et les bénéfices ; on admet aussi qu'on accepte les démissions des bénéfices. « Toutefois, écrit-il, pour ce qui a trait aux facultés particulières dont V. S. écrit avoir reçu la concession par lettre avec la permission d'user de toutes celles mises en pratique par ses prédécesseurs, le pape entend que celles-ci à l'heure actuelle sont périmées, et que, par conséquent, V. S. ne peut se prévaloir que de celles qui sont contenues dans les brefs ». Et, le 8 décembre, il l'assure que le pape est complètement convaincu qu'il emploie tout le zèle pour vérifier la valeur des bénéfices que S. S. lui a donné la faculté de concéder ; mais pour ce qui concerne les autres facultés que V. S. dit avoir eues, par lettre, la concession comme ses prédécesseurs, on trouve nécessaire qu'elle transmette ici copie de cette lettre, spécifiant distinctement les facultés, afin que S. S. les connaissant; puisse bien distinguer ce qui est nécessaire à V. S. pour la délivrer des scrupules dont elle est quelquefois accablée ».

PLAINTES AU vSUJET DE DEL CARPIO. 77

durant la conversation, il lui avait répondu touchant la Croisade, qu'il s'en rapportait à ce qu'il avait dit autrefois : que cette concession avait été faite par ses prédécesseurs pour une courte période et pour des usages bien différents de ceux auxquels on emploie à présent l'argent, et que celui qui veut obtenir des grâces du Siège Apostolique doit d'abord donner des satisfactions de justice. «Il est à croire, conclut-il, que le marquis, peu satisfait de l'audience, écrira bien des faussetés à ce sujet comme à l'ordinaire, afin de semer de nouveau la zizanie. .Et, à la même date, il ajoute : « que depuis quelque temps le bruit court qu'on veut nommer delCarpio vice-roi de Naples. S. S. n'a pas une aussi mauvaise idée de ceux qui gouvernent la monarchie pour croire : que connaissant d'une par£ la turbulence des temps actuels, le besoin de confier les Etats d'Italie à des ministres sages et diligents, et d'autre part ayant touché du doigt ce que fut la conduite de l'ambassadeur et comme il est incapable dans l'art de gouverner, on veuille le choisir pour tout bouleverser. Dans le cas où cela aurait lieu, V. S.IUme fera ses protestations, déclarant avec vigueur qu'à la première insolence contre Rome, il sera excommunié et qu'on pourra même arriver à un Interdit, dont on laisse prévoir les conséquences. Dans ces derniers jours, le nommé Cavicchioni, lieutenant camerale de la Chambre Apostolique, après de longs procès avait obtenu des juges de pouvoir bâtir une maison dans le prétendu Quartier d'Espagne, mais son adversaire a recouru à del Carpio qui a aussitôt obligé Cavicchioni à se désister de l'exécution de son projet et, de cette manière, on a empêché le cours de la justice ». Et, le 27 octobre; Cybo revient sur cet incident et avertit que si Carpio veut écrire la vérité, il doit avouer qu'il a réussi à annuler trois sentences favorables à Cavicchioni et que tout Rome voit la démolition de la maison que selon ces sentences il avait élevée, et cela sous les yeux du pape ; on veut faire croire que Cavicchioni a consenti volontairement à la démolition, mais il faut ajouter qu'il a dû y consentir pour éviter l'accomplissement de menaces bien plus fortes. Du reste, comme Carpio n'écrit que des mensonges et qu'on croit plus à lui qu'au nonce, doré-

yS INNOCENT XI iîT L'eSPAGNE.

navant N. S. ne présentera plus de plaintes contre lui, voyant qu'on n'obtient aucun résultat ; S. S. tâchera elle-même d'en finir avec les désordres comme elle croira selon la justice et sa dii^nité et à cela V. S. peut s'en tenir dans ses conversations». Le 13 octobre, Cybo répond qu'on n'a plus écrit à Bonvisi de presser l'empereur à ordonner à son ambassadeur à Madrid d'insister au sujet des dîmes. Mais pour ce qui touche à l'idée que César puisse abandonner une partie des créances qu'il a envers la Cour, pour une somme équivalente de ce que celleci prétendrait recevoir des dîmes, S. S. ne veut pas s'en occuper (i).

Le 24, Mellini mibrme qu'après l'audience de LL. MM. à l'Escorial, où il s'était rendu pour féliciter la reine de la guérison d'une légère indisposition, il est allé voir Médina et lui déclara que les dernières mesures adoptées par S. M. touchant les différentes demandes du pape, ne pouvaient pas satisfaire N. S. mais plutôt le rendre toujours plus contraire à concéder les grâces que S. M. désire. « Médina, me répondit avec beaucoup de courtoisie et des phrases de grand respect envers S. S.; que le roi fait ce qu'il peut dans les choses qui dépendent de lui ; et les ministres, après tant de preuves de leur dévotion au pape, ne pouvaient pas croire que S. S. traiterait S. M. d'autre manière que les autres rois, en diminuant les prérogatives de la Couronne à propos de l'exequatur •pour les dîmes ; que quant au Quartier le roi avait toujours dit d'être prêt à l'abolir dès que les autres y auraient renoncé, car on ne pouvait pas prétendre que l'Espagne fût la seule à l'abolir; au sujet des excès de del Carpio, peut-être que S. S. se laissait influencer par ceux qui voulaient exagérer, car le marquis écrit de s'être toujours conduit avec le respect dû au pape, mais qu'on agit envers lui avec plus de rigueur qu'envers les autres ; que pour Cusani, on avait fait le possible, le remettant en liberté,uniquement par respect à l'Immunité ecclésias-

(t) Le II, Mellini avait informé Cybo que le comte Orsi, son auditeur, a été frappé d'apoplexie et il demandait des instructions.

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