PROJET DE VOYAGE A RATISBONNE
S. S. se voit fermée la voie à pourvoir à la défense de la cause publique et de Dieu comme elle voudrait, voyant que les forces des princes catholiques sont distraites et le trésor apostolique appauvri. Malgré tout cela, voulant faire les efforts possibles, le pape a ordonné de signifier à V. Em. que : adhérant au désir de S. M , il accorde l'argent du sel qui se trouve entre les mains de l'archevêque de Prague, auquel on écrit de le consigner à l'appel de César ; S. S. veut toutefois que le prélat ait, des ministres, la garantie de la restitution lorsqu'on sera sorti des angoisses actuelles, car cet argent sert à l'établissement des églises ; elle concède aussi ce qui est resté des 40 000 thalers après l'achat de la commende de Wratislaw^, et de cela on a prévenu déjà le nonce à Cologne ; le pape accorde en outre à César les 120.000 flor. polonais de b. m. qui se trouvent entre les mains du nonce en Pologne, envoyés lorsque le roi paraissait vouloir faire la guerre aux Turcs. S. S. donne encore à l'empereur les 112,000 florins pol. dont est débitrice la duchesse de Radziwill pour autant que d'ordre du pape on a prêtés au duc son époux ; et le nonce à Varsovie en a été déjà averti. V. Em. pourra faire ainsi relever combien N. S. s'intéresse à la cause non moins particulière à la trèsauguste Maison, mais aussi à la chrétienté ».
Le 17, Bonvisi informe que S. M. lui a répondu qu'il n'y a encore rien de décidé au sujet du voyage à Ratisbonne ; il est probable qu'il aura lieu parce que les électeurs de Bavière, de Saxe et autres princes ont promis de s'y rendre comme l'électeur de Trêves. On espère ainsi de mieux unir les ligues pour résister aux désunions que menace de faire la France ; on a beaucoup d'espoir de gagner Brandebourg. Mais on fera ces tentatives avec la grande dépense du voyage et l'absence de S. M. sera au préjudice de ces pays (i).
(i) Le même jour, il annonce que Tokoli a ordonné la réunion d'une Diète à Cassovie afin de trouver les moyens d'entraîner les Turcs à la paix, menaçant de ruine ceux qui n'obéiront pas à son appel ; et le même Tokoli ne maintient pas l'armistice, ayant empêché le passage par Landres et autres lieux fortifiés qui restent à l'empereur dans la Hongrie supérieure.
Innocent XI — III 3g .
6io l'attente de l'empereur.
Le 24, Bonvisi transmet à Cybo deux lettres. Par la première il répond, qu'ayant communiqué à l'évêque de Vienne ce qui touche à Martinitz et les secours que se propose de donner le Pape, le prélat s'est beaucoup plaint de Mgr de Prague au sujet de l'impôt de i %, ajoutant que les ministres disent qu'il y a d'autres exemples. « C'est précisément ce que demande S. S., j'ai répondu, car elle est très bien disposée envers S. M. mais ne voudrait pas toutefois créer de nouveaux exemples pour les princes. Je verrai si on indiquera ces précédents. » Dans la seconde, il répète la demande d'instruction pour le cas que S. M. veuille qu'il la suive dans le voyage. « Je prévois que j'aurai bi'en des contrastes avec les princes de l'empire, et l'empereur ne s'en occupera pas comme il n'est pas intervenu dans les questions avec les ducs, ses parents ; le bourgmestre de Ratisbonne est hérétique et ne voudra pas reconnaître le nonce. Mgr de Vienne préfère que je n'aille pas pour tenir vifs les ministres à Vienne ».(i)
Le 30, Cybo informe Lauri à Paris que S. S. considérant les dangers que les Turcs vont produire en Hongrie, a décidé d'écrire un bref au roi très-chrétien afin qu'il veuille secourir ce royaume, car ce serait secourir la chrétienté ; et s'il ne le veut pas avec ses propres armes, qu'au moins il suspende ses controverses avec les Maisons et les provinces des princes chrétiens, qui unis à l'empire pourraient aider César ; car il peut arriver, comme d'autres fois, que les princes qui étaient discords entre eux s'unirent contre les Turcs. Et Cybo l'avertit « que le bref a été remis à l'ambassadeur » (2).
(i) Mais, le même jour, il écrit ; rien n'est décidé pour Ratisbonne quoique Neubourg ait déjà fixé son logement ; on est effrayé de la grande dépense, car le voyage coûtera au moins un million et demi de fl., somme qui serait bien nécessaire pour les armements et le maintien des troupes. Abèle, président de la Chambre, cherche d'être relevé de ses fonctions, épouvanté des grandes dépenses pour la guerre et pour le voyage ; il a obtenu de pouvoir se retirer à la campagne pour se reposer, ayant aussi perdu le sommeil.
(2) Le 29, Lauri avait annoncé qu'il sait que Mansfeld a écrit à Vienne qu'Userait bon que l'empereur demande à N. S. d'écrire un bref à la Diète de Pologne pour la décider en faveur de la ligue ; le comte a écrit dans ce
CONSIDÉRATIONS SUR LA SITUATION. 6ll
Le 31, Bonvisi lui annonce que Hocher et Mgr de Vienne sont malades, mais celui-ci a dit que S. M. désirerait que N. S. écrivît aux princes catholiques et particulièrement à ceux de l'Allemagne de secourir la Hongrie avec des troupes et de l'argent et que les brefs partent de suite (i).
A la même date il écrit à Cybo :
Non ci è altro mezzo d; abbiurare la ribellione d'Uiigheria se non con la mediatione Rè di Polonia, perche il Techelij non si fida délie promesse dell' Imp'"^ e non si staccherà mai dal Turco senza la garantia del Rè di Polonia che l'assicuri dell' essecutione dei trattati, e sarà molto difficile che anche con questa si acquieti ; tuttavia bisognava tentare quest' unico mezzo per divertira una parte délia grande inondatione che sovrasta, perche se il Techelij rimane unito col Turco, puô dal paese, che hà occupato scorrere la Moravia, e la Siletia, e tener' occupato gran parte dell' essercito à difesa di quelle provincie, e restar poi debole quello che si hà da opporre al grosso dei Turchi, bisognando ancora coprire la Stiria, e la Croatia, e molto più Vienna Dopo haver io fatto la prima spianata per detta mediatione non mi sono più ingerito ne lo farô perche adesso si dice che si proporranno dal Techelij articoli pregiuditiali alla Religion Cattolica, come quello délia confermatione del diploma, contro il quale résister felicemente nella Dieta, ma allhora il Techelij non possedeva un palmo di paese, et hora è padrone dituttal'LJngheria superiore, eccettuati tre luoghi che restano bloccati, onde si poteva resistere aile richieste, ma adesso il Techelij dispone di tutto, et hà scacciato gran parte dei religiosi, e de parochi Cattolici, e prétende in materia di Religione di dar la legge non di riceverla, e quelli che vogliono scusare le perdite fattesi, dicono che sono seguite perche si volse troppo restringere il punto délia Religione, e che con questo s'impedi la vera riunione del regno, et esagerono che per voler continovare l'istesse massime côntro gl'eretici, si darà in preda tutto il regno al Turco.
Io al certo non piglierô arbitrij, e non mi rischiero nei trattati, e
sens au card. Pio pour obtenir le bref, même avant l'arrivée d'une lettre impériale. Et, le 13 février, il lui répond que le bref au roi pour l'aide à l'empereur contre les Turcs ou au moins pour la neutralité, a fait bon effet, (i) Et il annonce aussi qu'on a publié un Edit défendant les fêtes, les banquets, les promenades en traineau sur la glace, aux flambeaux dans la nuit, les mascarades, l'empereur voulant que plutôt on apaise Dieu avec des oraisons... La ligue de César avec la Bavière a été conclue,
6i2 l'attente de l'empereur.
solo rappresento le estreme nécessita, et il bisogno di presti soccorsi, perche la scarsezza del denaro impedisce l'esecutione délie levate, e quando anche si perfezzionino in tempo non basteranno per il gran tratto di paesè che si hà da difendere, e per la diversione che si hà neir Imperio, dove se non si tiene un corpo di gente, i principi si aggiusteranno con la Francia, e faranno un Re de Romani ; e gli Spagnuoli protestano che se saranno abbandonati, faranno la divisione délie due case, e qui si teme dell'uno, e dell' altro, e non si vorrebbe la separatione per non privare i figliuoli dell' Imp*"* délia successione à quella Monarchia.
Si aggiunge per confondere, e per mettere in augustia che il Sig'" Elettor di Baviera vuole per prezzo délia Lega 400,000 fio. l'anno, e conoscendo che non possono darseli in contanti, vuole per pegno il Marchesato di Burgau, et altre signorie in Svevia, e la nécessita spingerà à darle, e questo portera un pessimo essempio, perche gli altri principi, e particolarmente gl'eretici vorranno per prezzo délie leghe simili vantaggi, almeno sopra i béni ecclesiastici, e non si potrà impedire. perche la nécessita non hà legge, e con le sole esortationi io non posso resistere. Io ho veduto frà queste angustie molto pensieroso l'animo di Mons^ Vescovo di Vienna, e considerando la gran spesa che si farebbe nel viaggio di Ratisbona, vorrebbe impedirlo, ma non s6 se li riuscirà per il grand' impegno pigliato, e pero si saprà la risolutione (i).
Le 13 février (2), Cybo répète : que le pape a décidé qu'à l'argent de la caisse du sel, au restant de Wratislaw et à ce qui est entre les mains du nonce en Pologne, il en ajoutera autant, à compléter la somme de 200,000 thalers effectifs ; « et, de cela, V. Em. pourra donner participation à S. M. ».
Et, le 14, Bonvisi (3) l'informe que S. M. a été très satisfaite
(i) Le 20 février,Cybo lui répond : « lorsque la nécessité exigera que l'empereur s'accorde avec Tokôli, V.Em. doit borner son action à se tenir à part et présenter la protestation en son temps, sans bruit comme ont fait les nonces à Munster et à Nimègue, afin que soient bien clairs les sentiments de N. S. à préserver les droits de la religion Elle en enverra une copie ici, et fera tenir l'original dans les archives césariennes ».
(2) Et, le 27, il lui annonce que Mgr Ranucci, évéque de Fano, a été nommé nonce extraordinaire à Paris, pour porter les langes au fils du Dauphin.
(3) Le 7, il avait mandé « que Mgr de Vienne trouve extraordinaire qu'on n'ait plus parlé des précédents du centième. L'évêque croit qu'on a suspendu le voyage, pouvant traiter particulièrement l'union avec les