LA PREMIÈRE AUDIENCE DE RANUZZI
précise, j'ai présenté à S. M. le bref du pape et la lettre de V. Em. l'assurant de la meilleure affection de N. S. et lui demandant de venir au secours de la chrétienté, ou au moins d'agir de manière que l'empereur puisse avoir la complète liberté d'action contre les infidèles... Le roi m'écouta avec beaucoup d'attention et répondit avec des expressions très-respectueuses envers S. B., disant que, dans toutes ses actions, il avait visé principalement à plaire à S B. quoique quelquefois il n'y ait pas réussi. Le roi n'a spécifié aucun fait, mais a dit que cela eut lieu à son grand regret, et qu'il aurait donné tout signe de sa volonté de mériter la bonne inclination que le pape a pour lui. Quant à l'affaire de Hongrie, le roi ajouta qu'il voudrait bien satisfaire aux désirs du pape mais qu'il en est empêché par les agissements de l'enipereur, car non seulement il lui refuse de signer la paix mais aussi de récupérer ce qui a été toujours sa propriété, et de rémtégrer la religion catholique tandisque c'est là le meilleur contentement que le roi souhaite d'avoir. S. M. continua à dire qu'on l'accuse d'être avide de conquêtes, tandis qu'elle ne réclame que sa propriété, désirant extirper l'hérésie et plaire à S. B- et que dans ce but tendent toutes ses actions ; le nonce remarque qu'à ce point le roi glissa sur les questions du jour et dit que pour le moment il n'en voulait pas parler — mais reprenant le premier sujet, le roi alla jusqu'à dire que l'empereur mérite tout le mal, car c'est de sa faute si la religion n'a pas refleuri dans la plus grande partie des Provinces Unies ; concluant que si l'empereur se met sur la bonne voie, on verra ce qu'on pourra faire pour complaire S. B., à laquelle on doit dire que, désormais, il convient à S. M. de pourvoir à ses propres intérêts. Le roi parla aussi de la proposition d'une trêve et, à ce sujet, il répéta ce que Croissy m'avait dit : que S. M. ne voulait pas attendre que l'empereur tournât les armes contre elle. Et, à propos des nouvelles, le nonce ajoute qu'on répète qu'en outre du Manifeste dont il a écrit, le nombre des troupes françaises augmente près du Rhin et qu'à Duquesne, qui se trouve à Alger, on envoie de Toulon d'autres vaisseaux de renfort
7l8 LA LIGUE ET LA GUERRE.
pour attaquer les Espagnols sous le prétexte du salut au drapeau. Et, d'après ce qu'on voit, on pense que si les affaires de l'empereur marchent bien contre les Turcs, ici on tâchera de prévenir le parti autrichien par une rupture et de jouir du bénéfice qui dans les affaires de ce genre vient à ceux qui préviennent ; ainsi on ne parle plus du voyage de la Cour à Chambord mais en Flandre. J'ai informé Bonvisi que sans un accord il est impossible d'avoir des secours du roi. J'attends des instructions de V. Em. sur la manière de me contenir soit pour la paix soit pour la trêve ».
Le 17, Cybo l'engage à continuer ses démarches afin d'obtenir des secours pour l'empereur, malgré qu'il n'ait pas trouvé de bonnes dispositions chez Croissy ; N. S. espère que S. M. voudra au moins l'aidera dissiper les jalousies... « Le remède proposé par V. S. est lent à tous les égards pour un danger aussi imminent ; on pourra négocier plus tard. V. S. n'offrira pas la médiation pontificale et se bornera à dire que S. S. ne renonce pas à s'adresser aux princes chrétiens.
Le 18, Bonvisi mande à Cybo deux lettres (i) ; dans la pre-
(i) Le même jour il informe qu'au retour du sanctuaire de l'Image de Passau, ayant rencontré l'envoyé de France ils reprirent ensemble les anciennes conversations. « Il m'a dit que son roi fait l'éloge de mon zèle ; que voyant que l'empereur refuse la paix et la trêve, on déduisait que la guerre finie avec les Turcs il se jetterait sur la France ; et le roi, ne devant pas attendre de se faire justice pour cette raison, avait déclaré à Ratisbonne qu'il attendrait un mois, après quoi il agirait selon ses intérêts. J'ai demandé si la sûreté qu'on offrait serait générale pour toute l'Europe ou pour la seule Allemagne, car parmi les terres attenantes à l'empire il y avait les terres italiennes et le Cercle burgoundico.Ei l'envoyé me répondant qu'il ignorait s'il s'agissait d'autre pays en outre de l'Allemagne, j'ai dit que tout le monde serait étonné de voir — que tandis que chacun tâche de coopérer comme il peut à la résistance contre une invasion aussi terrible — les armes françaises envahir les territoires des princes qui aident la cause commune ; de cette manière on donnerait de la force aux bruits que la France opère d'accord avec les Turcs. L'envoyé me dit que si l'accord existait, les Français et les Turcs se trouveraient déjà au centre de l'empire. Mais à cela j'ai répliqué que personne, malgré sa malignité, ne pouvait craindre des actions à découvert contre l'empire, étant donnée la grande