BONVISI CRAINT LA FRANCE
qu'aux Turcs ; nous venons augmenter les confusions, car il est vraisemblable que les bavarois et les franconiens rentreront chez eux pour défendre leur pays ; il faut hâter le secours à Vienne et signer le tout dans une bataille ; si on peut la livrer avec les secours promis elle sera assurément en notre faveur, dans le cas contraire on sera obligé de précipiter l'attaque, et on jouera en un coup de dés toute la chrétienté... Je n'ai pas pu parler avec l'envoyé de France, car il s'est rendu en Tyrol pour remettre à la reine le faire-part de la mort de la reine de France ; on ne croit pas que ce soit le motif principal du voyage, mais que plutôt il n'a pas voulu être présent lorsque la rupture, sur laquelle on a beaucoup de crainte d'après ce que m'écrit Ranuzzi, arrivera. Il paraît qu'on veut profiter des circonstances sans égards à l'honnêteté de la cause et aux dangers pour la chrétienté ; car Wmdichgratz m'a dit qu'au moment où l'empereur était sur le point de partir pour Linz, est arrivé un courrier de Brandebourg, mettant de nouvelles difficultés à la marche de ses gens et cela confirmerait ce que l'envoyé de France m'a dit : que l'électeur se moque de l'empereur et qu'effectivement il ne l'aurait secouru qu'avec peu de monde, ce à quoi il est obligé par la cotisation, et qu'il fera voir que la mission du prince d'Anhalt, avec tant de belles offres, n'a été qu'un artifice de ceux qui sont du parti de la France à la Cour de l'électeur, afin d'en éloigner ce prince très affectionné à l'empereur... Il faudrait dans les circonstances actuelles que l'empereur prît la résolution non d'accepter les propositions de la France afin de ne pas mécontenter les alliés, mais d'y adhérer s'ils y sont incHnés ; l'ambassadeur d'Espagne par contre veut que S. M. refuse ces propositions, et attirera contre elle l'orage ; César devra succomber de ce côté. J'ai fait quelque allusion à ce sujet à l'empereur,mais l'ambassadeur est appuyé par tous les ministres. Toutefois, les espagnols devraient considérer que si l'empereur accepte les propositions françaises, ils pourront perdre quelque chose en Flandre et en Italie, qu'on peut récupérer avec le temps, mais que si Vienne est perdue et l'armée battue, César ne pourra pas relever la tête, et la monarchie espagnole tombera par terre
sans son appui. La prudence conseille donc de choisir entre les deux, le mal minime ».
Le 2 septembre, Pallavicini écrit à Cybo qu'il ne croit pas que le roi ait vu l'empereur, car il est parti avec l'intention de ne pas le rencontrer, ne voulant déroger au cérémonial dont toute question pourrait donner lieuàdes troubles; «depuisquelque temps j'ai informé de tout le cardinal à Vienne 5 (i). Le 4, Cybo mande à Bonvisi : « Ce soir S. S. a ordonné la remise à V.Em. de 100,000 thalers,par la voie de Gênes et Milan, avec la condition que s'il y a difficulté de tout obtenir de cette place, d'envoyer le plus possible. Le pape veut que ce cadeau aussi bien que l'autre ne soit destiné qu'au service de la guei*re et des troupes et non à d'autres usages comme logement etc. et V. Em. doit veiller sur l'emploi. N. S. aurait voulu venir en aide au roi de Pologne avec les 100,000 crociati du Portugal qu'on avait ordonné au nonce de remettre à Amsterdam,mais réfléchissant à la brièveté du temps, V. Em. tâchera d'obtenir de l'empereur qu'il partage avec le roi 100,000 écus envoyés à Gênes ; N. S. croit qu'il n'y a pas une personne meilleure que V. Em. pour éviter tout malentendu ou divergence entre les commandants ; et qu'avec ses conseils et son action, elle saura travailler pour les tenir unis, réussissant même à ce que le roi de Pologne jouisse des prérogatives. Et pour cela le pape désirerait que V. Em. ait a se déranger en suivant l'empereur, afin de ne pas le priver de ses sages conseils dont elle a reconnu qu'autrefois S. M. faisait fondement (2). »
(i) Le 17, Cybo lui répond :
E puro cffctto délia Providenza divina la risoluzione, che con loro Icttera manifestan alla M. del Rè i primarij Cosacchi, i quali v'olontariamcnte si offcriscono di ritornar all'obbedienza rcgia. Alla M. S. che, per stabilirvcli, et indurli insieme à far le diversion!, che V. S. 111. mi accenna, hà ordinanto lo sborso di 6 ),ooo f. da farsi ad essi, è dovuta la commendazione ben copiosa, di CLii S. B. l'accompagna ; Et io dando a Ici per comandamento dclla medesima le lodi, che le convengono, e per la sua indefessa a''pplicazionc, e per la sua molta diligenza a tutte le cose, che riguardano il publico servigio di cotcsto regno, e délia Christianità resto con pregar a V. S. ecc,
(2) Le 1 1 , il lui expédie le bref pour le roi de Pologne, en réponse à la lettre