‹ Innocent XIChapitre 293 sur 430 · LETTRE DE L*EMPEREUR · texte numérisé non relu

LETTRE DE L*EMPEREUR

Le 7, Ranuzzi informe Cybo que le comte de Mansfeld, exambassadeur impérial près du roi, lui ayant remis une lettre de César dans laquelle celui-ci le remercie de ses démarches à Paris, il a répondu à S.' M. qu'il n'a rien fait autre que suivre les instructions du pape, qui est poussé par son zèle envers la chrétienté ». Et il transmet la copie d'une autre lettre impériale au secrétaire du comte, et de la réponse de celui-ci à l'empereur (i).

que S. M. a écrite au pape avant de partir pour Vienne ; lettre qui a fait pleurer S. S. comme V. Em. verra par la copie.

(i) Extrait d'une dépêche de Sa Maje Impie de Passau le 14e Aoust i683 au secrétaire du cornte de Mansfeld à Paris :

Tu scaura d'ailleurs sans doute avec combien d'impétuosité une armée énorme de Turco s'est iettée comme un coup de foudre sur rAustr;che, et tient encor présentement la ville de Vienne très etroittement assiégée ; Mais tandis que tous ceux qu s'intéressent dans la salut de la Chrestientè, en déplorent le danger, et en considèrent les sujets avec crainte, ou songent à les repousser vigoureusement. Il a plù au Comte de Crecy plénipotentiaire du Roy très Chrestien à la Diète de Ratisbonne d'en tirer un sujet aggreable de nous insulter dans l'adversité présent de notre méchante fortune. Nostre second commissaire à la susdite Dicte de Ratisbonne informé et persuadé du panchant & de l'inclination que nous aurons toujours pour embrasser tous les moyens seurs et honnestes d'éiiablir et conserver la paix et la concorde avec la France, sur toue dans la conjoncture d'une si cruelle guerre, avec la Porte Otthomane, qu'il s'agit d'establir la scureté publique et rechercher de prompts secours contre l'ennemy commun, entra et discours sur ce sujet avec le dit Comte de Crecy, qui quelque tems après ayant reçu un couriér de la part du Roy son maistre, publia (à ce qu'il dit) par son ordre une déclaration remplie d'invectives et de brocars injurieux, dans la quelle il interprète faussement & malicieusement nos pensées et nos desseins, et taxe hardiment de contradictions les propositions qui luy ont esté faittes.

Mais comme il n'est nullement vraysemblable que le Roy très Chrestien luy aye prescrit ces sortes d'invectives inusitées iusques à présent parmi les grands Princes, qui mutuellement doivent estre jaloux de leur gloire, et qu'elles ne partent sans doute que de l'audace particulière de l'autheur, & de la témérité de son génie, c'est pourquoy nous t'ordonnons de chercher l'occasion d'en parler à Mr le Marquis de Colbert Croissy, et luy faire connoitre combien témérairement le dit Comte de Crecy a eu la hardiesse de

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Et, à la même date, Cybo lui écrit :

Corrisponde pienamente alla risposta data à V. S. Ill*"^ in voce dal Rè circa il soccorrere, ô non divertire l'Imp"^^ nel présente pericolo délia

s'en prendre à la gloire de nostre nom, et de nos desseins, et oubliant toute considération et le respect qui nous est deu, de taxer faussement les actions de nostre cour et de nos ministres dans l'assemblée générale de tout l'empire. Que malgré la douleur que nous ressentons des calamités publiques, & du peu de fortune qui semble nous suivre dans la guerre, nous ne pouvons pourtant négliger ny dissimuler une si grande témérité à calomnier nous et les nostres. De même que le Roy très Chrestien trouveroit sans doute fort mauvais^ et ne souffriroit pa? si le dit nostre commissaire à la susditte diète se mèloit impudemment de le vouloir décrier dans le monde, charger ses ministres d'opprobres, et d'iniures, & s'ériger en smdic des actions et desseins de la France. C'est ce qui nous persuade que l'on voudra bien remédier comme il convient à l'emportement du dit Comte de Crecy, et empêcher les attentats qui regardent l'authoritè, et la vengeance commune des Roys. ecc.

Réponse du secrétaire du comte Mansfeld, à l'empereur. J'ay receu avec tout le respect et toute la soumission la dépêche, qu'il a plû à V. M. Impie de m'envoyer du 14e du mois d'Aoust, et ayant vu par icelle les iustes suiets de plainte qu'elle a conne l'audace et la témérité, que le Comte de Cressy Plénipotentiaire de France à la Diète de Ralisbonne fait paroitre dans ses écrits et dans ses acLionSjSur tout dans la déclaration qu'il a donnée le 26 Juillet le transportay lundy passé en suit des commendemens de V. M. Impie à Fontainebleau, pour pouvoir les découvrir à Mr de Marquis Colbert de Croissy, sans pourtant selon son intention en faire un négoce formel. De premier abord il me receut fort civilement, s'attendant à ce que ie peus coniecturer à toute autre chose, qu'à de si iustes reproches. le les exporay de mon costè autant bien qu'il me fut possible, et mesme pour, conserver mieux le sens des paroles et commandcmens de V. M. I. ie les avois traduit en François, mutatis tamen mutandis, pour les luy communiquer, mais comme ie commençois a lire, il me dit d'un air fier et brusque qu'il n'avoit pas affaire de les entendre, et qu'il ne trouvoit dans la susdite déclaration rien qui ne fut conforme aux sentimens du Roy son maistre, ny qui deut si fortement offencer V. M. Impie^ si ce n'est peut être la vérité qu'on y publioit, que la cour Imp'e contre le sentiment de tous les Princes, et estats de l'Empire, excepte ceux qui en ètoient retenus par la crainte del'authoritè de V. Mé, deferoit beaucoup plus aux conseils des Espagnols qu'à l'interest del'Empirc, et de V. Mé même en particulier.

Que le Roy son maistre auroit beaucoup plus de suiet de se plaindre, de ce que les Ministres Impaux dechiroient par toute sa gloire, en publiant que ç'estoit luy qui avoit attire, les armes des infidelles dans la Hongrie, et

CYBO APPROUVE RANU2ZI. 739

Germania, e del Christianesimo tatlo, quella che fù hieri rappresentato à S. S'^ cla questo Ambasciatore, il quale accompagné la lettera regia con la lettura di una lunga memoria, e con moite altre cose dette in voce per giustificare le inteiizioni di S. M^^ Ma sicome l'urgenza, e la qualità del pericolo non dà alcun luogo al trattato di pace, ô di tregua

fomenté cette rébellion, ce que pourtant ètoit très faux, comme on le connoissoit, et connoissoit assez. Que luy même Colbert de Croissy n'avait pas esté espargnè dans les écrits du Baron de Stratman J que cependant on negligeoit cela comme se détruisant de soy même. Que la France avoit assez fait connoitre a toute la terre, tant par les conditions avantageuses, que par les differens termes qu'elle avoit fait proposer par ses Ministres, et par l'arbitrage du Roy d'Angleterre, qu'il n'avoit pas tenu à elle, que la paix ne fut conclue. Que personne n'ignoroit plus les motifs qu'on avoit de les rejetter, et que par le refus d'une treue de trente ans, au lieu de la quelle on en proposait une autre de deux ou trois, V. M. Imp. faisoit assez voir, qu'elle ne songeoit plus qu'à déclarer la guerre à la France, du moment qu'elle aurait acheté é quel prix que ce fut la paix avec les Turcs. Que par ainsi le Roy son maistre s'appercevant de peu de cas que l'on avoit fait iusques à présent de le satisfaire sur la iustice de ses pretensions tant de la part de V. M. I. que de celle de l'Espagne, ètoit en fin résolu de se la procurer par les moyens qu'il trouveroit convenir, que pour ce sujet il commençoit celuy cy, envoyant aux Païs bas loger ses troupes sur les estats de S, M, Catholique, et d'autant plus qu'il sçavoit fort bien, qu'il ne donnoit dans la conjoncture présente aucun secours ny d'argent ny de troupes, pas mêmes un homme à V. M. L, et qu'il vouloit estre éclarcy avec elle et avec l'Empire. Il me dit tout cecy avec tant d'impétuosité qu'il ne me fut iamais possible de luy repondre une seule parole, et lors qu'il eut finy, voulant luy répliquer, comme je devois, et luy reppresenter que ie n'avoit pas ordre d'entrer dans un détail de cette importance, mais seulement de luy faire entendre le iuste chagrin, ou V. Mé Imp devoit estre du peu de respect et considération que le dit Comte de Cressy avoit eu pour elle. Qu'il étoit même de la gloire du Roy par un interest commun, de ne pas souffrir qne l'on s'en prit à celle de V. M. L, qui à ce que ie pouvois l'ausseurer d'abord qu'elle trouveroit l'honneur et la sue. retè requise dans les propositions que l'on faisoit, elle apporteroit toujours de ?on costè toutes les facilités que l'on pouvoit attendre d'un Prince aussj bien mtentionnê pour le bien et la tranquillité publique que V. M. I. l'avoit toujours esté. Sur quoy il me ferma la bouche encore plus brusquement, et me quitta en me disant que ie n'avois ny caractère ny lettres de créance, et que lors que V. M. I. auroit en cette cour un ministre déclaré il écouteroit ce qu'il auroit à luy dire. le n'eus de loisir que pour luy répliquer que ie ne manquerois pas de rapporter fidellement à V. M. I. tout ce qu'il venoit de

che si propone,cosi vuole la S'^ Sua, ch' ella torni à passar nuovi officii con il Rè, rappresentandogli quanto sarebbe per rimaner offuscata la sua gloria dal muoversi presentemente contro chi stà tutto intento à difender la causa délia Religione, e la salute comune, e di quanto aggravio tal azione gli sarebbe nel punto délia morte, in cui la M^à Sua dovrà pensare à quello che vorrebbe haver fatto, e la giustizia Divina le domanderà conto non de vantaggi procurate alla sua corona ; ma di haver impediti i vantaggi, et la sicurezza publica contro una potenza che va divorando tutto, e che tende à distruggere la Religione Chnstiana. •

Hà operato V. S. Ill'"» con la sua solita prudenza à dar notizia délia risposta fattale dal Rè, al Sig"" Cardinal Buonvisi, à cui si scriverà sabbato di quà ciô ch'è stato rappresentato dal Sig"" Ambasciatore. aï quale S. S^^ mostrô un particolare gradimento dell'espressioni nspettose e confidenti, che le furono da lui fatte per parte di S. M'^.

Le même jour, Bonvisi informe Cybo qu'il s'était offert d'accompagner l'empereur qui se rend aux campements de ses troupes et que, faute de chevaux de selle, il comptait même rester dans la voiture, mais que le majordome lui a fait savoir que S. M. désirait qu'il restât à Linz avec l'impératrice, d'autant plus qu'il ne s'agissait que de choses militaires ; au campement se trouvent aussi deux électeurs que S. M. ne peut pas mécontenter, ne voulant pas non plus, a-t-il dit, mettre le cardinal dans une fausse position. « J'ai accepté et obéi, conclut Bonvisi ». Et, dans une feuille à part, du même jour, il annonce que le roi de Pologne a hâté sa marche avec la cavalerie et s'est déjà abouché avec le duc de Lorraine, qui est allé à 4 lieues pour le rencontrer. On a été déjà averti qu'hier toutes les armées, sur deux ponts à Tulm, ont commencé à passer le Danube à 4 lieues de Vienne pour occuper les montagnes autour de la ville (i).

me dire V. M. î. aura la bonté de remarquer par la que d'orsenavant ma présence luy sera intièrement inutile en cette Cour. Je la supplie donc très humblement de vouloir m'accorder la permission de retourner me mettre à ses pieds augustes, et consacrer de nouveau à son service tout ce qui pourra dépendre de mon peu de capacité, qui sera toujours sousteùe par un zèle très pur, et une fidélité inviolable.

(i) Et il dit encore que Rezzonico fut très-exact à remettre les 50,000 fl.

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