PRÉVISIONS PESSIMISTES DE PALLAVICINI
hors des villes car ils seront du reste plus alertes pour entrer en campagne ; l'armée séjournant en Pologne devrait être éparpillée un peu partout ; d'autre part le roi étant dans le campement, aurait plus de facilités pour entrer en campagne dès que le beau temps arrivera, d'autant plus facilement qu'habitant dans son palais il serait retenu par sa famille. Et, à ce propos, le nonce conseille que S. S. écrive un bref au roi pour l'encourager à rester auprès de son armée (i).
Le 26, Bonvisi écrit à Cybo (2), qu'il attend de S. Em. la réponse touchant le projet du bref au roi au sujet de Tokoli. « Je vois, dit-il,augmenter les jalousies contre le roi parce qu'il traite trop doucement cet obstiné révolté, aussi se méfiet-on de lui d'autant plus que S. M. tient auprès d'elle les députés de Tokoli, sans en donner la moindre participation à l'empereur par l'envoyé césarien qui se trouve aussi auprès d'elle. Toutefois, l'envoyé polonais ici m'ayant remis la réponse du roi aux députés, je l'ai passée à Mgr de Vienne qui se montra content. Il est toutefois étrange, ajoute-t-il, que s'agissant des intérêts de l'empereur avec son rebelle on ne lui communique pas tout directement. Je travaille à maintenir un bon accord entre ces deux princes et je voudrais, si l'entreprise de Strygonie a une bonne réussite, la séparation des deiix armées, guerroyant ainsi chacune de son côté, car ces deux nations, dont une est flegmatique et l'autre ardente, finiraient probablement par se quereller ; mais pour opérer séparément il faut que chaque nation augmente son arme-
(i) Mais, le 30, il ajoute qu'il serait plus convenable de ne pas envoyer le bref parce qu'on a tout changé : l'armée prendra ses quartiers dans le voisinage du royaume du côté de la Transylvanie et de la Valachie, par conséquent pas loin du roi, d'oii il n'y a pas nécessité que S. M. passe l'hiver au campement.
(2) Le 23, Cybo lui avait répondu : « N. S. regrette que l'empereur veuille se rendre à Prague, car ce serait une perte considérable pour le pays qui pourrait revivre par la présence de la Cour. Le pape veut que V. Em. fasse observer tout cela à César, et que ce n'est pas le moment de quitter Vienne qui a été tellement éprouvée par la peste et la guerre. Elle en parlera aussi à l'évêque, d'autant plus que S. M. s'éloignant des armées, tout en souffrirait ».
ment, car l'année prochaine les Turcs reviendront et feront tous leurs efforts en Hongrie, ne s'intéressant pas beaucoup à l'Ukraine ; si donc César ne fait pas de recrues il peut se trouver très mal. On voudrait brûler les ponts de l'Ervich pour en empêcher le passage aux Ottomans ; envoyer des messages en Moscovie pour la médiation de la paix avec les Polonais, et enfin négocier une ligue. On a aussi décidé d'envoyer en Perse l'avis de la campagne afin de pousser à une rupture, et à cet elïet un nouveau bref pour ce roi serait utile ; on y expédierait Pietro Bedik qui a déjà été à Rome et qui connait la Perse » (i). Le 27, Cybo annonce à Pallavicini qu'il a transmis à Bonvisi un bref pour le roi, le félicitant du fait d'armes de Barkam où le roi a détruit* onze ou douze mille des meilleurs soldats de l'armée ottomane II est aussi nécessaire que S. M. ne se laisse pas trop entraîner par sa générosité d'âme à courir des dangers. « V. S. doit également présenter les félicitations du pape à la reine » (2).
Le 30, Cybo transmet cinq lettres à Bonvisi;dans la première il annonce : que Ranuzzi écrit que les troupes se sont retirées des pays-bas espagnols ; il peut se faire que de ce succès on puisse avoir des ouvertures pour conclure un accommodement général. Par la seconde, il informe que dans la gazette de Hollande on a lu des rapports de ces ministres avec les trois princes sujets du Turc. Il fau{ faire attention à ce qu'on divulgue surtout lorsqu'il s'agit de choses secrètes afin de ne pas gâter
(i) Mais, le 2 novembre, il accuse réception du bref pour le roi de Pologne au sujet de Tokoli ; il espère un bon résultat, toutefois, il veut d'abord le faire voir à l'empereur. .
(2) Le 21 novembre, le nonce lui répond qu'il a communiqué à la reine cette dépêche en la priant d'insister .auprès du roi pour qu'il continue à avoir raison des révoltés et pour l'engager à ne pas trop exposer sa vie bien nécessaire à la République; « et S. M, très reconnaissante envers le pape me pria de rapporter directement au roi ces conseils, car sachant qu'ils venaient de N. S. il les apprécierait davantage, pouvant croire qu'ils ne venaient que de la tendresse de sa femme ; toutefois, touchant les révoltés elle exprima l'avis qu'il serait plus opportun de les apaiser par la clémence plutôt que par la force ».