LE PAPE FELICITE LE ROI
les négociations. Le pape a été peiné d'apprendre qu'il y avait méfiance entre l'empereur et le roi, car on verra ainsi détruit le bien obtenu. « V. Em. qui a tant fait pour la ligue et en connaît les difficultés, doit continuer à dissiper les ombrages faisant son possible pour qu'ils restent secrets afin de ne pas donner prise à ceux qui voient mal cette union». £t, dans la troisième, il le prévient :
E si intento l'animo zelantissimo di N. S. alla quiète publica délia Christianità, ed à i vantaggi i-nsieme di Cesare. che coU'haver' espressa air E. V. la sua precisamente, nel significarle d'insinuar alla M. S. se fosse possibile l'aggiustarsi colla Francia cône sodisfazione comune d'ambe le parti, non mai intese percio che S. M^^ dovesse separarsi da suoi collegati, ma anzi, che rimaiiendo con questi, ed accommodandosi con quella, si rimettesse la M. S. in istato di poter tanto più validamente résister' al comun nemico inhabilitandolo maggiormente à tentai acquisti nelle provincie. Questo è quello, che veramente preme alla S. S., e vorrebbe, che si apprendese ancora quanto si deve dagl'altri Principi, onde ne traesser motivi di megiio assicurarsi dall' armi de' Barbari.
Par la quatrième, il approuve que S. M. ait abandonné le projet des voyages à Ratisbonne et en Bohême, s'arrêtant à Linz qui n'est pas loin de Vienne, pour que l'argent des voyages soit plutôt dépensé dans des enrôlements. Et enfin, dans la cinquième, il mande: « quoique j'aie écrit à V. Em., l'engageant à parler à Mgr de Vienne, de la volonté précise de N. S. au sujet de la vie licencieuse qu'on mène à Vienne et aussi dans les cours césariennes, qui devraient servir d'exemple aux sujets, le pape m'ordonne d'en écrire de nouveau à V. Em. afin qu'elle ait à insister (i). »
(i) Le 7 novembre, Cybo répète « réfléchissant aux désastres de ces provinces, par les inondations et aux maux dont Vienne a souffert, on ne peut qu'y voir les fléaux divins pour la mauvaise et scandaleuse vie qu'on y mène et j'en ai déjà écrit à V. Em. Par ordre du pape je dois répliquer à V. Em. d'insister auprès de S. M. et de l'évêque afin qu'on change de mœurs, œuvre nécessaire à apaiser Dieu. J'espère que déjà elle en aura parlé, mais comme le P. Marco d'Aviano se trouve à Vienne elle pourra lui insinuer d'en parler à l'empereur encore cette fois avec la liberté qui lui est habituelle ».
Le 7 novembre, Pallavicini écrit qu'il donne des conseils afin qu'on en finisse avec les révoltés en Hongrie, et qu'en ayant parlé à la reine, S. M. a réuni un Conseil. « Comme V. Em. sait, lorsqu'on signa à la hâte le traité de la ligue il y eut des protestations de la part des impériaux touchant la rédaction des articles ; p. ex. je me rappelle que les césariens voulaient que la ligue eût à considérer les révoltés comme Iqh Turcs, et que cela avait été omis dans l'acte, par conséquent j'ai dit aux sénateurs : de ne pas oublier ce qui s'était passé et que plus dictum qtcam scriptum. J'ai cité aussi le fait qu'après la signature de la ligue le roi avait annoncé qu'il prendrait les armes contre Tokoli s'il ne s'accordait pas de suite avec César, et c'était une preuve de l'accord quoiqu'il n'ait pas été transcrit dans le traité. D'autre part, comme Tokoli est uni aux Turcs, il finirait, si on ne le domptait pas, par attirer les Ottomans en Hongi;ie en été pour nuire à César et à la chrétienté. Et, enfin, j'ai rappelé à mes contradicteurs qu'on avait trouvé les lettres dans lesquelles Tokoli demandait au gr. Vizir 50,000 soldats pour envahir la Pologne, ce qui fait que de cette manière les Turcs n'auraient pas eu les Polonais à Vienne. Je vois aussi qu'il faut dissiper l'idée qu'on a ici que les révoltés luttent pour la liberté et pour se soustraire à l'oppression (i). Le Conseil a discuté et envoyé au roi les délibérations ». Et, à la même date, il informe qu'à la suite des lettres qu'il a reçues de l'empereur et de Bonvisi au sujet de la Hongrie, il en a parlé à la reine, car de la part du roi il n'y a rien à craindre à moins qu'il ne soit contraint par la nécessité. « Je ferai mon possible pour enlever de la tête de la reine cette tentation du diable, tout en prenant garde de ne pas la désobliger ; toutefois l'affaire semble moins complexe, car la reine a dit qu'elle était d'opinion que si les Hongrois voulaient élire
(i) Le 6, Cybo lui répondait que N. S. est particulièrement satisfait d'apprendre les succès continuels de l'armée ; « toutefois rien n'est plus à propos pour conserver la miséricorde divine que de corriger les mœurs. Le pape veut que V.S. en parle à Mgr de Cracovie afin qu'il coopère à ce qu'une telle œuvre ait effet dans son diocèse ».
PALLAVICiNI AGlt CONTRE TOKÔLI. 783
son fils prince de Hongrie, on devrait refuser l'offre. En ce moment, je tâche de dissiper les ombres nuisibles à la ligue et je trouve que le seul moyen serait d'obtenir du roi l'autorisation d'écrire à Bonvisi qu'il dise à l'empereur : qu'il est prêt à concourir avec César à étouffer la révolte ; mais j'y vois bien des difficultés. Toutefois on en a parlé en Conseil et par conséquent je peux en écrire en clair. La reine veut que le roi suive l'avis des sénateurs ; mais l'un d'eux, mon ami, faisant remarquer l'inclination du roi pour Tokoli, suppose que S. M. en a reçu des cadeaux. Je crois que d'autres sénateurs en ont eu aussi, vu qu'il s'en trouve un très-favorable à Tokoli. J'ignore si les plénipotentaires allemands, en négociant la ligue, se sont mis d'accord avec les polonais pour que dans elle soit comprise l'action contre les révoltés. La reine, après le Conseil, m'a fait dire par le v. chancelier que se référant à ce qu'écrit le roi, les ombres touchant la Hongrie n'ont pas de fondement et que S.M. n'a jamais pensé à faire des choses contraires à son ami » (i).
Le 9, il annonce que César envoie à Moscou le baron Sierowski, son résident à cette Cour, « et je suis content qu'on suive mon conseil, car on ne conclura pas la paix perpétuelle avec la Pologne sans l'entremise impériale... Ayant les archives à Varsovie je prie V. Em. de prendre en considération mes anciennes lettres touchant le commerce entre Rome et
(i) Le 8, il ajoute : « la reine s'est plainte avec moi des soupçons qu'on a eu à Vienne touchant la Hongrie, — or, la douleur est le signe d'avoir connu que ce qu'on avait pensé est très-mauvais — de mon côté, je me suis borné à rapporter des faits et entre autres la conversation du 26 septembre ; mais il est positif que tout en ne faisant rien contre les révoltés, on a désapprouvé la mise en liberté de Havana par les Lithuaniens; on n'a pas remis à l'empereur les lettres des rebelles trouvées dans la tente du gr. vizir ; on a montré le désir que l'accord se fasse avec Tokoli aux conditions de celui-ci; on veut sauver les révoltés comme on l'a fait à l'égard du comte de Boscovitz, leur chef du côté des Turcs ; au lieu de les punir, on traite les révoltés avec douceur ; et enfin dans les avis expédiés au camp et à Cracovie, on dit que dans les conversations familières on se montre plus favorable aux révoltés qu'à l'empereur ».
la Moscovie, et de m'envoyer aussi les instructions sur ce que je dois recommander à Sierowski ».
A la même date, Bonvisi envoie encore trois lettres à Cybo ; dans la première il annonce qu'il a accompagné le bref au roi d'une lettre, dont il transmet la copie. « L'empereur, écritil, a été reconnaissant de l'intervention de N. S. et ajouta que bien des choses qu'il ne pouvait dire lui-même, peuvent passer comme dites par S. S. et par moi, son représentant et obtenir un bon résultat. J'ai aussi développé des raisons, feignant de savoir que les Polonais demandaient une garantie, et j'ai dit que Tokoli la voulait mais qu'il fallait refuser, parce que dans une conférence .avec les ministres pour l'emploi des 500,000 fl., on m'a informé que l'empereur ne pouvait pas y consentir, car cette garantie non seulement portait préjudice à sa dignité, s'agissant d'un rebelle, mais aussi à la tranquillité dans l'avenir, car chaque fois que les Hongrois se croiraient lésés, ils invoqueraient la Pologne qui voudrait soutenir la liberté en Hongrie par l'analogie de leurs principes... Dans l'accommodement on ne doit traiter que du pardon et de la restitution des biens aux rebelles, et non du diplôme et des privilèges du moment que cette matière a été réglée dans la Diète d'Edimbourg ; car si on laissait que Tokoli obtienne de nouvelles conditions, on donnerait du crédit à sa personne par l'appui aussi des Polonais (i). » Et par la seconde il écrit :
Non mi arrivano nuove le querimonie de i Polacchi, che V. E. mi avvisa con la sua cifra delli 16 del passato, havendole prima fatte con me, ma parmi, che si siano poi quietati circa il punto délia carestia de i viveri, e délia tardanza nel fabricare i ponti, havendoli rappresentato, che encora quà dolevano le angustie, e le tardante, ma la nécessita obligava à soffrir quello, che non si poteva rimediare, essendo comuni i patimenti degli Alemanni, e de i Polacchi.
(i) Le même jour, il propose de ne prendre sur les 500,000 écus que les 75,000 à restituer à Mgr de Salzbourg, afin de ne pas retarder les enrôlements, car la restitution pourra se faire sur la contribution des cardinaux, à laquelle «je me permets, écrit-il, d'ajouter 1000 écus pour ma part, donnant l'ordre à mon agent de les verser, regrettant de ne pouvoir taire davantage. »
NECESSITE d'entente ENTRE LES DEUX COURS. 785
Più profonda radice riterranno gli scarsi trattamenti fatti dall' Imp^^ al principe di Polonia, et alla nobiltà di quel regno, e pero conoscendo quanto S. M'^ Qgga pgcchi in queste cose, premevo tanto, che non partisse di quà.
Al Vescovo di Vienna non ho ancora potuto parlare per le sue grandi occupazioni, persuasi pero l'Imp^'^ che li ordinasse di scrivere al Rè di Polonia per levare le doglianze, S. M'^ Cesarea lo comanderà.
Si è usata ogni deferenza à i consigli del Rè di Polonia, e pero non si assediô Neaussel, ma volendo poi il Re di Polonia dissuadere l'attacco di Strigonia, e protestandosi di non poterci assistere con la sua gente per la gran penuria de foraggi, il Sign"" Duca di Lorena, conoscendone l'importanza, ci andô con gli Imperiali, e con i Bavari, e la prese, siche non si puole in tutto seguitare il consiglio del Rè di Polonia, perché la sua gente non è atta agli assedii, e non sempere i suoi l'obbediscono, com'egli lo confessa, ma il Sig'" Duca di Lorena bisognava che pensasse à dilatare la frontiera, et utilitare nel miglior modo l'Imperatore com'è seguito, havendo la presa di Strigonia messo grandissime terrore negli Ungari, e qui dicono, che il Rè di Polonia vuol troppo risparmiarli per i fini, che altre volte ho accennati.
Quà si praticano moite disattenzioni, che non sono scusabili, si che da ogni parte si pecca, e sebene io parlo, e ricordo ; non posso mutare il naturale délie nazioni ; con tutto cïo spero che il comune interesse le terra unité, particolarmente se militeranno separatamente.
Dans la troisième, il informe que le chapeau et le stocco ont beaucoup souffert ; comme on a eu deux heures pour fuir, tout n'a pu être sauvé ; l'hermine du chapeau est rongée par les mites et les armoiries papales, qui devaient être celles de l'autre pape, manquent au stocco (i).
Le II, Cybo écrit à Bonvisi ; « le pape a appris avec grande douleur qu'à cette Cour on parle avec peu de respect du roi
(i) Le 16, il ajoute que la grande épée ne peut plus servir, car elle porte les armoiries de Clément X et sur la lance est sculpté en relief le nom de ce pape : Pontifîcatus sui anno 11. Il faut renvoyer tout pour qu'on ne croie pas que dans une circonstance aussi importante on donne un vieil objet. Mais, le 8 janvier 1684, Cybo lui répond que le stocque et le chapeau doivent être neufs, que par conséquent à la première occasion il pourra les renvoyer.
Innocent XI — III
de Pologne ; il y a donc à craindre que les adversaires de la ligue profitent des amertumes du roi pour troubler les affaires au détriment de la chose publique. Rien ne peut s'arranger sans la ligue, car aucun des deux monarques n'a la force suffisante pour résister à la puissance turque. S. S. veut que V. Em. emploie tout son zèle pour empêcher tant de discordes et qu'elle en parle principalement à l'empereur, en faisant ressortir le mérite du roi, qui abandonne sa famille et le royaume pour venir sauver Vienne et, avec elle, la chrétienté. On m'a dit que c'est chez l'impératrice veuve que l'on parle le plus mal du roi ; venant de si haut le fait a plus d'importance et il faut couper le mal à sa racine, sinon les jaloux ne manqueront pas de réveiller les malentendus du passé » (i).
Le 12, Pallavicini annonce que la reine a voulu aller à la rencontre du roi à Lubov^la ; et il se plaint que les hongrois se soient enfermés à Cassovia et àEperies. Le 26, il ajoute que le roi est rentré à Cracovie sans cortège mais non tout à fait incognito, car il a permis qu'on tire des coups de canon ; il se rendit de suite à la cathédrale où il fut reçu par tout le clergé et le peuple qui pleurait de joie ; on chanta le Te Deum ; de là il rentra au Palais où il reçut tout le monde. Le roi est en parfaite santé et il prouve ainsi que son plus grand plaisir c'est la guerre ; toutefois il regrette beaucoup que ses troupes polonaises et lithuaniennes aient été obligées de rentrer dans le royaume, faute de pouvoir vivre en Hongrie ; on dit que Tokoli a complètement changé de conduite parce qu'à
(i) Le 27, il répète que chaque jour on a à craindre davantage que surgisse une rupture entre l'empereur et le roi, « et le Pape, qui tient tant au maintien de la ligue, ordonne que V, Em. informe quelle est la cause de ces méfiances et indique les moyens d'empêcher les malheurs qui peuvent en dériver. Elle doit bien faire relever que si Vienne et les Etats de S. M. furent sauvés, c'est grâce au concours opportun et à la valeur du roi de Pologne. Après la délivrance de Vienne, le roi a poursuivi sa victoire et se montre disposé à donner encore le secours de ses armes dans la campagne future, d'un si haut intérêt pour le bien public. Il faut d^onc accepter quelque amertume plutôt que de donner au roi de Pologne l'idée de se séparer. V. Em. peut s'entendre avec Pallavicini »,