DÉCLARATIONS DU DUC DE MANTOUE
Le 3 février, de Milan Mgr Airoldi informe Cybo qu'à Mantoue les Français fabriquent les poudres pour Casai, mais le duc leur refuse les pilons et ayant fait appeler le P. Marroni, résident de l'Etat de Milan, il lui déclara qu'il n'était plus en état de se défendre contre les violences des français au cas où ceux-ci tenteraient d'attaquer Mantoue, se trouvant comme un serviteur à leur merci et que, s'il était serviteur du roi de France, il n'oubliait pas son sang autrichien, aussi était-il prêt à verser ce qu'il a dans les veines pour visiter et même récupérer ses biens s'il avait l'aide des Espagnols. « Je ne sais pas quelle foi on peut donner à ses bonnes intentions, voyant combien elles concordent peu avec les faits du duc et on sait que les ministres de France tentent toujours d'engager le duc à se brouiller avec ses voisins (i). »
Le 6, Cybo répond à Visconti : « V. S. doit bien faire attention au projet de l'électeur, afin de ne prêter concours à aucune mesure portant préjudice au droit et à la liberté de l'église de Liège, toutefois, avec son habileté, V. S. doit prendre du temps à envoyer tout ici et à attendre le jugement de Rome, et si elle ne réussit pas elle doit tâcher qu'on n'approuve rien de préjudiciable afin que Rome n'ait pas plus tard à protester. »
Le 6 mars, Jacobelli informe que Tambassadeur Délia Torre étant au Collège pour quelques délimitations de la frontière de Gradisca, a dit que l'empereur veut être bien avec ses voisins, ajoutant que S. M. serait très contente d'apprendre l'union de la République avec S. S. ; « l'offre a été bien agréée mais on
sentement royal et que, à l'exception des canonicats, tout bénéfice ne doit être accordé qu'à des Français... La prince m'a présenté le projet d'accord dans l'affaire de Liège, ajoutant qu'il ne sait pas s'il a plu à S. A.... Un religieux est venu, comme par hasard, me dire que la confusion qui règne à Liège permettra à l'électeur de se rendre maître de la ville sans l'assistance de la France, sur laquelle, du reste, il n'a pas à compter. Toutefois, si le très-chrétien désire rester neutre, il n'admet pas la confusion.
(1) Et, le 17, il ajoute qu'il paraît que les Français prétendent du duc aussi quelques localités sur le Pô pour en faire des places d'armes.
m'annonce, écrit-il, qu'on a répondu seulement que la République a toujours gardé une soumission entière à S.B., professant une filiale vénération envers la personne du pape. Et, le 13, il ajoute que le Procureur Grimani au Saint-Office lui a dit : n'y a-t-il pas probabilité qu'on finisse par se mettre d'accord ? « J'ai répondu que le retard ne dépendait que des vénitiens malgré les encouragemente de S. B. ; que même dernièrement on n'a pas répondu à l'offre de l'ambassadeur impérial ; mais Grimani me dit à l'oreille, pour de pas être entendu des présents : que cette affaire doit être réglée en privé sans négociations, afin de ne pas donner de soupçons aux Français. Il m'a tait dire ensuite : que j'écrive à V. Em. afin que de Rome on donne quelques motifs particuliers qui pourraient servir, pour reprendre l'affaire, de prétextes aux Savi qui sont déjà bien disposés » (i). Le 20, Cybo lui répond : « S. S. connait le zèle et la prudence du Procureur Grimani et il faudrait que les autres sénateurs eussent le respect envers le Saint Siège et le bien public, qu'il a manifesté et pour lequel V. S. l'a recommandé » (2).
Le 29, Lauri écrit que Croissy a appelé chez lui le marquis Marini, envoyé de Gênes (3) et lui a dit qu'il savait que- la Ré-
(i) Et, à la même date, il ajoute qu'on a décidé de ne pas faire d'enrôlements pour le moment ; toutefois, pour satisfaire le duc de Parme, qui avait demandé au moins la levée du régiment destiné à son frère, on a fait la concession avec l'assignation de 12,000 ducats annuels. L'ambassadeur Foscarini a écrit que cette année il n'y aura rien de nouveau en Italie.
(2) Le 27, il écrit que le Magistrat délie Acque a envoyé un ingénieur à la Baiona, au port de Goro, croyant qu'on veut y faire une fortification; et il avertit qu'il en a écrit au card. Légat de France. Mais Cybo, le 10 avril, lui répond : j'amais on n'a pensé à ce projet et que donc « toute alarme est inutile. V. S. toutefois ne doit pas se lasser d'informer. »
(3) Le 17 avril, Jacobelli informe que, d'une dépêche reçue par l'ambassadeur impérial, il apprend qu'on confirme l'avis que 6000 français passent les Alpes pour s'unir aux troupes du duc de Savoie et occuper Savone ; et, le 22 mai, il écrit que des lettres de Pans il résulte que Croissy /a demandé à l'envoyé de Gênes que la République permette à son roi de tenir à Savone un magasin de sel pour Casai et aussi le séjour de ses navires dans ce port.