‹ Innocent XIChapitre 331 sur 430 · RANUZZI ET LE TRÈS-CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

RANUZZI ET LE TRÈS-CHRÉTIEN

et Namur, ils ont maltraité 40 espagnols qui sont en garnison à Baumont, exigeant de fortes contributions du territoire de Courtray sur lequel ils n'ont pas de prétentions. Le marquis de Grana, qui compte beaucoup sur l'aide des coalisés, voudrait se défendre à outrance, ayant ordre de son roi de ne pas céder. Je crois que ses troupes se composent de 16,000 fantassins et 4,000 chevaux ; on attend 8,000 soldats de la Hollande selon les conditions de la ligue, mais de l'Allemagne on n'espère de secours que de Brunsvick » (i).

Le 10, Ranuzzi se justifie d'avoir écrit touchant la médiation. « Il n'y a pas de doute que les négociations pour une paix entre l'empereur et le roi seraient très longues et que, sans cette paix, est impossible toute aide de la France en Hongrie et à Vienne ; de ce sujet j'en ai écrit à V. Em. mais jamais avec l'idée d'offrir la médiation du pape sans un ordre spécial. La nouvelle de l'entrée des troupes en Flandre démontre comme ici on est bien loin de se laisser persuader à remettre la solution des différends avec les autrichiens à un moment moins dangereux pour la chrétienté. Ayant dit à Croissy quelle mauvaise impression produirait dans le monde les nouvelles de Flandre, le ministre me répondit que le monde peut dire ce qu'il veut, mais que le roi connaît ses raisons et a accordé déjà bien du teuips à l'Espagne pour répondre... Hier, dans l'audience du roi, j'ai montré combien le monde s'attendait peu, dans un moment si critique pour la chrétienté, au mouvement des armées en Flandre et que,s'agissant d'une place on pouvait en retarder l'occupation ; et quoique j'aie aussi, ajoute-t-il, mis en relief combien sont passagères les félicités dans ce monde etc.; je n'ai pu obtenir de S. M. que des expressions de son intérêt de voir, avec la paix, réglées les affaires de son royaume, la sûreté de ses sujets et les choses mises dans la situation de pouvoir satisfaire les exhortations

(i) Le 17, il ajoute : l'Angleterre ne donne aucun signe de vouloir aider la Flandre ; c'est l'autorité du prince d'Orange qui a vaincu l'opposition de quelques villes de la Hollande ; on a décidé de donner 12,000 soldats en outre des 8,000 de la ligue. On attend des ordres de Madrid.

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de N. s. Croissy peu avant l'audience m'avait dit les mêmes paroles, ajoutant que pour l'année prochaine il espérait que les choses seront arrangées de manière que le roi pourra envoyer ses armées contre les Turcs. On voit qu'on batte il chiodo pour obtenir la paix de la situation actuelle... A propos de l'Espagne, Croissy m'a dit que si S. M. catholique retarde la satisfaction, il peut se faire que le roi prenne d'autres mesures... J'ai représenté aussi au P. La Chaise l'obligation qu'il a de conseiller au roi tout ce qui peut diriger ses actions au salut de son âme ; il répondit qu'il le fera et qu'il n'a pas attendu de le faire maintenant ; il ajouta que S. M. écoute les conseils, mais, pour plus facilement l'entraîner, il faut que N. S. s'entende mieux avec le roi. J'ai répliqué que les difficultés ne viennent pas de S. S. qui ne désire que ce qui est iuste ; et que S. M. fasse examiner le mérite des affaires par des personnes désintéressées et, dans l'espoir que celles-ci diront la vérité, le roi, la reconnaissant, l'acceptera » (i).

Le 15, Mgr Muzio annonce que deux régiments de cavalerie française sont descendus en Piémont et, passant par Carignan, se sont dirigés vers le Montferrat mantouan ; hier en est passé un autre qui va à Trino où il logera. On m'assure, écrit-il, que les troupes destinées à rester en Italie ne forment que 10 régiments en tout, dont six de cavalerie et quatre de dragons ; de ceux-ci 1000 soldats sont logés dans le

(i) Le 17, il annonce qu'il a répété à l'ambassadeur d'Espagne que Croissy lui avait dit que S. M. maintient l'alternative : la cession des dépendances d'Alost ou celle de Luxembourg, ajoutant qu'à la Haye on avait parlé de la cession des localités qui restent à l'Espagne dans le Luxembourg, exceptant la ville, mais que le très-chrétien avait refusé. «L'ambassadeur, tout en se plaignant de la dureté de la Cour, me remercia de la communication et dit qu'il attendait des ordres de Madrid et de la Hollande, car il paraît qu'on veut se mettre sur la défensive avec 30,000 hommes, et l'aide d'Orange, mais que toutefois il est aussi probable que pour une seule place on n'entrera pas en campagne, soit parce que l'Allemagne se trouve très agitée, les affaires du Nord étant troublées par la ligue du Danemark avec le roi Louis et que l'Angleterre est très-indécise, » En attendant, un avis de Ratisbonne porte que dans la Diète les affaires s'orientent vers ufîe trêve.

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