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DÉMARCHES DE RANUZZI AUPRÈS DE CROISSY. 84I

Montferrat et 2000 dans le duché et que, jusqu'à présent, il n'y a rien à craindre pour l'Italie (i).

Le 26, Cybo répond à Mellini : N. S. a appris avec plaisir que l'ambassadeur césarien a été satisfait des motifs qui font qu'on n'accepte pas la médiation (2). « S. S. employera toujours ses offices paternels auprès du très-chrétien pour conserver la paix. On a déjà écrit à Mgr Ranuzzi de prier le roi de retirer ses armées de la Flandre espagnole. Le marquis d'Astorga et les ministres devraient bien apprécier les difficultés qu'on met en avant touchant la ligue proposée par le duc de Giovinazzo, lorsqu'ils se seront bien renseignés sur la situation des princes italiens et, parmi ceux-ci, sur les vénitiens qui, après tant d'insolences contre S. S., dernièrement, quand Vienne se trouvait dans les angoisses et qu'ici on était tout occupé à la secourir, ont commis l'iniquité d'entrer hostilement dans le Ferrarais avec des barques pleines d'hommes et de spingardi pour faire des représailles et des violences. » Et il l'engage à représenter tout cela aux ministres, les assurant des paternels offices de S. S.

(i )En effet, le 6 octobre il mande qu'il paraît que les français qui devaient venir du Dauphiné en Italie vont en Flandre ; on espère vivre en repos quelque temps. Le 10 novembre, il écrit ; que Madame a dit que le trèschrétien envoyait Mr Fillad en Italie sous le prétexte de visiter les Cours pour voir s'il y a des princesses à marier, mais qu'elle croyait que ce n'était qu'un prétexte négocier sur d'autres sujets et peut-être avec le grand duc de Toscane sur ses différends avec l'Espagne touchant Portoferraio.

(2) Bien des fois le pape, après le congrès de Nimègue, avait refusé toute proposition de se faire médiateur entre les princes. A Jacobelli qui rapportait à Cybo qu'à Venise on interprétait ce refus comme la conséquence de ce qu'à Rome on ne se souciait pas de la tranquillité de l'Italie, le 4 octobre 1681, Cybo répondait :

Ha scritto maie chi ha scritto costà che S. S. non s'ingerirebbe nella difesa délia quiète d'Italia. Le differenze, che passano con la Francia non le permettono l'adoprarsi per via d'ufficii. Nel rimanentc non cède ad alcuno de suoi predecessori in ciô che appartiene al conoscere quanto importi aile cose publiche, et alla dignità di questa S. Sede il tener lontana da questa provincia ogni novità, e quanto sia proprio del suo offitio l'invigilarvi, et il procurarlo con ogni suo spirito etc.

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Le 27, Ranuzzi écrit encore : « prenant occasion de la délivrance de Vienne il m'a paru propice de renouveler auprès de Croissy et du roi les instances de N. S. en faveur de la chrétienté, afin défaire cesser les soupçons, et que les princes et l'empereur soient à même de continuer la guerre contre les Turcs, profitant de leur défaite sous Vienne pour les détruire au passage des fleuves etc. ; que tout était entre les mains de S. M., la guerre ainsi que la paix, parce que l'Espagne (i) étant disposée à lui donner satisfaction, sinon par la cession de Luxembourg qu'on considère préjudiciable aux intérêts espagnols, au moins par la cession d'autres pays de moindre importance ; qu'à un roi aussi glorieux il ne convient pas de troubler la paix du monde par l'acquisition d'une place, tandis qu'il est possible de l'obtenir par des accords, comme il arrive avec l'empire d'après les propositions de la Diète ; que de cette manière la paix serait plus profitable à S. M., parce qu'on établirait l'acquisition de Strasbourg et d'autres localités de ce côté, gagnant aussi quelque chose en Flandre ; enfin si une paix conclue de cette manière est bien désirable pour éviter

(i) Le 28, Cybo l'approuve d'être intervenu auprès de Croissy, sur la prière de l'ambassadeur espagnol « N. S. a bien apprécié que V. S. ait pris pour base de ses dires, le désir du pape de voir la paix maintenue entre les deux Couronnes. S. S. a seulement regretté que les paroles de V. S. n'aient pas été prises en considération, elle approuva sa décision d'aller à Fontainebleau pour en parler au roi, afin de le prier de susprendre l'exécution de l'ordre jusqu'à ce qu'on connaisse les décisions de l'Espagne; voulant, sans porter préjudice, arriver à un accord, et pour que l'usage de la force n'ait pas à allumer au détriment de la chrétienté une nouvelle guerre... S. B. espère encore que, représentant à S. M. l'état actuel de la chrétienté et combien il convient à sa piété de s'unir à tous les princes pour réduire les Turcs au point de ne plus être dangereux, S. M. par sa générosité religieuse s'associera à l'assistance reconnue de Dieu, qui dans sa miséricorde infinie a concédé aux armées chrétiennes une victoire aussi merveilleuse sous Vienne, faisant voir que, dans les dangers extrêmes, son omnipotence ne nous abandonne pas. C'est aux princes maintenant d'unir leurs cœurs et leurs armées pour la défense de la cause, qui est celle de la Foi, et la dispersion totale de la puissance ottomane. Je prie V. S. Illme d'obtenir du roi qu'jl retire ses troupes, accordant à l'Espagne le temps de répondre. »

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le renouvellement d'une guerre possible, on pouvait même espérer que S. M. aurait ouvert le cœur aux paternelles prières de N. S. Croissy m'a répondu que l'empereur se montrait toujours plus réfractaire à des concessions pour un accord, d'où on avait la conviction que victorieux des Turcs il se tournerait contre la France; ce qui obligeait davantage le roi à penser à se défendre ; que du reste je le trouverais plus ferme que jamais... En effet,lorsque j'ai parlé àS.M., conclut-il, je n'ai eu aucune déclaration touchant ce qu'on décidera, au cas où de l'Espagne arriverait le refus d'accepter, le roi m'ayant seulement dit qu'il lui convient de mettre les choses de son royaume en état de pouvoir donner cours à ce dont il est prié par N. S. Attendant la réponse de Madrid, je n'ai pas voulu prolonger la conversation ». Et, le 4 octobre, il ajoute qu'ayant demandé à l'ambassadeur d'Espagne s'il avait des nouvelles de Madrid, il répondit négativement, mais que le marquis de Grana lui a dit qu'on ne veut entrer en négociations qu'avec les autres coalisés... « A la première occasion, je verrai La Chaise,je lui parlerai selon les instructions de V. Em. au sujet d'Argentina et je saurai si le roi entend s'occuper de l'affaire de Genève ; toutefois, je trouve la chose difficile en ce moment parce que la Suisse et ses alliés pourront se plaindre à la Cour. » Le 5, Cybo l'assure que N. S. a été bien content du langage tenu au roi touchant la paix avec l'Allemagne et l'Espagne. « Le pape a parlé dans le. même sens à l'ambassadeur ; N S. engage V. S. à ne pas se lasser d'en entretenir le roi, et elle pourra se mettre en rapport directement avec le card. Bonvisi sans attendre les instructions de Rome. Au P. La Chaise V. S., en toutes occasions, mettra en relief les maux que les troupes font en Flandre à ces peuples innocents qui n'ont aucune responsabilité, et le pape ne veut en rien se mêler à juger les raisons du roi, mais demande seulement que dans l'état actuel pour épargner la désolation et les ruines on donne du temps aux négociations pour arriver à un accommodement. »

Le g, Jacobelli écrit à Cybo :

Il Sig'" Contarini Ambasciatore in Vienna scrive in Senato essere stato da lui il Sig*" Conte d'Arac cavallerizzo maggiore di S. M'^ Cesa-

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rea, et haverli tenuto discorso sopra la Lega,al che esso Sig"" Ambasciatore gli rispondesse, se egli parlava per nome dell' Imp^'e in questo affare, et il Sig'" Conte gli replicasse, che di simili materie non ne haverebbe parlato senza commissione di S. M^^ Cesarea. Mi si dice che glirispondono in générale senza impegno, s6 bene pero che il Sig^ Pietro Valiero unito col Sig"" Procurator Antonio Grimani si preparino per persuadere al Senato di unirsi in Lega coll' Imp'^'=, ma non potranno far questo tentativo sino alla fine del mese futuro perche hora sono andati in villa quasi tutti li senatori, di modo che non vi sarà il numéro per li Pregadi, et ancora perche il Sig'" Procurator Grimani da hier notte si ritrova indisporto di febre, e di asma, ecc.

Le 10, Ranuzzi mande qu'ayant communiqué à Croissy le discours de l'ambassadeur d'Espagne touchant la bonne disposition de céder une localité autre que Luxembourg, et ayant conseillé au ministre d'agir sur S. M. afin qu'elle accepte de traiter sur cette base, il ajoute qu'il n'a pu obtenir aucun résultat, car le ministre lui a répondu que le trèschrétien retire ses troupes de l'Espagne pour les quartiers d'hiver, mais qu'après avoir fait une levée de 40000 h. le roi reprendra ce qui lui appartient (i). Et, le 18, il annonce que Mellini lui a écrit qu'à Madrid on a regretté qu'il ait fait ses démarches auprès du roi pour le rappel des troupes françaises de la Flandre, sur la demande de l'ambassadeur et non de S. S. « J'ai répondu au cardinal que j'avais agi selon la

(i) Mais, le 8, l'abbé Tanari avait informé Cybo, que, d'après les bruits qui courent, le roi catholique dit que les prétentions de la France n'ont pas de base sur les territoires d'Alost, vieux bourg de Gand ; il ne veut rien céder au très-chrétien et encore moins l'équivalent de la place de Luxembourg. Le roi d'Espagne vaudrait bien un arbitrage mais non celui de l'Angleterre. Le marquis dit que son roi ne cédera qu'à la décision des arbitres, autrement il se défendra jusqu'à la dernière extrémité. En attendant on souffre beaucoup de l'occupation française et les espagnols sont résolus de leur disputer la navigation des canaux de Bruxelles et de Bruges afin de pouvoir conserver quelques localités libres des incursions. Et le 15, il écrit : c'est avec regret que j'annonce à V. Em. que la proclamation de la guerre entre les deux couronnes est imminente, et on s'attend à ce qu'à tout moment éclatent les hostilités. Les Espagnols rassurés par les hollandais et fatigués de tant de souffrances veulent agir, d'autant plus que la saison avancée semble rendre impossible le siège des places.

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volonté du pape. » Le 19, Cybo lui répète de continuer ses démarches auprès du roi pour la paix (i).

Le 22, Ranuzzi écrit que malgré sa résolution de ne plus parler pour le moment de dissiper les jalousies, se trouvant avec Croissy celui-ci lui en parla ; il commença à se plaindre de l'empereur, contraire, dit-il, à la paix et travaillant pour empêcher les princes de l'empire à la conclure, poussé par les conseils des Espagnols. « J'ai répondu que cela n'était pas exact parce que l'empereur avait clairement exprimé au card. Bonvisi son grand désir de la paix, faisant remarquer qu'il en était toutefois empêché par la prétention de le détacher de ses coalisés par une paix particulière, le privant ainsi de l'assistance de ses amis. J'ai ajouté que la même chose arrivait en Espagne car le roi n'a qu'à espérer dans la paix, mais ici aussi le très-chrétien veut un traité particulier, tandis qu'à Madrid on veut négocier avec ses alliés. A ce discours Croissy sembla n'avoir rien à opposer et seulement il dit : qu'à Paris on garde un si bon souvenir des premières années de la jeunesse du roi, qu'on ne veut pas que la même chose se renouvelle, que S. M. veut se constituer un Etat, pour lequel ses successeurs n'aient pas à avoir des inquiétudes ni devenir proie facile d'adversaires ; que si les Espagnols désirent vraiment la paix, voyant que le très-chrétien n'a de visées ni en Flandre ni en Italie, — où il se contente de ce qu'il a — ils pourront lui faire des concessions en Catalogne ou aux frontières de Navarre. Croissy ajoute que, quant à la forme du traité, il n'y avait pas d'idée préconçue pourvu toutefois qu'il n'y eût pas la futilité d'un congrès... J'ai demandé s'il me permettait d'en faire part à l'ambassadeur d'Espagne, il répondit lui avoir manifesté en confidence sa pensée mais que du reste l'ambassadeur n'a pas de pouvoirs. »

Le 25,.Jacobelli annonce que la majorité du Sénat est favo-

(i) Le 26, Cybo lui mande : « c'est ie propre de son ministère, de la valeur et du zèle de V, S. de persuader le très-chrétien à embrasser une forme de traité qui puisse établir la paix à son avantage particulier. »

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rable à la ligue contre les Turcs ; et, en attendant, le Doge et le Collège ont visité l'Arsenal — visite qu'on devrait faire chaque mois (i).

Le 29, Ranuzzi écrit : « quoique la paix entre les deux Couronnes reste suspendue jusqu'à l'arrivée de la réponse de Madrid, j'ai dit à Croissy qu'il est difficile de persuader l'empereur à signer un traité particulier, ne voulant pas se séparer de ses alliés et que pour cela je ne crois pas qu'on agit de bonne foi en persistant sur la séparation, car à ce sujet l'empereur reste ferme comme dans le passé. Croissy me répondit qu'ici on fait le possible pour la paix et que c'est à S. B. de persuader les autres ; mais j'ai répliqué que S. S. s'y efforce tellement que je suis autorisé à écrire aux différents nonces ; et le pape travaille d'autant plus qu'il sait qu'ici on accepte des tempéraments. Je demande des instructions à V. Em., quoiqu'elle m'ait écrit de ne pas parler de médiation... Il paraît qu'il y aura l'Angleterre comme médiateur, alors qu'on la voulait arbitre .. Le très-chrétien se plaint du marquis di Grana qui, malgré des forces inférieures, excite son souverain (2). » Et le i^'" novembre, il écrit de nouveau :

In conformità di cio, che accennai à V. E. venerdi passato hô poi parlato à Sig"" ambasciatore di Spagna, e l'ho esortato à scrivere al

(i) Et, le 6 novembre, il ajoute qu'à la suite de la prise de Strygonie il semble que ces messieurs veuillent coopérer à l'extermination des Turcs; ils se divisent en trois partis : ii y a ceux qui demandent une ligue ouverte et qu'on négocie avec le pape, et Valiero en fait partie ; d'autres, sans entreprendre une guerre ouverte demandent de s'unir à l'empereur, et partagent cette opinion le Doge et le Procureur da Mosto ; enfin des sénateurs sont d'avis d'attendre de plus forts progrès des armées de la chrétienté et la révolte des nations qui sont sous le joug turc : Nicolo Foscarini a parlé en ce sens avec une personne amie, afin que j'en écrive à S. S. pour que par ses envoyés le pape excite les nations à se révolter contre les Turcs.

(2) Le 16 novembre, Cybo répond, « S. S. a été bien satisfaite d'entendre que Croissy croit opportun pour la chrétienté l'accord entre les deux Couronnes, et de la parole donnée d'en parler à l'ambassadeur d'Espagne comme de sa part ; et elle loue V. S. d'en avoir informé Mcllini ; on doit attendre les réponses pour se régler. »

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