LA VENTE DES VASES SACRÉS
prévoir que les subsides ne pourront pas à l'avenir être aussi nombreux, de même que sur les contributions des évêques il ne sera pas possible de faire un grand fondement. Le pape est persuadé que l'Espagne pourrait trouver les moyens de concourir à la défense publique en se servant des objets d'argent des sanctuaires et des églises. S. S. m'a ordonné d'annoncer cela à V. Em. pour qu'elle en parlât au comte Mansfeld et, si c'est possible, de recommander le comte à quelqu'un des ministres, afin que,s'ils se montrent disposés, on puisse envoyer les facultés dans la forme que l'on a envoyée à Bonvisi pour les Etats héréditaires. Il n'est pas douteux que les Turcs se préparent déjà, et il ne faut pas se laisser surprendre » (i).
Le 17, Cybo répond à Jacobelli :
Si attenderà di sentire le risoluzioni di cotesto Senato intorno alla Lega contro il Turco, e ben che queste non siano per essere disgiunte dal vantaggio délia Republica, si spera non dimeno, che la prudenza, e la pietà di cotesti Sig^* non sia per credere avantaggioso se non quelle, che si accordera col bene,e la sicurezza del Christianesimo(2).
(i) Mais, le 31, ii ajoute que vient d'arriver de Mansfeld la nouvelle que la Cour n'est pas contraire à se valoir des argenteries pour secourir l'empereur contre les Turcs, « et sans attendre une réponse je remets à V. Em. le bref qui donne, à elle et à Portocarrero, la faculté d'obliger les ecclésiastiques à remettre la partie des argenteries qui sera demandée comme suoside pour la guerre contre les Turcs. Toutefois,, le pape veut que V. Em. garde en secret le bref chez elle, s' informant avec Mansfeld s'il y a réellement une bonne disposition ». Il l'engage à se consulter aussi avec Mgr le confesseur, afin qu'il en parle à S. M. et ensuite avec don Pedro d'Aragon pour obtenir le consentement de Médina. « V. Em. devra également en parler au marquis d'Astorga, et lorsque tout le monde sera content, elle, avec le card. Portocarrero, se prévaudra de la faculté du bref près des membres du clergé ». Le 10 décembre, Mellini lui écrit, que l'ambassadeur césarien n'ayant pas encore de réponse du roi propose que S. B. envoie un bref pour l'autoriser à retirer les objets d'argenterie, ne pouvant les prendre que sur l'autorisation royale. Et^ le 16, il annonce qu'on a répondu au césarien d'avoir soumis la demande à l'examen de qui est compétent, sans indiquer lequel ; et l'ambassadeur dit qu'on aura le même succès que pour la demande des dîmes, et il ajoute que la monarchie ayant besoin d'argent ne voudra pas en laisser sortir.
(2) Le même jour, Jacobelli fait comprendre à Cybo que les mouve- Innoccnt XI — HI 54
Le 20, Cybo lui répond encore : « dans les prévisions qu'à l'arrivée du nonce les difficultés disparaîtront, N. S. y reconnaît le zèle démontré déjà par les Savi. Le pape ne serait pas contraire à y adhérer s'il était certain que leurs bonnes intentions sont partagées par le Sénat, duquel on n'a eu jusqu'ici que de bonnes paroles et de mauvais actes. N. S. ne pense pas faire d'autres démarches dans la persuasion que la République n'agira au sujet de la ligue que là où elle trouvera son intérêt ». Le même jour, l'auditeur lui annonce qu'on se prépare à la discussion touchant la ligue, cherchant à établir l'action du Sénat pour le cas où continuerait l'actuelle entre l'empereur et la Pologne, et on désire l'arrivée du nonce non seulement pour négocier la ligue, mais aussi pour discuter avec lui les nouvelles qu'on a ici, afin que N.S. puisse empêcher la dissolution de la ligue entre Vienne et Varsovie (i).
ments des Morlacques peuvent entraîner la République à une guerre contre les Turcs, et on demande la ligue avec l'empereur et la Pologne ; à ce propos on désire beaucoup l'arrivée du nonce, d'autant plus que l'ambassadeur impérial ne parle plus n'ayant pas d'ordres de Vienne. Mais, en attendant, on dit ici que le nonce ne viendra pas avant que l'incident d'Ariano, pour lequel S. B. se montre bien excitée, ainsi que les autres questions, ne soient aplanis. « Et Valiero a dit aussi, qu'aussitôt l'arrivée du nonce, si désirée ici, S. S. aura toutes satisfactions pour Ferrare, Zoilo etc ; que le nonce pouvait venir joyeusement car au lieu de trouver à Venise des épines, comme il s'y attend, il y trouvera des roses ; que ce qu'on soupçonnait tourner peu à l'avantage de la personne et de la dignité du nonce rehaussera au contraire son honneur, Giovanni Lando m'a fait dire les mêmes choses et que tout est préparé pour que le nonce ait les honneurs. Il y aura des adversaires à la ligue dans la croyance que par l'œuvre des Espagnols on dissoudra celle de l'empire avec la Pologne ; et à Vienne l'ambassadeur d'Espagne travaille pour la paix avec les Turcs afin que l'empereur puisse avec l'Espagne guerroyer contre la France ; il a déjà gagné trois des principaux ministres et, avec de l'argent, il espère gagner aussi les Polonais. S. Exe, est aidée efficacement par trois des électeurs qui craignent que l'empereur puissant avec la Hongrie, pourra peser plus fortement sur eux ; la même crainte est partagée par la Pologne, qui en outre ne voudrait pas que le roi armé, puissant et ayant beaucoup de crédit lui ôte la liberté. Toutefois, on m'a dit que viennent d'arriver au Sénat des lettres disant que l'empereur lève 36,000 soldats. »
(i) A la même date, il ajoute que des lettres publiques du secrétaire Cap-