‹ Innocent XIChapitre 354 sur 430 · NOUVELLES DE LA GUERRE · texte numérisé non relu

NOUVELLES DE LA GUERRE

avec les titres à insérer dans le nouveau bref et, afin que ce monde très-susceptible n'ait pas à les refuser, il ne faudra pas dire Joanne et omettre la conjonction, car on pourrait croire que l'on considère le second frère comme un accessoire.

Le même jour, il mande: « lorsqu'on pense que durant toute cette campagne on n'est parvenu qu'à empêcher les Tartares d'envahir la Hongrie, beaucoup n'attribuent pas cette insuffisance à de simples accidents. Toutefois, je dois déclarer que cela dépend de bien des circonstances : les longueurs mises à réunir l'armée ; le peu de prévoyance et d'aptitude des polonais dans les arts de la guerre ; le manque d'ingénieurs etc. et la réserve du roi à ne pas risquer sa réputation de grand capitaine. Il voit la difficulté de s'emparer de Camenietz et il tente de faire quelque conquête au-delà du Niester; je crois que malgré les grandes pluies il réussira à passer le fleuve pour se diriger sur Bialogrod et Chilia. Telle est mon idée et, pour abonder en précaution, j'ajoute que si N. S. a l'intention d'envoyer du nouvel argent, on devrait le faire sans le publier, afin que je puisse m'en prévaloir au moment opportun et que tout soit clair ; ce serait même à l'avantage du roi » (i).

Le i8 octobre, il répond qu'il a suspendu la remise de la réponse de S. Em. au P. Votta : i° parce qu'il ne faut pas donner aux Czars le titre de Chiovia et Smolensk, afin de ne pas susciter d'ombrages chez le roi, 2° que le P. Votta, voyant

(i) Et, à cette date, il ajoute : « les grandes pluies ont détruit plusieurs gabions pour le pont sur le Niester ; on a fait envoyer des barques, mais ce sera long car elles viendront en remontant le fleuve. Le roi en est très contrarié ; l'armée, inactive, commence à manquer de fourrage; on conseille de laisser de côté le fleuve et d'envoyer la cavalerie en Moldavie pour cerner Camenietz, mais le roi veut être utile aux alliés et se joindre aux impériaux à Bude et à Belgrade pour pénétrer dans l'empire ottoman ».Et, le 16 octobre, il informe que le roi a consenti à passer en Moldavie en établissant le pont plus haut. «On m'a demandé 45,000 fl. pour les victuailles qui doivent servir à l'infanterie. J'ai écrit à Bonesana de payer, et déjà, voyant les difficultés pour le pont, il avait donné des subsides aux soldats pour les y faire travailler. Le château de Svaricez près de Carieg a été fortifié grâce à l'argent de N. S. ; et le nouveau pont se fait à Grodek pour profiter des trois îles qui sont dans le fleuve ».

9o8 LA POLOGNE EN 1684.

que les Czars sont disposés à tolérer l'exercice du culte, pourrait croire que c'est lui qui a obtenu cette grâce, tandis que la concession est y plus ancienne ainsi qu'il résulte de la lettre ci-jointe. Et, le même jour, il écrit que Zierowski, ayant été le premier ambassadeur impérial à Moscou, conseille que dans le bref on ne dise pas smm Nobilibus viris... de leur donner le titre de czar et non de duc ; et il renvoie les brefs (i).

Le 21, Lando, nouvel envoyé de Venise à Rome, informait le Doge que le card. Pio avait été chez le pape pour le renseigner sur les bons résultats obtenus par le gouvernement impérial contre Tokoli, mais en même temps des insuccès contre les Turcs à Bude et relevant la nécessité pressante de l'envoi de secours, touchant lesquels, écrit-il, je ne sais rien de précis. « Je sais, de certain, que le pape a fait des déclarations rigoureuses et de dégoût touchant les exactions en Bohême, la discorde entre les ministres de l'empereur et la très mauvaise direction du gouvernement, attribuant à celui-ci le malheureux siège de Bude, et de ce que j'ai appris le cardinal nonce, dans ses dépêches, s'est bien plaint à ce sujet » (2).

Le 25, Pallavicini écrit que l'on a bien peu de nouvelles du camp ; on dit que les Tartares troublent les Polonais et que le roi plutôt que de passer le pont préfère envoyer la troupe dans

(r) Et, le même jour, il exprime l'avis que l'on propose à Vienne de réunir en congrès les ministres des coalisés pour bien arrêter ce qu'il convient de faire dans la prochaine campagne.

(2) Le même jour, Cybo écrit à Pallavicini : le bruit court que la Porte a offert au roi de conclure un traité par lequel elle lui restitue Camenietz avec les deux provinces de Moldavie et Valachie ; « quoiqu'on ne croit pas ni à l'offre ni que le roi l'aurait acceptée, il lui en donne toutefois connaissance ». Mais, le 28, il ajoute, la nouvelle de l'offre de la Porte se confirme et l'on donne comme détail que c'est Soliman pacha, séraskier député contre l'armée polonaise, très au courant des affaires politiques et qui a joué, un rôle important dans l'élection du nouveau gr. Vizir, qui aurait donné ce conseil au gr. Seigneur ; il espère après avoir eu l'assurance de la Pologne d'être tranquille et pouvoir tourner les armées ottomapes contre l'empereur et Venise. On dit aussi que la Porte est même disposée à donner de l'argent à la Pologne.

Page 1