‹ Innocent XIChapitre 37 sur 430 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Innocent XI et Louis XIV.

Après la mort de Mgr Varese le pape n'eut plus de nonce en France jusqu'au mois de juin 1683. Le duc d'Estrées était toujours ambassadeur du roi Louis XIV à Rome, et l'abbé Lauri, ancien auditeur de la noncia£ure,en continuait la gérence ; s'il n'eut jamais d'audience du roi, il négocia néanmoins les affaires du Saint-Siège, d'abord avec le marquis de Pomponne, ensuite avec Colbert durant les quelques mois que celui-ci garda les fonctions de ministre secrétaire d'Etat, en attendant que son frère, le marquis Colbert de Croissy, eut pris définitivement possession de la place ; mais avec ce dernier, le rôle de l'abbé Lauri resta plus que jamais effacé.

Le i^ï" janvier i68o,Lauri informe que sont aplanies les questions qui avaient surgi en Bavière, à cause de la dot de la princesse fiancée au Dauphin ; pour un million elle a cédé tous ses droits à son frère l'électeur et aux autres membres mâles de la famille ; le roi a accepté la renonciation ; et la princesse a écrit à la reine des lettres qui furent trouvées bien spirituelles (i). Et, le 12, il annonce : « hier, le Parlement, sur l'ordre du roi, a déclaré princes de Bourbon et capables de se succéder

(i) Le 5 février, il mande que le 27 on a célébré le mariage du Dauphin avec la princesse de Bavière et que la rencontre des deux fiancés ^avait eu lieu à Vitry. Et, le ig, il raconte que le voyage de la princesse a duré plus longtemps qu'on ne le croyait; au lieu de parcourir 9 lieues par jour elle n'en a pu faire que trois.

LAURI n'a pas eu D'AUDIENCE DU ROI. I07

l'an à l'autre et à quelque sexe qu'ils appartiennent, les enfants naturels de S. M. » (i).

Le 19, Lauri promet à Cybo que, aussitôt que le marquis Colbert de Croissy sera installé comme secrétaire d'Etat, il lui fera les déclarations de S. Em. en l'assurant de l'estime et des sentiments bienveillants de S. vS. envers lui.

Le 8, il explique à Cybo la raison pour laquelle il n'a pas demandé audience au roi. « Au temps de Varese, écrit-il, j'ai entendu dire, surtout à M. Giraud, sous-introducteur des ambassadeurs, que l'auditeur, en l'absence du nonce, n'était pas admis chez le roi, mais simplement chez le secrétaire d'Etat. Après la mort de Varese on m'a répété la même chose, et, j'y ai cru d'autant plus que, lorsque j'ai été à Venise, l'abbé Borghi m'a dit plusieurs fois que le ministre qui reste à la nonciature après le départ du nonce, n'est pas admis à l'audience du doge ni à celle de ces messieurs du Sénat. Après le décès de Varese, et suivant ces idées, je me suis borné à attendre les ordres de V. Em., d'autant plus que, dans les nombreuses lettres, jamais on ne me chargeait de communications au roi mais toujours au secrétaire d'État. Dans les archives, on pourra voir si mes prédécesseurs Montani et Ferratini ont été admis chez le roi ; à moi, il revient qu'à Vibô seulement il fut permis, au moment où le roi se rendait d'une salle à l'autre, de présenter à S. M. une lettre du sacré Collège durant le Siège vacant »(2).

(i) Et, le 29, il écrit que, à St. Germain, on a célèbre le mariage du prince de Conty avec M^He de Blois ; que dans la soirée, au dîner, les princesses eurent l'épouse à leur table, mais que le prince fit table à part ; le banquet a coûté 12.000 écus de France équivalant à g. 200 de Rome. Et, le 22, il mande que le roi, comme étrenne de la nouvelle année, a donné 100.000 écus au duc d'Orléans et 2000 doubles à la duchesse.

(2) Le 31, Cybo lui répond que, comme ses prédécesseurs, il devait être admis aux audiences du roi pour des communications du pape, de la manière que cela se pratique dans les autres Cours, sans présenter de nouvelles lettres de créance, et que sa qualité d'auditeur pendant la vacance du titulaire pouvait suffire. « Mais du moment que V. S. y voit des difficultés, je ne peux lui dire autre chose sinon que de continuer comme elle a ifait, puisque V. S. ne croit pas pouvoir tenter avec succès d'obtenir les audiences du roi ».

Io8 INNOCENT XI ET LOUIS XIV.

Le 9 février, Lauri annonce à Cybo l'arrivée de Colbert de Croissy, qui a pris la place de ministre (i) ; et, le i6,il informe que dans la première audience, Croissy l'assura qu'il ne mettrait jamais en oubli l'obligation qu'il avait de contribuer de toutes ses forces au service du Saint-Siège non moins qu'à celui du roi, aux avantages de la religion, afin de mériter les grâces considérables que lui a faites N. S. Et, le même jour, il ajoute qu'ayant parlé à Croissy touchant le rétablissement de la religion catholique dans les Etats restitués par Brandebourg à la Suède, il lui a répondu que le roi était bien disposé à faire les démarches, mais qu'il serait bon d'avoir un rapport sur l'état de choses qui existait en 1624, afin d'en demander le rétablissement. Mais, le 12, Lauri annonce qu'on dit que le remplacement de Pomponne aura quelque influence dans les rapports de cette Cour avec le Saint-Siège, et que Croissy aura l'ordre de parler plus fortement. Et, le ig, il écrit : « mardi, lorsque Croissy commença les audiences, il donna la main droite aux ambassadeurs et aux envoyés des têtes couronnées, mais pas aux autres, la refusant ainsi aux envoyés des princes d'Allemagne, particulièrement à celui de l'électeur de Cologne, à ceux du grand duc de Toscane et du duc de Mantoue ; mais il l'accorda à Mgr d'Aconia à cause de sa qualité d'évêque. Il me la refusa aussi, peut-être parce que

(i) Le 5, il écrit que le nouvel ambassadeur de Venise a fait son entrée officielle avec un grand luxe : le maréchal de Grancé est allé le prendre au couvent de Picpus avec deux carrosses à six chievaux du roi et de la reine ; l'ambassadeur se trouvait dans le premier suivi de celui des princes et des princesses ; venaient ensuite quatre voitures de l'ambassadeur et une d'un gentilhomme son compatriote ; le cortège était splendide et la livrée a beaucoup plu ; le lendemain matin, l'ambassadeur eut sa première audience publique chez le roi à St Germain. Le 9, il informe que la Cour a permis la sortie du blé pour Avignon ; et, le 12, que l'on dit qu'à la fin du mois se produira quelque événement en Flandre ; tous les gouverneurs ont reçu l'ordre de se trouver à leur poste ; il y a toujours grande difficulj:é avec l'Espagne touchant la remise de Charlemont, et si, pour le 26, on n'a pas réglé également la question de Liège, Dinant restera à la France... à S* Germain on a représenté l'opéra Proserpine avec succès.

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