INSTRUCTIONS DE BONVISI A PALLAVICINI
comte Délia Torre à Venise, lui ordonnant d'en faire la proposition de manière que l'on s'est déjà engagé. Des difficultés pourront surgir touchant les conditions, mais je veille et avec Contarini je traite avec confiance ; à présent il va de notre réputation à ce que s'achève ce qui est commencé ; j'espère que Lando, qui fut un des promoteurs de la ligue, négociera de bonne foi. On ébruite faussement de Paris et de Ratisbonne la nouvelle de la tractation de la paix, en vue de retarder les subsides du pape et de faire naître des jalousies auprès du roi et des vénitiens ; et afin de dissiper toute occasion, j'ai empêché le retour à Constantinople des interprètes qui fuirent du camp avec le résident, pour qu'on ne puisse dire qu'ils partent chargés de négocier ; j'en ai avisé un ministre, qui déplorait qu'on les gardât ici pour leur maintien. De la Pologne il y a un peu d'opposition, mais la partie est gagnée et les pleins pouvoirs pour ici sont partis (i).
Le 22, il informe le nonce à Varsovie que l'envoyé polonais, qui va être nommé ambassadeur pour les négociations avec Venise, a demandé par un courrier à son roi des instructions touchant sa nomination. Il y en a qui sont d'avis qu'il suffit que l'envoyé reçoive les nouvelles patentes pour la signature de l'acte, afin que la Pologne ait à précéder Venise ; mais il faut considérer les paroles de l'instruction : Accessurus itaque
(i) Le même jour, il ajoute que la. lecture de la lettre du roi à Mgr de Luceoria a fait très-bon effet sur l'empereur ; il apprécie bien l'œuvre du roi, qui en maintenant des rapports avec Tôkoli a sauvé une grande partie de la Hongrie des dévastations, lorsque tout le monde se trouvant sous Vienne, le hongrois aurait pu courir partout dans le pays ; mais à présent le roi, voyant que Tokôli exagère ses prétentions, ne veut plus l'écouter et concourra avec l'empereur à le vaincre aussitôt qu'aura cessé le froid excessif sans précédent de la saison. » Et, à la même date, il informe qu'à Vienne on prépare plusieurs galères pour les mettre sur le Danube afin d'empêcher le transport des provisions des Turcs. On dit qu'à Vienne il y a grande mortalité dans le peuple, à cause du manque de bois à brûler, durant le carnaval la Cour n'a pas donné de fêtes afin d'épargner l'argent pour la guerre, et cela malgré la célébration de mariage de trois dames de la Cour.
Innocent XI — III 60
magnificus legaUis extraor dinar ms ad hoc sahitis publicae negotium pertractandiim in primis opéra dabit ecc. ; on voit que l'on veut qu'il négocie comme ambassadeur. Toutefois, il faut au moins un mois pour qu'il puisse recevoir l'argent, acheter trois carrosses, trois couples de chevaux etc., se monter un train d'ambassadeur et ainsi sera tenue en suspens toute négociation. « Je lui ai conseillé : de montrer à l'empereur ses lettres de créance, de lui demander audience comme ambassadeur incognito et qui n'a pas encore pu préparer l'entrée publique ; de taire part aux autres ambassadeurs de sa nomination et faire des visites ; de mon côté, je le recevrai le premier, pour donner l'exemple, et je commencerai de suite les conférences en attendant qu'arrivent les réponses du roi et les moyens pour se mettre cognito. Le v. chancelier et S. M. trouvèrent mon projet excellent, mais l'envoyé craint que l'ambassadeur de Venise n'y consente pas, et désire une parole de son roi. Je prie V. S. lUme de persuader le roi d'agréer mon projet. Déjà, ajoute-il, depuis le 18 on a écrit au card. Pio que le Sénat a député Ottoboni, le plus ancien des cardinaux nationaux, à jurer le traité, d'où on voit qu'à Venise on a accepté les conditions écrites par l'empereur. Je prie donc V. S. lUme, de faire en sorte que l'envoyé polonais reçoive des instructions pour laisser libre action à la République (i). J'ai dit aussi à l'ambassadeur vénitien qu'il ne faut pas faire mention de Candie ; les vénitiens sont d'avis de donner leur secours en occupant les ports et les places des peuples de l'Albanie, de l'Epire, de la Macédoine etc. ; la République a aussi accepté l'offre de l'empereur de recruter des soldats en Allemagne, et également les services d'un prince de la maison de Brunswick-Wolffenbukel avec un régiment ; par conséquent, il ne faut pas refroidir ces dispositions par des conditions inacceptables ; on peut même espérer que les Morlacques unis aux Croates fassent des
fi) Le II mars, Cybo loue ses instances auprès de l'ambassadeur vénitien pour la ligue de la République avec l'empereur. « C'est ].me affaire, écrit-il, qui tient bien à cœur à N. S. et il espère que V. Em. fera son possible dans le congrès pour la réussite ».
PRETENTIONS DE TOKOLI. 947
incursions eii Bosnie et en Dalmatie, afin d'empêcher tout au moins que les Turcs tirent des troupes de ces provinces ».
A la même date, il informe que Ranuzzi lui ayant écrit que le roi de France ne veut pas de trêve, afin de délibérer dans un congrès général la paix générale, il avait conseillé à l'empereur d'accepter une longue trêve en faisant la même proposition à Mgr de Vienne. « Seulement, le v. chancelier qui lui aussi en avait parlé à S. M. m'a dit qu'ici on veut bien une longue trêve, mais comme si c'était la paix et qu'on ne veut pas l'accepter sans la restitution de quelque place qui assure la tranquillité à l'Allemagne >.
Le 29, Bonvisi prévient Cybo que le nonce en Pologne l'avertit que Tokoli a envoyé une lettre au gr. chancelier, dans laquelle les menaces sont unies aux prières, ce qui laisse soupçonner qu'il doute beaucoup d'être secouru par les Turcs. Le roi semble d'avis qu'on ne peut faire autre chose pour lui que de lui donner le titre de prince de l'empire, tandis qu'il a eu l'illusion de le devenir de toute la Hongrie (i).« Trouvant la proposition acceptable, je l'ai communiquée au v. chancelier pour qu'il en parlât à César, faisant observer que quelquefois il faut avaler de l'amer dans l'intérêt du royaume. L'empereur a chargé le v. chancelier de me dire qu'il approuvait beaucoup les idées du roi, mais qu'il fallait réfléchir sur un sujet aussi important, afin de ne pas offenser les hongrois fidèles, qui resteraient ainsi avec le simple titre de comte ; et il me demande d*attendre quelques jours pour en écrire à Varsovie. J'ai répondu que je suivrai le conseil, faisant toutefois noter qu'il ne s'agissait que d'un simple titre sans principauté effective et qu'il ne fallait pas être trop difficile, lorsqu'il y a 8 mois, des
(i) Le 25 mars, Cybo répond que les considérations de Pallavicini paraissent bonnes à S. S. et peuvent être recommandées si elles sont suffisantes à assurer la pacification de la Hongrie, moyennant une manifestation d'honneur à ce perfide. Cependant les raisons de l'empereur sont importantes aussi et dignes de réflexion. « Ici, on veut ce qui est avantageux à César et S. B. a la conviction que V. Em. aura aussi cela à cœur »,
ministres proposèrent de lui donner non seulement treize comités, mais toute la Hongrie jusqu'au Vago » (i).
Le 4 mars, Cybo lui écrit :
Non sarebbero sufficienti al bisogno le poche forze di Mare d'alcun principe d'Italia per unirle à quelle de Veneziani senza le altre del Rè Catt^^ Onde per queste si sono rinovati gl'ordini al S^ Card. Mellini in Madrid, perche ne reiteri con maggior efficacia gl'ufficii alla M. S., la quale dando le trenta galère délia squadra d'Italia, che ad aprile prossimo dice il S'" V. Rè havrà ail' ordine, e le cinque di Spagna con le altre di N. S. Firenze e Malta, formerebbero frà tutte una considerabile armata. Si compiaccia per tanto V. E. d'insinuar ail' Imp»"^ 'incaricar al S'" Conte di Masfelt, suo ambasciatore in quella Corte, affinche vi contribuisca quanto puô per l'effetto, ail' adempimento del quale è obbligata la M'^ del Rè di dar le galère accennate contro gl'infedeli ad ogni richiesta del Pontefice, secondo l'indulto del sussidio conceduto alla Corona medesima da Pio IV dis. m. (2)
(i) Mais, le 6 mars, il écrit à Pallavicini que la concession du titre est impossible, car on l'a refusé au palatin et on mécontenterait les autres magnats ; surtout que les hongrois donnent tant d'importance aux apparences qu'ils finiraient par le considérer comme effectif ; que du reste César est bien plus disposé à accepter les conseils du roi touchant toutes les satisfactions à donner au royaume pour la restitution des biens, le pardon général et aussi la confirmation des charges, mandat qui a été donné à la commission de Presbourg. Et il conclut qu'ayant fait observer à S. M. qu'on avait manqué dans l'exécution de l'accord avec Schaffenberg, l'empereur fut du même avis, mais dit que Rabatta n'a pu se rencontrer avec les Lithuaniens, ayant été forcé, à cause des grandes neiges, de retourner sur ses pas et qu'il commit la faute de ne pas prendre d'accords avant de se mettre en marche, car en tout cas on devait attendre la fonte de la glace,
(2) Le II avril, Bonvisi lui répond :
Hô rappresentato ail' Imperatore che non sarà di gran momento l'aiuto che si darà contro il Turco délie 3 squadre di N. Sr% Firenze e Malta, se non vi si aggiungono quelle del Rè Cattolico, che sono obligate à militare contro gl'infedeli in conformità de sussidii, che S. M Cattolica riceve dalla S. Sede, e S. M. conosce il profitto che se ne caverebbe, e si nostrô pronto à scriverne, ma diffida di conseguirnc l'intento, mentre gli Spagnoli ne hanno bisogno per la propria difesa. Con qucst' occasione hô ràppresentata l'utilità deir aggiustamento, e già chè l'Inghilterra stima improprie le proposizioni fatte nell' Haya, e che la Francia totalmente le rigetta.col rifîesso