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RECONCILIATION ENTRE POLOGNE ET FRANCE

man ont toujours fait le possible pour éviter d'être en discorde avec tout le monde en même temps, mais on ne peut pas dire cela aujourd'hui, parce que Gênes veut dire toute l'Italie comme il en est de Luxembourg pour l'Allemagne, et si on cédait Courtray il y aurait les jalousies des Hollandais et des Anglais ; et constatant la puissance et la force du très-chrétien, j'ai ajouté qu'il augmenterait sa gloire en détruisant les jalousies qui surgiraient si l'empereur était obligé de conclure la paix avec les Turcs. L'envoyé répondit que son roi ne changerait pas pour quelque raison que ce fût, travaillant toujours pour le bien de la chrétienté et suivant les paternelles exhortations de S. S. Alors j'ai dit que j'en étais persuadé, mais que, pour travailler avec succès, je désirais connaître si l'accommodement qu'on demande à S. S. doit être universel et si, dans le cas où l'empereur et l'empire consentaient à la trêve de dix ans sans prétendre à la restitution des localités occupées et que si les Espagnols acceptaient l'alternative de Courtray et Dixmunda avant la chute de Luxembourg, les Français accepteraient la trêve et que, s'ils prenaient Luxembourg, ils ne prétendraient pas encore autre chose. Il répondit qu'il n'était pas renseigné ; le cas pouvant se présenter que, n'ayant pas accepté une des alternatives dans le terme fixé, après tant de dépenses et de sang versé, on ne veuille Luxembourg par la force et Courtray par traité. Je l'ai quitté en le priant de coopérer à la tranquillité ainsi que le fait N. S. »

Le 20, il informe que le traité d'union entre la Pologne et la France a mis en désarroi l'empereur et les ministres qui jouissent de la confiance de Mgr de Vienne ; « le chancelier de la Cour m'a dit qu'il faut conclure la paix avec les Turcs, ne pouvant plus avoir confiance dans le roi, qui avec l'aide du très-chrétien aurait à son tour traité de la paix et qu'il fallait le prévenir, il ajouta aussi qu'un grand personnage polonais l'avait assuré que la reine est gagnée par le roi de France ; que dans la lettre on nomme regem certum (i) et que cette lettre lui fut montrée. J'ai taché, écrit Bonvisi, de miti-

(i) Mot du latin ancien, venant de Céres, signifiant créateur (N. D).

gSo VENISE ENTRE DANS LA LIGUE.

ger les soupçons, mais je doute d'y avoir réussi. Toutefois après le départ de l'empereur ces ministres s'expliquèrent davantage, laissant comprendre que ces soupçons sont diminués et qu'on en préviendra le card. Pio, me priant de leur répéter par écrit mes observations. Ils ont fait voir ensuite mon mémorial à l'ambassadeur vénitien qui en resta excité, mais, connaissant la nécessité du secret, il participera les déclarations de l'empereur seulement aux Inquisiteurs et au Collège afin qu'ils exigent le serment du Sénat ; mais je crains que l'on discutera sur la volubilité du roi de Pologne (i) ». Et, le 27, il ajoute : «je vois en danger non seulement la ligue avec la République, mais je crains encore que la prochaine Diète sera rompue par l'œuvre des Français. On dit que la reine se montre mécontente de l'empereur parce qu'il n'a pas forcé l'électeur de Bavière à consentir au mariage de sa sœur, tandis que la France leur fait des conditions très-avantageuses. Le nonce en Pologne aussi semble soupçonner quelque intrigue ; que l'on se rapproche de Tokoli afin qu'à la mort de l'empereur il proclame le prince Jacques roi de Hongrie ; et je ne doute pas que cette mort ne survienne

(i) Le 6 juin, écrivant au nonce à Varsovie, il l'engage à déconseiller l'envoi d'un ambassadeur en Perse, trouvant plus opportun de se servir de Mgr de Naxivan et de lui envoyer quelque subside à Hispahan. Bonvisi regrette que l'ambassadeur impérial soit devenu trop encombrant et il se réserve de proposer son remplacement par un envoyé ; pour ce qui a trait aux canons, il fait observer que si les Polonais se plaignent en disant que l'on aurait pu être plus large, on peut répondre qu'ils ont fait sous Vienne un gros butin dont personne n'a rien demandé ; que les Allemands confédérés, à cause des localités oij ils opéraient, ne purent y prendre part et par conséquent qu'il faut être équitable dans le partage des canons... Le projet du roi est très-beau, mais on peut se demander « si les coalisés auront des ailes telles à pouvoir voler » surtout ne connaissant pas les forces des Turcs et celles de Tokoli... « Je croyais avoir obtenu le concours des troupes de la Bavière, mais l'affaire de Luxembourg et les craintes pour l'Italie de la part de l'armée navale, ont fait que les ministres craignent que le très chrétien aspire à la monarchie universelle et qu'il cherche des diversions de tous côtés afin que les Turcs ne soient pas défaits. Mes eonseils perdent ainsi toute valeur; et en voulant s'appliquer des deux côtés à la fois, on devient faible partout ».

AU SUJET DE LA LETTRE DE TOKOLI AU PAPE. gSl

dans quelques années, car il me semble que la vigueur et les forces de César diminuent toujours ; il est rentré en mauvais état, sa femme l'affaiblissant par ses continuels stimulants matrimoniaux ; il y en a même qui disent qu'elle agit de cette manière pour venir plus vite en possession de la régence. Je suis bien affligé, car si en cette année on ne fait pas une bonne campagne, il n'y a plus à espérer pour la future, et si la ligue avec la Pologne est rompue par la haine de la reine, désormais bien claire, Béthunes saura s'en prévaloir et coopérera notre disgrâce, sans compter les machinations des Français et les intrigues des ministres espagnols, qui non contents d'avoir poussé leur roi à la rupture, voudraient à présent y engager aussi l'empereur et finir de le ruiner ».

Le 27, Bonvisi accuse réception de la lettre au nonce de Pologne, ainsi que de celle de Tokoli adressée à S. S. ; à propos de cette dernière il dit qu'en ayant parlé à Mgr de Vienne, il a émis l'opinion que le hongrois l'a envoyée à N. S. uniquement pour gagner les catholiques. « Le passage de la lettre de V. Em. au nonce où il est dit que le royaume de Hongrie est héréditaire et non de libre élection, n'a pas été approuvé. C'est une prétention avancée après la révolte de Nadasti et des magnats, dans l'idée que le royaume perdrait ses privilèges comme ayant été conquis ; le fait qu'à Edembourg furent confirmés tous les privilèges déplut aux hongrois ; par conséquent, en en parlant à présent, Tokoli pourrait en profiter pour créer de nouveaux tumultes. Et monseigneur me pria d'écrire à Pallavicini de supprimer ce passage de la lettre; car César ne refuserait pas de recevoir en grâce Tokoli, mais sous de bonnes conditions et qu'il ne s'agisse pas de le laisser en possession de troupes, de forteresses etc. ; et non plus de lui concéder le prétendu titre de prince, afin de ne pas gâter l'harmonie du royaume. César serait disposé à lui restituer les biens en y ajoutant même des allodiaux, et accepterait que le roi en fût le fidejussor, mais non pour des affaires du royaume, voulant considérer Tokoli comme un simple privé. »

Et, le 8 juillet, Cybo répond à Bonvisi :

E riuscito molto strano à N. S''^ che sia stato appreso sinistramente dairimperatore, e da i suoi ministri che il Rè di Polonia si sia accomodato con quelle di Francia, e che di taie accomodamente sia stata mediatore S. S^^, mentre, e la S^^ Sua non hà fatta altra parte,che quella, che le imponeva la sua carità in procurar la concordia trà i Principi, corne hà fatto sempre, e corne fa tuttavia nelle congiunture presenti ; et il Rè dalla Lega stabilita coU'Imp^*^ vien bene ad esser tenuto à far la guerra contro del Turco, ma non di astenersi dal trattare tutti gli altri suoi affari con piena libertà secondo, che torna più commodo al bene suo, e del suo Regno. Eté riuscita tanto più strana à S. S^^^ simil'apprensione, quanto che tal'accomodamento viene ad assicurare quel Rè dalle sedizioni, che gli potevano esser commosse nel regno, simili à quella, che gli suscité contro anni sono il tesoriere Morstin, e da ogni diversione, che gli potesse esser fatta da qualche principe confinante ; et in questa forma di mettersi in uno statto da non dover dividere, ô rivolger altrove le sue forze, e da poterie impiegar tutte in servitio délia Lega, nella quale egli hà giurato di restar sino aU'ultimo spirito. Ne l'esser un ministro di Francia in Polonia puo mai impedire al Rè la continuatione délia medesima Lega, mentre l'esser in Venetia unambasciatore del Rè Xpmo et in Parigi uno di Venetia, non hà impedito che la Rep'^^ entri in detta Lega, ne impedirà che vi continui con ogni sincerità e vigore. Il Rè di Polonia hà sin hora operato con tanto zelo, et hà acquistato tanto merito coirimp^'^ nella campagna passatacon esser venuto in persona col suo figlio primogenito, et essersi esposto con le migliori forze del suo regno per salvar Vienna, che non pare, che possano concepirsi cosî di leggieri da cotesta Corte sospetti contro di lui. Deve dunque V. E. adoperarsi con tutta la sua prudenza per dissiparli, e per far considerare airimp"^^, che non è servitio suo, ne délia causa publica il far simili querele, et l'adombrarsi, anco per non dar un giusto pretesto à quel Rè di alienarsi, e di abbandonar la Lega nel veder interpretar cosi malamente le sue azioni. ecc. (i).

(i) Et, le même jour, il ajoute : du moment que le roi est obligé de rétablir la bonne intelligence avec la France, il vaut mieux que tout se passe en plein soleil, sans traité secret et par les mains de S. S. qui, comme Père commun et comme intervenu à la ligue, a pu se persuader de la ferme volonté du roi de ne pas se séparer de l'union avec l'empereur. « L'envoyé de Pologne le déclare hautement, et même hier il me répéta que son roi connaissait sa dette non seulement d'honneur, mais encore de conscience par le

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