VENISE DECLARE LA GUERRE AUX TURCS. IO
veut publier un manifeste en turc, faisant voir que l'on a conclu la ligue parce que les Turcs faisaient peser sur la République une paix déloyale et onéreuse. Dans le Pregadi du soir, Leonardo Mocenigo a fait comprendre que pour la guerre il faudra faire vite et aussi de grands efforts, afin d'éviter les malheurs de la dernière, qui advinrent par suite de la lenteur des armements, ce qui exténua peu à peu la République ; tandis qu'avec un effort on la rendra capable de faire de nombreuses conquêtes. Le Sénat s'est montré très excité et Pietro Valiero, pour en apaiser l'émotion, assura qu'on fera tous les efforts possibles et qu'on acceptera toutes les offres de levées faites en public, comme on a accepté celle de 2000 allemands de la part du comte Buch avec prime de 8 ungheri par soldat ; on dit aussi que si le duc de Parme ne fait pas la sienne de 3000, on priera S. S. de permettre l'enrôlement dans ses Etats (i).
Le 19, Bônvisi transmet à Cybo la copie de la réponse que, le 21, il fit à Mgr Ranuzzi prenant acte des bonnes dispositions du très-chrétien qui, tout en ordonnant de grands préparatifs pour la guerre, désire l'éviter autant que les coalisés. Il reconnaît que, grâce à la Providence, on a un congrès sans négociations préalables ; toutefois il aurait désiré que N. S. eût le mérite d'éteindre le feu, mais afin d'atteindre le but nous devons être contents et travailler à la réussite des négociations à La Haye. « Je tâche de faire le possible, écrit-il, et je suis d'avis que si on arrive à assurer la tranquilité dans les affaires de l'Allemagne et de la France, il serait facile d'arriver à la trêve proposée par le très-chrétien (2). La longue
(i) Le 25, Cybo lui annonçait que N. S, a été bien consolé de lire l'approbation du Sénat et la signature du Doge. Et, le ler avril, Cybo se dit aussi content des préparatifs faits pour la guerre, et il l'engage à l'informer de tout ce qui pourra arriver. Le i8 mars, il lui avait déjà écrit, que N. S. a loué Bonvisi pour le zèle et l'intelligence qu'il a mis à suivre les instructions de S. S.
(2) De La Haye, le 18 février 1684. Son Excellence Mr le Comte d'Avaux, ambassadeur extraordinaire de France, a présenté ce matin un mémorial à
trêve demandée est une paix, et comme un vainqueur ne garde pas tout ce qu'il a occupé, ainsi le roi de France devrait céder quelque chose, et la ligue s'étendre à tous, mêmes aux princes d'Italie, car il n'est pas sérieux de promettre de ne pas envahir directement les Etats du roi catholique s'il est permis de battre les princes qui pouvaient l'aider. En rendant la visite au marquis de Sébe ville, envoyé de France, j'ai répété les mêmes choses, avouant que, sur ces bases, je 'travaillerais avec plus de fruit ; mais le marquis dit que le très-chrétien avait fait des propositions générales. A cela j'ai répliqué que
Messrs les Estais, par le quel il expose, que le Roy son maistre à l'égard de l'Empire a offert une treuve de 20 ans, et qu'a l'égard de l'Espagne il se contentera d'un des équivalents proposés le 5 novembre dernier, et que si l'on ne peut en convenir si tost, qu'il serait à désirer pour le bien de la Chrestientè, Sa Maiestè veut bien luy accorder la mesme treuve, qu'à l'Empire ; Son Excellence ayant pouvoir d'en signer le Traité à la Haye, et Mr le Comte de Crecy à Ratisbonne Que s'il se rencontre encore quelque retardement à l'acceptation de ces offres, Sa Majesté promet, que si les Estats s'engagent présentement par Traité appuyé de la guarantie du Roy d'Angleterre de faire agréer à l'Espagne dans 3 mois l'un' des équivalents, ou la Treuve de 20 ans, elle faira cesser tous actes d'hostilité contre les places, et terres d'Espagne en quelque lieu, qu'elfes soient situées à condition, que si l'Espagne n'accepte pas dans ces trois mois une de ces alternatives, les trouppes, que les Estats ont au Pays-bas, ne seront employées, qu'à la defence des places," que l'Espagne y a, et qu'ils ne luy donneront aucun nouveau secours ailleurs contre Sa Majesté, ny contre ses alliez, moyennant quoy Sa Majesté s'obligera aussy de n'attaquer, n'y s'emparer d'aucune place au Pays-bas pour quelque raison, que ce puisse estre, et de ne faire la guerre dans le plat Pays, si les Espagnols s'en abstienent. Sa Majesté se reservant de porter ses armes ailleurs, jusques à ce, qu'ils ayent restabli la paix, qu'ils ont rompue ; que si les Estats ne veulent pas faire cet engagement, et empêcher neantmoins, qu'il n'arrive aucun changement au Pays-bas, Sa Majesté veut bien accorder une Treuve au dit Pays-bas tant, que la guerre durera ailleurs, pourven que les Estats s'engagent par un Traité guarantie par le Roy d'Angleterre, de n'enployer les trouppes, qu'ils y ont, qu'à la defence des places, et de ne donner aucun autre secours à l'Espagne en quelque endroit, que ce soit, qu'elle veut bien s'obliger de ne faire aucun autre acte d'hostilité au Pays-bas, pourveu que les Espagnols s'en abstiennent, et que quand mesme ils vouloipnt y continuer la guerre, Sa Majesté s'obligera de ne la faire, que dans le plat Pays, en sorte que la barrière n'en sera pas rompue.