FAUX BRUITS TOUCHANT LA FRANCE. IO
Le 3, Ranuzzi annonce à Cybo (i) que Mellini écrit qu'à la Cour on commence à vouloir l'accord, auquel travaillent les ambassadeurs de l'empereur et de Venise, et que dans le Conseil il y a eu deux voix en faveur. « Bonvisi m'écrit de Vienne que je dois m'efforcer d'obtenir la démolition de la forteresse de Kiel et la restitution de Fribourg. En attendant on n'a pas encore vu le nouveau projet que l'on suppose envoyé par la Hollande à l'Angleterre pour qu'elle le propose ici. Il paraît qu'en Hollande renait la tranquillité intérieure et que l'on est disposé à aider l'Espagne. Mais ici, ajoute-t-il, on persiste à ne rien vouloir céder des pays voisins de Luxembourg, les Hollandais demandent qu'ils restent aux Espagnols qui considèrent ces contrées nécessaires au ravitaillement et à la conservation de Luxembourg ; mais, au contraire, le très-chrétien ne veut pas y renoncer afin de ne pas avantager cette
n'a en vue que le service de Dieu et le bien public. Mr Lando, qui eut l'autre jour une longue audience du pape, pourra témoigner de la rectitude des intentions de S. B. Et, le 2g, il ajoute « il n'y a aucun fondement dans ce que V S. écrit avoir été représenté par Lando au Sénat touchant la différence des dîmes, car Lando m'a exprimé des sentiments de reconnaissance envers S. S. pour les grâces concédées à la République ».
(i) Le 4, Cybo lui mande :
Su la buona l'intenzione di V. S. Illma nel differire di presentar' al Rè il Brève di N. Sre trasmcssole da me li 4 del passato Gennaro, e S. Be n'è stata pienamente persuasa : ma non pareva che dovesse differirsi, perché essendosi allora dichiarata la guerra trà le Corone, premeva grandemente à S. Be il sappresentar subito il suo sentimento à S. Mtà, e sodisfare alla sua obligazione con esortarla all'aggiustamento, per l'imminente e nuova invasione che minacciava il Turco, secondo il quai fine si giudicava da alcuni convenisse di spedir il suddetto Brève à V. S. Illma per corriero straordinario col far lo stesso in Spagna. Per tutto ciô non intende la Stà S. d'obligar lei à non usare del suo prudente arbitrio nell'esecuzione degli ordini, che ricevesse in altre occasioni, quando ella havesse giusti motivi per doverli trattenere, anzi le lascia intiera la libertà di regolarsi in ciô secondo che V. S. Ill^a ch'è su'l luQgo, giudicherà esser più espediente per il buon servizio di S. Be, e degli affari, l'esito felice de' quali dipende moite volte dalle circostanze presenti solo à chi opéra. E etc.
Le même jour, il le conseille de se tenir toujours en correspondance avec Mellini et Bonvisi pour s'uniformer dans les démarches touchant la trêve.
ville. Croissy m'a dit à ce sujet que le roi refuse cette concession, qui permettrait aux Espagnols de lui nuire, estimant suffisant un chemin de communication entre Luxembourg et Namur. Les Espagnols de leur côté disent que sans ces villages la France pourrait facilement occuper Luxembourg en empêchant cette communication... Quant à ce qui est de l'empereur, il est impossible de persuader le très-chrétien de démolir Kiel, qui est un appendice des forteresses de Strasbourg (i) nécessaire à la défense du pont et à assurer le passage du Rhin. Et au sujet de la restitution de Fribourg, Croissy m'a répliqué par les mêmes raisons, ne tenant aucun compte de mes observations touchant l'intérêt qu'a cette Couronne à éviter une guerre en faisant un accord, car la guerre peut traîner longtemps et être même désastreuse, vu les jalousies excitées chez presque tous les princes d'Europe contre la puissance et les projets de la France. Mais on tient bon, car, comme m'a dit Croissy, les négociations touchant l'empire étant renvoyées de La Haye à Ratisbonne, on espère que l'empereur sera obligé d'accepter la trêve et de laisser les choses comme elles se trouvent. J'ai écrit à Bonvisi que je ferai mon possible pour obtenir la restitution de Fribourg, mais qu'en attendant S. Em. travaille afin que l'empereur accepte la trêve de lo ans » (2).
Le 9, Visconti, de Cologne, informe Cybo : que dans les
(i) Le 15, Cybo, en réponse à la dépêche du 27 mars écrit : « N. S. loue l'exactitude et l'attention zélée de N. S. ; et je l'assure bien volontiers que l'une et l'autre sont appréciées par la bénignité de N. S. Et, le même jour, il écrit que N. S. a appris avec plaisir les considérations exposées au roi par V. S. afin de faciliter le repos de la chrétienté ; il regrette seulement que S. M. ne se laisse pas persuader de changer d'idées et il engage V. S. à ne pas perdre d'occasion pour procurer le bien de la concorde tant nécessaire à présent.
(2) Le 14, il avertit que Mellinr lui annonce que le Conseil a proposé de faire la guerre, et que ses démarches sont déjouées par les intrigues de la Cour contre Médina, ce ministre étant considéré comme l'auteur de la déclaration de guerre. Et le parti qui était contraire à la guerre, à présent la veut afin d'en faire retomber sur lui la responsabilité. Toutefois il faut espérer que l'on triomphera des intrigues.