L'ALLEMAGNE S'AGITE. IO
derniers jours on a publié que les Français sont entrés à Bonn et Reimberg, villes de cet électeur, la première sur le Rhin, la seconde à 9 heures de Cologne à la frontière de la Hollande; on affirme même que, tandis que les Français sont en Flandre, l'armée de S. A. — enrôlée, dit-on, avec l'argent du trèschrétien — serait entrée en Hollande. A la suite de ces faits, les Hollandais menaceraient de rentrer dans l'électorat pour tout incendier. Ces bruits ont eu leur origine de ce que le duc de Choiseul a été appelé par l'électeur, comme personne capable d'organiser l'armée, alors que S. A. ne veut que la paix ou la trêve. « On m'assure, écrit Visconti, que dans l'armée ici, il n'y a que 8 français, liés par serment à l'électeur, et à la condition de pouvoir s'en aller si on était en guerre avec le très-chrétien, et l'électeur affirme que son armée a été réunie avec son propre argent et celui du duc de Bavière. On dit que M. de St Boneau, envoyé de France, a proposé à l'électeur de Trêves : 1°, que son Ex. entre dans la ligue de neutralité qu'on dit conclue entre Pologne, Danemark et Brandebourg, pour la défense de leurs Etats ou, comme d'autres disent, pour empêcher les troupes impériales d'aller au secours de la Flandre ; en second lieu, il demande la démolition de la forteresse de Trêves et troisièmement, le libre passage, par son Etat, aux Français. On ignore ce que l'électeur a répondu sur le premier point, mais, sur le second, il a dit que la démolition ne dépend pas de lui mais du chapitre ; toutefois, il est vrai que n'ayant pas les moyens de maintenir une garnison dans les forteresses, l'électeur a déjà déclaré aux propriétaires des terres où elles se trouvent qu'il se vaudrait de leurs biens. Sur la troisième demande, il observa qu'il n'avait pas de forces suffisantes pour s'opposer au passage de troupes par son Etat, faisant remarquer en outre que le passage du Rhin dépendait du gouverneur de la forteresse d'Erberstem, au service de l'empereur, et que, par conséquent, il faut s'entendre avec lui ; et on ajoute que le gouverneur, interpellé, aurait répondu que, n'ayant aucun ordre de l'empereur, il s'opposerait au passage. Dernièrement, on a dit que l'électeur de Brandebourg s'était allié avec la maison de Bruns-
wick et, qu'au cas de mouvements des troupes françaises en Flandre, il voudrait entrer dans les évêchés de Munster, Hildesheim et Cologne; mais ce sont des bruits sans beaucoup de valeur. Toutefois, d'ordre de l'électeur, on travaille à mettre en état la forteresse de Reimberg ».
Le 10, Ranuzzi, poursuit :
Pare nora svanita la speranza di Pace, mentre non havendo voluto il Re accetare la proposilione fatta dalle Provincie unité, ne dall' altra parte farsi alcun' altro passo, anzi havendo 1 Ministri dei Collegati ail' Haye risposto aile insinuazioni del Re d'Inghilterra, che non si poteva dal canto loro far piii di quello (i) che si è offerto, resta incagliato il trattato. lo ho nuovamente parlato al Sig'" di Croissy e non solamente non ho trovata alcuna dispositione à piegare, ma più tosto si è dichia-
(i) Le 25, Bonvisi lui répond : « un ministre qui jouit de plus d'autorité dans l'empire m'a dit que César mettait toute sa confiance dans les démarches de N.S., espérant davantage de lui que du roi d'Angleterre, parce que tout était limité à deux points : premièrement que la trêve soit réduite à 10 ans, concession que César espère faire, et deuxièmement que les Français rétendent à tous ceux qui veulent entrer dans l'accord. Le mmistre se réjouit de voir que les difficultés avec les Espagnols diminuent et qu'il sera facile de les persuader à faire quelque concession pour le bien général. Il promit aussi, quant à l'empereur et aux coalisés, de les rendre modérés, ayant représenté à S. M. que du moment qu'on restitue Fribourg fortifié comme il est, ce ne serait pas une grande perte de laisser Brissac, car Fribourg vaut bien Brissac et la Souabe serait garantie des invasions ; il m'a dit qu'il espérait que César se laisserait persuader, mais qu'en aucune façon on ne devait permettre que le fort de Kiel soit dans les mains des Français, car ayant à leurs épaules la grande place de Strasbourg, ils pourraient envahir l'Allemagne ; que c'était contraire au traité de Westphalie ; que pour sa sûreté il faut qu'il soit restitué pour empêcher à toute armée le passage du pont en temps de guerre. Si la France fait des difficultés on pourrait y mettre un préside suisse neutre. Je ne peux pas assurer, écrit-il, que l'empereur et les coalisés pensent de cette manière, mais ce ministre a beaucoup d'autorité et, par conséquent, je peux dire que, laissant Brissac aux Français, toute la difficulté sera la forteresse de Kiel et la restitution de Fribourg. Du reste, conclut-il, si on dit à V. S Illme que le roi de France n'y consent pas, y ayant dépensé six millioçis, elle peut faire remarquer qu'on a fait autant et peut-être plus à Charleroy qu'on a cédé ; en échange, à présent, on a Strasbourg et tant d'autres localités à pouvoir bien organiser la France ».