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LES LANGES POUR LE FILS DU DAUPHIN. I

éveillera en lui des sentiments d'équité ; cette espérance s'appuie aussi sur ce qu'a dit cet ami à V. S. J'en ai donné avis au duc d'Estrées qui en écrira au roi » (i). Le 2 novembre, Lauri annonce de Fontainebleau à Cybo : « j'ai communiqué à la Cour le texte de la lettre du 16, touchant l'envoi du nonce et tout le monde en est dans la joie, d'autant plus que S. S. n'y était pas obligée. La Cour y voit la preuve des bonnes intentions de N. S. touchant les demandes des satisfactions du roi, avec correspondance de sa part. Il serait bon toutefois, écritil, que l'arrivée du nonce eût lieu avant que puissent surgir d'autres nouveautés ; et si le prélat comprend le français, cela vaudrait mieux parce qu'ainsi il pourra parler seul à seul avec S. M. Le roi comprend l'italien mais il ne le parle pas. Du fait de l'envoi d'un nonce le pape pourra prétendre à quelque satisfaction à propos du cadavre de Varese et à la garantie que de nouveaux attentats ne se produiront plus à l'avenir. Sur ce dernier point personne ne doute que N. S. puisse se dispenser de l'exiger, et en effet V. Em. me dit que le roi l'a déjà donnée. Quant à la première prétention beaucoup étaient convaincus que N. S. en aurait facilité la réalisation par l'envoi d'un nonce ; et à présent que les négociations ont abouti je ne sais quelle attitude tiendra le roi ; peut-être fera-t-il présenter quelque excuse avant ou après l'arrivée du nonce !... On remarque que Mgr de Paris n'est plus venu à Fontainebleau depuis que la Cour s'y trouve ; de même Mgr de Reims ; quant à celui-ci, le roi lui avait fait dire de rentrer dans son diocèse, déjà lorsqu'il parlait mal du confesseur du roi ».Et, leg, il informe qu'un personnage de la Cour lui a dit que le roi se montre indifférent à l'annonce de l'arrivée du nonce porteur des langes, et on attribue cela au refus du pape de confirmer la nomination des deux évêques. « Malgré tout, écrit-il, il n'y

(i) Le 26, Lauri informe que dans des lettres de Rome on lit qu'on a rompu les négociations parce que S. S. a été dégoûtée des pressions qu'on faisait sur Ottoboni. Le pape aurait averti le cardinal que si, dans quelques jours, il ne recevait pas pleine satisfaction, tout serait rompu et qu'on passerait aux censures. Le roi en serait bien fâché et on croit qu'il convoquera l'assemblée du clergé.

a pas à douter du plaisir de S. M., car il me revient qu'elle le désirait beaucoup et voulait en faire parler à S. S., mais qu'elle craignait son refus. Malagola fut accompagné par un valet de S. M. à la frontière d'Italie et avec une lettre de cachet » (i).

Le 4 janvier 1683, Lauri informa Cybo qu'un ami causant de Rome avec Mgr de Paris, il lui dit que pour rétablir les bons rapports entre les deux Cours, il fallait faire qu'un nonce résidât à Paris, mais que cela ne suffisait pas encore, si on ne rétablissait pas la bonne intelligence entre ce nonce et l'arche- X vêque, de manière qu'étant d'accord, ils pussent éliminer les obstacles. On parla ensuite de la mort de Varese et de la prétention de Mgr de Paris d'avoir la main ; et l'archevêque, tout en défendant sa conduite dans cette occasion, écouta volontiers les raisons contraires. Ils se sont revus et l'ami croit que Monseigneur est ébranlé dans ses anciennes idées et indécis... Et Lauri conclut, que si Monseigneur veut changer de conduite il commencera par sacrifier au bien public ses satisfactions personnelles touchant l'affaire du nonce (2). Et, le 20, il écrit : que jusqu'à présent il avait cru que l'archevêque a été toujours de l'avis de se tenir écarté de Rome à cause de la main au nonce, « toutefois on vient de m'assurer qu'il y a quelques années, dans une conversation avec le roi, il se montrait tellement favorable à Rome, que S. M. lui demanda s'il parlait de cette manière espérant des faveurs de Rome. Cette observation royale aurait persuadé le prélat de se montrer contraire à Rome pour mieux s'attirer les faveurs du roi ; je crois que ce fait peut être vrai » (3).

(i) Le 6, il avait écrit qu'on ne s'était pas contenté de la déclaration de Malagola pour ne plus l'ennuyer, mais qu'on le tenait prisonnier dans sa chambre, et que refusant de signer une rétractation, un valet de S. M. est venu le prendre. (Voir Ile Partie, ch. Défense de la foi).

(2) Mais, le 8, il ajoute c[ue l'ami l'a averti cjue l'archevêque semble ne pas vouloir d'accommodement ; il est déjà disposé à ne pas prétendre à la juridiction sur le nonce, mais il hésite au sujet de la main...,La Chaise aussi se montre persuadé de l'arrivée d'un nonce.

(3) Le 4, il avait annoncé à Cybo : que de l'Angleterre était venu l'avis que l'ambassadeur de Hollande a proposé un congrès général pour la paix

l'archevêque de paris moins exigeant. 139

Le 15 mars, Lauri informe que le choix de Mgr Ranucci a été bien accueilli ; mais il avertit que si le nonce arrive vers la fin d'avril il trouvera la Cour absente (i). Et, le 26, il écrit : que les amis du cardinal d'Estrées disent qu'aussitôt que Mgr Ranucci aura présenté les langes il rentrera en Italie... Comme le roi va partir bientôt, il serait plus opportun que le nonce vint à son retour. Et, le 2 avril, il ajoute que si le nonce arrive avant le départ du roi il ne sera pas même reçu en privé.

Le 20, Cybo annonce à Lauri que N. S. a béni les langes pour le petit duc de Bourgogne et que Mgr Ranucci se prépare à partir après Pâques. Et, le même jour, il ajoute que le nonce partira dans la semaine de Civitavecchia, sur une galère pontificale qui doit le débarquer à Marseille, et, par voie de terre, le prélat se rendra à la Cour.

Le 26, Lauri écrit :

Havutosi qui avviso del seguito in Milano nella morte di Mons»" Nunzio Airoldi, hô sentito clie da tal successo si voglia qui prendere argomento di dire, che gli Arcivescovi nelle proprie loro residenze siano sopra i Nunzii apostolici. E sebene il caso di Mons'" Airoldi, che si trovava fuori dalla provincia alla quale era destinato Nunzio, sia molto diverso da quello di Mons"" Varese, che mori in Provincia ; nondimeno qui credono di toglier la differenza, con dire, che sicome Mons'" Airoldi fuori dello Stato délia Republica di Venetia non perdeva il carattere di Nunzio, ma solamente gli mancava la giurisdizione,

avec les princes de l'empire, et que l'Angleterre en aurait la médiation... que le gr. chancelier du Parlement procède contre le marquis de Richelieu pour le rapt de Meiie Mazzarin ; que le 11, le comte Vescin, âgé de 20 ans, fils naturel du roi est décédé... que l'on a publié un arrêt qui ordonne la démolition de trois temples huguenots ; et enfin, le 15, qu'était mort Rossignol, célèbre pour déchiffrer les dépêches ; et le même jour il ajoute qu'à la Poste on ouvre ses dépêches.

(i) Le 12, il écrivait qu'il croyait opportun que Mgr Ranucci fut pourvu de chiffres différents, composés avec plus de soin afin de pouvoir les changer alternativement, car ici, disait-il, les précautions sont plus nécessaires qu'ailleurs.

cosî non sia punto différente da un Nunzio in Francia, il quale non hà, dicono essi, alcuna sorte di giurisdizione ; ma solamente un carattere corne Amb^^. Hô creduto di dover informar V. E. di cio che qui ho sentito discorrere, particolarmente in ordine à cio, che tal voUa potesse costi di chiararsi per le cose hora accadute in Milano (i).

Le 10 mai, Mgr Ranucci annonce son arrivée à Tropez. Et, le 15, il écrit de Marseille que sa traversée sur mer a été longue, à cause du mauvais temps ; la flotte en route pour Alger a subi bien des dégâts par la tempête : cinq vaisseaux sont rentrés à Toulon avec les mâts brisés et on a perdu deux barques chargées de bombes. « Lauri m'a prévenu, ajoute-t-il, que vers le 26 le roi partira pour la Bourgogne et que je ne pourrai le voir qu'à Paris. » Le 24, il écrit de Lyon, venant d'Aix où il avait vu le cardinal Grimaldi, et raconte avoir aussi visité Avignon (2). •

(i) Mais, le 18 mai, Cybo lui répond que les difficultés surgies à Milan, à propos des funérailles du nonce Airoldi, sont bien différentes de celles qui ont eu Heu jadis à Paris à propos du cadavre de Mgr Varese. A Milan, la question touchait le catafalque qui n'était point conforme à ce que l'on avait décidé entre les parents du défunt et le cardinal archevêque ; tandis qu'à Paris fut mise en question la juridiction. Jamais du reste le cardinal Visconti n'aurait osé, après tant de bénéfices reçus de S. S., faire un acte qui eut été une offense à lui-même, comme cardinal,

{2) Le 3 juin, d'Orléans, il informe : qu'arrivé à Nevers il reçut un courrier porteur de deux lettres de Croissy, lui annonçant que deux commis du ministre étaient en route à sa recherche. « Je me suis arrêté, écrit-il, et deux jours après d'Iberville, commis de Croissy, vint me voir et m'annonça que, du moment jque je n'étais pas arrivé en France avant le départ du roi, S. M. désirait que je m'arrêtasse à Nevers. J'ai répondu qu'ayant dépassé cette ville, je n'avais aucune envie de refaire le chemin; que je préférais aller à Paris, y demeurer incognito en attendant les ordres de S. M. ; qu'en tout cas, je m'arrêterais à Orléans, endroit plus commode. Iberville insista pour me faire rebrousser chemin, mais, sur mon refus, il avoua qu'il était chargé de m'accompagner et finit par se contenter que je restasse àOrléans. Etant près d'Auxerre où se trouvait la Cour, j'y envoyai mon auditeur avec une lettre pour Croissy, lui demandant de pouvoir aller à Paris y attendre le roi, ou de suivre la Cour dans son voyage. Mon auditeur s'acquitta de la commission. Croissy lui déclara que le roi avait retardé son départ de Paris pour me recevoir, mais apprenant que j'avais pris la voie de mer, il partit

MGR RANUCCI DOIT s'ARRÊTER A ORLÉANS. I4I

Le 13 juin, il dément le contenu d'un feuillet rapportant qu'il avait écrit à Mgr de Paris une lettre de compliments ; non seulement il affirme ne pas l'avoir écrite, mais encore qu'il n'a fait aucune démarche auprès de ce prélat (i). Le 20, en informant qu'Iberville vient le voir chaque jour, il ajoute : « je me conduis avec lui de façon à lui faire comprendre que je n'approuve pas la consigne qu'il dit avoir de retarder mon départ pour Paris, sans toutefois laisser voir que j'en suis fâché. En attendant de recevoir les ordres de V. Em., je pratique la dissimulation afin d'être prêt à prendre la résolution qu'il plaira à S. S (2) ». Et, le même jour, il ajoute que : « Iberville ayant lu dans des feuilles de Bruxelles qu'il est ici avec un autre commis pour me surveiller, il m'a dit que cela doit avoir été écrit par Lauri ; il sait que l'abbé en a parlé à un de ses amis, et il me déclara être resté quelques jours sans venir me voir, pour ne pas éveiller de soupçons, car il ne demeurait à Orléans que pour me rendre honneur. J'ai remarqué que ces jours-ci les visiteurs ont été plus nombreux. J'ai

aussi après m'avoir dépêché une lettre disant de m'arrêter à Avignon où je recevrais l'ordre de continuer mon voyage ; mais le courrier étant arrivé après mon passage, on avait expédié d'Iberville avec un message. Croissy évita de parler d'Orléans comme le lieu où je po'ivais rester, mais il écarta l'idée que j'avais exprimée de suivre la Cour, car bien que le roi eut voulu me voir plus tôt, il désirait m'épargner les désagréments d'un voyage. Et, le jour suivant, Iberville me répéta tout ce qu'il avait dit la veille, ajoutant qu'on ne voulait absolument pas que j'arrivasse à Paris avant la Cour, et que je pouvais me reposer ici. D'Iberville a fini par me dire cju'à Paris il y avait toujours des esprits turbulents et, qu'à mon arrivée, on aurait inventé des cabales, troublant davantage les choses. Par conséquent je reste ici». Et, le 7, il ajoute qu'Iberville séjourne toujours à Orléans sous le prétexte de veiller à ce que tout le monde le traite avec respect,

(i) Le 7, Lauri avertit Cybo que l'on dit que Mgr. Ranucci a été invité par un commis de Croissy de se tenir loin de Paris ; et que l'archevêque déclare n'y être pour rien. Le même jour, l'abbé écrit que le bruit court que N. S. fait faire des démarches pour qu'un Ncubourg épouse l'Infante de Portugal, tandis qu'ici on voudrait la marier au prince de La Roche.

(2) Le 15, Cybo félicite Ranucci de son voyage et de son arrivée à Lyon ; et lui exprime l'espoir de recevoir de bannes nouvelles des préparatifs de Lauri pour son arrivée à Paris.

répondu à Iberville que, le fait qu'il était obligé de rester ici, ne pouvait manquer de donner lieu à des racontars ». Le 21, Lauri informe. Cybo qu'il a loué une maison pour Mgr. Ranucci pour 300 livres de location ; que dans le contrat il est stipulé que le nonce pourra la quitter au bout de 6 mois, s'il le veut, et ensuite par trimestre. La maison a belle apparence et est très commode (i).

Le 29, Cybo approuve Ranucci d'avoir suivi le conseil de Croissy d'attendre le retour du roi, quoique S. S. eut désiré que S. M. reçut plus tôt le bref relatif à la Hongrie.

Le 5 juillet, Ranucci écrit de nouveau qu'il attend toujours la rentrée du roi ; et, le même jour, il se défend de ce qu'on aura pu dire sur son retard et sa décision de ne pas agir contre la volonté du roi. Mais, le 6, Cybo l'assure qu'à Rome on ne sait rien de la prétendue lettre à Mgr de Paris (2).

Enfin, le 12, Ranucci annonce de Paris qu'il vient d'arriver ; que le 16 juin il avait reçu une lettre de Croissy qui l'avertissait que, le 20, le roi serait à Versailles ; et que S. M. désirait le voir au plus tôt, d'autant plus que par sa sagesse durant son séjour en France, il avait beaucoup gagné dans l'estime de S. M. (3) Le 19, il ajoute qu'un des ministres est venu le voir

(i) Le 5 juillet, il lui mande encore :

Viene asscrito, che Monsi" Arcivescovo di Parigi habbia detto, che il Rè non haveva voluto permettere di entrare in 'questa città durante l'assenza délia Mtà Sua per dubbio che non si prevalesse di tal congiuntura per far pratiche con Vescovi, et altri ecclesiastici contro il servitio di S. MtàForse per questi sospetti medesimi viene tuttavia osservata la mia casa, benchè non con quella assiduità, che si è praticata ne primi 12 giorni. lo non sô con quai fine le persone si muovano ad istillare nell'animo dcl Rè sospetti cosî lontani dal vero.

(2) Et, le 6 août, Cybo lui déclare que ce ne sont pas seulement des feuilles de Bruxelles qui ont annoncé qu'il était surveillé par deux commis de Croissy.

(3) De son côté, le même jour Lauri écrit que, hier sur les 22 heures, Mgr Ranucci est arrivé à Paris. « Il a été rencontré par plusieurs carrosses, où je me trouvais en compagnie de deux chevaliers bolognais de la maison Marsili, l'un, cousin de Silvio Marsili et l'autre, neveu du marquis ; il ajoute qu'il sera bien content de servir le nonce ».

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