MGR RANUCCI ARRIVE A PARIS. I
et l'a informé que des courriers de Vienne disent que la situation est très-mauvaise et que cette ville sera perdue dans cinq jours ; toutefois, s'étant rendu chez l'ambassadeur du roi catholique, il a appris que celui-ci savait par le duc d'Orléans que l'empereur s'est rendu à Linz, qu'il ira peut-être à Ratisbonne ; que le duc de Lorraine se retirait sur Vienne et que les troupes sont en train de passer le Danube.
Le 23, Ranucci rend compte dans deux lettres de sa première conversation avec Croissy : l'une regarde la demande du pape de secours pour l'empereur "(i), et la seconde les différends entre Rome et Paris ; et à cet égard le nonce écrit : « le ministre parla aussi de la Régale et me dit que le roi était en situation de faire de grandes choses pour la religion et que, uni à un pape aussi saint, ils pourraient ensemble accomplir les actions les plus importantes ; mais que toutefois la bonne disposition du roi était paralysée par le peu de satisfactions qu'il recevait de N. S. dans les affaires et spécialement à propos de la Régale, comme aussi pour pourvoir de titulaires les églises vacantes. Touchant la Régale, Croissy dit que le roi avait abandonné beaucoup de ce qu'on lui devait et qu'il avait le droit de garder, comme tous ses prédécesseurs ; que quant aux églises, voyant qu'il ne peut pas obtenir de pasteurs pour tant de fidèles qui en manquent, S. M. doit chercher les remèdes selon l'église gallicane et les droits de son royaume. Qu'il n'était pas juste d'imputer, comme crime, à des prélats de s'être trouvés réunis dans l'assemblée du clergé, convoqué avec le consentement du roi, et qui avait approuvé tout ce qui avait été fait, donnant preuve d'une grande dévotion pour S. M... A tout cela, j'ai répondu, écrit Ranucci, que le pape avait toujours une grande affection pour S. M. ; qu'en différentes occasions il en avait donné les preuves, n'étant capable d'agir que selon la justice, la conscience et le zèle pour la conservation de la discipline ecclésiastique ; qu'à l'égard de
(i) Voir le chapitre XIV.
la Régale, N. S. ne pouvait pas se soustraire à l'obligation qu'il a d'avoir soin du salut du roi, et S. S. étant convaincue qu'il n'a pas pu signer le décret de l'extension de la Régale sans grever sa conscience, par cette considération, elle trouve que le roi devrait se montrer condescendant aux conseils du pape et reconnaître que, de cette manière, on finira par altérer les bons rapports existants entre eux ; et du reste S. M. devait plutôt, dans les' affaires qui sont en suspens, faire montre de cette grande prudence qui n'aurait jamais permis de contrevenir à des choses si délicates... Croissy répliqua que le royaume conserverait toujours une foi inébranlable dans les dogmes et que, pour la conserver, le roi était tout disposé d'en finir avec les Huguenots ; du reste, tandis que 1^ roi estime juste ce qu'il fait, et que le pape ne veut pas le reconnaître, que peut décider le ministre, à moins qu'il n'arrive un ange du ciel ? Il ajouta aussi que le roi avait reçu bien plus de satisfactions des autres pontifes, bien que S. S. ait eu plus d'occasions d'admirer les actions du roi pour le bien qu'il a* fait durant son pontificat. J'ai répondu en affirmant les sentiments paternels de N. S., mais ne croyant pas devoir continuer la conversation, sans l'ordre de négocier, j'ai pris congé de Croissy, »
Le même jour, il annonce que le cardinal de Bouillon lui a longuement parlé des brefs aux archevêques de Paris et de Reims ; S. Em. dit, que d'après la manière dont les prélats se sont conduits envers l'Eglise et S. S., ils ne méritaient pas tant d'honneur, qu'il n'y a pas de différence entre eux et les autres évêques de France, et cet honneur pouvait plutôt revenir à l'archevêque de Lyon qui a tenu une conduite toute autre. Et le cardinal ajouta que ces brefs ne serviront à rien, car'leur objectif ne les regarde pas ; tout au plus ils diront au roi de les avoir reçus, les lui feront voir et les mettront en ridicule. «Je n'ai pas répondu si j'avais ou non ces brefs, seulement j'ai fait observer que peut-être S. S., malgré leur conduite et dans le cas où les archevêques auraient pu 'avoir de l'influence, le pape a voulu passer outre toute considération sur le passé, afin d'atteindre son but... Quel que soit le motif