‹ Innocent XIChapitre 61 sur 430 · ON ACCEPTE LA MEDIATION DU PAPE · texte numérisé non relu

ON ACCEPTE LA MEDIATION DU PAPE

Entre le roi très-chrétien et la Cour de Pologne il y avait rupture. C'est Innocent qui fut prié, de Varsovie, d'être intermédiaire d'une pacification. Et durant ces négociations il fut encore question de Mgr de Beauvais pour la pourpre. Le 28, Ranucci (i) annonce que, à l'audience, le roi lui fit de grands éloges de Mgr de Beauvais et le chargea d'informer S. S. qu'il en fait beaucoup de cas et qu'il y aurait avantage à ce qu'il fût promu au cardinalat. « Croissy m'a répété les mêmes choses, ajoutant qu'à tort on avait dit à S. S. qu'il a rompu la diète à Varsovie, dans laquelle on devait décider la guerre contre les Turcs; mais ce sont des calomnies venant de mal intentionnés; que le roi de Pologne s'est aperçu de l'erreur et que jamais le très-chrétien n'avait donné d'ordres à ce prélat. J'ai répondu comme en août que les princes ne peuvent recommander que des nationaux » (2).

Le 19 juin, Ranucci répond (3) : « Ayant compris d'après les discours de Croissy, que serait agréée la reprise des bons rapports entre le roi et la Cour de Pologne, sans soulever de

fils par N. S., en lui concédant l'abbaye demandée ; qu'il a fait relèvera Croissy qu'ayant bénéficié de la paternelle bénignité de S. S.,, il doit tâcher d'y correspondre.

(i) Le 22, Cybo écrivait que le pape était content des fiançailles du duc de Savoie avec la fîlle du duc d'Orléans ; mais il notait que personne n'avait demandé la dispense.

(2) Le 21 mars, Cybo l'approuve de s'être conformé aux idées de N. S. en répondant au roi et à Croissy à l'égard de Mgr de Beauvais. Et, le 28, il déplore de nouveau les dévastations dans les Pays-Bas, mettant en relief les nouveaux préparatifs des Turcs qui menacent la chrétienté.

(3) Le 22 mai, Cybo lui avait transmis la réponse du roi et de la reine de Pologne, aux plaintes du très-chrétien. LL. MM. désirent reprendre les bons rapports avec le roi et par l'intermédiaire de N.S. « Le pape a accepté ce rôle pour complaire au désir des souverains Polonais, qui ont de si grands mérites envers la religion, aussi par le devoir de procurer la paix et la bonne harmonie entre chrétiens, N. S. veut que V. S. représente à S. M. la consolation qu'éprouverait S. S., si on rétablissait l'ancienne et parfaite amitié entre le très-chrétien et le roi et la reine ; toutefois V.S., en présentant ces justifications et leurs désirs, doit s'y prendre de façon à ne pas préjuger la dignité de LL. MM. »

prétentions offensantes pour la dignité 'des Polonais, j'en ai parlé au roi, lui manifestant le désir de S. B. et le bien qu'elle en espère pour tous les deux et pour la chrétienté, sachant que des rapports non sincères sur les incidents du passé n'ont pas refroidi l'amitié de LL. MM. envers le très-chrétien, ajoutant que, moi aussi, vu le temps que j'ai passé en Pologne comme nonce, je pouvais en rendre témoignage. Mais le roi m'interrompit, disant que, comme j'étais bien renseigné sur la bonne amitié qui avait toujours existée entre eux, d'autres paroles étaient superflues ; que S. S. s'étant entremise et en considération de ses bons offices, il retournerait à cette union à condition que le roi de Pologne en montre le désir. Après cette réponse j'ai négocié avec Croissy sur les détails, disant qu'il me semblait que, du moment que S. S. s'était interposée, le plus que l'on pouvait demander était que le roi envoyât ici un ministre qui, dès la première audience, pourra par ses déclarations mettre en évidence la bonne volonté de son maître. Croissy en fut persuadé et promit d'en parler au roi ; et plus tard il me donna la réponse. Mais, en outre des plaintes énoncées, il me rappela aussi le fait que, durant un entretien du roi Jean avec l'ambassadeur de France, fut introduit, avec le consentement de S. M., le ministre impérial qui venait se plaindre de l'ambassadeur. J'ai dit de suite à Croissy qu'il n'y avait plus à revenir sur la conduite du roi par le passé, et que tout doit être attribué aux ombrages et aux soupçons de l'ancien ambassadeur ou à des malveillants ; mais que le roi et la reine auraient droit de se fâcher à leur tour, en se voyant mal jugés sans avoir été entendus, et qu'enfin en reparlant encore de ces questions on ne ferait qu'augmenter les amertumes. Croissy m'approuva et j'espère que l'affaire aura une bonne solution ». Le lo Juillet, Cybo lui écrit :

11 Signor Ambasciatore di Francia, che nell'ultima audienza, che hebbe da N. S. lunedi, tornô aparlargli délia promozioneyS. S. rispose ne medesimi termini, ne quali gli haveva risposto altre volte : cioè che si raccomanderà a Dio acciô gl'inspiri il tempo per farla, che sia di maggior servitio di S. D. M., e délia Chiesa : e che quanto alla promo-

BETHUNES INTRIGUE A VARSOVIE. 173

zione di Mons. di Bové (i) non essersi dalla S. S. risposto alli nuovi officii passât! dal Re di Polonia diversamente da quello, che haveva fatto per il passato : dispiacerle p3rô di non poter incontrare le soddisfazioni di S. M. Cristianissima per l'obligo che le incombe di soddisfare in primo luogo alla propria coscienza.

Le 15, il informe Ranucci que le marquis de Béthunes est arrivé en Pologne ; et il l'engage à connaître la mission qu'il peut avoir et les intrigues qu'il peut initier (2).

Le même jour, il annonce que de la Pologne on mande que le gr. chancelier doit passer ici, se rendant aux bains de Bourbon. E, à la même date : que Croissy lui a dit que le roi de Pologne ayant affirmé au pape que Beauvais n'eut aucune part dans la rupture de la diète, on ne pouvait l'exclure de la promotion, le prélat étant français, sans faire offense au roi et à la nation ; j'ai répondu, en outre de ce que j'ai toujours répété, que S. B. estime beaucoup cette nation, mais que le pape veut aussi satisfaire sa propre conscience. Croissy m'assura qu'on avait envoyé de nouveaux ordres à l'ambas-

(i) Dès le 26 mai, Ranucci avait annoncé que le roi recommandait de nouveau Mgr de Beauvais pour la promotion, en mettant en relief que le roi de Pologne l'a recommandé aussi en rappelant les bienfaits du prélat.

(2) Le 7 août, Ranucci répond que Béthunes, malgré son dire de n'avoir pas de mission conciliatrice, vient d'envoyer à la marquise une personne de confiance avec des lettres du roi et de la reine pour S. M., contenant leur justification. La marquise, scion les ordres de son mari, m'a tout communiqué et m'a laissé les lettres royales; mais j'ai refusé de les transmettre, n'ayant reçu aucune demande du roi de Pologne, d'autant plus que ce serait contraire à ma proposition de ne plus parier du passé. En ayant parlé incidemment à Croissy, il dit que si le très-chrétien connaissait cela, le marquis tomberait encore en disgrâce, S. M. ne voulant pas que personne se mêle sans ses ordres d'affaires d'Etat. Croissy ajouta que si on donnait cours à ce que Voulait le marquis, se trouverait justifiée l'opinion générale qu'il a eu une mission, ce qui serait contraire aux intentions du très-chrétien, qui veut que le roi de Pologne fasse les premiers pas. Croissy, qui est ami du marquis, me dit qu'il avait décidé de ne pas en parler au roi.« Et, le 6 septembre, il déclare n'avoir rien appris davantage sur la mission probable de Béthunes ; il paraît qu'il doit aussi solliciter auprès du roi en faveur de Mgr de Beauvais. »

sadeur en faveur du prélat, car cette affaire tient bien à cœur au roi (i). Et. le i6, Cybo lui écrit :

Oltre quello che è stato scritto a V. S. lUma in piano circa la persona di Monsignor Vescovo di Bové, Nostro Signore rispose a questo Signor Ambasciatore di Francia, che quelli, che ambivano con forme cosi pressanti le dignità ecclesiastiche, si mostravano poco degni délie medesime, e che l'ambito veniva riprovato non solo dalle leggi canoniche, ma ancora dalle civili.

Le 19 juin, Ranucci informe :

11 Sig. di Croissy m'ha detto che havendo il Re inteso che Mons. Nunzio in Colonia haveva fatto significare a Mons. Vescovo di Argentina, che se non tralasciava que' maneggi, che presemente fa, e non tornava quanto prima alla sua residenza, il N. S. l'havrebbe fatto interdire e scommunicare, haveva la Maestà Sua ordinato al suo Ambasciatore costi di portarne doglianze a S. S. con dirle, che il suddetto Prelato assiste col suo consiglio all'Arcivescovo dî Colonia nelle presenti contingenze per essere soggetto molto habile, e capace di ogni grand'affare. Che i maneggi che ha, sono tutti indrizzati alla Pace, et al bene publico, come si quo vedere dagli effetti, havendo procurato con la sua condotta di distor gli Olandesi da i pensier di guerra. E tutto quello, che ha fatto, e fa ; è stato, et è ordine di S. M. la quale opérande secondo il fine di S. B. che è la Pace, haveva trovato strana la significatione fatta all'istesso Monsignor Vescovo d'Argentina Prelato zelante, e che non manca punta al servitio délia sua Chiesa, molto ben governata, non essendo in fine che pochi mesi ch'egli n'è absente. Agguingendo che molto maggior bisogno d'assistenza, e governo hanno tante Diocesi di questo Regno sprovviste di Vescovi, che non ha quella di Argentina. lo risposi che non ero punto informato di quello, che Mons. Nunzio in Colonia havesse detto in questo proposito, ne che ordine egli tenesse da Nostro Signore. E quanto à queste Chiese sproviste, havergli detto altre volte, che il maie non procède da N. S. (2).

(i) Le 27, il ajoute « il est entendu que le grand chancelier de Pologne viendra aux bains de Bourbon, mais je cranis que s'il n'a pas les documents nécessaires pour prendre ensuite le caractère d'ambassadeur, il ne rencontre des difficultés, son arrivée comme privé ne lui donnant aucune valeur. « On m'assure que Croissy a déjà dit quelques mots à ce sujet. »

(2) Et, le 20 juillet, Cybo lui écrit : « le nonce de Cologne, d'ordre de S. S., a insisté auprès de Mgr d'Argentina pour qu'il rentre en son diocèse,

MGR d'arGENTINA RAPPELÉ AU DEVOIR. 175

Le 20 septembre (i), Ranucci écrit :

Si discorre per la Corte che essendo ultimamente venuto costà il Sig'" di Berleville, già inviato del Re appresso il Duca di Mantova, dovendo portarsi a baciare i piedi a S. B. gli si fosse insinuato dal Sig^ Cardinal d'Estrees che in occasione di discorso si diffondesse con S. S. in rappresentare il zelo del Re per la conversione degli Ugonotti, et in altre cose di vantagglo délia Religione, e che stasse attente a' cio che gli havesse risposto Sua Beatitudine, e che dopo essere stato ail' Udienza, egli riferisse al Cardinale di baver cio eseguito, e che S. S. stasse ad udir tutto, ma nulla rispondesse, ne' havesse date alcun segno di godimento, ne' di lodi al Re psr questa sua attentione, onde ne deducono concetto che S. B. sia di animo avverso alla persona del Re, e che non rimiri volentieri alcuna cosa di quelle che gli appartengono. Con quelli che me ne hanno parlato io ho fatto le parti che mi convengono per disingannargli di questa loro falsa opinione, e per far comprendere il torto che qui si ha di imputare à mala volontà la taciturnità di S. B. quando vi sia stata, mentre da tante altre cose si puo ben chiaramente comprendere quanto S. S. stimi il Re, et habbia desiderio di sodisfarlo in tutto quanto quelle che li è permesso. Io pero nell' ultima udienza havuta dal Re gli ho fatta istanza per la demolitione dei tempii, che gli Ugoncrtti hanno fabricato di la dalla sommità de Monti

faisant observer que depuis longtemps cette église n'a plus vu la figure de son évêque, et que cette ville étant maintenant aux mains du très-chrétien, l'œuvre de l'évêque peut donner plus de profit ; et cette insistance n'a pas été faite en termes de menaces comme l'ont dit Croissy et l'ambassadeur ici, car le nonce le nie et, du reste, il n'était pas autorisé à en faire. Il est vrai que le service de Dieu et de l'Eglise doit passer avant celui du roi, car celui-ci peut être servi par d'autres, tandis que l'église ne peut l'être que par son évêque ; les engagements en matières politiques ne convient nent pas à des ecclésiastiques, et encore moins à un évêque, parce que contraires à son caractère. Rome désire la paix, mais qu'elle soit la conséquence d'accords et non de la guerre ; c'est dans ces termes que je répondis à l'ambassadeur lorsqu'il m'en parla. Si aux vacances des églises on ne pourvoit pas, la faute en est au roi, qui n'y nomme pas des idonei. C'est donc à S. M. à rendre compte à Dieu non seulement du retard, mais aussi des mauvaises doctrines, qui, par suite de ses ordres, sont répandues dans les pays qui lui sont sujets. »

(i) Le 6, il avait informé qu'on annonce que le roi a signé un décret qui diminue de deux millions l'impôt, voulant réduire l'armée.

contro l'Articolo 14° dell' Editto di Nantes, e di qui presa l'occasione di raccomandargli a' nome di S. B. la propagatione délia Religion Cattolica nel Regno, del che S. M. ha mostrato godimento et insieme applicatione ad ordinare la demolitione suddetta (i).

A Paris se trouvait toujours l'Abbé Atto Melani, qui semblait n'avoir autre but que- de travailler contre le pape. Le 2 septembre 1680, Lauri mande : « il paraît que c'est Melani l'auteur du mémorial au roi ; il a tâché de se rendre favorable Croissy et Bergeret, son commis. Il est furieux contre le pape pour le refus de la commende Robec, d'autant plus qu'il a su qu'on fait la grâce à Rose ; comme il parlait mal du gouvernement de Rome j'ai dû l'admonester et aussi au sujet de Rose, parce qu'il voulait conseiller au roi de ne plus s'adresser à Rome pour avoir des grâces. Melani s'est rendu hostile tout le monde et il y en a qui l'accusent de coparticiper à des affaires avec un commis du secrétaire d'Etat. »Le 25, Cybo l'engage : de tâcher d'avoir en ses mains la preuve que c'est bien Melani qui a tenté de persuader le roi d'envoyer ses troupes dans l'Etat de l'Eglise, et d'arrêter les dépêches de Rome, afin d'être fixé sur ce que ce malheureux a été capable de faire. Le 14 octobre, Lauri informe que Melani a couru un gros danger, mais il a eu la chance de s'en tirer : Croissy, au nom du roi, lui avait donné l'ordre de quitter Paris et de se rendre à l'Abbaye de Robec en Normandie et de ne pas en sortir sans l'ordre de S. M., pour avoir tenu commerce avec la secrétairerie d'Etat et de l'avoir subornée avec de l'argent... Il joua d'audace : en sortant de chez Croissy il se rendit auprès du roi, à qui il avoua d'avoir

(i) Le 14 octobre, Cybo lai répond : « Lorsque Mgr de Berteville est venu aux pieds du pape, il a reçu de S. S. un accueil courtois et honorable, ainsi qu'il l'a dit lui-même en venant prendre congé de moi. N. S. lui a seulement refusé de pouvoir tenir des bénéfices ecclésiastiques en portant l'habit laïque. C'est peut-être à cause de ce refus qu'il a dit que S. S. garda le silence sur le récit qu'il prétend avoir fait sur l'action du roi pour la conversion des calvinistes. Le pape n'en a aucune souvenance, mais dit que le cardinal d'Estrées et l'ambassadeur peuvent témoigner avec quelles louanges et complaisance il a toujours parlé du zèle de S. M. pour arriver à gagner les huguenots à la communion catholique. »

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