MAJORITE DU DUC VICTOR AMÉDEE
signale pas la présence de beaucoup de troupes ni dans le Dauphiné ni à Lyon. Ce qui préoccupe davantage c'est l'arrivée à Gênes d'un certain Ancour, qui a servi le marquis de Villars lors de son ambassade auprès de cette Cour ; il se trouve à Gênes avec une cargaison de blé, mais sans marchands pour le recevoir et le vendre, de là on craint qu'il n'attende l'armée navale française. Plusieurs disent que Madame est la seule qui sache tout, étant avertie par Pianezza ; on donne pour certain que celui-ci a expédié de Pignerol un courrier à l'ambassadeur de France qui, ensuite, resta deux heures avec la duchesse ; peut-être que tout se saura dans quatre semaines (i). Le 10, il écrit :
Si sente che Madama continuera a governare ancora dopo che il Sig*" Duca sarà fuori di minorità, dicendosi che già sieno stese due Patenti, colle quali si permette a Sua Altezza di trattare, e risolvere tanto nello Stato, quanto fuori ogni interesse et affare, benchè di stato, come di poter prendere dal Générale délie finanze quai si sia somma di denaro, senza esser tenuta a render conto dove l'haverà spesa.
Le 15 mai, il informe qu'on célèbre la 15"^^ année du duc, et en ce moment on ne parle pas de choses étrangères. Et, le 22, il annonce que le duc a ordonné que Madame continuât à commander comme auparavant ; seulement à différence du temps de M™^ Christine, on doit obéir à Madame sans que les ordres soient signés par S. A., le duc a fait cette concession malgré lui et persuadé par le marquis Morozzi. On dit aussi que Madame espère que le duc ratifiera le contrait de mariage ; Ribera vient du Portugal pour s'assurer de tout, tandis que le marquis de Dronero, de la Maison d'Esté, partira pour Lisbonne pour faire la demande de la main de l'Infante. Et, le 29, il ajoute qu'on a employé toute la semaine pour obtenir la
(i) Et, le même jour, il informe qu'on a expédié une forte somme à l'abbé de Verrua à Paris pour qu'il suive la Cour, mais on ignore où elle ira. On confirme le bruit que Pianezza se soit accordé avec Madame pour faire partir le duc pour le Portugal ; le marquis espère devenir ainsi commandant de la cavalerie. A Pignerol on achète beaucoup de blé.
signature du contrat, mais le duc s'y refusa tant à Morozzi qu'au gr. chancelier ; toutefois il céda à Don Gabriel, mettant comme condition à la signature de ne partir pour le Portugal qu'à l'âge de 19 ou 20 ans et, avec cette autre, qu'après trois ou quatre ans de mariage il ait la faculté de rentrer dans ses Etats même s'il n'avait pas d'enfants. Le P. Valfré, confesseur de S.A. et Pietro Gioffredo, le précepteur, sont tombés en disgrâce ; ce sont des hommes d'une grande intégrité. Le peuple et les mécontents se récrient contre Don Gabriel, (i)
Le 12 juin, Muzio annonce que la duchesse est mécontente du refus du Sénat à la reconnaître dans le gouvernement du duché, si elle ne prête d'abord le serment que l'on prétend être obligatoire selon la loi ; on ignore quelle résolution prendra S. A. On a reçu des propositions pour marier le duc à la fille de l'empereur, laissant prévoir de grandes concessions de fiefs impériaux en Italie et dans le duché de Milan si le roi catholique n'avait pas d'enfants ; l'archevêque voulait en faire la proposition dans le Conseil, mais il s'en est abstenu pour ne pas froisser la France. Il paraît que tout cela est le projet d'un moine. Chaque jour arrivent des individus chez l'ambassadeur de France pour des achats de provisions â Milan et même à Gênes (2).
Le 25 septembre, il écrit :
Quasi lutte le lettere di Parigi che si sono ricevute da particolari in quest'ordinario, portano che debbano calare délie truppe Francesi, parte per ingrossare il presidio di Pinerolo, et altre par prendere i quartier! d'inverno nel Delfinato ; e perche questa corte non ne ha verun avviso, ha fatto venire il prefetto di detta città suo confidente, da oui, per quanto si dice, è stata assicurata non esservi cola verun riscontro di tal nuova. '
(i) Don Gabriel, comte de Savoie et général de cavalerie, était fils de Charles-Emmanuel ler et de Donna Marguerite Chatelard.
(2) Et, le 17 juillet, il écrit que la duchesse est bien mélancolique de l'arrivée de Paris de Mgr Giardini pour aider le marquis de S. Tomaso malade ; il paraît qu'il a rapporté que le très-chrétien insiste pour avoir des déclarations explicites pour son parti ; annonçant aussi le prochain passage du card. d'Estrées.