‹ Innocent XIChapitre 71 sur 430 · INCIDENT ENTRE LE DUC ET SA MÈRE · texte numérisé non relu

INCIDENT ENTRE LE DUC ET SA MÈRE

espagnol ne serait venu à Turin, tandis que, depuis longtemps, Madame lui avait ordonné de faire cette déclaration ; mais on croit que c'est plutôt la conséquence de son blâme au sujet du mariage. Madame au fond est une bonne princesse italienne ; mais elle tient tellement à ce mariage qu'il n'y a pas lieu de s'étonner si elle fait des excès pour y réussir ;ceux qui l'entourent sont plutôt des adulateurs que des conseillers, comme on en a une preuve, car on a laissé aller le chev. de Savoie en Flandre, croyant que s'il réussissait à y prendre service, Madame serait obligée par la France de le faire revenir.

Le 15, il écrit que Pianezza suscite de grandes jalousies ; et voulant avoir quelque prétexte pour justifier sa présence, on tâche de le mettre à la tête d'une société pour le commerce avec le Portugal ; Madame surveille avec rigueur l'entourage du duc. Et, le 22, il annonce qu'enfin après bien des assauts, S, A. a consenti à signer la supplique au pape pour les dispenses matrimoniales. Le chev. Balbiano, jeune homme jovial, bien vu du duc, ayant tenu en sa présence un discours quelque peu libre touchant le mariage d'une demoiselle de la Cour, fut réprimandé par le comte de Magliano ; Balbiano en appela au duc qui à son tour malmena le comte par de vives paroles. Madame, apprenant l'incident, ordonna que Balbiano fut renvoyé de la Cour, mais le duc furibond refusa de voir sa mère ; et ce ne fut que plus tard qu'il se présenta chez elle. Alors Madame lui fit de grands reproches, le menaçant de le perdre avec ses Etats et de reléguer ses partisans â Pignerol ; à ces menaces S. A. ne répondit pas ; il mit son chapeau et, rentré dans son appartement, voulut appeler Trucchi, premier président ; mais le marquis Morozzi réussit à le tranquilliser ; toutefois, le lendemain la Cour au complet assistait à la fête dans l'église, et la mère et le fils se parlèrent à peine ; à présent, l'incident semble clos et Balbiano ne part plus pour Malte ; mais la duchesse le déteste (i).

(i) Et, le 39, il ajoute que tout fait prévoir que si le duc devient davantage maître de sa volonté, on aura plus de difficulté à le décider à partir et

2o8 INNOCENT ET LA SAVOIE.

Le 19 février, Cybo répond à Muzio :

Per l'ultimo corriero di Francia hô ricevuta la sua cifra coU'avviso délie diligenze che si fanno per disporre il duca al viag^io per Portogallo. Questo è negotio molto degno da star con attentione à saper tutte le particolarità. Ma è degno parimente délia premura che hà S. S^à délia salute del Delfino, e délia quiète d'Italia, il saper lo stato di lui per quanto se ne puo costi penetrare ; e quai disegni, e preparamenti vi siano per Casale, ô per altra impresa di quà da monti. V. S. J. non manchi d'investigare, e farmi giungere le più fedeli notitie dell' uno, e dell'altro (i).

Le 22 mars, Muzio écrit : on n'est pas bien satisfait des lettres du marquis de Dronero ; il a écrit qu'on l'a bien reçu ;

laisser à sa mère l'autorité de gouverner ; on emploie tous les moyens, mais au contraire, le duc ne fait aucune politesse à l'ambassadeur du Portugal et n'a plus de confiance en qui l'a induit à signer la procuration au mariage. Et, le 5 février, il répète que Madame continue à être inquiète de l'opposition du duc ; elle trouve que même le très-chrétien n'appuie plus le^mariage comme il le faisait lorsqu'on proposa de lui faire épouser la fille de l'empereur, promise au prince bavarois. Toutefois, on espère que S. A. pourra s'embarquer au printemps. Et, le 12, il écrit que le duc, excité par tous les ministres, a promis de partir au printemps de l'année prochaine. Que si à présent S. A. montre d'avoir grande hâte de ce mariage, le peuple blâme son peu de fermeté et lance des reproches contre le gr. chancelier et D. Gabriel.

(i) Le 36,1e nonce informe Cybo qu'il n'y a pas de doute que la décision du duc ne soit la conséquence de la crainte, que les ministres lui ont inspirée, de voir le grand duc de Toscane passer devant lui, au cas où à sa place il aurait épousé l'Infante. La duchesse est toujours mélancolique; sur son bureau elle a trouvé une lettre non signée, dans laquelle en termes impropres on blâmait le mariage du fils ; le sénat de Savoie lui a écrit une lettre la priant de retarder le mariage, à cause de la crainte qu'a la population de perdre son souverain. De cette manière la duchesse connaît les plaintes de ses sujets, qui ne se souciant pas que le duc acquière une nouvelle couronne, ne veulent pas perdre leur maître ; la noblesse aussi maudit qui imagine cette combinaison ; toutefois les prudents croient que tout se tranquillisera, et on pense d'aller à Nice en automne afin de préparer le duc à de courts voyages, laissant ici D. GaJDriel, comme gouverneur, quoique le prince de Carignan prétende avoir cette charge comme il l'a eue lorsque le défun duc s'est rendu à Lyon avec Mme Christine pour voir le roi.

Page 1