‹ Innocent XIChapitre 77 sur 430 · LA DUCHESSE PROJETTE DE SE MARIER · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE PROJETTE DE SE MARIER

les présides portugais à Nice et autres places, comme on l'a promis pour obtenir l'abrogation de la loi de Lamego sur la succession ; et on dit aussi qu'il déclare ne pas pouvoir rester longtemps absent du Portugal. On a envoyé un courrier à Lisbonne, mais on croit que la duchesse refuse les présides pour ne pas exciter les jalousies de la France (i). Et, le 8, il continue : les médecins ne désespèrent pas de la guérison du duc mais son état les alarme ; Madame se montre affligée voyant ses projets contrecarrés et l'mcertitude de son avenir si le duc mourait. Dans cette éventualité, voulant conserverie commandement, elle n'y voit que deux remèdes:ou installer les français dans le duché, et ce serait un mal qui causerait la ruine de toute l'Italie, et de la Trousse se trouve ici exprès ; ou son mariage avec le prince de Carignan. La France l'approuverait ne pouvant pas mettre le comte de Soissons contre son oncle, car le prince étant malade il est impossible qu'il ait des descendants, et alors le comte aura la certitude de lui succéder ; la difficulté sera de persuader le prince. « Don Gabriel m'a fait dire qu'il voudrait m'en parler, croyant que j'ai de l'influence sur Carignan, pour le pousser à ce mariage au cas où l'état du duc soit désespéré Je ne sais pas ce que le prince pourra me répondre, car ses conseillers sont de bon cœur plutôt que doués d'intelligence ; le prince est obstiné et ses incommodités rendent la chose difficile, car il n'est pas aisé de se faire comprendre surtout sur des choses auxquelles il n'est pas habitué ou qui lui inspirent de la répugnance ; en tout cas, avec D. Gabriel je me bornerai à rester sur les généralités,

(i) Le même jour, il annonce aussi l'arrivée du marquis de la Trousse, qui doit commander les troupes françaises en Italie ; il se présenta chez la duchesse pour lui offrir, au nom d^ son roi, ses services et l'aide de ses troupes. Il a loué un palais, de façon que tout le monde pense que, soit que le duc parte ou que la maladie menace de la mort, les Français doivent entrer à Verceil et peut-être dans quelque autre place. «Une personne de confiance de la duchesse m'a dit, écrit-il, que S. A. se plaint de ce que tout le monde répète ces nouvelles ; qu'elle n'a fait aucune promesse et que le monde s'apercevra qu'elle ne consentira jamais. Il faut voir si Madame parlait avec sincérité. »

d'autant plus que si un malheur doit arriver, s'agissant de phtisie la maladie traînera pendant longtemps ». (i) Et, le 13, il envoie trois lettres : dans la première il écrit :

Il Duca di Cadoval si rammarica del maie del Sig'" Duca di Savoia, e dubita che studiosamente si facci prolongare da medici. Hà detto per marca di questo suo sospetto, che compatirebbe li Piemontesi, se con le reti procurassero d'impedire la partenza di S. A., ma non già con dargli un palo sij la testa ; et essendogli stato risposto, che veruno di qui hâve va un cosi barbaro sentimento, replie j che ragionevolmente lo dovevà supporre, mentre vedeva che se il Sig"" Duca era senza febre non si nutriva à sufficienza, e si faceva marcire nel letto, e che per lo contrario se haveva del maie non veniva medicato per guarirlo.

Dans la seconde, il annonce que le marquis de Pianezza n'est pas content du très-chrétien, d'abord à cause de la présence de la Trousse qui ne dépend de personne, ensuite parce que le roi aurait dit de lui qu'il est habile, mais qu'on ne pouvait pas avoir confiance en lui, étant trop politicien et ne s'occupant que de son propre avantage. Enfin, dans la troisième, il dit s'être exprimé avec Don Gabriel en termes généraux, « et que lui ayant demandé s'il parlait dans l'intérêt de la duchesse, le comte s'embarrassa et répondit qu'il m'en reparlerait; mais à présent il est malade de la goutte et le duc va mieux. Toutefois, j'ai tâché de connaître l'avis de Carignan, mais ses intimes île me laissent pas approcher de lui ; cependant chacun d'eux exprime l'avis que le seul moyen de se défaire des Français est de satisfaire la duchesse et qu'on doit faire le possible pour entrer pacifiquement en possession de

(i) Le 22, Cybo lui répond :

Quando sia fatta istanza à V. S. 111^^ per parte di Madama di trattar col Principe di Carignano affine d'indurlo al matrimonio con S. A. è mente di S. St^à che accetti il partito, e si s'impieghi prontamente,e coll'efficacia, che giudicherà opportuna ; si per iiicontrar il gusto di Madama, si per ovviare agli scandali, che altrimente com'ella osserva potrebbon nascere. Avverta perô di non intraprendere tal negotiato, se non quando si vedesse intieramente disperata la sainte del Duca.

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