‹ Innocent XIChapitre 86 sur 430 · DISCORDE ENTRE LE DUC ET SA MERE · texte numérisé non relu

DISCORDE ENTRE LE DUC ET SA MERE

de la réunir au duc en sa qualité de vicaire impérial (i). Si la chose est vraie, écrit le nonce, peut-être que S. A. ne voudra pas s'en mêler à cause de la France ; mais il est probable aussi que quelqu'un du gr. chancelier et, en secret, prenne note de ces fiefs. Mais, le 6 octobre, il rectifie la nouvelle et écrit qu'il ne s'agit pas d'un ordre impérial, mais seulement de faire une vérification des fiefs ; et ici on en est content, trouvant que cette vérification peut mieux se faire à Milan où se trouvent les archives : on croit qu'on veuille plutôt connaître indirectement ce que cette Cour a occupé, en accaparant en sa faveur, par des récompenses, plusieurs vassaux.

Le même jour, il annonce que la Cour est partie pour Moncalieri, mais que la discorde s'accentue toujours davantage entre le fils et sa mère. Le duc ayant dit, qu'à sa rentrée à Turin, il veut habiter seul un des deux palais et que les archers ne soient plus à la garde de l'appartement de sa mère, la duchesse s'en est plainte bien âprement ; et c'est cette âpreté qu'on reproche souvent à Madame (2).

Et, le 20, il écrit qu'on a diminué chaque compagnie de 10 soldats, qu'on a ordonné à l'escadron de Savoie de repartir, l'état des finances ne pouvant pas suffire à son entretien. De cette manière on évite le manque de fourrages dans ces localités, ce qui donne l'occasion aux Français de se plaindre des paysans d'ici (3).

(i) A la même date, il écrit qu'on fait des commentaires au sujet du départ de l'abbé délia Torre ; mais le duc dit qu'il reviendra bientôt, tandis que les Français disent que non. En attendant, durant son absence il y a une amélioration dans les rapports entre le duc et la duchesse.

(3) Et, le 27, il ajoute que l'abbé délia Torre demanda une prolongation de congé, mais que le duc veut qu'il vienne ; toutefois on dit que l'abbé, craignant la duchesse et les Français, veut faire un voyage à l'étranger. « Les nominations aux charges donnent aussi occasion à des querelles, car le duc voudrait les donner aux siens ».

(3) Et, le même jour, il informe que des lettres du Portugal disent qu'à la suite du décès de la reine de France, M. Romano avait reçu d'autres instructions touchant le mariage de l'Infante, pour entamer des négocia-

Le 10 novembre, il informe (i) qu'on parle beaucoup de la conclusion du mariage de la fille du marquis de la Trousse avec le marquis de Voghera, aîné du prince de la Cortena. On a discuté à la Cour croyant qu'il y ait là-dessous quelque projet. La jeune mariée est riche, fille unique, et c'est de la Trousse même qui arrangea le mariage ; on dit qu'on a tâché de gagner davantage le duc, car il aime beaucoup Voghera (2).

Le 17, il répète que les différends entre le fils et la mère s'accentuent toujours plus, mais le duc la tolère dans le gouvernement, craignant les Français. A présent, il dit qu'il veut se marier et avec une Française ; et cette idée rend plus triste Madame, qui voudrait qu'il choisisse une bavaroise même à cause du cérémonial (3). Et, le 15 décembre, il ajoute que la duchesse est mélancolique, car la France la presse pour qu'on fasse le mariage du duc avec la fille du duc d'Orléans, sœur de la reine d'Espagne ; il paraît que de la Trousse y a contribué. Le 5 janvier 1684, Muzio écrit qu'on prévoit que le mariage aura lieu plutôt que Madame ne le voudrait ; on désire que le roi très-chrétien proclame l'épousée fille effective de France, mais la duchesse est troublée à l'idée d'être obligée de lui céder le pas. Elle fera son possible pour qu'on ne discute pas sur ce

tions avec le très-chrétien. En tout cas, on attend l'issue de la maladie de la reine, car le roi Pierre pourra se remarier et par conséquent marier l'Infante à un souverain.

(i) Le 30, il avisait que près de Lyon on avait assailli le courrier impérial qui venait de Madrid, où il avait annoncé la délivrance de Vienne : en outre des dépêches, on lui a pris même l'argent qu'il avait pour mieux simuler le vol ; on croit que c'est par ordre de Louvois.

{■2) Et, le même jour, il informe que la prison de Pianezza est toujours rigoureuse ; et cela par ordre de la duchesse qui le déteste ; le duc le déteste encore plus que sa mère.

(3) A la même date, il annonce qu'il y a question avec le Comté de Nice parce qu'il refuse le donatif de 150,000 livres qu'il paye tous les trois ans, sans y être obligé. La duchesse a fait séquestrer tout ce qui appartient au Comté, et les Niçois lui ont adressé une supplique pour ne pas perdre leurs privilèges ; on craint que les ministres n'entrent dans de nouveaux embarras.

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