AVERTISSEMENTS AU DUC RADZIVILL
que le très-chrétien veuille laisser tranquille l'Italie durant la guerre contre les Turcs.
Mais le 13, Jacobelli l'informe que tout espoir semble perdu que le duc Radzivill puisse entrer sur le territoire de la République, car aucun Savio n'en a fait la proposition au Sénat ; on n'a même pas répondu au duc, de manière que Bassani, son agent ici, s'en est plaint au Doge. « On m'a dit que le Savio Morosini aurait déclaré que l'on offrirait au duc le passage par le Golfe de la manière qu'il choisira et aux frais de la République, mais sans lui accorder de pouvoir faire la quarantaine sur son territoire, le Sénat se refusant à avoir des rapports avec lui. Nicolo Micheli a dit à Bassani que Venise ne veut pas se mettre mal avec les Turcs, mais qu'on fera le possible pour que Radzivill arrive à Rome » (i).
Le 2 mars, Jacobelli répond que le duc de Radzivill lui a dit : que tout laissait espérer l'union de la Moscovie avec la Pologne, et que par suite le Conseil général de Pologne s'en était remis à S. M. pour toute décision touchant la guerre ; que le roi la déciderait s'il était certain de recevoir des subsides du pape et vu la conclusion de la ligue offensive avec l'empereur ainsi que César l'avait déjà promis au duc ; que par conséquent il était nécessaire à S. M. de savoir quel secours S. B. pourrait lui donner avec les dîmes. « Le duc m'engagea aussi d'avertir V. Em. qu'à Malte on est bien disposé à laisser imposer les commenderies des chevaliers, et qu'il priait en conséquence S. S. d'ordonner des démarches
(i) Après maintes sollicitations pour vaincre la résistance delà République,le 24,Cybo écrit à Jacobelli que : « ayant obtenu la déclaration que si le duc faisait la quarantaine dans l'Etat ecclésiastique, celui-ci, parce fait, ne serait pas considéré comme infecté, S. S. a destiné la villa de Wandergdis, près d'Ancône, comme lazaret. Toutefois, le duc ayant beaucoup d'effets, et que dans cette villa on ne pourra faire la désinfection, V. S. doit proposer à l'agent du duc de les expédier à Trieste et, de là, à Venise, où on en fera la désinfection. Après cela, elle fera parvenir ma lettre au duc, si V. S. est sûre qu'il la recevra. Elle peut ajouter au duc que le pape consent à ce que S. Ex. vienne, mais avec 20 personnes seulement pour le moment ».
26o LA RÉPUBLIQUE DE VENISE.
auprès du Grand-Maître. Il avoua qu'il n'avait aucun espoir dans le concours du roi de France, car l'envoyé polonais à Paris a écrit que le très-chrétien agira d'après ce que le pape fera ; et même sur ce sujet il me pria d'en informer V. Em. Il finit par me dire qu'il écrira lui-même en Perse pour qu'on attaque les Turcs de ce côté » (i).
Le g, Cybo engage Jacobelli de faire naître une occasion pour s'aboucher avec Radzivill, et parlant des ennuis de S. S. à cause des Quartiers, de lui annoncer la ferme volonté du pape de ne pas recevoir un nouvel ambassadeur s'il ne renonce à cette prétention ; et que S. S. en a déjà averti la France, l'Espagne et le Portugal lorsqu'on prévoyait un changement des titulaires. «V. S. pourra donc conseiller au duc, qu'en se rendant à Rome rendre hommage à S. S., il veuille ne pas lui être désagréable et prétendre au Quartier, sachant combien cette prétention déplait au pape ; de cette façon la conduite du duc serait mieux agréée. Mais, V. S. fera cette démarche, ajoute Cybo, comme de son initiative, et dans son désir que le duc reçoive bon accueil, d'autant plus que cela pourra faire augmenter la sympathie du pape envers la Pologne, bien mieux que si le duc se trouvait forcé de renoncer au Quartier ; de tout cela V. S. ne doit en parler à personne » (2). Le 16, Jacobelli répond que dans la conversation avec Radzivill on parla des difficultés d'un accord entre Rome et la République à cause du Quartier. « Je l'ai informé des résolutions de S. B., dès les premiers temps du pontificat, de ne pas vouloir le Quar-
(i) Le 10 février, il avait annoncé que le Doge et le Savio de la semaine avaient conseillé à Bassani, agent de Pologne, de présenter un mémorial au Collège afin que le duc put, sur un navire convenable, être transporté à Ancône. Il ajoutait que l'on disait que le duc de Mantoue se rendrait à Bologne pour toucher une grosse somme comme acompte sur Casai ; et qu'il pourra être nommé lieutenant général des armées de France et d'Italie, avec des appointements considérables.
(2) Et, le 13, il répond qu'il est content que Radzivill soit satisfait de ce qu'on a fait ; on espère qu'il pourra passer par la Vénétie pour/ se rendre à Ancône. S. S. regrette beaucoup que, du moment que l'empereur avait accepté la ligue défensive, le roi de Pologne veuille remettre toute décision après la rentrée du duc auprès de César.