RADZIVILL RENONCE AU QUARTIER
lier, à cause des continuelles questions qu'il suscite avec les ambassadeurs et que l'on a écrit à ce sujet en France, en Espagne et en Portugal, afin qu'aucun nouvel ambassadeur ait à le maintenir. J'ai résumé, dit-il, les démarches du nonce et des cardinaux vénitiens auprès du Sénat, et j'ai déclaré à Radzivill que si la République était hésitante, c'est qu'elle ne voulait pas être la première à y renoncer, bien que le Sénat eut trouvée justifiée la volonté de N. S. ; j'ai saisi l'occasion pour dire au duc qu'étant le premier à se rendre à Rome sous cette loi, il pourrait s'informer afin de ne pas causer de trouble au pape dont les intentions à l'égard de la Pologne sont bienveillantes. Le duc me répondit qu'il ne voulait pas même donner l'ombre d'un déplaisir à S. S., trouvant très justifiée sa volonté. Voyant sa bonne disposition, j'ai ajouté qu'il pouvait s'attirer une plus grande bienveillance en faisant parvenir cette assurance à V. Em. Il me demanda alors comment l'on pratiquait à l'égard des ambassadeurs résidents. Je lui répondis que l'on dissimulait parce qu'ils se trouvaient à Rome avant la nouvelle loi, et que celle-ci était faite pour ceux qui devaient venir après sa promulgation. Le duc conclut qu'il en écrirait à son roi en lui exposant les raisons militant en faveur de la décision du pape. Le duc a ajouté que S. M., à la suite de l'autorisation de la République de lui accorder le passage, l'avait engagé à rédiger un manifeste à tout le monde sur l'incident, et de se rendre à Prague pour conclure la ligue offensive. Mais je lui ai fait observer qu'en cette ville se trouve le comte Platter, résident polonais, qui pourra tout faire, qu'il valait mieux continuer sa route vers Rome, parce que l'amitié deN. S. .était nécessaire » (i).
Et, le 30, il écrit : Radzivill craint que les Vénitiens mettent des obstacles à sa liberté, pour ne pas déplaire aux Turcs, qui
(i) Le 23, Cybo lui répond qu'il eut pu se dispenser de dire au duc que la République ne veut pas être la première à renoncer aa Quartier, car le duc pouvait en tirer la même conséquence ; toutefois on voit qu'il a pris la chose du bon côté, « V. S. ne doit pas omettre de lui insinuer la convenance qu'il y aurait à donner cette satisfaction au pape, d'autant plus que la Pologne, depuis 40 ans, n'a pas envoyé de mission d'obédience à Rome. »
sont furieux contre lui. Ils ont mis sa tête à prix et ont envoyé des felouques qui s'étaient cachées dans des anses de la côte pourl'enlever s'il se rendait par mer à Ancône ; elles partirent lorsque le duc entra au lazaret. « Le duc me déclara que si dans le Pregadi de jeudi on ne prenait pas de décision sur son départ, il protesterait auprès des ambassadeurs. Il me parla ensuite de la ligue offensive, et me dit que l'indécision de César venait de la crainte d'être troublé par la France. Il trouve aussi qu'on aurait très bien pu inquiéter les Turcs avec une escadre dans la Mer Noire et empêcher le transport des troupes. Il termina en me prévenant qu'il avait écrit à S. M. touchant le Quartier, ne voulant en aucune manière perdre les bonnes grâces de S. S., d'autant plus que les prétentions des ambassadeurs résidents à Rome ne le touchent pas du moment qu'il est simplement de passage » (i).
Le 6 janvier 1680, Cybo presse Mgr Airoldi demeurant à Milan, d'envoyer les nouvelles qu'il pourra avoir de Venise touchant les conséquences de la conduite de la République envers le Saint-Siège et l'honneur de Dieu. Et, le 27, il répond à Jacobelli que si à Venise on parle peu de Rome, à Rome on ne parle pas du tout de Venise ; « cette règle doit suffire à V. S. qui se bornera à veiller et à informer » (2). Le 3 février, Cybo dément encore que le pape, après avoir obtenu une satisfaction, en demande une autre par l'entremise du card.
(i) Le 13 avril, Cybo lui répond qu'il est content que le duc, après tant d'insistances, est laissé libre de sortir du lazaret.
(2) A la même date, Jacobelli lui répondait qu'à Venise on ne dit rien de Rome parce que personne n'en écrit au Sénat. Le Procureur AngeloMorosini a dit au président de l'Inquisition qu'il ne convenait pas de maintenir la désunion entre la République et le pape ; que le Sénat avait fait bien des pas, qu'il était disposé à restituer même les barques avec les huiles, mais avec la certitude d'arriver à l'accord, ce qui n'avait pas eu lieu, même après la mise en liberté du P. Macedo. « Ce matin, ajoute-t-il, j'ai appris que Erizzo, inquisiteur d'Etat, est d'opinion qu'on doit laisser^de côté les affaires de Rome, etcju'aucun Savio n'en parle, parce que la conviction est que Rome veut obtenir ce qu'elle veut sans donner aucune satisfaction à la République ».