III. — INSCRIPTIONS CONTENANT DES INDICATIONS GÉOGRAPHIQUES
Épitaphe d'un citoyen de Cologne.
Arcade XXIX. — Cippe dont la base manque avec la partie inférieure du dé et dont le couronnement se termine par un.
fronton triangulaire, actuellement brisé au sommet ; trouvé en août 1885 à TRION. Une ascia gravée en creux occupe, entre les sigles D M de la première ligne de l'inscription, le milieu du bandeau de la corniche. — Hauteur i m., du dé o m. 54, largeur o m. 39.
"E • MEMORIAE • AE TERNAE • VARENI • LVPI • C I VIS • AGRI PlI^EN • IVVENIS VERECVNDIsSI QVI • VIXIT • AW • XX / / M • V i I • D • X V • I / / / / / IV VENTA • /////// EREPTV • IN • ////// RE ■ SVB • TECT ////// TITVLI • FECIT • FRA TER VARENIVS • TAv r il S /> R O V I N C I A lis c 11 r a v i t
Lettres d'assez mauvaise forme; l'E et le T de ET à la seconde ligne, l'N et l'E de AGRIPINEN à la cinquième, les deux N de ANN à la septième liés en monogrammes.
Allmer, Revue épigraphique, II, p. 136. — Allmer et Dissard, Trion, p. 179.
Dits Ma n ib us et memoriae aetcrnae Varenii Lupi, civis Agrippinensis, iuvenis verecundissimi , qui vixit annis XXI (ou XXII), mensibus VII, diebus XV. Hic inventa fatis erepta in flore sub tecto iacet tituli. Fecitf rater Varenius Ta uni s. Pr ovine ialis citravii.
« Aux dieux Mânes et à la mémoire éternelle de Varenius
« Lupus, citoyen de Cologne, jeune homme plein de réserve et « de modestie, mort à l'âge de vingt et un (ou vingt-deux) ans, « sept mois et quinze jours. Rompue dans sa fleur par les Destins, « sa jeunesse repose ici sous l'abri de cette épitaphe. Son frère « Varenius Taurus a élevé ce tombeau par les soins de Provin- « cialis ».
Lupus était citoyen de la colonie Claudia Agrippinensis, chef-lieu de la cité des Ubiens dans la Germanie Inférieure, et ainsi appelée du nom de l'impératrice Agrippine : « Désireuse », au rapport de Tacite (Anu., XII, 27), « de faire parade de son pouvoir aux yeux « des peuples alliés, Agrippine obtint de Claude l'envoi d'une « colonie de vétérans dans la ville des Ubiens où elle était née « et à laquelle, à cause de cette colonisation, fut donné son nom. « Par une rencontre du hasard, c'était son aïeul Agrippa qui, à « l'époque où cette nation passa le Rhin, l'avait reçue dans l'al- « liance romaine ». La ville s'appelait aussi et déjà précédemment Ara Ubioruin. Alors que la Germanie formait du Rhin à l'Elbe une province de l'empire, un autel de Rome et d'Auguste, auquel les cités de la province venaient, comme les cités des trois Gaules à l'autel de Lyon, faire annuellement hommage à la domination de Rome, y avait été élevé et, après la perte de la Germanie transrhénane, au bout de vingt ans d'existence, par la défaite de Varus et plus encore par le volontaire abandon qu'en fit Tibère quelques années plus tard, resta l'autel particulier des Ubiens. La colonie d'Agrippine s'appelait de ses noms au complet colonia Claudia Augusta ara Agrippina Ubioruin, et les Ubiens s'étaient empressés de prendre, en échange de leur ancien nom d'Ubii, celui d'Agrippineiises. Ils appartenaient à la tribu Claudia et étaient non seulement de droit romain mais même, au temps du jurisconsulte Julius Paulus, c'est-à-dire au commencement du troisième siècle, de droit italique.
Remarquer le mot EREPTV probablement pour EREPTA par suite d'une faute de gravure.
Épitaphe d'un Andicave.
Arcade XXXV. — Partie supérieure d'un cippe dont le couronnement a été retaillé et affleuré au dé ; de provenance précise non connue. — Hauteur o m. 60, largeur o m. 42.
D *> M CL • SENIS ANBICAîi
Le point entre les sigles D M figuré par une bedera. Diis Manibus Claudii Senis, Andicavi
« Aux dieux Mânes de Claudius Senex, du pays des Andi- « caves, ».
Les Andicaves, appelés Andes et Andi par César, Andegavi par Pline, Ondicavae par Ptolémée, Andicavi comme ici par la Notice des Provinces, étaient primitivement une petite cité de la Celtique, qui, après la division de la Gaule par Auguste, fit partie de la Lyonnaise. Leur ville chef-lieu, Juliomagus, dont on ne connaît pas le précédent nom et qui était au temps de la Notice la civitas Andicavontm dans la Lugdunensis tertia, est aujourd'hui Angers. C'est peut-être aussi leur nom qui se lit sur une monnaie celtique de leur pays à la légende ANDVGOVONI.
Bien que ne comptant pas parmi les peuplades importantes, les
Andicaves se distinguent à la fin de la guerre des Gaules et jusque dans les premiers temps de l'empire par l'ardeur de leur patriotisme. En 51 avant notre ère, c'est-à-dire l'année qui suit la prise d'Alise, conduits par leur roi Dumnacus, ils attaquent violemment, avec l'aide d'une partie des Santons, le chef pictave Duratius à cause de son attachement aux Romains et le contraignent à se renfermer dans Limonum (Poitiers), où ils le tiennent assiégé (B. G., VIII, 26); mais assaillis eux-mêmes par les troupes romaines venues au secours de la ville, ils sont forcés de lever le siège et ne tardent pas à subir une désastreuse déroute (Id., 27, 28). Puis encore en l'an 21, sous le règne de Tibère, ce sont eux qui, de concert avec les Turons leurs voisins, donnent le signal de l'insurrection fomentée par le trévère Florus et l'éduen Sacrovir; une cohorte en garnison à Lyon (Tacite, Ami., III, 41), envoyée contre eux, les ramène sans grande peine à l'obéissance.
Ils faisaient certainement partie de l'association nationale pour le culte de Rome et d'Auguste. Aucune des inscriptions jusqu'à présent retrouvées ne conserve le souvenir d'un Andicave parvenu à la prêtrise ou à une des fonctions de l'autel du Confluent.
Épitaphe d'une femme née en Asie.
Arcade III. — Grand cippe avec base et couronnement; « trouvé, le 27 janvier 1864, dans le RHONE vis-à-vis la place « GROLIER » (Daussigny). La première ligne de l'inscription est gravée sur le bandeau de la corniche ; au-dessus se voient une
ascia dans le fronton de la lysis et un trou de scellement, retenant autrefois un ornement de métal, à l'extrémité de chacune des deux volutes. — Hauteur 2 m. 15, du dé 1 m. 35, largeur o m. 72.
CHERE HYGENE
AETERNAE z'VLIAE • ARTEMISIAE
Ti • ASIANA • QVE i>z'XIT • ANNOS ■ XXIIII /z'TVS • FLA • PERIVES c'ONIVGI • PIENTIS siM. E • E T • C A sT I S S I I\A E eT • INCOMPARABI Il P • C • OB MERITIS SVIS- ET- SVB • ASCIA D I D I C A V I T
L'I et le premier E de HYGIENE, l'H et le premier E, l'M et le second E de HERMES liés en monogrammes; une hedera entre les sigles D M à la seconde ligne; la dernière haste du chiffre XXIIII réduite à un très petit reste de son extrémité supérieure.
Gobin, Inscr. et pierres antiques extraites du lit du Rhône, p. 4 et pi. à la fin de la notice. — Martin-Daussigny, nn 1020 de son Registre d'entrées; Monum. èpigr. retirés du Rhône en décembre 186), janvier et février 1864, p. 6. — Allmer, dans le Bulletin de Corresp. archèol. de Rome 1864, p. 52.
Chère! Hygiène! — Diis Manibus et memoriae aeternae luliae
Artemisiae natione Asiana. quae vixit amios XXI III ; Titus Flavius Hennés coniugi pientissimae et castissimae et iiicomparabili pouenditiu curavit ob nieritis suis et sub ascia dedicavit.
« Adieu ! adieu !
« Aux dieux Mânes et à la mémoire éternelle de Julia Artemisia, « née en Asie, morte à l'âge de vingt-trois ans; Titus Flavius « Hermès à son épouse excellente, très chaste et incomparable, « a élevé ce tombeau en reconnaissance de ses mérites et l'a dédié « sous l'ascia ».
Chère, Hygiène sont les mots grecs x^ûpe et vylxws écrits en lettres latines avec substitution de IV simple à la diphthongue ae. Ils répondent au hâve ou salve et au vale des Latins. Ici, ils expriment l'éternel adieu en même temps qu'ils rappellent peut-être les manières de saluer dont Artemisia, née en Asie, avait de son vivant conservé l'habitude dans une ville où habitaient beaucoup d'orientaux et où le grec était presque aussi couramment compris que le latin.
L'Asie, pays d'origine de la défunte : natione Asiana, était la province romaine d'Asie, c'est-à-dire la partie occidentale de l'Asie- Mineure comprise entre la mer Egée et la Galatie et composée de la Mysie, de la Lydie, de la Carie et de la Phrygie.
Nous ne savons dire si le mari d'Artemisia est le même qu'un Titus Flavius Hermès, sévir augustaf de Lyon, rappelé par deux inscriptions, l'une perdue, l'autre encore à Fourvière (De Boissieu, p. 189), et vraisemblablement mort sans enfants puisque son tombeau a été élevé par des affranchis. Ils ont au moins dû, l'un et l'autre, à cause de leur nom Flavius, être contemporains ou voisins des règnes de Vespasien et de ses fils.
Le solécisme ob meritis, le barbarisme didieavit sont des fautes à mettre sur le compte des négligences du langage familier.
Épitaphe faisant mention d'un Biturige Cube.
Pilastre entre les arcades XLII et XL1II. — Cippe avec base et couronnement, extrait du puits de TRION en janvier 1886. Une ascia en creux se voit, à la première ligne de l'inscription, entre les sigles DM. — Hauteur 1 m. =,o, du dé o m. 85; largeur o m. 75.
ET MEMORIAE AETERN QVINTIAE QV1NTVLA FEMINAE • INCOMPARJ 5 BILI QVAE VIXIT • AN
NIS XXXX VIII • DIDVS MARTINVS CIVIS BITV RIX CVBVS CONIVNX EIVS QVI ET SIBI VIVS Po >° NENDVM CVRAVIT • T
SVB ASCIA DEDICAVIT
L'A et l'E de QYINTVLAE h la troisième ligne, l'E et le T de ET à l'avant-dernière liés en monogrammes; accents sur l'A de MEMORIAE et sur le premier E de AETERN ; dans l'interligne entre la cinquième ligne et la sixième, un petit A au-dessus de l'I de DIDVS.
Allmer et Dissard, Trion, p. 171. — Allmer, Revue èpigraphique, II, p. 250.
Diis Manibus et memoriàe aèternae, Quintiae Qiiintulae, feminae incomparabili , quae vixit annis XXXXVlll, Did(i)its Martin us civis Biturix Cubiis, coniunx eius, qui et sibi vivus ponendutn curavit et sub ascia dedicavit.
« Aux dieux Mânes et à la mémoire éternelle de Quintia « Quintula, femme incomparable, morte à l'âge de quarante- « huit ans, Didius Martinus, de la cité des Bituriges Cubes, son « mari, a élevé ce tombeau et, de son vivant, pour lui-même, « et l'a dédié sous Y ascia ».
Les Bituriges paraissent avoir eu très anciennement un rôle dominant parmi les peuples de la Gaule. A l'époque de Tarquin l'Ancien, d'après le témoignage de Tite-Live (V, 34), ils donnaient des rois à la partie du pays comprise sous le nom de Celtique : Hi regnum Celtico dabarit. C'est un de ces rois, Ambigat, qui, régnant ainsi sur les Celtes, confia à ses neveux Bellovèse et Sigovèse la conduite d'une multitude de Gaulois, à la tête desquels ils allèrent au-delà des Alpes et du Rhin conquérir des terres et former des établissements. Encore, au temps de César, les Bituriges comptaient, quoique alors clients des Éduens, comme un des plus importants peuples et avaient, outre leur oppidum d'Avaricum, réputé la plus belle ville de toute la Gaule, vingt gros bourgs, qu'ils brûlèrent eux-mêmes dans la guerre dirigée par Vercingétorix, sans parler d'une autre ville du nom de Noviodunum et peut-être aussi de plusieurs autres. D'après la réorganisation provinciale d'Auguste, ils faisaient partie de l'Aquitaine celtique, et ils ajoutaient alors à leur nom celui de « Cubes » en distinction d'un autre peuple de Bituriges dits Vivisques, inconnus à César, comme eux de race celtique, qui formaient pour ainsi dire une enclave étrangère dans l'Aquitaine ibérique, dont ils habitaient,
vers l'embouchure de la Garonne, où se trouve aujourd'hui Bordeaux, l'extrémité nord-ouest.
La cité des Bituriges Cubes est une de celles qui ont laissé à Lyon des souvenirs d'elles à l'autel national de Rome et d'Auguste. Une inscription du musée de Lyon fait connaître un Biturige Cube, devenu judex arcae Galliarum après avoir parcouru dans sa cité la carrière des fonctions municipales, et honoré d'une statue au confluent de nos fleuves par l'association des trois Gaules à l'expiration de sa charge.
Le Biturige Cube de l'épitaphe de Quintia Quintula se serait appelé d'après notre inscription Didus Martinus. 11 aurait pu s'appeler à la manière barbare Didus fils de tel, sans autre nom; l'addition d'un cognomen montre qu'il était citoyen romain ou tout au moins latin, et alors il nous paraît impossible de voir autre chose dans le mot Didus qu'un nom gentilice défiguré par une faute de gravure et dont la forme correcte devait être Didiits. Un petit A placé dans l'interligne au dessus de l'I de DIDVS, paraît avoir, été ajouté, après coup, et se trouve là sans raison d'être à moins qu'il ne soit l'abréviation du prénom Aidas.
Épitaphe d'un Breton.
Pilastre entre les arcades LVIII et LIX. — Cippe avec base et couronnement, extrait du puits de TRION en 1886. Sur la face supérieure se voit un loculus circulaire contenant autrefois l'urne dans laquelle étaient renfermées les cendres. Une Uscia gravée 'en creux occupe, entre les sigles D M, le milieu de la première
ligne de l'inscription. — Hauteur o m. 9s, du dé o m. 53, largeur o m. 41.
et • memoriae aeter nae • avrelio • atiano valeria • Irène -conivgi
5 CARISSIMO • NATINE sic
BRITTO • LAPIDEM • PONEN DVM • CVRAVIT • CVI • ME CVM • VIXIT ■ ANMIS • XX • EX QVO PARBVLVM • SVPESTI sic
'0 TEM • RELICVIT • ANMORVM • X
ET • SIBI • VIVA • COJVPARAVIT ET • SVB ■ ASCIA • DEDICA V I T
La première N et l'E de PONEN à la sixième ligne, les deux N de ANNIS à la huitième et de ANNORVM à la dixième, l'M et le P de COMPAR.AVIT à lavant-dernière, liés en monogrammes.
Allmer et Dissard, Trion, p. 181. — Allmer, Revue èpigrapbique, II, p. 277.
Dits Manibus et memoriae aeternae, Aurelio Atiano; Valeria Irène coniugi carissimo, natione Britto, lapident ponendum curavit; qui mecum vixit annis XX; ex quo parbulum supe(r)stitem reliquit annorum X, et sibi viva eomparavit et sub ascia dedicavit.
« Aux dieux Mânes et à la mémoire éternelle d'Aurelius « Atianus ; Valeria Irène à son époux très cher, breton de
INSCRIPTIONS FUNERAIRES IOI
« naissance, qui a vécu vingt ans avec elle et lui a laissé un « jeune fils survivant âgé de dix ans, et pour elle-même, de « son vivant, a élevé cette pierre et l'a dédiée sous Yascia ».
Britto par deux / est une orthographe fréquente, quand même Britannus ne prenait jamais ce redoublement. Cm pour qui, reliant pour reliquit sont des fautes conformes à la prononciation toujours dure de la lettre c. Quant à natine pour natione, et supestitem pour superstitem, ce sont des inadvertances du graveur.
Épitaphe d'un Cadurque.
Pilastre entre les arcades XXXVII et XXXVIII. — Cippe avec base et couronnement, extrait du puits de TRION en janvier 1886, — Hauteur 1 m. 34, du dé o m. 70, largeur o m. 59.
D es M
Q IVL • POTITI
CADVRCI • OP
TATIVS • SILA