ET MEMO RI AE
AETERNAE M A R I N I A E 5 DEMETRIATI
NATIONE • GRAECE MARINIVS- DEJVE TRIVS • SORORI DVL
L'N et l'E de NATIONE à la sixième ligne. l'M et le second E de DEME à la septième, liés en monogrammes.
Gruter, 850, 4. e Scaligcro. — Spon, Recherche, p. 96 ; éd. 18S7, P- I05- — Artaud, Notice 1808, p. 40; 1816, p. 80;
Musée lapidaire, arcade LX. — De Boissieu, p. 516. — Comarmond, Description, p. 373; Notice, p. 135. — Monfalcon, Musée lapidaire, p. 24.
Diis Manibus et memoriae aeternae ; Mariniae Demelriati, natione Graecae ; Marinius Demetriiis sorori diilcissimae
« Aux dieux Mânes et à la mémoire éternelle de Marinia « Demetriade, grecque de naissance; Marinius Demetrius à sa « sœur bien-aimée, ».
Demetriati pour Demetriadi, archaïsme dont parle Quintilien (I. 7).
Épitaphe d'une femme grecque de la Galatie.
Don Artaud de la Ferrière.
Arcade VII. — Sarcophage à double alvéole ; découvert à SAINT- IRÉNÉE ou à SAINT-JUST, ensuite transféré au quai de Bourgneuf et de là, dès avant la fin du XVIe siècle, à Villeurbanne. « Ceste pierre est une sépulture à double entremeine pour mettre « deux corps ; l'on la void en la maison de la Ferrandière hors « la Guillotière, et la recouvra feu maistre Martin de Troye d'un « marchand de Lyon nommé Ripe, demourant en Bourgneuf : et « est chose belle et digne d'estre gardée » (Paradin); « à la « Ferrandière de la Guillotière » (Spon) ; « à la Ferrandière au- « delà du faubourg de la Guillotière ; tiré d'un jardin auprès de « Saint-lrénée » (Ménestrier) ; « trouvé anciennement dans un
INSCRIPTIONS FUNÉRAIRES 1 OÇ
« jardin à Saint-Irénée » (Artaud). L'inscription est renfermée dans un encadrement de moulures pourvu, de chaque côté, d'un appendice en forme de queue d'aronde ; les sigles D M occupent ces appendices. — Hauteur o m. 85, longueur 2 m. 60; hauteur de la partie encadrée o m. 60; longueur sans les appendices 1 m. 60, les appendices compris 2 m. 35.
ET MEMORIAE AETERNAE KANI^AE GALATIAE N-GRAEC-FEMIN-SANCTISSIMAE QVlE VIXIT A^N p. XXX SINE VLLA ANIMI LAESION Q^IVLIVS HYLAS ,yr
^ CONIVGI PlIsSIMAE Q V E M T V M V L V M "*"*■
DVPLICEM POSVIT ET SIBI VIVS POSTRISQ SVIS ET SVB ASCIA D e d i C A V I T
Le K de KAN1NIAE incertain, peut-être un I; la seconde N et le second I du même mot, l'V et l'A de QVAE et les deux N de ANN, à la fin de la seconde ligne, le T et l'E de POSTERISCL à la fin de l'avant-dernière, liés en monogrammes.
Bellièvre, Epitapb., p. 109. — Symkoni, ms., p. 27. — Paradin, p. 431. — Gruter, 799, 1. — Spon, Recherche, p. 197 ; éd. 1857, p. 232 et planche. — Ménestrier, Prèp., p. 40. — Artaud, Notice 1816, p. 9; Musée lapidaire, arcade VI. — De Boissieu, p. 515. — Comarmond, Description, p. 48, pi. 8 ; Notice, p. 16. — Monfalcon, Musée lapidaire, p. 4.
Dits Manibus et memoriae aeternae Kaniniae (?) Galatiae, natione Graecae, feminae sanctissimae, quae vixit annis XXX sine alla animi laesione; Q. lutins Hytas coniugi piissimae, quem tu m ut uni duplicem posait et sibi vivus posterisque suis et sut ascia dedicavit.
« Aux dieux Mânes et à la mémoire éternelle de Kaninia « Galatia, grecque de naissance, femme très vertueuse, morte à
IIO INSCRIPTIONS FUNERAIRES
« l'âge de trente ans ; Quintus julius Hylas à son excellente épouse « et pour lui-même et ses descendants, a, de son vivant, élevé ce « tombeau avec ce sarcophage double et l'a dédié sous Yascia ».
Kaninia, qui était natione Graeca et s'appelait « la Galate », devait sans doute ce cognomen a son pays de naissance ; elle était grecque asiatique de la Galatie. Les rapports entre la Galatie et la Gaule s'expliquent tout naturellement ; la Galatie était d'origine gauloise. Partie du pays situé entre le Rhône et la Garonne, une émigration composée de trois vaillantes peuplades était allée conquérir au fond de l'Asie Mineure une vaste contrée, dont elle avait fait un florissant royaume, partagé en trois districts avec trois villes principales; Ancyre était la capitale du district échu aux Tectosages , Pessinonte celle du district des Tolistoboiens , Tavium était le chef-lieu des Trocmiens. Le pays entier s'appelait « la Gaule »: Galatia. Sous Auguste, en l'an 31 avant notre ère, à la mort de son dernier souverain, le royaume avait été réduit en province romaine. Pendant longtemps encore, les Galates furent les meilleurs soldats de tout l'Orient.
Julius Hylas, le mari de Kaninia, était vraisemblablement, d'après son surnom servile, un affranchi.
Épitaphe d'un duumvir de la cité des Lingons.
Arcade XXVI. — Petit cippe avec base et couronnement, extrait du puits de TRION en mars 1886. Sur la face supérieure du couronnement s'élève un cône maintenant brisé au sommet. Une
ascia gravée au trait occupe, entre les sigles D M, le milieu de la première ligne de l'inscription. — Hauteur o m. 82, du dé o m. 38, largeur o m. 37.
T • TINC • ALPld DEC • LINGON fï V I R 5 POTITIA • ALPI
N A • MATER PC ET- SVB- ASCIA- D
L'N et le dernier I de ALPINI liés en un monogramme.
Allmer et Dissard, Trion, p. 176. — Allmer, Revue èpigrapbique, II, p. 252.
Diis Manibiis T. Tincii Alpini, decurioni Liugoui, ditumviro, Potitia Alpina, mater, ponendum curavit et sub ascia dedicavit.
« Aux dieux Mânes de Titus Tincius Alpinus, décurion Iingon « et duumvir, Potitia Alpina sa mère a élevé ce tombeau et l'a « dédié sous l' ascia ».
Les Lingons, dont la ville principale Andematunnum est aujourd'hui Langres, appartenaient à la Gaule celtique et en étaient un des peuples les plus importants. Au temps de César, ils se montrent particulièrement dévoués aux Romains ; ils s'abstiennent de prendre part au Conseil général tenu à Bibracte sous la direction de Vercingétorix et n'envoient pas de contingent à l'armée de la défense nationale.
Dans l'organisation de la Gaule par Auguste, ils font partie de la province de Belgique ; mais ensuite, probablement lors de la division de la Germanie de la rive gauche en deux provinces,
ils sont compris avec les Séquanes et les Helvètes dans la province de Germanie Supérieure, où ils sont, en effet, indiqués par Ptolémée. Dans le soulèvement suscité par Vindex. ils restent fidèles à Néron. Maltraités à cause de cela par Galba et même diminués de territoire, ils reçoivent ensuite d'Othon le droit de cité romaine et peut-être aussi le titre de colonie, qui se lit sur deux fragments du musée de Langres (Catalogue nos 18 et 119). Atlius Evbodus
[sévir a]ug(ustalis) colon[iae ; — D. M. Entcii, col[oni]
Lingo[nis ], et sur une autre inscription de Gruter (616, 1) :
D. M., Moderato, liber to coloniae Lingonum. Puis, à la faveur de l'anarchie militaire dont le Rhin devient le thécâtre dans les dernières phases de la guerre civile, ils préparent avec les Trévères l'insurrection qui aboutit à l'éphémère empire des Gaules. A la suite de cette tentative vaine, ils perdent sans doute le bienfait octroyé par Othon, car sous Septime Sévère encore on les trouve avec le titre àtfoederati. 11 se peut toutefois que les deux fragments du musée de Langres, que nous n'avons pas vus, et l'inscription rapportée par Gruter soient faux; c'est, croyons-nous, au moins à l'égard de l'inscription, l'opinion généralement acceptée.
Il n'y a pas à douter que les Lingons n'aient fait partie de l'association nationale qui avait à l'autel du Confluent son assemblée annuelle ; toutefois aucun souvenir ne nous est parvenu d'un Lingon devenu prêtre ou fonctionnaire de l'association.
L'inscription découverte à Trion est précieuse pour la connaissance de la constitution municipale de la cité des Lingons. On avait déjà par une autre inscription le souvenir d'un édile ; on apprend de celle-ci que les deux premiers magistrats y avaient, au second siècle, le titre de duumvir.
L'ethnique des Lingons faisait au nominatif singulier Lingon et peut-être aussi Lingo ; il faisait à l'accusatif pluriel Lingonas concurremment avec Lingones.
Épitaphe d'une femme originaire de Colonia Trajana.
Arcade XX. — Cippe avec base et couronnement ; trouvé au quartier SA1NT-IR.ÉNÉE, et « employé comme jambage à une « porte dans le jardin des GÈNOVÉFAINS » (Artaud) ; entré au Musée avant 1816. Une petite ascia gravée en creux occupe, entre les sigles D M de la première ligne, le bandeau de la corniche. — Hauteur o m. 95, du dé o m. 50, largeur o m. 48.
ET- MEMORIAE- AET- ADIVTORIAE • PERP ETVE • FEMINE • DVL CISSIME- CIVI • TRAI
ANESI-QVE-VIXIT-ANNIS XXXXVII • IVLIVS ■ VALLIO CONIVGI • KARISSI1WE PONENDVM . CVRAVIT ET . SI BI • VIVS . PONENDM CVRAVIT • ETSVB • ASCIA D E D I C A V I T
L'V et l'M de PONENDVM, à la dixième ligne, liés en un monogramme.
Millin, Voyage, I, p. 509. — Artaud, Notice 1816, p. 34;
Musée lapidaire, arcade XIX. — Dh Boissieu, p. soi. — Comarmond, Description, p. 135 ; Notice, p. 47. — Monfalcon, Musée lapidaire, p. 8.
Diis Manibus et memoriae aeternae Adiutoriae Perpeluae, feminae dulcissimae, civi Traianensi, quae vixit anuis XXXXVii ; lulius Vallio coniugi harissimae ponendum curavit et sibi vivus poneiiduiii curavit et sub ascia dedicavit.
« Aux dieux Mânes et à la mémoire éternelle d'Adjutoria Per- « petua, excellente femme, originaire de Colonia Trajana, morte « à l'âge de quarante-sept ans ; Julius Vallio à son épouse très « chère, a, de son vivant et pour lui-même, élevé ce tombeau et « l'a dédié sous Y ascia ».
Adjutoria Perpétua était originaire de Colonia Trajana, colonie fondée, comme le nom l'indique, par Trajan dans la Germanie Inférieure, chez les Gugernes, sur la route de Leyde à Strasbourg d'après l'Itinéraire d'Antonin Caracalla : a Liigduno Argentoratum, à la tête d'un embranchement conduisant à Cologne : item a Colonia Trajana Agrippinam ; c'est aujourd'hui la petite ville de Keln ou Kellen. sur le Rhin, près Clèves (Mommsen, Hist. rom., V, p. 84), et non loin de Birten, l'ancienne Vetera, où était un camp légionnaire, le dernier au nord et le plus important de la province.
Avant d'être empereur. Trajan avait eu, pendant une grande partie du règne de Domitien et tout celui de Nerva, le commandement des armées du Rhin, et c'est là que, vers la fin de 97, à la suite d'une importante victoire sur les Suèves, il reçut, par une députation des sénateurs les plus illustres venue jusqu'à Mayence, l'annonce de son association à l'empire. Pendant ce séjour, qu'il prolongea encore plus d'une année après son avènement à la mort de Nerva arrivée en janvier 98, il établit le long et au-delà du fleuve de nombreux ouvrages de défense, parmi
lesquels une forteresse, qui portait son nom, fut relevée deux siècles et demi plus tard par l'empereur Julien. La fondation de la colonie Trajane doit se rapporter à cette première partie de son règne.
Le nom Adjutoria de la défunte est un gentilice visiblement formé du mot adjutor. Son surnom Perpétua n'autorise guère à supposer qu'elle aurait été primitivement esclave. Plus vraisemblablement, Julius Vallio était un ancien soldat ayant rempli dans quelqu'une des légions de la Germanie Inférieure l'emploi subalterne à'adjutor (Vilmanns, 2, p. 596); parvenu à Yhonesta missio, il aura épousé en légitime mariage une femme du pays, et celle-ci se trouvant par ce fait élevée au bénéfice du droit de cité romaine, aura reçu de son mari le gentilice Adjutoria en souvenir de la fonction par lui remplie dans sa carrière militaire. Il est vrai que le texte ne dit pas que Julius Vallio ait été soldat, mais l'épitaphe est celle de sa femme, non la sienne.
Remarquer l'orthographe VIVS pour VIVVS. La lettre tombée est, croyons-nous, non pas le v consonne, mais la voyelle, qui, n'ayant qu'un son presque muet, ne demandait qu'à s'élider.
Remarquer aussi la répétition oiseuse des mots ponendum curavit.
Épitaphe d'un jeune homme né à Colonia Trajana.
Arcade XXVII. — Cippe avec base et couronnement ; extrait du puits de TRION en mars 1886. Sur la face supérieure se remarquent deux forts scellements qui fixaient autrefois un ornement faîtier. Une ascia en creux occupe, entre les sigles D M de
Il6 INSCRIPTIONS FUNÉRAIRES
la première ligne de l'inscription, le milieu du bandeau de la corniche. — Hauteur o m. 76, du dé o m. 40, largeur o m. 32.
ET-MEMORIA « ATERNA
VALERI"' HONORATI •
IVVENIS • OPTIMI • QVI •