‹ Inscriptions antiques (volume 2)Chapitre 23 sur 101 · AI «M • BE//ONIVS- RO · texte numérisé non relu

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De Boissieu. p. 495. — Comarmond, Description, p. 278; Notice, p. 102. — Monfalcon, Musée lapidaire, p. 18. — Florian Vallentin, Bulletin èpigrapbique 1882, p. 282.

Dits Manibus ; M. Bettonius Romulio, decurio (?)

civitatis Tricastinormn, coniugi incomparabili et sibi vivits posait et snb ascia dedicavit.

Item memoriae Bettonii suprascribti, cujns ossa in eodem sarcopbago condita sunt nti vivus praecepit ; Bettonius PapianusQ),filius et hères, (et) Bettonius Sosus, libertus et tutor, faciendum curaverunt.

« Aux dieux Mânes de ; Marcus Bettonius

« Romulio, décurion de la cité des Tricastins, à son épouse

« incomparable et pour lui-même, a, de son vivant, élevé ce

« tombeau et l'a dédié sous Yascia. — Aussi à la mémoire de

« Bettonius susdit, dont les os ont été, ainsi qu'il l'a ordonné

« de son vivant, déposés dans ce même sarcophage par les soins

« de Bettonius Papianus, son fils et héritier, et de Bettonius Sosus

« son affranchi, tuteur de son fils ».

Bettonius Romulio, était probablement décurion. L'exiguité de la lacune qui a fait disparaître son titre, la forme non servile de son surnom ne permettent pas de supposer qu'il ait été sévir augustal.

La cité des Tricastins faisait partie de la Narbonnaise. Elle y formait, entre les Ségalaunes, les Voconces, les Cavares, les Helves et les Arécomiques, un petit territoire situé sur la rive gauche du Rhône et dont la ville chef-lieu, appelée par Ptolémée Neomagus, par la Table de Peutinger Senomagus, aujourd'hui Saint-Pierrede-Sénos, a été dès le temps d'Auguste remplacée par celle à'Augusta, devenue au moyen âge, par suite d'une transformation populaire de Tricastinorum en Tricastrinorum, l'actuel Saint-Paul- Trois-Châteaux. Augitsta est, dans Pline, une cité de droit latin.

A la mort de Bettonius, ses restes furent, selon son désir, déposés dans le sarcophage qui déjà contenait le corps de sa femme. Ainsi que le remarque Florian Vallentin, le mot ossa fait voir que l'on y déposa, non pas son corps, mais ses cendres recueillies dans une urne.

Épitaphe d'une Viennoise, femme d'un Trévère.

Arcade XVI. — Très grand cippe avec base et couronnement, extrait du RHONE en face de la place GROLIER en décembre 1884; un trou de scellement pratiqué sur le bout de la volute du côté droit de la lysis y retenait autrefois fixé un ornement de métal en étain ou en bronze doré, parallèlement à un ornement pareil sur le bout de la volute du côté gauche, aujourd'hui détruite. Une

ascia occupe, entre les sigles D M, le milieu de la première ligne de l'inscription. Sur la face supérieure se voient, à côté l'une de l'autre et renfermées dans un ovale tracé par un cordon saillant, deux cavités circulaires assez profondes, dont la séparation correspond à l'axe du fronton qui décore le devant du couronnement. — Hauteur 2 m. 53. du dé 1 m. 60; largeur o m. 80.

ET-MEMORIAE-AETERN CONNIAE • LVClNAE • FEMI NAE-SANCTISSIMAE-ET-IN 5 COMPARABILI • CIVI • VIEN

NENSI-T- VERATIVS-TAV RVSNATTREVERCONIVGI KARISSIMAE-ET-SIBI-DESIDE RANTISSIMAE-QVAE-MECM 'o VIXIT-ANNIS-XVI-MENS-IIII

DIEBVSXISINE-VLLA-ANIMI LAESIONE-ET-C-MARIVS LVCINIANVS • FILIVS- EIVS • MATRIDVLCISSIMAE-Vlvi PCETSVB-ASCIA-DEDICAVER

L'V et l'M de MECVM, à la neuvième ligne, liés en monogramme.

Allmer, Revue èpigrapbiqite, II, p. 90. — De Villefosse, dans le Bulletin des antiquaires 1885, p. 87.

Diis Manibus et memoriae aeternae Conniae Lucinae, feminae sanctissimae et incomparàbili, civi Viennensi; T. Veratius Taurus, natione Trever, coniugi harissimae et sibi desiderantissimae, quae mecum vixit annis XVI, mensibus MI, diebus XI, sine ulla animi

laesione, et C. Marins Lucinianus, filins, matri dnkissimae vivi toncndnm curaverunt et snb ascia dedicaverunt.

« Aux dieux Mânes et à la mémoire éternelle de Connia Lucina, « femme très vertueuse et incomparable, originaire de la cité de « Vienne, Titus Veratius Taurus, du pays des Trévères, à son « épouse chérie et très regrettée, qui a vécu avec lui seize ans, « quatre mois et onze jours, sans lui avoir jamais causé aucune « affliction, et Caius Marius Lucinianus à sa mère bien-aimée, « ont, de leur vivant, élevé ce tombeau et l'ont dédié sous « Y ascia ».

Veratius Taurus était de Trêves, colonie de citoyens romains comme il vient d'être expliqué à propos des inscriptions précédentes, mais n'était peut-être pas lui-même citoyen romain ; il se dit simplement natione Trever et semble vouloir établir, en se désignant ainsi, une distinction marquée entre sa condition politique et celle de sa femme, qu'il qualifie expressément de avis. Connia Lucina, originaire de la colonie de Vienne, était, en effet, pourvue du droit de cité romaine.

Rien n'est, du reste, plus obscur que la condition primitive de cette colonie de Vienne, attribuée par les uns à Jules César et tout de suite du droit de cité romaine, par d'autres à Auguste et peutêtre de droit latin seulement, et considérée par tous en général comme une colonie fictive, c'est-à-dire formée, non de vétérans ou de civils amenés du dehors, mais des Allobroges eux-mêmes assimilés dans toute l'étendue de la cité à des colons citoyens romains sous le nom de Viennenses, en remplacement de celui d'Allobroges. Le discours prononcé en l'an 48 par l'empereur Claude (ci-dessus, I, p. 80) en vue de faire accorder aux Gaulois citoyens romains l'accès aux fonctions sénatoriales de Rome, nous apprend que le viennois Valerius Asiaticus avait obtenu son premier consulat (année non connue) avant que sa colonie eût le droit de cité romaine au complet : Quod ante in dornum consnla-

tum iiitulit quam coïonia sua solidum civitatis Romanae benificium coiisecuta est. Il résulte de ce passage qu'à l'époque où a été prononcé le discours Vienne possédait au complet le droit de cité romaine que, peu de temps auparavant, elle n'avait encore que d'une manière incomplète; M. Mommsen (Hist., V, p. 79; voy. ci-dessus, I, p. 102) a conclu de là que, lors du premier consulat d'Asiaticus, la colonie de Vienne n'était que de droit latin et que c'est de Caligula qu'elle aurait reçu le droit de cité romaine, et ce qui semble corroborer cette conclusion, c'est que les inscriptions les plus anciennes ne mentionnent comme premiers magistrats de la colonie que des quattuorvirs, tandis que sur les inscriptions postérieures n'apparaît plus que la mention de duumvirs. M. Hirschfeld adopte l'opinion de M. Mommsen, sans doute la vraie puisqu'elle est ainsi patronnée, cependant non encore exempte, tant s'en faut-il, de toute incertitude. D'abord, on est obligé d'interpréter très largement les paroles de Claude : il aurait dû dire que, lorsqif Asiaticus obtint son premier consulat, sa colonie n'avait pas encore le droit de cité romaine; au lieu de cela, il dit expressément qu'elle n'avait pas encore le droit de cité romaine en entier : elle avait donc déjà le droit de cité romaine, mais non dans toute son intégralité. Pline, dont le tableau géographique est, comme on sait, emprunté aux Commentaires d'Agrippa , terminés en ce qui concerne la Narbonnaise dès avant l'an 27 avant notre ère, énumère nommément Vienne et Valence comme colonies de citoyens romains en opposition aux cités latines, qu'il appelle, non pas colonies, mais oppida latina. Pour ce qui est de Valence, on sait maintenant par une inscription trouvée à Valence même et disparue peu de jours après sa découverte, mais copiée par nous au moment de son extraction, que c'était selon toute vraisemblance une colonie de Jules César (voy. Corpus, XII, 1748, et notre Revue, II, pp. 40, 431) : [L. Non]io, L. fil., [Asp]renati, pro p[raetore], coloni et incolae patrono; ce Lucius Nonius Asprenas, patron des colons et des habitants de Valence, est, ainsi que l'a

démontré M. Hirschfeld, l'officier des mêmes noms qui, dans les guerres d'Afrique et d'Espagne de César des années 46 et 45 avant J.-C, servait comme proconsul; son titre républicain de « propréteur » sur l'inscription dont il s'agit ne permet pas de placer son patronage sous Auguste, dont les gouverneurs en Narbonnaise avaient le titre de « légat ». Il n'est nullement impossible que la colonie de Vienne, associée par Pline à celle de Valence, ait eu une origine pareille. César aura agi dans la Gaule, lorsque, les guerres terminées, il y vint pour en régler les affaires, comme il venait d'agir en Espagne à l'égard des cités qui s'étaient montrées favorablement disposées : « Celles qui lui avaient été bien- « veillantes, il les récompensa soit par des accroissements de « territoire , soit par l'immunité ; à quelques-unes il donna la « civitas ou même le droit de colonie romaine » (Dion Cassius, 43, 39). Si un peuple de la Gaule avait bien mérité de César, c'étaient sûrement les Allobroges; aucun ne lui avait été plus dévoué ni ne lui était resté plus résolument fidèle ; dans le soulèvement général suscité par Vercingétorix, ils avaient, en fermant l'oreille aux promesses offertes de suprématie sur toute la province, puis en se mettant en mesure de résister à main armée aux attaques dirigées contre eux , préservé de l'entraînement la Narbonnaise, déjà entamée dans sa partie occidentale jusqu'au Rhône, et ainsi grandement facilité, si ce n'est même assuré, la victoire définitive remportée à Alise.

Les Allobroges, depuis leur défaite par les armées combinées de Domitius Ahenobarbus et de Fabius Maximus, en 121 av. J-C, avaient été laissés par la République dans la condition de déditices et durement opprimés; César, qui en toute occasion s'est conduit en réparateur des injustices du précédent régime, n'en aura que d'autant plus tenu à les relever avec éclat et leur aura accordé, comme à Valence, le droit de colonie romaine. Mais presque tout de suite après sa mort, un parti de patriotes s'étant emparé de Vienne et en ayant expulsé les Romains, il peut très bien se

faire qu'en châtiment d'un tel acte de défection, ce droit de colonie romaine des Allobroges ait été diminué de quelques-uns de ses plus importants privilèges, et ainsi s'expliquerait que, lors du premier consulat d'Asiaticus et jusque sous Caligula, Vienne n'aurait eu que le droit de cité romaine non complet dont il est parlé dans le discours de Claude.

Après cela, la colonie de Vienne était-elle, comme l'étaient d'après l'auteur de YHlstoria Galliae Narbonensis la plupart des villes latines de la Narbonnaise auxquelles on trouve sur les inscriptions le titre de colonie, une colonie fictive? M. Jullian (voir Journal des savants, 1 889) pense au contraire que toutes ces villes latines qualifiées « colonies » étaient des colonies véritables formées de vétérans des armées d'Auguste, gratifiées à cause de cela du titre de colonie, mais non élevées au droit de cité romaine; Auguste, en plaçant sur les routes de la Narbonnaise conduisant aux passes des Alpes ces nombreuses colonies, aurait voulu garantir la sûreté de l'Italie au moyen d'une sorte de « vaste camp « retranché occupé par une armée territoriale capable de barrer « le chemin à une invasion de barbares ».

La Narbonnaise a dû, en effet, au moment de ces colonisations et pendant quelque temps, présenter cet aspect militaire, toutefois essentiellement transitoire, car il ne paraît pas qu'après le désastre de Varus en l'an 9 de notre ère, Auguste, s'attendant à tout instant à voir apparaître les Germains, ait le moins du monde compté sur cette armée de réserve pour les arrêter au passage. Vraisemblablement, ses vues auront été d'une portée moins immédiate ; il se sera surtout proposé d'établir au pied des Alpes, au moyen de ces colonies de vétérans, moins un formidable camp retranché qu'une nombreuse population d'Italiens citoyens romains, qui, formant dans chaque cité un noyau d'aristocratie romaine et y exerçant une influence toute romaine aux dépens de la population indigène, réduite à une situation inférieure en même temps qu'à l'impuissance au cas où elle aurait nourri des sentiments hostiles,

fissent de cette partie de la Gaule en quelque sorte un prolongement de l'Italie. On aperçoit ainsi pourquoi ces villes latines où furent colonisés des vétérans ne reçurent pas avec le titre de colonie le droit de cité romaine. Auguste, dont l'extrême parcimonie dans la concession du droit de citoyen romain est amplement attestée par les auteurs (Suétone, Ang., 40; Dion, 56, 33), aura répugné à élever d'emblée à la civitas presque toutes les cités de la Narbonnaise alors que bon nombre d'entre elles, notamment les plus rapprochées des Alpes, n'étaient certainement pas encore assez complètement civilisées pour pouvoir échanger leur latinité contre le droit de cité.

De même que la plupart de ses compatriotes que rappellent nos inscriptions, le mari de Connia Lucina exerçait sans doute à Lyon quelque négoce, et ce serait pour cela que le tombeau de sa femme a été trouvé dans un des amas de pierres romaines déposées dans le Rhône. Comme négociant, il aura habité la ville basse, qui était surtout le quartier du commerce; c'est là qu'était, on se le rappelle, le siège des riches et puissantes corporations des bateliers du Rhône et de la Saône, c'est là aussi qu'étaient les entrepôts de la corporation encore plus riche et plus puissante des négociants en vins.

Connia Lucina avait été mariée une première fois et avait eu de ce premier mariage le fils qui porte les noms de Marins Lucinianus : celui de Marins reçu de son père, celui de Lucinianus dérivé de son surnom à elle.

L'orthographe Trever est à remarquer; on ne connaissait jusqu'ici le nominatif singulier que sous la forme Trevir.

La transition de la troisième personne grammaticale à la première est une faute fréquente sur les épitaphes et probablement une de celles que se permettait le plus volontiers le langage familier des Lyonnais.

Épitaphe d'un Voconce.

Arcade XI. — Cippe avec base et couronnement. « découvert « en 1824 en creusant les fondations de l'église actuelle de « SAINT-IRENÉE » (Comarmond); « en 1825 » (De Boissieu); entré au Musée en 1845. — Hauteur 1 m. 32, du dé o m, 78; largeur o m. 55.

L • MATERNI • MATVRI

VO C O N T I L-MATERNIVS-SERVANDVS 5 LÏB • ET ■ HERES

PATRONO • PlIsSIMO P O S V I T

Archives du Rhône, I, p. 472. — De Boissieu, p. 390. — Comarmond, Description, p. 95; Notice, p. 31. — Monfalcon, Musée lapidaire, p. 6.

Diis Manihus L. Mater nii Maturi, Vocontii; L. Maternius Servandus, liber tus et hères, patrono piissimo positif.

« Aux dieux Mânes de Lucius Maternius Maturus, de la cité « des Voconces ; Lucius Maternius Servandus, son affranchi et « héritier, à son excellent patron a élevé ce tombeau ».

Les Voconces sont mentionnés par Tite-Live (21-31) à propos

du passage d'Hannibal. Celui-ci, après avoir traversé le Rhône, se dirige vers les Alpes par le pays des Allobroges, des Tricastins, des Voconces et des Tricores, mais d'après Polybe (3, 50), des Allobroges seulement, ce qui permet de penser que les Tricastins, les Voconces et les Tricores étaient alors clients des Allobroges et de telle sorte dans leur dépendance qu'ils pouvaient être compris en commun avec eux sous le nom général d'Allobroges, et fait voir aussi que le territoire des Voconces était situé entre ceux des Allobroges, des Tricastins et des Tricores, c'est-à-dire entre l'Isère, la chaîne du Ventoux et les Alpes.

Un siècle plus tard, lorsque les Romains, appelés par les Marseillais leurs alliés, pénètrent pour la première fois dans la Gaule, ce sont les Salluves et les Voconces qui supportent le premier choc des armes romaines; ils sont vaincus sans grande résistance, deux années de suite, par Marcus Fulvius Flaccus en l'an 125 et, l'année suivante, par Caius Sextius Calvinus, le fondateur du château-fort d'Aquae Sextiae, aujourd'hui Aix; la fuite du roi des Salluves chez les Allobroges devient le motif de la guerre célèbre qui se termine par la double victoire des Romains sur les Allobroges et les Arvernes réunis (122, 121) et par la conquête de toute la partie de la Gaule dont est formée dès lors la Province romaine.

En 77 av. J.-C., Pompée, allant par le mont Genèvre en Espagne combattre Sertorius, trouve les Voconces en insurrection et ne parvient à frayer son chemin que par la force des armes ; mais, bien loin qu'à la suite de ce soulèvement, du reste promptement réprimé par Fonteius, leur condition devienne pire, ils obtiennent des Romains, intéressés sans doute à s'assurer un libre accès dans la Gaule, un traité d'alliance qui paraît avoir duré jusque sous l'empire, car, outre que Pline les désigne comme civitas foederata , des inscriptions qui appartiennent aux deux premiers siècles laissent apparaître des traces reconnaissables d'usages celtiques dans leur constitution municipale (voir Hirschfeld, Gallische studien, I, et Corpus, XII, p. 161).

Ils avaient deux capitales, duo capita (Pline) : l'une exclusivement administrative, l'autre exclusivement religieuse, et cela peut s'expliquer en ce sens que, tout en tolérant chez les Voconces, par respect pour le pacte d'alliance, une autonomie qui tranchait sur l'uniformité du reste de la Narbonnaise, le gouvernement impérial n'entendait pas consentir à rester complètement en dehors de leur organisation intérieure. Donc, en parallèle avec le chef-lieu de la respublica , la ville celtique de Vasio qui tirait son nom de celui de la rivière d'Ouvèze passant au pied du rocher sur lequel elle était assise, il avait érigé pour le culte obligatoirement dû à l'empereur une capitale religieuse ; ce fut d'abord Luc, Luc us Augusti, peut-être doté de privilèges particuliers tels que par exemple le droit de cité romaine en distinction du reste de la cité, qui n'avait que le droit latin, puis, après la déchéance de Luc au début de la guerre civile survenue à la mort de Néron, Die, Dea Augusta, siège d'une dévotion au loin renommée à la déesse gauloise Andarta, alors convertie en divinité auguste et concourant ainsi au but proposé, c'est-à-dire au développement du culte impérial. Accaparant à lui, de cette manière, toute la vogue de la déesse nationale, le culte de l'empereur ne tarda pas à revêtir, à Die. un éclat extraordinaire par l'adjonction de spectacles splendidement organisés et de nombreux sacrifices tauroboliques.

Outre Vaison et Luc. puis Vaison et Die. le territoire voconce renfermait d'autres villes de rang inférieur : oppida ignobilia XVUU d'après Pline, c'est-à-dire dix-neuf vici, et était partagé, comme la partie orientale du territoire des Viennenses, en un certain nombre de pagi. Les inscriptions font connaître plusieurs des uns et des autres : les vicaui Boxsani (le Buis) et les vicani Noiouiagenses (Nyons), rappelés par une inscription trouvée à Tain; les Cadienses, par une inscription trouvée à Beaulieu près de Mirabel aux Baronnies, dévots au dieu Ventur (le Mont- Ventoux : Ventour en langue provençale), et non pas, comme

on se l'était imaginé d'après une mauvaise lecture, à un dieu Axnr, qui aurait été un « Jupiter sans barbe », ou plus conformément à l'étymologie un Jupiter à barbe inculte; le pagus Epotius (Upaix?); le pagus Iunius (peut-être pas chez les Voconces), le pagus Deobensis, administré par un Conseil de vingt vigintivirs, débris de l'ancienne organisation nationale (inscr. trouvée à Ségu-

ret), un pagus Bag (inscr. trouvée à Sainte-Jalle), mot à

compléter sans doute par Bagiueusis, du nom d'un dieu Baginus et d'une triade de déesses Baginahae, Génies protecteurs locaux dont les souvenirs étymologiques apparaissent dans les noms du mont Vanige et du village de Bésignan (Allmer, Rev. èpigr., II, pp. 438, 439); le pagus Bo (inscr. trouvée à Entrechaux), un pagus anonyme (fragment d'inscription trouvé près du Pègue), enfin, un pagus dont parle Pline (III, 124) : ex Vertamacoris Vocontiorum bodieque pago (le Vercors). Voir Hirschfeld, Corpus XII, page citée 161.

Les Voconces citoyens romains étaient inscrits dans la tribu Voltiuia.

Le voconce Maternius Maturus n'avait sans doute pas d'enfants; c'est un affranchi qui est son héritier.

Fragment.

Arcade LVII. — Fragment, de provenance non connue; présentant la partie supérieure droite d'une table oblongue, dont l'inscription était renfermée dans un encadrement de moulures

accompagné, de chaque côté, d'un appendice en forme de queue d'aronde. — Hauteur o m. 35, largeur o m. 57.

CIVI • ORIVN

dae quae VIXIT ■ ANNIS

ONIVS PVTE

olamtsÇ) coniugiÇ)piiS S I M A E ET

Le groupe terminal . . . ouins de la quatrième ligne s'adapte à un trop grand nombre de noms gentilices, pour qu'il soit possible, même en se limitant à ceux dont les inscriptions de Lyon fournissent des exemples, de s'arrêter à aucun.

Quant à l'indication géographique à laquelle se rapportent les mots civi et oriundae, elle a suivi la partie aujourd'hui manquante de la pierre.

Inscriptions perdues ou non entrées au Musée.

Épitaphe, perdue, d'un Carnute. — Fragment autrefois « à la « porte de VAISE » (voy. De Boissieu, p. 520, n° 18), non restituable : D- M- et mcmoriae aeternae Carnutino,

lulia (?) conjugi karissimo

Épitaphe, perdue, d'un jeune homme de nationalité grecque. — « Pierre extrêmement fruste, de la collection Bellièvre au Jardin « des Antiques » (voy. De Boissieu, p. 513, n" 60). quartier SAINT-GEORGES : D-M- et memoriae aeternae lui. Pu . . . , natione Graeea,

Epitaphe, perdue, d'un Séquane. — Autrefois « en la closture « du iardin de M. de S. MARCEL » (voy. De Boissieu, p. 613, n" 18), quartier des TERREAUX : [D-M-] et memoriae aeternae Decmiae Decmillae, civis Seq(uanae), feminae sanctissimae ; Decmius Decmamis f rater et Silvinius Balbinus maritus p(onendum) curaver (mit) et sub ascia dedic(averunt) .

Epitaphe, perdue, d'un Séquane. — Autrefois à FOURVIÈRE, in aedibus Langaei, ensuite « dans le jardin des PP. de la Trinité » (voy. De Boissieu, p. 508, n° 39) : D-M- et memoriae aeternae Divixti, civis Sequani, qui vixit aiiuis LX sine ulla macula cum

Va , Sextiani (filia), coniuge karissima ann(is) XXIII (ou

XXXIII) sine ulla discordia, quae coniux hara (?) ponendum curavit et sub a(scia) d(edicavit).

Epitaphe, non entrée au Musée, d'un Trévère. — Cippe avec base et couronnement, engagé dans l'angle nord-est d'une maison située vers le haut de la montée Saint- Barthélémy, quartier de FOURVIERE, appartenant aux PP. Franciscains, ancienne maison Frèrejean, dans le clos Jaricot (voy. De Boissieu, pp. 504 et 613) : D-M- C(aii) Acuronii Sattonis annor(um) XVII, Senilis av(u)nculus.

Peut-être faut-il mieux lire Cacuroni, Sattonis (filii)

Epitaphe, non entrée au Musée, d'un Romain (?). — Cippe provenant d'une maison voisine du Palais-de-justice, quartier SAINT-JEAN; transporté à Champvert (voy. De Boissieu, p. 503), dans la propriété De Belbeuf, actuellement des PP. Jésuites,

chemin de Montriblond : [D-M-] M (?) Atticïi nationis

Urbici, qui vixit ann. XXIII, m. VII, die s XIV; Claudia Maxima mater miser issima filio dulcissimo et sibi viva poster isq. suis p. c, procur(ante) T. S... Eug(ene), et s. a. d.

Nationis Urbicus, né à Rome plutôt que né à Urba, ville d'Helvétie mentionnée dans l'Itinéraire d'Antonin, mais qui n'avait pas rang de cité.

Déjà s'est présentée l'occasion de le dire (ci-dessus, II, pp. 157, 1 58), il y avait autour de Lyon trois principaux champs de sépultures : Trion pour les habitants de la ville haute, Vaise et la Guillotière pour ceux de la ville basse.

A Trion, qui, dès le temps de Sidoine Apollinaire, s'étendait jusque vers Saint-Irénée, il y a à rattacher les nombreux tombeaux provenant de l'ancienne collection De Langes à sa maison de Y Angélique à Fourvière, transportés ensuite chez les Trinitaires au quartier Saint-Georges, et les tombeaux à peine moins nombreux recueillis chez les Génovéfains au quartier Saint-lrénée. C'était le cimetière à la fois le plus ancien et le plus considérable; les grands mausolées du temps d'Auguste et de ses premiers successeurs (ci-dessus, III, pp. 30 et suiv.), découverts le long de la route d'Aquitaine, dans les derniers travaux pour le prolongement du chemin de fer de Saint-Just à Vaugneray, lui appartenaient, et aussi les sarcophages et les cippes, moins anciens, trouvés dans les mêmes travaux et antérieurement à droite de la rue de Trion, notamment dans un puits funéraire rencontré entre la gare de Saint-Just et le pont de la montée de Loyasse. à 45 mètres environ de ce dernier point, et d'où ont été retirés près de quatre-vingts tombeaux ; ce puits était une fosse carrée (voy. Trion, pp. 113. 114). à angles arrondis, large de 1 m. 80 centimètres, profonde de 21 mètres, entièrement creusée sans maçonnerie; à la profondeur de 15 mètres, il s'élargissait de manière à avoir 2 mètres so centimètres de côté, puis finissait en fond

de cuvette dans une couche de sable. Il s'arrêtait là, non pas peut-être parce qu'il était suffisant pour contenir tout ce qu'on avait à lui confier, mais parce qu'il devenait impossible de le creuser davantage sans parois maçonnées; il n'est donc pas invraisemblable que d'autres fosses à pareille destination puissent exister sur d'autres points de Trion. Une monnaie des premières années du règne de Constantin, recueillie au fonds du puits, apporte une preuve certaine que le creusement et l'enfouissement ne sont pas antérieurs au quatrième siècle. On aura eu alors à disposer d'un emplacement couvert de tombeaux, et, ne voulant ni les détruire ni les abandonner exposés aux profanations, on aura creusé sur cet emplacement un trou profond pour les recevoir. Ils y ont été, non pas précipités, mais déposés couchés les uns à côté des autres, les plus gros laissés debout et chaque lit qu'ils formaient recouvert d'une couche de 50 à 60 centimètres de terre meuble.

Ni les Étroits ni les quartiers de Pierre-Scize et de l'Observance ne laissant de place entre le pied du coteau et la Saône pour des sépultures, les habitants de la ville basse avaient leurs cimetières à Vaise et à la Guillotière. Les tombeaux trouvés à Vaise proviennent en majeure partie des fondations de l'ancienne église, mais il y a lieu de rapporter à ce champ de sépultures les tombeaux extraits de dessous les fondations des maisons aujourd'hui remplacées par le quai de Bourgneuf, où ils avaient été, paraît-il, apportés de Vaise comme matériaux d'empierrement de la rive droite de la rivière.

Le vaste espace qui est devenu le quartier de la Guillotière et que traversait la route abrégée de Vienne à Lyon, était, comme Vaise, un cimetière des habitants de la ville basse et peut-être un cimetière aristocratique. Là ont été découverts en place les restes du splendide tombeau du jeune décurion Acceptius, fils d'un décurion et duumvir de Lyon (ci-dessus, II, pp. }?,2 et suiv. et 356); de là proviennent les nombreux tombeaux gisants aujourd'hui dans le Rhône, où ils ont été amenés, au moyen âge, pour endiguer

des îles maintenant disparues. Probablement aussi, le pont de la Guillotière recèle-t-il dans les fondations de ses piles massives de nombreux tombeaux ramassés à la Guillotière.

Les tombeaux qui existaient en dehors des trois grands dépôts funéraires de Trion, de Vaise et de la Guillotière, constituent des cas isolés et sans doute fortuits ; quant à ceux qu'on retrouve à l'intérieur de la ville romaine, ils ne peuvent y être venus que par déplacement.

Dédicace aux dieux Mânes.

Arcade XI. — Bloc quadrangulaire, trouvé « en 1865 au bord « de la SAONE, rive droite, vis-à-vis la montée du GREILLON, « sous les fondations des anciennes maisons de Bourgneuf ». Il présente, sur sa face antérieure, au moyen de bandeaux sculptés en relief, une sorte de frontispice composé d'un panneau oblong, partagé verticalement en deux compartiments carrés que couronne un fronton triangulaire pourvu d'antéfixes à ses angles. Les sigles D M occupent ces compartiments. — Hauteur o m. 60, largeur o m. 55. Hauteur des lettres o m. 10.

Martin-Daussigny, n° 1044 de son Registre d'entrées.

Dits Manibus. — « Aux dieux Mânes. ».

Les Mânes étaient, chez les païens, les âmes des morts.

Les âmes des morts s'appelaient Mânes sans distinction entre celles des bons et celles des méchants; autrement, elles prenaient, selon la catégorie à laquelle on croyait devoir les attribuer, des noms particuliers. Sur ces noms, les anciens eux-mêmes ne sont pas parfaitement d'accord. D'après Platon, cité par saint Augustin (Civ. Dei, 9, 11), les âmes des bons avaient le nom de Lares et celles des méchants le nom de Lémures ou de Larves. Apulée (Le dieu de Socrate) donne une explication différente : « L'âme deve- « nait en se dégageant de ses liens une espèce de Génie que l'on « appelait Lémure. Les Lémures des bons constituent les Lares, « protecteurs de la famille et du foyer domestique, tandis que ceux « des méchants, condamnés à errer sous le nom de Larves, effrayent « et tourmentent, la nuit, les hommes dont la conscience n'est pas « tranquille. Est-on dans l'incertitude sur celle des deux catégories « dans laquelle doit être classé un Lémure, on le range parmi les « Mânes ». D'autres identifient les Mânes avec les Génies; à chaque homme étaient assignés deux Mânes, dès le moment de sa naissance; ils lui survivaient, habitaient le tombeau avec le cadavre et même après son entière consomption ; démolir un tombeau c'était commettre un attentat contre les Mânes. Suivant d'autres encore, les Mânes étaient des dieux d'ordre inférieur, qui remplissaient tout l'espace entre la terre et le ciel jusqu'à l'orbite de la lune. Les dieux du ciel étaient les dieux des vivants, les Mânes les dieux des morts. Dans le système de la philosophie de Pythagore sur la transmission des âmes, les Mânes étaient les âmes dégagées de leur association aux corps qu'elles avaient animés, et attendant leur entrée dans d'autres corps.

L'étymologie serait le vieux mot latin manus synonyme de bonus. Donc, dans la conception primitive les Mânes étaient « les bons », et les Romains employaient cette désignation, comme les Grecs celle de Mâxccpeç: « les heureux », pour éviter l'usage d'une expression triste ou trop directe. De plus, la croyance générale que les âmes des bons approchaient en quelque sorte d'une nature divine

dans le monde souterrain où elles jouissaient d'une grande félicité, fit que l'on mit les Mânes au rang des dieux. De là l'immense famille des dii Mânes, parmi lesquels les hommes n'étaient admis à prendre place qu'après avoir été soumis à la mort et s'être régénérés dans le sein de la déesse Mania, soit qu'ils dussent habiter les enfers, soit qu'ils dussent retourner sur la terre comme Lares déifiés.

On célébrait trois fêtes, chaque année, en l'honneur des Mânes, qui étaient censés, pendant leur célébration, sortir des enfers par une ouverture alors découverte, mais ordinairement bouchée par la pierre manale. On célébrait aussi en leur honneur les Féralies ou Parentales, qui duraient du 13 février au 21.

Les tombeaux étaient dédiés aux dieux Mânes. Chaque épitaphe commençait par la formule solennelle Diis Manibus, car le mot n'avait pas de singulier et l'on disait toujours « les Mânes », « les dieux Mânes », quand même il s'agissait d'un seul défunt.

Les Mânes redoutaient le bruit, mais étaient particulièrement réjouis par la vue du feu; aussi était-il d'usage d'entretenir sur les tombeaux des lampes allumées. Leur offrir des roses était une dévotion qui leur était fort agréable. A la fête des Lémuries, qui avait lieu en mai, l'on ne manquait pas d'en joncher les tombeaux.

Dédicace aux dieux Mânes et au repos éternel.

Arcade XIV. — Sarcophage « extrait des fondations de l'église « de VA1SE (De Boissieu); « découvert en 1847 dans les fouilles

« faites à Vaise par ordre du gouvernement ; il était sans cou- « vercle » (Comarmond). L'inscription est renfermée dans un encadrement de moulures, pourvu, à chacune de ses deux extrémités, d'un appendice en forme de queue d'aronde. Le couvercle n'a pas été retrouvé. — Hauteur o m. 69, longueur 2 m. 31; hauteur de la partie encadrée o m. 4 s, longueur 1 m. 52.

Dlls • MANIBVS ET- QVIETI- ÂETERNÂE

Accents sur les deux A du mot AETRRNAE ; les lettres N1B du mot MANIBVS incomplètes dans le haut.

De Boissieu, p. 500. — Comarmond, Description, p. 98; Notice, p. 32. — Monfalcon, Musée lapidaire, p. 6.

Diis Manibus et quieti âeternâe.

« Aux dieux Mânes et au repos éternel ».

Ces mots occupent tout le panneau encadré qui remplit la face antérieure du sarcophage, et ils y forment une inscription complète.

On s'est étonné d'une épitaphe ainsi réduite à la dédicace aux dieux Mânes et au repos éternel, sans aucune mention du défunt qui reposait à son abri , et l'on a supposé avec toute apparence de raison que le sarcophage devait accompagner un autre monument funéraire, sur quelque partie duquel se lisait une épitaphe plus explicite.

C'est souvent, en effet, qu'un tombeau ne se composait pas uniquement d'un cippe ou d'un sarcophage, mais était un monument plus ou moins architectural dont le sarcophage ou le cippe ou l'un et l'autre constituaient le mobilier. Une forme très fréquente de ces monuments était celle d'un petit temple ouvert par-devant,

soit sans colonnes, le mur de fond faisant retour de chaque côté, soit avec colonnes comme étaient le tombeau dit « des Deux- « Amants », représenté dans les Antiquités de Spon (p. 119, et ci-dessus, II, p. 316), où l'on voit qu'il était soutenu par un pilier carré à chaque angle, et aussi celui qui a été découvert de nos jours à la Guillotière (ci-dessus, II, 322), dont la façade reposait sur quatre colonnes. Le soubassement de ce dernier tombeau formait une chambre souterraine dans laquelle étaient renfermés plusieurs sarcophages sculptés, notamment celui où est figurée la résurrection d'Ariadne par Bacchus, aujourd'hui au musée de Lyon. Un autel ou un cippe anépigraphe ou inscrit occupait le milieu de la chapelle ouverte établie au-dessus, et une épitaphe collective le haut du mur qui en formait le fond. Il y avait encore des tombeaux d'autres formes. Le gracieux édifice encore debout à Saint-Remy, près d'Arles, n'est autre chose qu'un tombeau à trois étages : au ras du sol, un soubassement carré couvert de bas-reliefs mythologiques sur les quatre faces ; au-dessus, une salle carrée à jours portée par quatre piliers d'angles, au milieu de laquelle devait autrefois se dresser un autel probablement inscrit; au-dessus encore et terminant la construction, une lanterne circulaire dont la coupole, soutenue par des colonnes, abritait une statue. Des spécimens d'autres tombeaux, à peine moins considérables et moins somptueux, nous sont fournis par les magnifiques restes découverts à Trion, dont il a été ci-dessus fait une description détaillée. A Lyon, comme ailleurs, le début ordinaire des épitaphes est la dédicace à l'âme du mort : Diis Manibus; mais un supplément qui n'y manque presque jamais, au point même de revêtir en quelque sorte le caractère d'une formule locale, est celui des mots et memoriae aetemae. Sur le sarcophage dont il s'agit présentement, ces mots sont exceptionnellement remplacés par la dédicace au repos éternel : et quieti aetemae ; on rencontre aussi quelques autres variantes, par exemple : et securitati perpetuae. On aperçoit par ces formules que les anciens n'envisageaient pas la mort sous

un aspect effrayant; elle leur apparaissait surtout comme un état de repos, assez comparable à un sommeil paisible. Pline a, dans le septième livre de son Histoire naturelle, un chapitre intitulé De anima et de Manibus, où, après avoir conclu à la non-survivance de l'âme, il s'exprime ainsi : « Ah ! quelle extravagance de « penser, pour notre malheur, que la mort donne une nouvelle « vie! L'homme, une fois né, n'aurait donc plus de repos à se « promettre jamais s'il fallait que son âme dans les régions supé- « rieures et son ombre dans les lieux bas de la terre conservassent « encore la faculté de sentir! Assurément, cette fausse douceur, « en amusant notre crédulité, nous fait fermer les yeux sur notre « avantage plus réel, qui est de mourir. Ajoutez qu'au lieu d'une « mort elle nous en apporte deux, l'une par le regret qu'elle nous « donne pour cette vie au moment de la quitter, l'autre par le « regret qu'elle suppose que nous en conserverons, même après « notre trépas. Car si la vie est un bien, quel sentiment peut-on « supposer à un mort, sinon la douleur de ne plus vivre? Com- « bien n'est-il pas plus agréable et plus sûr de n'interroger là- « dessus que la raison et de présumer de la sécurité où nous « serons après la mort par celle où nous étions avant de naître ».

Dédicace aux dieux Mânes avec la figure de l'ascia.

Arcade XLII. — Couronnement d'un cippe dont tout le reste manque; extrait du puits de TRION en décembre 1885. 11 se termine par un cône godronné en. spirale. Au milieu du bandeau de la

corniche, aujourd'hui incomplet à droite, se voit une ascia gravée en creux et, à l'extrémité gauche, la sigle D, à laquelle répondait autrefois, à l'extrémité opposée, la sigle M actuellement absente. — Hauteur o m. 50, largeur o m. 30.

Diis Manibus. — « Aux dieux Mânes ».

C'est très souvent que se rencontre sur les tombeaux, soit la mention de la dédicace sous l'ascia : sub ascia dedicavit ou dedicaverunt, soit la figure de l'objet ainsi appelé, habituellement représenté en creux ou en relief et placé en tête du texte entre les sigles D M ou au-dessus, quelquefois au bas ou sur un des côtés de l'épitaphe ou encore sur une des faces latérales du monument. Cet objet affecte des formes assez variées, mais le plus ordinairement celle d'une hachette traversée à angle plus ou moins ouvert par un manche, d'un côté duquel elle se termine par une courte massette et de l'autre par une lame coudée finissant carrément en un large tranchant dont le plat regarde le manche.

On ignore la signification de cet embLème si usité. Renier a émis l'opinion qu'un tombeau dédié sous Yascia était un tombeau neuf, dédié alors qu'il était encore en quelque sorte sous l'outil du tailleur de pierres, et cette explication, tout insuffisante qu'elle soit, paraît la meilleure de toutes celles qui, en très grand nombre, ont été proposées.

On a constaté que la dédicace sub ascia se rencontre particulièrement dans la Gaule et surtout à Lyon et dans la contrée environnante.

Fragment d'épitaphe faisant mention d'un Aelius Dionysius.

Arcade LIV. — Grand fragment incomplet en haut et à droite, présentant la moitié gauche d'une inscription dont le surplus se continuait peut-être sur une autre pierre; trouvé dans la SAONE « parmi les matériaux du Pont du CHANGE » (De Boissieu); « en 1846, au pont du Change, première arche, rive droite de la « Saône » (Comarmond). — Hauteur o m. 80, largeur 1 m. 30.

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