‹ Inscriptions antiques (volume 3)Chapitre 25 sur 70 · PREMIÈRE COLONNE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE COLONNE

« Oui. certes, je prévois l'objection présente à la pensée de « chacun : c'est celle qui m'est à moi-même venue la première à « l'esprit. Je vous en prie cependant, n'allez vous effrayer de « ma proposition comme si elle avait pour objet l'introduction « d'une chose nouvelle ; mais considérez plutôt combien de « changements ont eu lieu dans cette cité; combien, dès sa « fondation, de formes et de régimes notre République a succes- « sivement traversés.

« Autrefois des rois ont gouverné cette ville ; pourtant il ne « leur a pas été donné de transmettre le pouvoir à des successeurs « de leur maison; d'autres, quelques-uns même étrangers, sont « survenus. C'est ainsi qu'à Romulus a succédé Numa, du pays « des Sabins , notre voisin sans doute . mais alors un étranger « pour nous. C'est ainsi également qu'à Ancus Marcius a succédé « Tarquin l'Ancien ; son père était Démarathe de Corinthe , sa « mère une Tarquinienne, noble il est vrai, mais pauvre au point « d'en avoir été réduite à subir un tel mari ; exclu, dans sa patrie, « à cause de la souillure de son sang, de la carrière des honneurs, « il émigra à Rome et en devint roi. Entre ce prince et son « fils ou son petit-fils, car les auteurs varient sur ce point, prend « place Servius Tullius, fils de la captive Ocrésia d'après nos « historiens, mais, si nous suivons les Etrusques, l'ami fidèle de « Caelius Vivenna et le compagnon de ses vicissitudes. Poursuivi

« par l'inconstance de la fortune et repoussé hors de l'Etrurie « avec tous les débris de l'armée caelienne , il vint occuper le « mont Caelius, ainsi appelé du nom qu'en souvenir de Caelius, « son chef, il lui donna alors; et, ayant lui-même échangé contre « celui que je viens de dire le nom de Mastarna, qu'il avait en « étrusque, il parvint au trône pour le plus grand bien de la « République. Ensuite, les mœurs hautaines de Tarquin et de ses « fils étant devenues odieuses à notre cité , et les esprits s'étant « dégoûtés de la monarchie, l'administration de la République « passa à des consuls magistrats annuels.

« Rappellerai-je maintenant la dictature, ce pouvoir plus puissant « que le pouvoir consulaire même, et imaginé par nos ancêtres « pour y avoir recours en cas de guerres particulièrement dange- « reuses ou de troubles civils extrêmement critiques; rappellerai-je « les tribuns du peuple créés pour défendre les intérêts de la « plèbe ; le pouvoir transféré des consuls à des décemvirs et de « nouveau rendu à des consuls après l'abolition du gouvernement « décemviral ? Rappellerai-je que le pouvoir consulaire fut partagé « entre plusieurs et qu'y furent appelés des tribuns militaires « créés au nombre de six et souvent de huit? Rappellerai-je enfin « l'admission du peuple aux honneurs non seulement du pouvoir, « mais aussi des sacerdoces? Je ne raconterai pas les guerres par « lesquelles, depuis les débuts de nos ancêtres, nous avons progressé « jusqu'au point où nous en sommes ; je craindrais de paraître « en cela trop orgueilleux et de chercher à tirer vanité de la gloire « d'avoir étendu notre empire au-delà de l'Océan. Mais je revien- « drai de préférence à notre cité

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