‹ Inscriptions antiques (volume 3)Chapitre 26 sur 70 · DEUXIÈME COLONNE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME COLONNE

« Ce fut assurément une innovation du dieu Auguste , mon « grand-oncle, et de Tibère César, mon oncle, d'avoir voulu que « de partout la fleur des colonies et des municipes, c'est-à-dire

« tout ce qui s'y trouve d'hommes recommandables et riches, « fût admise dans cette assemblée. Quoi ! un sénateur italien « n'est-il donc pas bien préférable à un sénateur provincial ? « Quand tout à l'heure j'aurai à discuter cette proposition dont « l'objet rentre dans les attributions de ma censure, je vous « montrerai par des faits ce que je pense sur ce point ; mais je « n'estime pas qu'on doive repousser les hommes de la province « qui pourraient faire honneur au sénat.

« Voici cette splendide et puissante colonie des Viennois ; « combien il y a longtemps déjà qu'elle envoie des sénateurs à « cette assemblée ! De cette colonie est Lucius Vestinus , rare « ornement de l'Ordre équestre, pour qui j'ai une affection toute « particulière et qu'en ce moment je retiens auprès de moi pour « mes affaires privées. Que ses fils soient pourvus, je vous prie. « du premier degré des sacerdoces afin que, plus tard, leurs « années le permettant, ils puissent poursuivre l'avancement de « leur dignité. Je veux taire comme infâme le nom de ce voleur, « — que je déteste, — de ce prodige en palestrique, qui apporta « le consulat dans sa maison avant même que sa colonie eût « obtenu le droit entier de cité romaine. Autant puis-je en dire « de son frère, bien malheureux sans doute, mais devenu absolu- « ment indigne par suite de cette circonstance de pouvoir être « parmi vous un sénateur utile.

« Allons! Tibère César Germanicus , il est temps de faire « connaître aux Pères Conscrits où tend ton discours, car déjà « te voici arrivé aux extrêmes limites de la Gaule Narbonnaise.

« Tous tant qu'ils sont, ces jeunes gens distingués sur qui je « promène mes regards, ne vous font sans doute pas plus regretter « de les voir au nombre des sénateurs qu'il n'est regrettable pour « Persicus, de l'élite de notre noblesse et mon ami, de lire sur des « portraits de ses ancêtres le nom d'Allobrogique. Si donc vous « reconnaissez avec moi qu'il en est ainsi, que vous reste-t-il à « souhaiter si ce n'est que je vous fasse toucher du doigt que le

« sol lui-même au-delà des limites de la province Narbonnaise « vous envoie déjà des sénateurs, puisque nous n'avons nullement « à être fâchés de compter des Lyonnais parmi les membres de « notre Ordre. C'est, il est vrai, avec hésitation, Pères Conscrits, <,< que je franchis les limites des provinces qui vous sont connues « et familières ; mais le moment est venu de plaider ouvertement \< la cause de la Gaule Chevelue. Si dans cette cause quelqu'un « objecte que la Gaule a pendant dix ans soutenu la guerre contre « le dieu Jules, qu'il oppose donc aussi cent années d'une fidélité « invariable et d'un dévouement constant dans un grand nombre « de circonstances critiques où nous nous sommes trouvés. De ce « dévouement plus qu'éprouvé les Gaulois ont fait preuve lorsque « mon père Drusus a soumis la Germanie ; ils ont maintenu « derrière lui une paix profonde assurée par leur propre tran- « quillité. Et cependant, au moment où Drusus fut appelé à cette « guerre , il était occupé à faire le cens en Gaule , opération « nouvelle et hors des habitudes des Gaulois. Combien cette « opération est encore difficile pour nous, bien qu'il ne s'agisse « de rien autre chose que d'établir publiquement l'état de nos « ressources , nous ne le savons que trop par notre propre « expérience ».

Commentaire.

La direction des fractures des deux parties qui composent ce que nous possédons de la Table de Claude est très remarquable : l'une va de haut- en bas et accompagne sans notables déviations le bord gauche de l'entre-colonnement : l'autre, transversale à celle-ci, s'est effectuée, avec quelques échancrures peu profondes aux dépens surtout du haut de la seconde colonne, sur une ligne horizontale. N'y aurait-il pas à présumer que la Table avait été faite en quatre pièces d'égale grandeur, jointes ensuite les unes

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aux autres, et que la cassure aura à peu près suivi les joints? Ce serait une constatation précieuse ; elle établirait que la partie manquante était des mêmes dimensions que la partie retrouvée, et que celle-ci est la moitié du tout. Le haut de cette partie manquante devait être occupé par un titre gravé probablement en lettres plus grandes et peut-être en plusieurs lignes courant sur toute la largeur ; le texte du discours, disposé en deux colonnes, venait ensuite.

Bien que Tacite nous ait laissé dans ses Annales (il, 24) une analyse du discours de Claude, il est bien difficile de reconstituer, même à larges traits, à l'aide de ce document, ce qui manque au commencement de chacune des deux colonnes, c'est-à-dire au commencement et au milieu du discours. C'est que cette analyse, en passant par la rédaction de Tacite, a fait subir au plaidoyer impérial une refonte complète. La distribution, la marche, l'exposition des arguments, l'expression diffèrent entièrement; de nombreuses suppressions sont pratiquées ; plus d'un généreux prêt est octroyé et, grâce à ces modifications, la pauvre harangue sort transfigurée et à peine reconnaissais du moule où elle vient d'être repétrie. « Tout en restant l'interprète fidèle des pensées « et du fond ». dit de Boissieu, « mais accommodant la forme « à son génie, élaguant, resserrant, intervertissant l'ordre des « raisonnements . l'annaliste latin présente en une page l'argu- « mentation longue et diffuse de l'empereur grammairien ». Il est donc indispensable de rapprocher du discours amputé que nous a conservé le bronze cet autre discours entier que Tacite met dans la bouche de Claude; il est à peine moins indispensable d'y joindre l'exposé préliminaire dont Tacite l'accompagne et qui en est l'introduction.

Annales, 1 1 , 23 : « Sous le consulat d'Aulus Vitellius et de « Lucius Vipstanus, il fut question de compléter le sénat. Les « principaux habitants de la Gaule Chevelue, qui depuis longtemps

« avaient obtenu des traités ou le droit de citoyens, désiraient

« avoir dans Rome le droit de parvenir aux honneurs. Cette

« demande excita de vives discussions et fut débattue avec chaleur

« devant le prince. On soutenait que l'Italie n'était pas assez

« épuisée pour ne pouvoir fournir un sénat à sa capitale. Les

« seuls enfants de Rome avec les peuples de son sang y suffï-

« saient jadis , et certes on n'avait pas à rougir de l'ancienne

« République Était-ce donc peu que des Venètes et des Insu-

« briens eussent fait irruption dans le sénat ; fallait-il y faire

« entrer en quelque, sorte la captivité elle-même avec cette foule

« d'étrangers? Ils allaient tout envahir ces riches dont les

« aïeuls et les bisaïeuls, à la tête des nations ennemies, avaient

« massacré nos légions, assiégé le grand César sous les murs

« d'Alise! Ces injures étaient récentes : que serait-ce si on

« remontait au-delà, si on se rappelait le Capitole et la citadelle

« presque renversés par les mains de ces mêmes Gaulois? Passe

« encore qu'ils jouissent après cela du nom de citoyens, mais les

« décorations sénatoriales, mais les ornements des magistratures,

« qu'ils ne fussent pas ainsi prostitués! ».

Discours de Claude d'après Tacite :

Ann. ii, 24 : Le prince fut peu touché de ces raisons, et. après avoir convoqué le sénat , il les combattit encore par ce discours : « Mes ancêtres, dont le plus ancien, Clausus, né parmi « les Sabins, reçut tout à la fois le droit de cité romaine et le titre « de patricien, semblent m 'exhorter à suivre la même politique « en transportant ici tout ce qu'il y a d'illustre dans les autres « pays. Je ne puis ■ ignorer qu'Albe nous a donné les Jules, « Camerium les Coruncianus, Tusculum les Porcius, et, sans « remonter si haut, que l'Etrurie, la Lucanie, l'Italie entière ont « fourni des sénateurs. Enfin , en reculant jusqu'aux Alpes les « bornes de cette contrée, ce ne sont plus seulement des hommes. « mais des nations et de vastes territoires, que Rome a voulu « associer à son nom. La paix intérieure fut assurée et notre

puissance affermie au dehors, quand la distribution de nos légions dans tout l'univers eut servi de prétexte pour y admettre les meilleurs guerriers des provinces et remédier ainsi à l'épuisement de l'empire. Est-on fâché que les Balbus soient venus d'Espagne, et d'autres familles non moins illustres de la Gaule Narbonnaise? Leurs descendants sont parmi nous et leur amour pour cette patrie ne le cède point au nôtre. Pourquoi Lacédémone et Athènes, si puissantes par les armes, ont-elles péri, si ce n'est pour avoir repoussé les vaincus comme des étrangers? Honneur à la sagesse de Romulus, notre fondateur, qui tant de fois vit ses voisins en un seul jour ennemis et citoyens ! Des étrangers ont régné sur nous. Des fils d'affranchis obtiennent les magistratures ; et ce n'est point une innovation, comme on le croit faussement ; l'ancienne République en a vu de nombreux exemples. Nous avons combattu, dit-on, les Sénonais. Jamais sans doute les Eques et les Volsques ne rangèrent contre nous une armée en bataille ! Nous avons été pris par les Gaulois. Mais nous avons donné des otages aux Etrusques et nous avons passé sous le joug des Samnites. Et cependant rappelons-nous toutes les guerres ; aucune ne fut plus promptement terminée que celle des Gaulois, et rien n'a depuis altéré la paix. Déjà les mœurs, les arts, les alliances les confondent avec nous ; qu'ils nous apportent aussi leurs richesses et leur or, plutôt que d'en jouir seuls. Pères Conscrits , les plus anciennes institutions furent nouvelles autrefois. Le peuple admis aux magistratures après les patriciens, les Latins après le peuple, les autres nations d'Italie après les Latins. Notre décret vieillira comme le reste, et ce que nous justifions aujourd'hui par des exemples servira d'exemple à son tour ».

Le discours, on vient de le voir, a été prononcé sous le consulat d'Aulus Vitellius, — celui qui plus tard devint empereur, — et de Lucius Vipstanus Publicola, les consuls ordinaires de l'an 48. 11 fut prononcé, à ce qu'il semble, vers le commencement de

l'année puisqu'il vient, dans les Annales, le premier des actes que Tacite enregistre sous ce consulat. Il s'agissait alors de compléter le sénat, ce qui ne s'était pas fait depuis Auguste. Les principaux habitants de la Gaule Chevelue . ceux qui appartenaient depuis longtemps à des cités pourvues de traités d'alliance et qui euxmêmes avaient le droit de citoyens romains, sollicitaient leur admission au sénat et aux honneurs de la carrière sénatoriale. Né à Lyon et affectionné à la Gaule, Claude prit en mains leur demande. Cette prétention des Gaulois se heurta à une vive opposition ; mais l'empereur ne se découragea pas devant ce mauvais vouloir. Après avoir répondu en conseil privé aux nombreuses objections qui lui furent faites, il prononça dans une réunion du sénat, convoqué pour cet objet, le discours résumé par Tacite et reproduit dans sa forme textuelle sur le bronze retrouvé à Lyon. Le sénat ne lui donna pas, paraît-il , entièrement gain de cause ; il n'admit que les Eduens à jouir tout de suite de la faveur réclamée pour les notables des trois Gaules : « Un sénatus-consulte « (Ann., il, 2s) fut rendu sur le discours du prince, et les « Eduens reçurent les premiers le droit de siéger dans le sénat. « Cette distinction fut accordée à l'ancienneté de leur alliance « et au nom de frères des Romains, qu'ils prenaient seuls parmi « tous les Gaulois ». Le complet droit de cité romaine fut peutêtre accordé ensuite par Galba à plusieurs peuples de la Gaule ; Othon le donna aux Lingons (Tacite, Hist., i, 8 et 78).

Le passage du discours où il est dit que « déjà le sol lui-même, « au-delà des limites de la Narbonnaise, envoyait des sénateurs à « Rome et qu'on n'avait pas à être fâché de compter des Lyonnais « parmi les membres de l'Ordre », fait voir clairement, ainsi que déjà l'ont remarqué Gruter et Spon , et , avant eux , l'auteur d'une description de Lyon en 1573, N. de Nicolay, que le privilège en question était demandé par Claude, non pour les Lyonnais, puisqu'ils en étaient en pleine possession . mais pour les Gaulois de la Gaule Chevelue. C'est pour cela, à n'en pas douter, que la

Table qui contenait le discours a été exposée au siège où les trois provinces composant la Gaule Chevelue tenaient annuellement leur assemblée , c'est-à-dire au confluent de nos fleuves ; elle aura été fixée aux murs du temple qui accompagnait le célèbre autel de Rome et d'Auguste érigé à ce confluent. On sait que par la désignation de ad confia entes Araris et Rbodani il faut entendre l'actuelle colline Saint-Sébastien où s'élevaient l'autel et le temple et où la Table a été découverte. Cette colline, ainsi que le pagus de Condate dont elle faisait partie, appartenait à l'association des trois Gaules et était en dehors de Lyon.

Pour peu que l'on examine le discours de Claude, on y retrouve les traits saillants du caractère de l'auteur tel que nous le dépeint l'histoire : son manque de génie, sa timidité, sa gaucherie oratoire, son jugement en désordre, même ses accès de colère subite et jusqu'à ses manies d'antiquaire ridicule : mais ce qu'on y constate aussi et avec satisfaction, et ce qu'il importe de faire ressortir, c'est l'esprit bienveillant et libéral d'un prince généralement bien intentionné, qui n'était dépourvu ni de bon sens ni de bonnes inspirations quand il restait livré à lui-même, et dont les actes répréhensibles sont plutôt l'œuvre de son entourage que la sienne propre. Plus qu'aucun autre prince, après Auguste, Claude a été pour nous un bienfaiteur généreux ; il mérite de notre part au moins quelque reconnaissance.

Envers les Gaulois il n'a pas été moins prodigue du droit de cité qu'il ne l'était, au dire de Sénèque (Lî/d., 3), pour tous les étrangers, et, s'il n'eût tenu qu'à lui, tous les citoyens romains des trois Gaules eussent eu . aussi bien que les Eduens, le droit d'accès au sénat de Rome. Inaugurée par Jules César, l'entière accession des provinciaux au sénat de Rome mit près de trois siècles à s'accomplir; elle aboutit seulement sous Caracalla. lorsque ce prince accorda le droit de cité romaine à tous les sujets libres de l'empire. A Lyon, sa ville natale, Claude doit avoir octroyé quelque insigne bienfait d'une valeur exceptionnelle.

puisqu'il s'en est autorisé pour lui donner les noms de Claudia Atigusta tirés des siens, en adjonction à celui de Copia que la colonie avait depuis sa fondation. Ce bienfait, dont nous n'avons pas la connaissance précise, peut avoir été un agrandissement de territoire, mais peut bien aussi avoir été le droit italique, qui assimilait le sol lyonnais à celui des cités de l'Italie, et, entre autres privilèges, exemptait les colons lyonnais des impôts personnel et foncier. Une autre ville, dans la partie de la Gaule qui devint la Germanie Inférieure, a joui aussi de ce même droit; c'est la colonie appelée Ara Agrippinensis, fondée par Claude en l'an 50 chez les Ubiens en l'honneur de sa seconde femme Agrippine, et vraisemblablement elle le tint de son fondateur. Une troisième ville, Vienne, dans la Narbonnaise, était de droit italique, et il y a toute apparence, comme il sera expliqué tout à l'heure, que, elle aussi, a reçu de Claude cette faveur.

Autant qu'on en peut juger par le discours résumé , Claude serait entré en matière par un coup d'oeil rétrospectif sur les familles, étrangères à l'origine, qui, devenues romaines, avaient contribué à l'illustration du sénat, à commencer par la famille des Claudes dont le chef était venu du pays des Sabins. La haute habileté de Romulus, recevant au partage de la cité, à titre de frères, ceux qui, le jour même', étaient venus en ennemis; l'inclairvoyance de Lacédémone et d'Athènes, déchues de leur puissance pour ne s'être pas assimilé comme citoyens ceux qu'elles avaient vaincus par leurs armes; l'utilité d'attirer et d'attacher à Rome tout ce qu'il y avait de plus illustre et de plus riche dans les provinces, l'élévation fréquente sous l'ancienne République de fils d'affranchis aux magistratures, seraient ensuite venues comme arguments pour justifier sa motion : « On aurait tort de « repousser cette motion comme tendant à l'introduction d'une « nouveauté et de se refuser à suivre des exemples profitables ». Il part de là pour faire l'énumération des nombreux changements et des divers régimes successifs par lesquels a passé le gouverne-

FONCTIONS SÉNATORIALES qi

ment de Rome depuis son commencement, en insistant particulièrement sur les rôles prépondérants qu'y ont joué des étrangers. Ce long développement n'était peut-être pas très nécessaire à la cause, mais il fournissait à l'orateur antiquaire l'occasion de faire étalage de ses connaissances historiques.

Ce qu'il dit (lignes 1 1 et suivantes), en parlant de Tarquin l'Ancien, du motif de pauvreté qui avait déterminé le mariage de sa mère avec l'aventurier Demarathe de Corinthe , n'était pas connu. Il écrit comme Polybe (6, 2) la première syllabe du nom Demarathe, tandis que Cicéron (Tmc, 5, 37) et Tite Live (1, 34) écrivent, l'un et l'autre, Damarate ; mais il est le seul qui joigne un /; au /.

Passant ensuite à Servius Tullius (lignes 17 et suiv.), il nomme Ocresia la captive qui lui a donné le jour, forme suivie par Ovide (Fastes, 6, 627), modifiée en Ocrisia p;ir Pline (36, 27) et par Arnobe (5); puis il dit que Servius, chassé d'Etrurie, vint occuper avec les débris de l'armée de Caelius Vivenna un des monts de Rome , auquel il imposa en souvenir de son chef le nom de Caelim ; il ajoute tout de suite (ligne 2j) que le nom « qu'il a dit » fut adopté en remplacement de son nom étrusque Mastarua, et il s'exprime de telle sorte qu'en s'en tenant à la phrase on ne sait si Mastanta est le nom ancien de la montagne ou de Servius Tullius. L'équivoque provient toutefois peut-être d'une faute de gravure, déjà relevée ; car évidemment c'est appellitatum ou appellitavit qu'il devrait y avoir (ligne 22) à la place de appetlitatus. Spon , de Colonia , et même Forcellini ont pris Mastarna pour le nom de la montagne. Cependant on peut penser, si on y réfléchit, que la montagne, n'étant pas en Etrurie, ne devait pas avoir un nom étrusque, et que son ancien nom était d'ailleurs un détail d'archéologie d'un médiocre intérêt pour l'objet du discours et même pour l'épisode historique consacré à Servius Tullius, tandis qu'il importait de dire dans cet épisode que Servius Tullius, né d'une esclave, avait abandonné pour un

nom nouveau en arrivant à Rome l'ancien nom qui rappelait sa qualité d'étranger et sa basse extraction du côté de sa mère. Mais, outre cela , le précédent nom de la montagne est connu : c'est le Querquetulanm nions, situé dans la seconde région de Rome et ainsi appelé parce qu'il était primitivement couvert de chênes [Ann., 4. 6s). La solution qui vient d'être exposée se trouve, du reste, confirmée par la découverte faite à Vulci en 1857 d'une nécropole décorée de peintures relatives à l'histoire de l'Etrurie ; on voit dans une de ces peintures, près d'un groupe de guerriers aux prises, deux hommes nus et barbus, l'un les mains liées, l'autre tranchant avec son épée les liens du prisonnier. Le libérateur est désigné par le nom de MASTARNA. Au-dessus de la tête du délivré sont inscrits ceux de CAILE VIPINAS. Il est facile de reconnaître dans ces deux personnages Caele ou Caelcs Vibenna et son fidèle compagnon Mastarna . plus tard Servius Tullius. Il est à remarquer que la Table . d'accord avec la peinture de Vulci, écrit Caelius par ae contre l'orthographe, généralement adoptée et probablement fautive, qui préfère oe. Tacite écrit Coelins et dit que le mont fut appelé ainsi du nom du chef étrusque Coelcs Vibenna.

La longue révision que Claude vient de consacrer à la période des rois (lignes 1 à 27) est remplacée dans les Annales par ces simples mots : <\ Des étrangers ont régné sur nous » ; celle qu'il consacre à la période républicaine après l'abolition de la royauté (lignes 28 à 37) y est entièrement supprimée.

Claude vient de terminer son excursus sur les variations de la forme du gouvernement. Un instant le sénat dut se croire menacé d'avoir à entendre le récit de toutes les guerres romaines depuis l'origine de la ville jusqu'à leur temps. Heureusement l'orateur ne voulait que soulever une occasion de rappeler son expédition de Bretagne, par laquelle furent en effet reculées, comme il le dit : « jusque au-delà de l'Océan ». les bornes de l'empire. Cette expédition, conduite par d'habiles généraux, eut lieu en l'an 43.

Claude en prit sur la fin le commandement en personne ; après avoir en seize jours conquis la plus grande partie de l'Ile, reçu pour les victoires remportées trois fois le titre d'/niperator et ensuite celui de Britannique pour lui-même et pour son fils, il reprit le chemin de l'Italie et rentra à Rome en 44 avec les honneurs d'un magnifique triomphe. C'est ce qu'il tenait à représenter au souvenir de ses auditeurs ; il le fait du reste en peu de mots et assez modestement , et s'empresse d'ajouter : « Mais « revenons de préférence à notre proposition : la cité.... ».

Il semble, en recourant au résumé, que ce qui remplissait la lacune qui coupe le Discours par le milieu et précède ce qui nous reste de la seconde colonne, devait se rapporter au droit de cité romaine étendu successivement aux peuples latins de l'Italie, puis à l'Italie entière jusqu'au Pô d'abord et ensuite jusqu'aux Alpes par l'annexion de la Gaule cisalpine. Ce que dit Tacite de la dispersion des légions fournissant le moyen de remédier à l'épuisement de l'empire paraît se rapporter aussi au droit de cité romaine accordé à des étrangers, soit à leur libération après avoir servi comme auxiliaires, soit à leur entrée au service comme légionnaires, et ainsi propagé dans l'univers entier.

La lecture et l'interprétation des deux premières lignes de cette seconde colonne sont dues à M. Hirschfeld. Voici le court et savant commentaire qu'il en a donné dans la Galette des Universités autrichiennes (1881. p. 268) et qui a été reproduit dans le Bulletin èpigrapbique de Florian Vallentin (1882. p. 4): « Avonculm. — archaïsme dans le goût de Claude. — pour désigner Auguste, oncle d'Antonia la mère de Claude, est conforme à l'emploi bien connu que fait Tacite du mot avunculus pour avunculus niagnus, par exemple dans ce passage (Ann. II. 43) : Germanico alienatio patnti ( Tibère ) amorem apud ceteros auxerat et quia claritudine materai gênais anteibat, avum M. Antonium, avunculum Augustum fereus. et dans d'autres passages (II, 53; IV. 3 et 7s: XII, 64), où Auguste est appelé avunculus du petit-fils de sa soeur Octavia.

Ce qui fait la matière des lignes suivantes (41 à 44) est une louange de l'habileté dont ont fait preuve Auguste et Tibère en appelant au sénat de tous les points de l'empire la fleur des colonies et des municipes. M. Zell a cru voir là une allusion aux recrutements du sénat qui ont eu lieu sous Auguste. Il y a eu sous Auguste trois recrutements du sénat indiqués par Dion Cassius aux années 28, 18 et 11 avant J.-C, mais à rattacher peut-être (voyez Mommsen, Monum. Ancyranum, ch. 8) aux trois recensements faits sous le même prince : le premier, en l'an 28 avant J.-C, par Auguste et Agrippa, alors consuls et investis de la puissance censoriale ; le second, en l'an 8 avant J.-C, par Auguste seul , non consul , mais revêtu du pouvoir consulaire conféré sans doute par une loi spéciale ; le troisième, en l'an de J.-C. 14, par Auguste et Tibère, non consuls, mais pourvus aussi du pouvoir consulaire. On n'aperçoit pas en quelle occasion autre que ce troisième recensement opéré en compagnie d'Auguste, Tibère, qui sous son propre règne n'a pas été censeur, aurait fait entrer au sénat la fleur des colonies et des municipes.

Claude se décide enfin à aborder directement le terrain de la question, et il continue ainsi (lignes 45 à 48) : « Lorsque j'entre- « prendrai , dans un instant , de soutenir par une démonstration « convaincante l'opportunité d'une motion dont l'objet fait partie « des attributions de ma censure, je ferai connaître mon senti- « ment; mais je pense qu'on ne doit pas refuser l'accès du sénat « aux provinciaux qui peuvent contribuer à son éclat » ; puis, tirant des exemples de Vienne et de Lyon, il consacre à la colonie de Vienne (lignes 49 à 59 et 63 à 66) une partie relativement considérable de son discours.

Il l'appelle « une colonie splendide et puissante » : ornatissima valentissimaque, et elle méritait certainement ce double éloge, non pas cependant, à l'égard du premier, à cause de cette somptuosité de ses édifices qui valut, quelques années plus tard, à la ville, de la part de Martial (I, 87), l'épithète flatteuse de

pulchra Vienna , mais à cause du lustre bien plus réel qu'elle recevait du grand nombre d'hommes éminents en mérite et en fortune qui étaient originaires de la colonie et qui , parvenus les uns à l'Ordre équestre, les autres à l'Ordre sénatorial, répandaient sur elle l'éclat de leur illustration; la seconde épithète fait allusion à la richesse et à la puissance que lui procuraient l'étendue immense, la fertilité variée, la situation privilégiée, la nombreuse population de son territoire. C'est la justification de ce qui suit : « Qu'elle envoyait depuis déjà bien longtemps des sénateurs à « Rome ».

C'est depuis longtemps, en effet, que Vienne, ville déjà en renom à l'époque nationale, avait été élevée au rang de colonie. Elle devait ce bienfait ou à Jules César ou à Octavien, et elle avait, bien que composée d'Allobroges, le titre et les droits d'une colonie de citoyens romains. Les sénateurs qu'elle avait fournis antérieurement au Discours ne nous sont pas connus, excepté Valerius Asiaticus dont il va être tout à l'heure question et que Claude ne doit pas avoir eu en vue.

Le Viennois Lucius Vestinus (lignes 51 à 54), pour qui l'orateur témoigne ici tant d'intérêt et d'estime, qu'il chérit, dit-il, d'une affection réservée à ses plus intimes familiers, qu'il emploie à ses affaires privées vraisemblablement comme procurateur du patrimoine, et dont il recommande les fils à la bienveillance du sénat, est le même, suivant toute apparence, qu'un Lucius Julius Vestinus qui, sous Néron, en l'an 60, au témoignage d'une inscription d'Alexandrie publiée par Adrien de Longpérier dans la Revue numismatique (1858, p. 424; voy. Inscr. de Vienne, 2, p. 360), a été préfet d'Egypte, et il serait le même aussi, avec non moins de vraisemblance, comme déjà la remarque en a été depuis longtemps faite, que le Lucius Vestinus à qui, en 70, fut confié par Vespasien le soin de rebâtir le Capitole, incendié sous Vitellius. L'accord frappant de l'expression de Claude, qui l'appelle « l'orne- « ment de l'Ordre équestre. » avec les paroles de Tacite (Hist.,

4, 53) : « Que, bien qu'il ne fût que chevalier, son crédit et sa « réputation l'égalaient aux premiers de l'Etat ». rend l'identification proposée extrêmement probable (Hirschfeld, Adm. rom., p. 309). Mais, dans tous les cas, l'ami de Claude ne saurait en aucune manière être le même (voy. Desjardins dans la Revue de

Philologie, 1880. 4) qu'un nius Vestinus Mallonius us

(ou Mallonianus) Romanus . chevalier romain, parvenu après le parcours des honneurs municipaux de Vienne à la préture et aux fonctions de légat du proconsul d'Asie (Allmer, Iuscr. de Vienne, 1, p. 221; voy. Bloch, Adlecli , p. 166). Sans parler d'autres empêchements nombreux, l'usage de porter plusieurs noms gentilices ayant été inconnu au premier siècle et à une grande partie du second , ce personnage ne peut certainement pas avoir été contemporain de Claude, ni avoir vécu dans le même siècle que cet empereur.

Borghesi (Œuvres, s. Ie») a cru reconnaître un fils ou un petitfils du Vestinus préfet d'Egypte et alors du Vestinus du Discours dans un chevalier nommé, comme son père ou son grand-père, Lucius Julius Vestinus, et secrétaire ab epistulis d'Hadrien. Une inscription, dont on ignore la provenance (Fabretti, p. 198 et 679), nous donne une haute idée de l'instruction de ce personnage par

les titres qu'elle lui attribue : EniCTATHI TOY MOYCEIOY

KAI Eni THN EN PHMHI BIBAIO0HKI1N PQMAIKnN TE KAI EAAHNIKHN KAI Eni THC riAIAEIAC AAPIANOY EniCTOAEI TOY AYTOY AYTOKPATOPOC : « Intendant « du musée et , à Rome , des bibliothèques latine et grecque : « précepteur et ensuite secrétaire de l'empereur Hadrien ». Une autre inscription (Muratori, 4S3. 3; 706, 3; 2026, 4), trouvée à Ephèse, mais latine, et reconnue par Borghesi (5, p. 16) pour lui appartenir, quoique sans noms par suite de la fracture de la partie de la pierre qui contenait le commencement, ajoute à ces titres littéraires quelques titres civils. Il aurait été procurateur impérial du district d'Alexandrie et des provinces de Lycie. de

Pamphylie et de Galatie. Auprès d'Hadrien, il aurait été secrétaire de la correspondance grecque : PROC ■ IMP ■ CAES ■ TRAIANI HADRIANI AVG ■ AD • DIOECESIN ■ ALEXANDR • PROC • BIBLIOTHECAR ■ GRAEC ■ ET ■ LATIN • AB ■ EPIST ■ GRAEC ■ PROC- LYC-PAMP- GALAT- De plus, on apprend par la première des deux inscriptions qu'il avait eu aussi la dignité de APXIEPEu; AAEHANAPEIAC KAI AirYriTOY riACHC. c'est-à-dire, croyonsnous, de prêtre provincial du culte augustal dont le siège était pour toute l'Egypte à Alexandrie. Enfin ce fils ou petit-fils présumé de l'intendant des affaires privées de Claude avait écrit plusieurs ouvrages, dont Suidas, qui le classe parmi les sophistes, nous a conservé la liste.

Claude, qui s'est encore une fois écarté bien loin de l'objet de son discours pour entretenir le sénat de ses sentiments d'affection à l'égard de Vestinus, se fourvoie davantage encore pour donner libre cours à une explosion de colère au souvenir d'un ennemi (lignes 54 à 57) qu'il avait, peu de mois auparavant, condamné à mort par un de ces actes de cruauté qu'on lui faisait si facilement commettre à son insu. Il n'est certes pas surprenant que le résumé ait entièrement laissé de côté de si intempestifs écarts de sujet et de langage : « Qu'il me soit permis de taire comme infâme « le nom de ce voleur que je déteste, de ce prodige en palestrique « qui apporta le consulat dans sa maison avant même que sa « colonie eût obtenu le droit entier de cité romaine ». Voilà assurément d'étranges paroles dans la bouche d'un empereur discourant devant le sénat. Celui qu'il traite ainsi de « voleur ». de « héros de palestre », dont il veut « taire le nom comme infâme « et de mauvais augure », et « qu'il a », dit-il, « en exécration ». est le Viennois Valérius Asiaticus, un des hommes les plus marquants de son époque, un de ceux à qui le sénat put, un moment, songer à décerner l'empire à la mort de Caligula, et qui, ayant le malheur d'être extrêmement riche, de posséder des jardins qui excitaient la convoitise de Messaline et de jouir d'une très grande

influence, fut, en l'an 47, accusé de conspiration, moyen infaillible d'obtenir de la pusillanimité de l'empereur tout ce qu'on voulait contre ceux qu'on avait intérêt à perdre. Sa condamnation par Claude est un chef-d'oeuvre de cette ineptie qui, s'il faut en croire Sénèque. présidait à la plupart des jugements du prince : Deflete virwn I quo non alius / potait citius / discere causas, / una tantum j parte audita,\ saepe neutra (Apok., 12):

« Ce phénix des beaux génies « N'épuisait pas les parties « En plaidoyers superflus ; « Il lui suffisait d'entendre, « Pour juger sans se méprendre, « Une des deux tout au plus ».

(Traduction de Ch. du Rozoir).

Le fait est que Valerius ayant fait éclater au grand jour l'imposture de ses accusateurs, Claude, convaincu de son innocence et

ayant l'intention de l'absoudre le condamna et crut faire acte

de clémence ! Valerius mourut avec une remarquable fermeté d'âme. Il se livrait quotidiennement à des exercices gymniques auxquels il avait acquis une très grande habileté. Même le dernier jour de sa vie, il ne changea rien à son habitude. C'est à cette particularité, ainsi qu'à son prétendu complot pour s'emparer du pouvoir, que font sans doute allusion les termes injurieux qui brillent d'un si disparate éclat dans la harangue impériale.

Mais ce qui nous intéresse à un plus haut degré que cette inconvenante sortie contre une des nombreuses victimes des intrigues de Messaline , c'est ce qu'ajoute l'empereur : « que Valerius « Asiaticus avait apporté le consulat dans sa maison avant que la « colonie de Vienne eût obtenu dans son intégralité le droit de « cité romaine »; d'où il résulte qu'au moment où parle Claude la colonie de Vienne possédait tous les privilèges qui formaient l'entier complément du droit intégral de cité romaine, et qu'elle

n'était entrée en possession de ce complément que postérieurement au premier consulat d'Asiaticus. Il y a donc à chercher à quelle année se rapporte ce premier consulat . en quoi consistent les privilèges qui vinrent compléter le droit de cité romaine qu'avaient déjà les Viennois, et de quel prince ils les ont reçus.

Sénèque (De const., 18), rapportant que Valérius reçut de Caligula dans un banquet une injure grave, le qualifie de « person- « nage consulaire », c'est-à-dire d'ancien consul, et c'est aussi par cette même qualification de « consulaire » que Josephe, l'historien de la Guerre des Juifs (19, 1), et Dion Cassius (59, 30) le désignent dans le récit qu'ils font tous deux d'une circonstance dans laquelle Valérius remplit un rôle marquant dans l'un des deux jours qui suivirent la mort de Caligula. Et ce qui s'accorde parfaitement avec ces témoignages , c'est ce que nous apprenons de Josephe : Que Valérius Asiaticus fut un de ceux qui eurent des chances d'être choisis par le sénat pour gouverner l'empire. Comment, parmi tant de personnages illustrés par des consulats, Valérius, s'il n'avait été qu'un sénateur dont les dignités n'eussent pas dépassé la préture, eût-il pu espérer de faire agréer ses prétentions? Il paraît donc certain que le premier consulat de Valérius Asiaticus est antérieur à la mort de Caligula , antérieur aussi au banquet dont il vient d'être parlé, et même pourrait remonter jusqu'au règne de Tibère.

Maintenant quels furent ces privilèges qui, postérieurement à ce premier consulat d'Asiaticus et antérieurement au discours de Claude, furent accordés à la colonie de Vienne comme complément de l'intégralité du droit de cité romaine ?

Déjà sous la république, il y avait deux degrés du droit de cité romaine : le droit de cité qui comportait le droit de suffrage, et le droit de cité sans le droit de suffrage. Lorsqu'ensuite. après l'établissement de l'empire, les comices ne fonctionnant plus, il n'y eut plus lieu à l'exercice du droit de suffrage et que les droits publics ne consistèrent plus que dans la faculté de parvenir aux fonctions publiques, il y eut encore deux degrés du droit de cité

romaine : le droit de cité comportant l'accès au sénat de Rome et aux fonctions de la carrière sénatoriale , ce qu'on appelait les honneurs publics, et le droit de cité qui ne permettait pas cet accès. Toutes les cités de l'Italie possédaient le droit de cité romaine intégral: optimo jure ; dans les trois Gaules, on n'avait que le droit de cité romaine incomplet, dépourvu de l'accès au sénat et aux fonctions sénatoriales; Vienne et Lyon faisaient exception. Claude dit « qu'on n'avait pas à regretter de voir des Lyonnais siéger « parmi les personnages de l'Ordre sénatorial », et, plus expressément encore, « que la colonie de Vienne, puissante et abondamment « pourvue d'hommes illustres, envoyait depuis déjà longtemps des « sénateurs à la curie de Rome ». Il y avait, en effet, longtemps pour l'une comme pour l'autre des deux colonies. Aucun empereur depuis Auguste n'ayant exercé les fonctions de la censure et aucune nouvelle recomposition du sénat ni aucune adledio n'ayant par conséquent eu lieu, ces sénateurs lyonnais qui siégeaient dans les rangs sénatoriaux à la satisfaction générale, ne pouvaient être que les descendants de Lyonnais reçus par Auguste dans le sénat à l'une ou l'autre des trois recompositions qu'il en avait faites. Pour Vienne, quelques-uns des sénateurs que cette riche colonie envoyait depuis si longtemps à la curie pouvaient même se glorifier d'une origine sénatoriale remontant jusqu'à Jules César. Si donc, à l'époque du Discours, Vienne, aussi bien que Lyon et depuis encore plus longtemps, était en possession du droit d'accès au sénat, c'est-à-dire du droit de cité romaine intégral, le complément auquel Claude fait allusion doit être autre chose que le droit d'accès à la carrière sénatoriale. M. Herzog (Gall. Narb., p. 1 68) pense que c'est nécessairement le droit italique dont on sait, par le jurisconsulte Paullus (Dig. de Censib., 50, 15), que « Lyon dans la Gaule « et Vienne dans la Narbonnaise étaient en jouissance ». Le droit italique n'était pas le complément indispensable du droit complet de cité romaine, mais il en était au moins un supplément important, puisque, en assimilant entièrement la condition des villes de province

FONCTIONS SENATORIALES IOI

qui en étaient gratifiées à la condition des villes de l'Italie, il leur procurait l'exemption des impôts inhérents au sol provincial. Claude a donc bien pu dire, sans s'attacher à la rigueur des mots, que la colonie de Vienne, non encore en possession du droit italique, n'avait pas complètement le droit de cité romaine, et, comme c'est de lui, selon toute apparence, qu'elle tenait le droit italique, il se sera exprimé ainsi pour rehausser la valeur de son bienfait.

Rien ne manqua donc à la fortune des deux villes; déjà elles avaient le droit de cité romaine intégral , c'est-à-dire avec le droit aux honneurs sénatoriaux ; la nouvelle faveur, par laquelle , ainsi que le nom l'indique, elles étaient élevées au-dessus de la condition commune des villes de province et mises sur le rang des villes de l'Italie, les affranchissait des impôts foncier et de capitation (voy. Willems, p. 408). Mais il est bon de remarquer qu'en raison de la différence d'étendue des territoires, la colonie de Vienne se trouvait être bien plus grandement avantagée que celle de Lyon. Nous avons vu que le premier consulat de Valerius Asiaticus peut être reculé jusqu'au règne de Tibère; il faut alors que ce soit ou de ce prince ou de Caligula ou de Claude que les Viennois aient reçu le bienfait exceptionnel dont il s'agit.

Assurément ce n'est pas Tibère qui aura donné à Vienne le droit italique. Outre que par habitude et par caractère Tibère était peu porté à la générosité, on lit dans Suétone (Tib., 49) « qu'un « grand nombre de villes furent dépouillées par lui de leur ancien « droit de ne pas payer d'impôts ». Quant à Caligula, parce qu'on peut tout supposer de la part d'un insensé, il aurait pu vouloir honorer par une telle faveur l'amitié qu'il professait pour Asiaticus ; mais comme, après avoir épuisé en peu de temps les trésors amassés par Auguste et par Tibère, il en fut réduit bientôt à battre monnaie au moyen du meurtre de tout ce qu'il y avait de personnes riches à Rome, en Italie et jusque dans la Gaule où il vint tout exprès, il y a peu d'apparence qu'il ait gratifié les Viennois d'une prérogative qui eût exempté des principaux tributs un territoire aussi

considérable et aussi populeux que l'était celui de la colonie de Vienne. 11 ne reste donc à reconnaître pour auteur du droit italique concédé à Vienne que l'empereur Claude, dont Dion Cassius (60, 6) loue « l'admirable désintéressement », et dont telle était d'ailleurs la généreuse bienveillance envers les étrangers que, « pour un verre « cassé », disait-on proverbialement, « on pouvait obtenir, sous « son règne, le droit de cité romaine ». Clotho, dans l'Apokolokintose, s'écrie très comiquement : « Par Hercule! je voudrais « bien ajouter quelques. jours à sa vie pour qu'il fît citoyens « romains ce peu de gens qui restent à l'être ; car il s'était promis « de voir en toge tous les Grecs, tous les Gaulois, tous les Espa- « gnols, tous les Bretons; mais puisqu'il te plaît de laisser encore « quelques étrangers pour la graine et que c'est là ton ordre, ainsi « soit fait ». — Claude aura donc donné le droit italique à Vienne et sans doute en même temps qu'il l'aura donné à Lyon. Il l'aura donné à Lyon parce qu'il y était né, et à Vienne par considération pour la dignité et l'ancienneté de la colonie et pour ne pas exaspérer par une injuste inégalité de privilèges l'ardente jalousie dont étaient animées l'une contre l'autre les deux cités rivales.

M. Mommsen ne pense pas que le complément de civitas accordé à la colonie de Vienne entre le premier consulat d'Asiaticus et le discours de Claude ait été le droit italique. Vienne n'aurait eu avant Caligula qu'un droit de cité romaine incomplet et aurait obtenu la civitas entière de cet empereur (Histoire, V, p. 79). Il faut alors comprendre que les Viennois qui depuis longtemps déjà étaient sénateurs romains jouissaient de l'accès aux honneurs publics, non en conséquence de la condition de leur colonie, mais à titre de privilèges personnels.

Après l'invective contre la mémoire d'Asiaticus. Claude requiert contre le frère du prétendu brigand l'exclusion du sénat. On ne sait sur ce frère d'Asiaticus que ce que nous en apprend ce passage du Discours, et il y a peu à douter que jusqu'à la fin du règne de Claude sa disgrâce n'ait été complète. ■

La manière dont l'orateur, arrivé au bout de ses longs détours et de ses digressions étonnantes, et se voyant forcé d'aborder résolument la question , excite sa timidité à franchir le moment redouté d'expliquer l'objet de sa requête, est des plus bizarres; elle frise le comique , sans parler de l'incorrection qui vient ajouter encore à la singularité : Tempits est iam, Ti. Caesar Germanice, detegere te Patribus Conscriptis quo tendat oratio tua (lignes 60 à 62) : « Allons, Tibère César Germanicus, il est temps de te décou- « vrir aux Pères Conscrits où tend ton discours ! » Ce qu'il ajoute : « car déjà te voici parvenu aux extrêmes limites de la Narbon- « naise », et la mention du nom d'Allobrogique dans ce qui suit immédiatement (ligne 65), montrent avec évidence que « tous ces « jeunes hommes distingués » (ligne 64), sur qui Claude promène ses regards et qui siègent parmi les sénateurs, non comme les moindres en mérite, sont, ainsi que l'a déjà constaté Zell (p, 34), sinon tous, au moins en majeure partie, des Allobroges. Mais, remarque le même savant, s'est-on jamais avisé d'appeler « jeunes « gens » des sénateurs? Voici peut-être l'explication de cette désignation singulière : Ces jeunes gens auront été, non pas des sénateurs, mais des chevaliers qui avaient, non seulement le droit, mais le devoir de venir au sénat; de ceux dont il est question dans Tacite (Ami., 11, 14), où ils sont appelés illustres, et aussi dans Dion Cassius (60, 11), où il est dit que Claude admit au tribunat du peuple plusieurs chevaliers, et exigea des autres « qu'ils assistassent aux réunions du sénat lorsqu'ils y seraient « appelés ». Quelques-uns, qui avaient cru pouvoir s'en dispenser, en furent si violemment réprimandés qu'il y en eut qui se donnèrent la mort (Suétone, Claud., 12). Ces chevaliers avaient encore une autre qualification que celle d'illustres, on les trouve appelés équités dignitate senatoria. C'étaient pour la plupart des fils de sénateurs, qui, parvenus à l'âge de prendre la robe virile, étaient autorisés , d'après un règlement d'Auguste , à porter le laticlave et à assister aux réunions du sénat ; c'étaient aussi de jeunes

chevaliers admis dans l'ordre sénatorial : adlecti in amplissimum ordinem, lato clavo donati, par des actes de faveur du prince et qui se destinaient à la carrière sénatoriale.

Le personnage que le Discours nomme Persicus (ligne 64), et en qui Gruter (voy. Zell, p. 34) a reconnu le consul de l'an 34, Paullus Fabius Persicus, était un des descendants de Quintus Fabius Maximus à qui sa victoire sur les Allobroges et les Arvernes en 633, av. J.-C. 121, avait valu pour lui et sa postérité le surnom d'Allobrogique. Sénèque (Benef., 2, 2\ ; 4, 3) note singulièrement mal cet indigne héritier d'un grand nom , que Claude se vante en présence du sénat d'avoir pour ami , et il nous apprend qu'il eut plusieurs sacerdoces. Persicus fut, en effet, frère arvale et même, paraît-il, magister du collège (Henzen, Acta Arv., p. 186); il fut de plus membre de la confrérie des sodales Aitgustales (C. I. L., 3, 6073); très probablement aussi proconsul gouverneur de la province d'Asie (Waddington, Fastes, p. 125). Une diatribe, dirigée par Juvénal (Sat. 8) contre un Fabius qui avait le surnom d'Allobrogique, ne s'adresse peut-être pas à lui.

« Que manquera-t-il à l'évidence de ma démonstration », poursuit Claude (lignes 66 à 69), « quand je vous aurai fait toucher du « doigt que le sol lui-même au-delà des limites de la province « Narbonnaise vous envoie des sénateurs, puisque nous n'avons « qu'à nous féliciter de compter des Lyonnais parmi les membres « de notre ordre ». De ce passage, de son rapprochement avec ceux qui sont relatifs à Vienne, de sa place à la suite de ceux-ci, de l'expression sohtm ipsum allusion au droit inhérent au sol, c'està-dire au droit italique, de l'opposition de jam avec quant longojam tempore, il résulte que Vienne et Lyon avaient alors l'une comme l'autre et le droit aux honneurs publics et le droit italique, mais que Vienne avait le premier depuis bien plus longtemps que Lyon.

Mais, ajoute encore l'orateur (lignes 71. 72). on ne saurait différer davantage de rendre justice aux prétentions de la Gaule

Chevelue, et le moment « est venu de plaider ouvertement sa « cause ». C'est là une nouvelle et manifeste marque de la bienveillance de Claude pour la Gaule, le pays qui avait été familier à son père aussi bien qu'à son frère, qu'ils avaient l'un et l'autre administré, où lui-même était né et dont nous le voyons prendre les intérêts contre l'opposition obstinée du sénat avec une résolution qui n'était pas dans ses habitudes. Claude ne faisait en cela , du reste, que suivre la politique que leur intérêt dictait aux empereurs. A l'ancienne noblesse, toujours suspecte à leurs yeux d'attachement au vieil état de choses, il leur importait de substituer une noblesse nouvelle , qui , leur devant son élévation et n'ayant rien à regretter du passé, leur fût liée par la reconnaissance. Où, mieux que dans la Gaule, Claude eût-il pu trouver, pour recruter le sénat, des hommes entièrement dévoués à la famille Julienne ?

11 constate ensuite (lignes 73 à 77) qu'après la guerre qui avait amené leur soumission, les Gaulois s'étaient attachés d'affection à leurs vainqueurs et leur gardaient depuis plus de cent ans une fidélité qui ne s'était laissée tenter par aucune occasion de soulèvement. Ici nous saisissons sur le fait une addition du résumé, une de ces aumônes que, plus d'une fois sans doute, le brillant esprit de Tacite a généreusement tendues à l'indigence impériale ; l'annaliste fait dire à Claude : « Aucune guerre ne fut plus promptement « terminée que celle des Gaulois, et rien depuis n'a altéré la paix. « Déjà les mœurs, les arts, les alliances les confondent avec nous ; « qu'ils nous apportent leurs richesses et leur or plutôt que d'en « jouir seuls! ». C'est qu'en effet les Gaulois n'avaient rien à regretter du temps de l'autonomie ; la conquête leur avait apporté la liberté en échange de la servitude , la paix et la prospérité en échange des discordes intestines, la civilisation en échange de la barbarie, et ils jouissaient de ces bienfaits avec reconnaissance. « Ces richesses, cet or », ne témoignent-ils pas de l'état heureux du pays?

Tout en glorifiant la fidélité des Gaulois, l'orateur fait naître

IOÔ FONCTIONS SÉNATORIALES

fort naturellement une occasion d'attirer l'attention sur sa censure (lignes 78 à 81) ; il était fier de cette dignité et il aimait à la rappeler. C'est uniquement à cette fin qu'il suscite le souvenir du recensement fait par son père Drusus dans la Gaule sans opposition, malgré la prévention des Gaulois contre une mesure qui devait, dans ses premières applications, leur paraître très vexatoire. César, la guerre terminée, avait réduit en province le pays conquis, excepté les cités alliées et celles qui à divers titres avaient bien mérité de Rome, et il s'était contenté de lui imposer un tribut annuel de quarante millions de sesterces, environ sept millions et demi de notre monnaie. Ce fut Auguste qui, au concile de Narbonne, en 727, av. J.-C. 27, où il mit ordre aux affaires des Gaules, soumit les Gaulois au recensement. A l'époque à laquelle Claude fait allusion en rappelant que son père avait dû interrompre le cens pour aller guerroyer en Germanie, ce qui peut se rapporter à l'expédition entreprise au printemps de 743, av. J.-C. 11, le recensement était encore une opération en quelque sorte nouvelle dans la Gaule, et comme il devait avoir pour résultat, en substituant à l'arbitraire une base fixe de répartition , de rendre impossibles bien des abus et sans doute aussi de permettre une considérable augmentation du revenu public, il y était certainement vu de mauvais œil. Les difficultés qu'au dire de Claude (lignes 78 à 81) cette opération rencontrait encore de son temps, se réfèrent au recensement universel que précisément lui-même venait de commencer l'année précédente. Il avait revêtu pour cela le titre de censeur. Il n'y avait pas eu de censeurs depuis près d'un siècle ; les derniers créés l'avaient été en 712, av. J.-C. 42. Auguste avait rempli plusieurs fois les fonctions de la censure, mais sans jamais prendre le titre de censeur. Le nombre des citoyens romains constaté par le recensement de Claude dans toute l'étendue de l'empire romain n'est pas certain ; il s'est élevé à 6 millions 941 mille ou seulement à 5 millions 984 mille. Le dernier des recensements faits par Auguste avait trouvé, en l'an 14 de J.-C.

4 millions 097 mille citoyens romains (voy. Marquardt, 5, p. 259, n. 7; 264, n. 1).

Le Discours est fini. 11 s'achève brusquement, d'une manière inattendue, qui serait tout à fait surprenante si on avait affaire à un orateur d'un esprit mieux réglé que ne l'était l'esprit de l'empereur Claude. Cependant, ni la forme de la Table ni le contenu du Discours résumé ne permettent de supposer une continuation. Si une transcription sur bronze du sénatus-consulte pris en faveur des Eduens a accompagné, à Lyon, la transcription du Discours, c'est certainement sur une table séparée.

On sait que Claude/ malgré sa faiblesse d'esprit, cultivait les lettres, si ce n'est avec succès, au moins avec un certain amour. 11 avait composé, tant avant d'être empereur que sur le trône, un assez grand nombre d'ouvrages : quarante-trois livres d'annales, huit volumes de mémoires sur sa propre vie , une apologie de Cicéron non dépourvue d'érudition , un traité sur des questions grammaticales , une histoire en grec et en vingt-huit livres des Tyrrhéniens et des Carthaginois, à l'occasion de laquelle il fit ajouter un musée neuf à l'ancien musée d'Alexandrie. Ces écrits, dans lesquels se montrait, au dire de Suétone (Claud., 41), « encore « plus d'incapacité que d'inélégance », magis inepte quant ineleganter, ont malheureusement tous péri; on ne possédait, jusqu'à ces temps derniers, d'autre important spécimen de l'éloquence de Claude que son discours conservé en partie sur notre Table. La découverte faite en 1869, dans le Tyrol, près de Trente, d'une table de bronze contenant un édit impérial de l'an 46 en faveur de trois petits peuples voisins des Tridentini (C. I. L., V, 5050), nous a apporté un nouvel échantillon de son style. On y rencontre presque tous les défauts qui se révèlent sur le bronze de Lyon : les constructions incohérentes et enchevêtrées, la manie de placer le sujet principal dans des phrases incidentes, le goût affecté des archaïsmes, la mauvaise habitude des expressions désobligeantes : ayant à mentionner l'absence de Tibère, il ne manque pas de rappeler qu'elle

a été « longue et obstinée » : absentia pertinaci ; à expliquer que des raisons plausibles avaient empêché l'accomplissement d'une mission, il ajoute que ce n'était pas « par la bêtise » de celui qui en avait été chargé : non stulte quidem. Mais ce qu'on y relève aussi et avec plaisir, comme dans le discours pour les Gaulois, c'est un louable fond de bonhomie. Les réclamants demandaient, sur des titres assez contestables, la confirmation du droit de cité romaine qu'ils prétendaient leur appartenir. Sans y regarder de trop près, l'empereur leur accorda ce qu'ils désiraient.

Claude avait ajouté trois lettres à l'alphabet et en avait rendu par un édit l'emploi obligatoire. L'une était le digamma ou / renversée : d, pour exprimer le v consonne; la seconde, f antisigma, figuré par deux c adossés : DC, pour remplacer le ps. La troisième n'est pas connue ; on suppose qu'elle était destinée à exprimer \'i consonne, ce qui serait alors notrey. Aucune de ces lettres ne figure sur la Table. On a inféré de là, avec toute apparence de raison, qu'elle aurait été gravée à Lyon ; cela est d'autant plus vraisemblable qu'il y avait à Lyon un important hôtel de la monnaie et peut-être aussi une corporation d'aerarii (Allmer, Suppl. aux Inscr. de Vienne, p. 8 ; Trion, p. cli), c'est-à-dire d'ouvriers fondeurs et ciseleurs de bronze. L'inscription trouvée à Meyzieu, près de Lyon, qui les fait connaître, les appelle « aerarii Diarenses : « les « bronziers de Diara ».

II ne faut pas omettre de constater que Claude appelle Lyon de son vrai nom : Lugudunum (ligne 69), non pas Lngdiinum.

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Statue décernée par l'assemblée des trois provinces de la Gaule à un ancien gouverneur de la Lyonnaise, probablement sous Antonin le Pieux , et devenu ensuite consul.

Arcade XXXIII. — Grandes pierres quadrangulaires. l'une incomplète à droite, l'autre détériorée vers le bas; extraites séparément du lit de la SAONE au pied et en aval de la première pile du PONT DU CHANGE du côté du levant ; l'une . celle qui est entière et contient la fin des lignes de l'inscription, en janvier 1858. l'autre en août 1862. Elles ont dû faire partie d'un ensemble formé de trois blocs pareils juxtaposés et pourvus en commun d'une base et d'une corniche rapportées. — Hauteur de chacune des deux pierres 1 m. 50, largeur de la pierre entière 1 m. 20; largeur totale présumée 3 m. 30. Hauteur des lettres de la première ligne o m. 20. de la dernière o m. 16.

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