LES LEGIONS
Un tableau des vingt-cinq légions qui formaient, à la mort d'Auguste, l'armée légionnaire figure dans le commentaire que M. Mommsen a consacré au chapitre XVII de l'inscription du monument d'Ancyre, et voici comment y est présentée la composition de cette armée.
A la suite de la bataille d'Actium, en 723, av. J.-C. 31, Auguste se trouva être à la tête d'environ cinquante légions y compris toutes celles d'Antoine, qu'il venait de joindre aux siennes, et celles qui lui restaient des anciennes légions de Lépide, qui s'étaient rendues à lui en 718, av. J.-C. 36, et n'avaient pas toutes été licenciées. Ayant publiquement déclaré, après sa victoire, que, la paix régnant partout sur terre et sur mer, douze légions
suffiraient pour assurer la sécurité de l'empire, il garda de ses anciennes légions seulement les douze premières et licencia les autres à partir de la treizième, mais en en retenant toutefois six de celles d'Antoine et de Lépide, auxquelles il laissa leurs numéros anciens tous compris dans la série de I à XII. 11 eut ainsi dix-huit légions en paraissant n'en avoir que douze. Plus tard, en 759, de J.-C. 6, à l'occasion de la guerre de Pannonie, il les accrut de huit légions nouvelles, ce qui en éleva le nombre à vingt-six. Trois de ces dernières ayant été anéanties par les Germains en 762, de J.-C. 9, le nombre se trouva réduit à vingttrois, jusqu'à ce que, deux nouvelles ayant été créées par lui, il laissa en mourant vingt-cinq légions, que l'on peut classer ainsi d'après leur origine :
i° — Douze d'origine ancienne, savoir : une Ire, qui ne reçut peut-être qu'en 762 le nom de Germanica, la 11e Augusta, la IIIe Augusta, la 1111e Scyibica ou la 1111e Macedonica, la Ve Alaudae ou la Ve Macedonica, la VIe Victrix ou la VI-" Ferrata, la VIP dite ensuite Claudia, la VIIIe Augusta, la IXe Hispana, la Xe Fretensis ou la Xe Gemina, la XIe dite ensuite Claudia, la XIIe Fulminata;
20 — Six tirées des armées d'Antoine et de Lépide : la IIP Gallica, la IIP Cyrenaica, la IIIP Scyibica ou la 1111e Macedonica, la Ve Alaudae ou la Ve Macedonica, la VIe Victrix ou la VP Ferrata, la Xe Gemina ou la Xe Fretensis;
3° — Huit créées pendant l'année 759 : la XIIIe Gemina, la XIIIP Gemina, la XVe Apollinaris, la XVIe Gallica, la XVIIe, la XVIIIe, la XVIIIP, la XXe Valeria Victrix;
40 — Deux créées après la destruction en 762 des XVIIe, XVIIIe et XVIIIP : la XXIe Rapax et la XXIP Deiotariana.
Quelques-unes des nombreuses et solides raisons apportées à l'appui de ce classement méritent particulièrement d'être remarquées :
Il serait inconcevable qu'il n'y ait pas eu avant l'an 762 une légion portant le numéro Ier à la tête des douze légions conser-
vées après la réduction de l'armée en 723. On est bien obligé d'admettre qu'il y avait une légion lrc, et c'est cette légion qui, après la défaite de Varus, aura été reconstituée sous le nom de h' Germanie a.
Les légions qui portent le nom d'Augitsia sont évidemment attribuables à Auguste. La IIIe Gallica doit avoir fait partie de l'armée d'Antoine. La IIIe Cyrenaica doit être une des anciennes légions de Lépide. On ne parvient pas à reconnaître à qui de Lépide ou d'Antoine ont appartenu les deux IIII", les deux Ves, les deux VI" et les deux X".
Des huit légions créées en 759 deux seulement ont pris part à la guerre de Pannonie à l'occasion de laquelle elles avaient été levées ; les autres furent envoyées en Germanie en remplacement de celles qui en avaient été tirées pour cette guerre. C'est ce qui explique le désastre de Varus; les Germains n'ont eu affaire qu'à des légions composées de soldats non aguerris. Il se peut qu'Auguste ait exagéré à dessein la gravité de la guerre, afin de tirer de là le motif, en apparence indépendant de sa volonté, d'accroître l'armée, devenue réellement insuffisante en raison des agrandissements de l'empire.
Un important travail de Ch. Robert : les Légions d'Auguste, inséré dans le Bulletin de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, mars-avril 1868, diffère du système qui vient d'être exposé en un point essentiel : la création de huit légions pour la guerre de Pannonie de 759.
« Ch. Robert n'admet pas avec M. Mommsen que les légions numérotées de XIII à XX n'aient été créées qu'en l'an 759, de J.-C. 6, à l'occasion des événements de l'an s et de l'an 6. Suivant lui, quelque grave qu'ait pu être la révolte des Illyriens , elle n'aurait pas . en tenant compte des guerres antérieures soutenues par Auguste, exigé la création de huit légions. Il lui semble même à peu près démontré que deux des
légions de numéros supérieurs à XIII : la XIIIe Gemma et la XIIIIC Gemiiia, doivent provenir chacune de la fusion de deux légions en une, fusion qui s'explique après Actium, où on supprima un grand nombre de corps, mais qui trouve difficilement son explication à une époque postérieure. En effet, le qualificatif Gemina appliqué à une légion ne peut pas avoir tantôt le sens de légion formée de deux autres, sens que lui donnent César et Dion Cassius, tantôt celui de légions sœurs que M. Mommsen considère comme pouvant leur être appliqué. Enfin Ch. Robert serait disposé à reconnaître dans la légion qui se rencontre à partir de l'an 61 avec le surnom de Martia (Cicéron, Philipp.; Appien, Civ., 3, 48) celle qui pendant la guerre civile était passée du parti d'Antoine à celui d'Octavien. Il faut remarquer aussi que la XXe, bien qu'incomplète de près de moitié, remporta tout au début de la guerre de 759, sous le commandement de Valerius Messalinus, un éclatant succès qui valut à son chef les ornements triomphaux (Velleius, II, 112) et à elle-même les noms de Valevia Victvix. Cette victoire semble dénoter une solidité qu'il n'est guère possible d'attendre d'une légion formée de nouvelles recrues. Au reste, les textes faisant défaut sur l'ensemble et la composition de l'armée conservée par Auguste après Actium, on en est réduit aux hypothèses; Ch. Robert le reconnaît comme M. Mommsen ».
Auguste laissa donc vingt-cinq légions à sa mort; mais, un demi-siècle plus tard, le nombre des légions atteignait à trente par suite de la création de la XVe Primigenia et la XXIIe Primigenia par Claude, de la I" Italien par Néron, de la Iie Adjutrix et de la VIIe, dite d'abord Hispaim ensuite Gemina, par Galba, et il en resta là pendant longtemps bien qu'aient eu lieu plusieurs extinctions et plusieurs remplacements. Sous Vespasien, plusieurs légions, probablement licenciées : la I" Gennaniea, la 1111e Maeedonica, la XVIe Galliea. la Ve Alaudae, furent remplacées par
trois nouvelles : la II" Adjutrix, la 1111e Flavia et la XVIe Flavia Firuia; sous Domitien, la XXIe Rapax par la I" Miuervia; sous Trajan, la XVe Primigenia et la XXIIe Dejotoriana par la IIe Trajana Fortis et la XXXe Ulpia Victrix; sous Marc Aurèle. la IXe Hispana par la IIe Italica et la IIIe Italica. A la fin du second siècle, sous Septime Sévère, le nombre des légions fut élevé à trente-trois par la création de trois légions dites Parthiques : la I" Parthica, la IIe Parthica, la IIIe Parthica, et paraît être demeuré sans changements jusqu'au temps de Dioclétien.
Voyez Marquardt , Adm. roui. II, pp. 433 et suiv.; 2e éd., pp. 443 et suiv.
Chaque légion , y compris un petit corps de quatre turmes, c'est-à-dire de cent vingt cavaliers, se composait d'environ six mille hommes, répartis en dix cohortes et soixante centuries sous six tribuns et soixante centurions, et était commandée par un lieutenant de l'empereur du titre de légat : legatus Augitsii legionis, personnage sénatorial ordinairement ancien prêteur, qui, dans les provinces où résidait une seule légion, était en même temps gouverneur de la province : legatus Augusti pro praetore provinciac, tandis qu'au contraire dans celles où résidait une armée de plus d'une légion, il n'avait que le commandement militaire et était lui-même sous le commandement supérieur du légat provincial ancien consul, général en chef de cette armée et en même temps gouverneur de la province qu'elle habitait. A partir du règne de Gallien , les sénateurs ayant été exclus des commandements militaires, les commandants des légions ne furent plus que des chevaliers romains du titre de préfet : praefectus legionis, sans gouvernement de provinces.
Indépendamment du commandement de la légion. le legatus legionis avait aussi celui des corps auxiliaires qui y étaient attachés et étaient de force à peine moindre. Le praefectus, chevalier romain, qui commandait chacun de. ces corps auxiliaires, était son subordonné.
Les légions mentionnées par les inscriptions de Lyon sont :
La I»
Adjutrix,
La Xe
Fretensis,
La I"
Minervia,
La XL-
Claudia,
La IIe
Augusta,
La XIIIe
Gemina,
La IIe
Trajana Fortis,
La XML
Gcmina,
La IIIe
Cyrenaica,
La XVe
Apollinaris,
La 1111e
Scythica,
La XXe
Valeria Victrix.
La Ve
Macédonien,
La XXL
Rapax,
La VIe
Victrix,
La XXIIe
Primigenia,
La VIIIe Auffiista,
La XXXe Ulpia Victrix,
Il est à peine nécessaire de dire qu'aucune de ces légions ne tenait garnison à Lyon et que beaucoup d'entre elles ne sont rappelées qu'accidentellement sur nos inscriptions.
Ce sont d'abord la IIe Trajana Fortis, la IIIe Cyrenaica, la 1111e Scythica, la Xe Fretensis, qui sont restées en Orient tout le temps de leur existence ;
Puis la XVe Apollinaris, fixée d'abord en Pannonie, et, à partir de Vespasien, attachée à la Cappadoce ;
Puis encore la VIL' Gemina, qui depuis Vespasien a toujours été attachée à l'Espagne, son pays d'origine, — la Ire Adjutrix, levée en Italie par Galba, et qui. peu de temps après sa création, est allée en Pannonie ;
Ensuite celles qui, après un plus ou moins court séjour dans notre voisinage, c'est-à-dire le long du Rhin, sont allées se fixer dans des provinces d'Europe plus éloignées : la IL' Augusta et la XXe Valeria Victrix, qui n'ont habité la Germanie que d'Auguste à Claude et ont été de là transportées à demeure en Bretagne, — la Ve Macédonien, la XIe Claudia, la XIIIe Gemina, la XIIIL Gemina, toutes quatre envoyées sur le Danube, la première par Vespasien, la seconde par Marc Aurèle ou Commode, la troisième par Néron, la quatrième par Trajan après avoir résidé dans l'une ou l'autre des deux Germanies, — la XXL' Rapax, qui, à la vérité, n'a pas quitté le Rhin et est passée de la province Inférieure dans
la province Supérieure, mais dont toutes traces disparaissent à partir de Domitien.
Celles-là seulement qui ont demeuré longtemps dans l'une ou dans l'autre des deux Germanies et surtout celles des garnisons de la Germanie Inférieure ont laissé à Lyon de nombreux souvenirs, peut-être parce que Lyon aurait été la résidence assignée à leurs vétérans. Ces légions sont la VIIIe Augusta et la XXIIe Primigcnia de l'armée de la Germanie Supérieure, la Irc Minervia et la XXXe Ulpia de celle de la Germanie Inférieure, la VIe Vidrix qui a fait partie de cette dernière armée depuis le début du règne de Vespasien jusque sous celui d'Hadrien et est alors passée en Bretagne.
Les inscriptions qui font mention des légions du Rhin, et sont presque toutes des épitaphes de vétérans, ne présentent que rarement des indices de chronologie. Quelques-unes donnent aux légions les surnoms à' Antoniniana et de Severiana Alexandriana pris en l'honneur de Caracalla et de Sévère Alexandre, ce qui fixe leur âge à la première moitié du troisième siècle.
Légion I'c Adjutrix.
La légion I'e Adjutrix était en formation à la mort de Néron et se composait alors de soldats de marine.
Elle se trouvait à Rome lors de l'arrivé de Galba et fut en partie massacrée par l'escorte de ce prince, de qui toutefois elle obtint ensuite l'aigle légionnaire, c'est-à-dire sa reconnaissance
comme légion romaine composée de citoyens romains, car les soldats de marine n'étaient que des affranchis et des étrangers, et Galba, en accordant l'aigle à leur légion, leur accordait à eux-mêmes le droit de cité romaine et les égalait aux autres légionnaires. Pendant la guerre civile, Vitellius l'envoya en Espagne. Elle en fut tirée par Domitien et transférée dans la partie de la Pannonie dont Trajan fit plus tard la Pannonie Supérieure. Elle y résidait à Bregetio, actuellement Szôny près Comorn, sur la rive droite du Danube.
Elle a fait partie de l'armée qui a combattu à Lyon contre Albin ; elle est du nombre des légions aux noms desquelles Septime Sévère a frappé des médailles.
Elle existait encore à l'époque de la rédaction de la Notitia dignitatum, qui l'indique, sous son même nom de legio prima Adjutrix, dans la Valeria ripensis et encore en garnison à Bregetio.
Epitaphe d'un centurion des légions Ire Adjutrix, XIIIIC Gemina et XXXe Ulpia Victrix dite Severiana Alexandriana.
Arcade XII. — Cippe avec base et couronnement; découvert en juin 1882 dans les travaux de terrassement pour l'élargissement de la rue de TRION, sur la propriété de M. le docteur Brévard, contiguë à la gare. Une ascia occupe, entre les sigles D M, le
milieu de la première ligne de l'inscription. — Hauteur i m. 20, du dé o m. 81, largeur o m. 48.
D *scia M
ET • MEMORIAE
AETERNAE L • SEPTIMI • L • F • N 5 PANNONI VS • D • VLP
PAPIR • PETAVIONE
marcelLnvs- 3-LEGI
ADIVTRICIS • ITEM LEG-XIIII-GEMira-I'EM
10 leg • v v s a aelia
clememina conivx et • sept • marcellvs et-septmarcelLanvs et • sept/mia • marcella
<5 FlL-ET-H-FCET-SVBASClJ
DEDICAVERVM
Lettres mal gravées et d'assez mauvaise forme ; la seconde L et l'I de MARCELLINVS à la septième ligne, l'N et l'E de GEMINE à la neuvième , la première N et le T de CLEMENT1NA à la onzième, la seconde L et l'I de MARCELLIANVS à la treizième, l'N et le T de DEDICAVERVNT à la dernière, liés en monogrammes.
Allmer, Revue epigraphique, 1882, I, p. 294; Trion, p. 54. — Dissard, dans Lyon-Revue, 1882, p. 174; Catalogue, p. 101.
Diis Manibm et memoriae aeternae L. Seplimii, Lucii filii, natione Pan noni 11 s donio U/pia P api lia Petavione, Marcellinus, centurio legionis I Adjutricis, item legionis XI//I Geminae, item legionis
2<jO INSCRIPTIONS MILITAIRES
XXX Ulpiae Victricis Severianae Alexandrianae ; Aelia Clementina, conjux, et Septimius Marcellus et Scptimius Marcellianus et Septimia Marcelin, filii et beredes, faciendum curaverunt et sub ascia dedicaverunt.
« Aux dieux Mânes et à la mémoire éternelle de Lucius Septi- « mius Marcellinus, fils de Lucius (Septimius), Pannonien de « naissance, de la colonie Ulpia Petavio inscrite dans la tribu « Papin'a; centurion de la légion I" Adjutrix, aussi de la légion « XIIIP Gemina, aussi de la légion XXXe Ulpia Vicirix Severiana « Alexandriana ; Aelia Clementina , sa femme , et Septimius « Marcellus et Septimius Marcellianus et Septimia Marcella, ses « enfants et héritiers, ont élevé ce tombeau et l'ont dédié sous « V ascia ».
Lucius Septimius, qui porte le prénom et le nom de l'empereur Septime Sévère, était peut-être le fils d'un pérégrin ou d'un latin qui avait reçu de ce prince le droit de cité romaine. Il était Pannonien de nationalité et appartenait à la cité de Poetovio, aujourd'hui Pettau, qui était une colonie de Trajan et s'appelait pour cette raison Ulpia, nom qu'on lui trouve aussi dans d'autres inscriptions : colonia Ulpia Poetovionensis ex Pannonia Superiore (C. I. L., III, p. 753); colonia Ulpia Traiana Poetovio (Id., 4057); Ulpia Poetovio (5427). L'épitaphe de Septimius l'appelle Ulpia Papin'a Petavio. en intercalant à tort entre les deux noms de la colonie celui de la tribu à laquelle elle appartenait; régulièrement l'indication de la tribu aurait dû venir à la suite de la filiation de Septimius. L'orthographe Petavio, en contradiction avec celle des monuments découverts dans le pays, se retrouve sur la Table de Peutinger et dans une inscription de Fabretti (129, 54). L'Itinéraire d'Antonin en donne encore une autre : Patavio. L'inscription de Pettau (4057), fait de plus connaître une seconde colonisation composée de vétérans de la légion IIe Adjutrix : C. Cornélius, C. f. Pomptina, Dertoua, Verus, veteranus legionis II Adiutricis
dediietus c(oloniam) U(lpiam) T(rajanam) P(oetovionem) missione agraria IL...
Septimius a été centurion dans trois légions successivement : d'abord dans la I" Adjutrix, ensuite dans la XIIIle Gcmina, qui, l'une et l'autre, habitaient la province Supérieure de Pannonie ; enfin, il a eu son troisième grade de centurion dans la légion XXXe Ulpia Vicirix, en garnison à Vetera, dans la basse Germanie. Ces légions avaient toutes trois, en l'honneur de Sévère Alexandre, les surnoms de Severiana Alexandriana; la circonstance que ces surnoms ne sont attribués sur notre inscription qu'à la XXXe nous reporte à une époque non antérieure à cet empereur.
Lucius Septimius s'appelait de son surnom Marcellinus ; son fils aîné s'appelait Marcellus, son second fils Marcelliamts , sa fille Marcella. Il y a là un exemple de plus, après quantité d'autres, de la fausseté de la théorie d'après laquelle les surnoms des parents n'auraient passé aux enfants que sous forme diminutive.
Les trois enfants se qualifient « fils et héritiers ». Voici à ce sujet une explication que nous devons à l'obligeance de notre honoré confrère, M. Caillemer, Doyen de la Faculté de droit de Lyon : « Plusieurs textes du droit romain nous disent expressé- « ment que le fils est beres suus et necessarins (Gaius, II. §§ 156, « 157 ; Ulpien, XXII, § 24); mais ce titre d'héritier sien et néces- « saire ne lui est donné que lorsqu'il est soumis à la puissance « paternelle. L'émancipation, en faisant sortir l'enfant de la famille « civile et en rompant les liens d'agnation qui le rattachaient à « son père, lui enlevait le droit de succéder ab intestat] il cessait « d'être héritier légitime. Lors même que son père, au moyen « d'une institution d'héritier, l'aurait appelé à sa succession, il y « serait venu comme tout autre étranger, beres extraneus (Gaius, « II, § 161). Le préteur tempéra, il est vrai, la rigueur du droit « civil en donnant aux enfants émancipés le droit de prendre « leur part de l'hérédité paternelle, mais il n'osa pas leur attri-
« buer le titre d'beredcs que la loi leur refusait ; il leur accorda « seulement une bonorum possessio (Ulpïen, XXXVIII, §§ 2, 4). Le « filins hères, c'est donc le fils qui vient à la succession de son « père en vertu du testament ou de la loi, Xberes ex iestamento « ou Yheres legithnns par opposition au fils qui vient en qualité « de bonorum possessor en vertu du droit prétorien.
« Pour les enfants restés sous la puissance paternelle, ils sont « bien héritiers nécessaires en ce sens qu'ils succèdent même « malgré eux : etiam inviti sive velint sive noliut (Gaius, II, § 1 57) ; « mais le père de famille avait le droit d'exhérédation. S'il voulait « écarter son fils de la succession, il lui suffisait de dire filins « meus exberes esto (Gaius, II, §§ 123 et 127). — Les filii beredes, « ce sont des enfants que le père n'a pas exhédérés.
« Peut-être maintenant les enfants de Septimius Marcellinus « ont-ils voulu dire que leur père ne leur a pas imposé l'obli- « gation de partager sa fortune avec un héritier étranger et qu'à « eux seuls ils ont recueilli la totalité de l'hérédité paternelle, « — plus heureux en cela que le fils d'un Cornélius dont parle « une inscription d'Aramenha en Lusitanie : P. Cornelio, Qiiiriua, « Macro, viritim a divo Claudio civilate donato, quacstori, duum- « viro ; ex testamento ipsius . . . Qiiintius Capito, ciiin Ojiinto « filio beres, posuit » (C. I. L., II, 1 =,9 ; Wilmanns, II, 2684).
Remarquer Vascia sur le tombeau d'un Pannonien.
Lésion ïc Mineroia.
La légion appelée I" Miuervia n'est pas du nombre des légions qui existaient à la mort d'Auguste. Elle n'a été créée que trois
quarts de siècle plus tard par Domitien en remplacement, non de la Ir- Germanica probablement licenciée par Vespasien, mais d'une légion mentionnée par Suétone (Dom., 6; voy. Tacite, Agr., 41) comme ayant été complètement anéantie par les Sarmates, et qui serait peut-être la Ve Alaudae (Marquardt, Adm. roui. II, p. 436 ; 2e éd., p. 450, note 2). Cette dernière est toutefois indiquée par M. Mommsen (Ephem. èpigr., 1883, p. 214), aussi bien que la Ire Germanica (p. 201), comme dissoutes déjà sous le précédent règne. La légion remplacée par la I" Minervia serait, d'après lui (Histoire des provinces romaines, p. 134, note), la XXIe Rapax.
Domitien donna à la légion créée par lui le nom de Minervia en l'honneur de Minerve sa déesse tutélaire, envers laquelle il professait, comme on sait, une dévotion extravagante, et il l'envoya dans la Germanie Inférieure, où elle est à peu près continuellement restée; elle y avait ses cantonnements à Bonn.
Elle a fait partie de l'armée qui a combattu sous les murs de Lyon en faveur de Septime Sévère ; elle figure parmi les légions au nom desquelles furent frappées des monnaies de cet empereur.
En raison de son séjour prolongé sur le Rhin, elle a laissé à Lyon de nombreux souvenirs, plus nombreux même que ceux des légions de la Germanie Supérieure cependant moins éloignées.
Les inscriptions relatives à la légion I™ Minervia nous montrent :
Un légat, c'est-à-dire un commandant de la légion. — Titus Flavius Secundus Philippianus (ci-dessus n° 18), legatus legionum diiarum I Minerviae et Xl/II Geminae, que nous avons vu gouverneur de la Lyonnaise vers la fin du règne de Septime Sévère.
Un tribun. — Tibérius Claudius Pompeianus (Inscr. non entrée
au Musée), un des officiers de l'armée de Septime Sévère à la bataille de Lyon de 197.
Plusieurs centurions :
Anonyme (ci-dessus n° 38), centurion bastatus puis greffier
ab actis du procurateur de la Lyonnaise et de l'Aquitaine.
Autre anonyme (ci-après n° 47), qui, avant d'avoir le grade de centurion, avait été corniculaire.
Tiberius Claudius Félix (ci-après n° 48). centurion à une époque où la légion avait le surnom à'Antonimana en l'honneur de Caracalla.
Des soldats et des vétérans :
Salvius Memor (inscr. perdue), vétéran, ancien optio, c'est-à-dire lieutenant du centurion.
Solemnius Fidus (inscr. non entrée au Musée), soldat imaginifer, c'est-à-dire porteur de l'enseigne à laquelle était fixé le portrait de l'empereur.
Cogitatinius Juvenis (inscr. non entrée au Musée), bénéficiaire du légat de la légion, dite alors Alexandriana en l'honneur de Sévère Alexandre.
Titus Flavius Florus (ci-dessus n° 34), vétéran, ancien bénficiaire du procurateur provincial.
Marcus Pontius Gemellus (ci-dessus n° 36), également vétéran, ancien bénéficiaire du procurateur.
Lucius Sabinius Amandus (ci-après n° 49), vétéran.
Julius Aventinus (ci-après n° 50), vétéran.
Marcus Aurelius Primus et Caius Modestinius Peregrinus (ci-après n° 51), vétérans, anciens contubernales, c'est-à-dire compagnons de tente, congédiés avec Yhonesta missio.
Vitalinius Félix (ci-après n° 52). vétéran congédié aussi avec Yhonesta missio.
Ovinius Valerio (ci-après n° 53). vétéran.
Messorius Florus (ci-après n° 54). vétéran; la légion dite alors Pia Fidelis.
Cassianius Lupulus (ci-après n° 55), soldat; la légion dite alors Pia Fidelis.
Al
Épitaphe d'un centurion de la légion Ire Minervia, ancien corniculaire.
Arcade LVII. — Fragment incomplet en haut et en bas, détaché probablement du dé d'un cippe et retaillé en forme de carreau; découvert au quartier SAINT-JUST. « dans les fouilles pratiquées « pour l'agrandissement de l'église SAINT-IRENÉE, en 1825 » (De Boissieu), « en 1824 et entré au Musée en 1845 » (Comarmond). — Hauteur o m. 45, largeur o m. 53.
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