‹ Inscriptions antiques (volume 3)Chapitre 42 sur 70 · MISERRIMA · texte numérisé non relu

MISERRIMA

Cochard. Arcb. hist. et stat. du Rhône. I, p. 471 . — De Boissieu,

p. 300. — Comarmond, Description, p. 330; Notice, p. 121. — Monfalcon, Musée lapidaire, p. 22. — Dissard. Catalogue, p. 10 1.

veterani (?) legionis I Minerviae, qui militavit centurio

annis VU, ex cornuclario; vixit a unis XXXXV. Posait ei Appia, mater miserrima

« Aux dieux Mânes de , vétéran de la légion Irc Minervia,

« où il a servi pendant sept ans comme centurion après avoir été « précédemment corniculaire. 11 est mort à l'âge de quarante-cinq « ans. Appia, sa mère infortunée, lui a élevé ce tombeau ».

L'anonyme de cette épitaphe n'était d'abord que simple soldat, puis était arrivé à faire partie de ceux qui, remplissant auprès des officiers supérieurs soit un service d'ordonnance, soit quelque autre emploi au gré de ceux-ci, étaient compris sous la désignation générale de principales, jouissaient de l'exemption des principaux services ordinaires, par exemple les corvées et les exercices, recevaient une bonification de solde et tenaient le rang intermédiaire entre les simples soldats et les centurions. A cette classe de subalternes appartenaient les corniculaires, sorte d'adjudants des commandants de la légion, c'est-à-dire le légat légionnaire qui en avait le commandement en chef, le tribun à qui c'était le tour d'en avoir le commandement disciplinaire, et aussi le préfet de camp, qui, jusque dans le cours du troisième siècle, n'était que commandant de place, mais, après la réforme par laquelle Gallien avait exclu de l'armée tous les sénateurs, se trouva devenir le commandant en chef en remplacement du légat d'ordre sénatorial. Le laconisme de l'inscription ne permet pas de savoir auquel des chefs en question a été attaché notre personnage.

C'est à la suite de l'emploi de corniculaire qu'il s'est élevé au rang d'officier par le grade de centurion. Le centurionat était à lui seul toute une carrière, car il n'y avait pas moins de soixante centurions dans une légion et conséquemment soixante échelons

à parcourir un à un : trente dits ordines posteriores et trente dits ordines priores . divisés les uns et les autres en trois séries successives de dix degrés chacune. Le centurion débutant avait ainsi à suivre d'abord, parmi les posterions, dix degrés du dixième au premier comme centurion hastatus posterior , ensuite dix degrés du dixième au premier comme centurion princeps posterior et ensuite encore dix degrés du dixième au premier comme centurion pilus posterior ; puis après cela, il avait à recommencer, parmi les priores, le parcours des trois mêmes séries et à suivre dix degrés comme centurion hastatus prior. dix degrés comme centurion princeps prior et enfin dix degrés comme centurion pilus prior. Le dernier obtenu de ces dix derniers degrés, celui de primas pilus prior ou simplement d'après l'usage priniipilus. était le point culminant de la carrière de centurion, et, dès avant le second siècle, il valait, sinon toujours au moins le plus souvent, au primipile, à sa sortie du service, l'admission dans l'Ordre équestre (Renier, Mélanges d'épigrapbie. p. 239, 240).

Le personnage de notre fragment n'est pas arrivé jusqu'au grade de primipile. Il est mort à quarante-cinq ans sans avoir eu de grade supérieur à celui de centurion ordinaire. S'il était entré au service à dix-huit ans et qu'il n'y soit resté que le temps légal de vingt années, il a bien pu passer de là parmi les vétérans, où les anciens centurions formaient la portion du corps la plus élevée en rang et en honneur. C'est vraisemblablement le mot veterani qu'il y avait sur l'inscription, lorsqu'elle était complète, avant les mots legionis I Minerviae. Lyon paraît avoir été, en effet, la résidence assignée aux vétérans d'une partie des légions du Rhin et principalement des légions de la Germanie Inférieure. La Ve Minervia fournit à elle seule une dizaine d'exemples de vétérans qui sont venus y mourir. Peut-être même notre centurion était-il Lyonnais ou du pays circonvoisin, puisque son tombeau, retrouvé à Lyon, a été élevé par sa mère. Dans son Mémoire sur la Conscription. M. Mommsen a constaté qu'à

partir d'Hadrien, — et l'inscription paraît plutôt postérieure qu'antérieure à cette époque, — la levée pour le recrutement des armées s'est faite d'une manière générale dans les provinces mêmes où elles étaient cantonnées. Comme évidemment les deux Germanies ne pouvaient suffire au recrutement de la nombreuse armée préposée à la garde de la frontière du Rhin, le dilectus nécessaire au maintien de l'effectif de cette armée s'étendait sur les trois Gaules et même aussi sur la Rétie.

La symétrie semble demander que l'inscription ne se soit pas terminée par la ligne courte que remplit le mot miserriina ; une ligne suivante devait contenir quelque épithète élogieuse à l'adresse de son fils ou la mention, habituelle sur les épitaphes lyonnaises, de la dédicace sous l'ascia,

Épitaphe mentionnant un centurion de la légion IIIe Cyrenaica et un centurion de la légion Ire Minervia.

Arcade V. — Grand sarcophage avec son couvercle en forme de

de prisme et décoré d'antéfixes sculptées; découvert en juin 1882

au quartier SAINT-JUST, dans les travaux de terrassement pour

l'élargissement du côté droit de la rue de TRION, sur la propriété

de M. le docteur Brévard, contigué à la gare, à 2 m. 50 au-dessous

de la surface du sol et à plus de 3 mètres au-dessus du niveau de

t la rue. Il était encore à sa place primitive sur son socle de pose

fait d'une très grande et épaisse dalle débordant tout autour du

sarcophage d'environ 10 centimètres. L'inscription est renfermée

dans un encadrement de moulures pourvu, de chaque côté, d'un appendice en queue d'aronde au-dessous d'une ascia gravée au trait. — Hauteur o m. 8s, longueur 2 m. 40; hauteur de la partie encadrée o m. 60, longueur non compris les appendices 1 m. 55, avec les appendices 2 m. os. Hauteur du couvercle o m. 55. Hauteur du socle o m. 63, longueur 2 m. 60, largeur 1 m. is.

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