‹ Inscriptions antiques (volume 4)Chapitre 31 sur 276 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Les inscriptions de Lyon , tant entrées que non entrées au Musée, nous ont pris dès avant le commencement de notre ère et nous ont amenés jusque dans le cours du septième siècle, presque au seuil du moyen âge. Parvenus à ce terme, essayons, avec leur aide, de dégager la morale de l'histoire, au point de vue notamment de la diffusion du bien-être, car c'est là, en définitive, l'unique objet réellement digne d'intérêt : savoir en quels temps, sous quelles formes sociales, sous l'empire de quelles idées l'humanité a le moins durement peiné.

Pendant près de deux siècles la prospérité a été grande; les villes se couvrent d'édifices splendides, les campagnes sont peuplées et cultivées, les fermes, les habitations riches y abondent; des autels à la divinité de Rome et d'Auguste, c'est-à-dire des actions de grâces sous forme de culte à l'empereur et à l'Etat romain, personnifications divinisées de la paix, de l'ordre, de la civilisation et de la félicité répandue dans l'univers grâce à ces bienfaits dont ils sont les auteurs, se dressent spontanément de toutes parts, dans chaque province, dans chaque cité, dans chaque maison opulente ou pauvre; des gens non qualifiés, des personnes de condition médiocre, infime même, laissent, en quantité infinie, des tombeaux que nous pourrions appeler somptueux, et le considérable nombre de ceux de ces tombeaux qui ont été élevés pour des affranchis autorise à penser qu'il

n'était sans doute pas très difficile de sortir de l'esclavage. Avant la fin du deuxième siècle, cette prospérité commence à décliner, puis s'affaisse rapidement pendant le troisième, bientôt même au plus bas, et, sauf une faible lueur d'un relèvement apporté par la suppression des impôts à l'avènement des barbares, elle ne reparaîtra plus, après un intervalle immense, qu'avec notre présent siècle. On peut donc le dire : il faut que les derniers temps de la domination romaine aient été une agonie bien terrible pour que cette pâle éclaircie dont il vient d'être parlé puisse nous faire comparativement l'illusion d'une époque, sinon heureuse, au moins à peu près tolérable. Le fréquent éloge, sur les épitaphes des cinquième, sixième et septième siècles, du mépris des biens terrestres, de la sollicitude pour les pauvres, les nus, les affamés, de la dévotion et de ses vertus factices, de la foi vive à la résurrection, nous permet d'apercevoir que le peuple, en très grande partie, était plongé dans une indigence extrême, manquait de vêtements, manquait d'aliments, subsistait surtout d'aumône, cherchait sous la discipline ecclésiastique une existence un peu moins dure mais tout aussi inutile et morne, n'attendait ni fin ni soulagement de ses maux en ce monde tenu pour un séjour abject et plein de souffrances et n'entrevoyait de port que dans le Ciel. Quand on en est réduit à reporter sur la vie future toutes ses espérances, c'est la marque certaine que, par la faute ordinairement de quelques-uns qui attirent à eux seuls la subsistance et le bonheur de tous, la vie présente est bien dénuée et bien désespérée. Et cependant, nous ne sommes encore qu'à la veille des pires temps; les Grands et encore plus l'Eglise continueront à accroître sans relâche leurs richesses et arriveront promptement à posséder tout. Aujourd'hui, on se demande comment, ainsi déshéritées du droit de vivre, les populations ont pu traverser la longue série de siècles qui relie l'antiquité aux temps modernes sans succomber entièrement sous l'excès des misères de toute sorte et de l'oppression. La barbarie n'est pas venue toute des barbares !

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