ASSIETTE DE LA VILLE
Si d'après la provenance des inscriptions funéraires, jusqu'à présent découvertes, on essaie de se former une idée de l'assiette de Lyon à l'époque romaine, déjà on aperçoit que le quartier Saint- Irénée, la rue de Trion dans toute sa longueur et de chaque côté, le carrefour de Trion, Vaise, la Guillotière étaient en dehors de la ville ; dans tous ces endroits les tombeaux abondaient en quantité considérable. Il en a été trouvé en assez grand nombre aussi le long de la Saône, au quai de Bourgneuf, qui certainement n'était pas extra-muros; on croit savoir qu'ils y ont été apportés, probablement de Vaise, comme matériaux d'empierrement du bord de la rivière. Par contre, on n'en connaît pas qui proviennent du plateau de la Sar'ra ; c'est que ce plateau faisait partie de la ville. On n'en connaît pas non plus qui proviennent des Étroits, non pas que les Etroits fussent dans la ville, mais parce que, la colline plongeant à pic dans la Saône, il n'y avait pas place pour des sépultures. Ni le quartier d'Ainay, ni ceux qui, entre les deux fleuves, lui font suite jusqu'à la Croix-Rousse et au-delà, n'ont fourni de tombeaux ; Ainay, — alors une île, — parce qu'il formait une sorte de quartier annexe hors ville ; le tènement interfluvial parce qu'il était le domaine religieux des trois Gaules. Quelques sépultures, attribuables au moyen âge aussi bien qu'à l'époque romaine, découvertes sur ce domaine, au quai Sainte-Marie-des- Chaînes, à la rive gauche de la Saône, pourraient toutefois avoir été celles des habitants de la petite agglomération qui, vers la rue de la Vieille, formait le chef-lieu du pagus de Condate. Les tombeaux trouvés à la Guillotière sont tous lyonnais ; on peut en conclure que le territoire lyonnais traversait non seulement la Saône, mais aussi le Rhône et probablement s'étendait jusqu'au
rideau de collines qui a le nom de Balmes-Viennoises. Les nombreux blocs qui gisent dans le lit du Rhône, principalement en face de la place Grôlier, y ont été jetés, au moyen âge, pour endiguer des îlots, aujourd'hui réduits à l'état de bancs de gravier, et doivent provenir de la Guillotière.
Forme. — A l'aide de ces données générales et des données plus précises fournies par les mouvements du terrain et par les restes, encore subsistants en quelques endroits, de l'enceinte du moyen âge, qui sans doute avait en majeure partie suivi le tracé romain, on reconnaît que la ville antique, en deçà des fleuves, présentait à peu près la figure d'un cercle dont la Saône enveloppait environ les deux tiers, et une muraille l'autre tiers.
Enceinte. — Du côté du sud. cette muraille devait partir du rivage, à l'endroit présentement appelé la Quarantaine, vers le débouché du pont d'Ainay, gravir directement la pente par-derrière les fortifications modernes et les suivre jusqu'au cimetière de Loyasse, laissé en dehors, pour redescendre vers la rivière, qu'elle atteignait à l'extrémité du rocher de Pierre-Scize.
Portes. — Là, entre le pied du rocher et le bord de la Saône, ne pouvait manquer d'exister une porte du nord donnant issue à un chemin conduisant à Vaise par le bord de l'eau. A l'ouest, vers le bout de la rue du Juge-de-Paix , existait certainement une porte par laquelle sortait, en passant près des arcades encore debout des aqueducs, une voie qu'un parcours de 1 50 mètres environ conduisait au carrefour de Trion ; c'est à cette voie, — la voie d'Aquitaine, — qu'appartenaient des tombes monumentales dont les bases ont été récemment découvertes sur place au nombre de dix sur le côté droit dans les fouilles de Trion et, quelques années précédemment, au nombre de cinq sur le côté gauche, le long du chemin de la Favorite, sous l'actuel groupe scolaire.
A peu près où se trouve maintenant la porte Saint-Just, s'ouvrait aussi une porte; elle livrait passage à un chemin qui, traversant tout le quartier Saint-Irénée par la rue des Machabées, était, selon toute probabilité, la voie d'Arles sortant de Lyon par le haut du coteau, celle-là même qui, du temps de Sidoine Apollinaire (Ep., II, 10), passait à proximité de l'église des Machabées, « jusqu'à laquelle retentissaient, d'un côté le bruit des chevaux « et des chars de la route, de l'autre côté le chant rythmé : — le « celeusma, — des rameurs des bateaux de la Saône ».
Hinc agger sonat, hinc Arar résultat ; Hinc sese pedes atque eques reflectit, Stridcntum et moderater essedorum ; Curvorum hinc chorus helciariorum , Rcsponsantibus alléluia ripis, Ad Christum levât amnicum celeusma.
De cette même porte ou non loin d'elle se dégageait un autre chemin qui allait rejoindre le trivium ; ce chemin est celui sur lequel est aujourd'hui établie dans toute sa longueur la rue de Trion.
Au bord de la Saône, il y avait sans doute une porte du sud, donnant sur un sentier plus ou moins praticable ; car si les Étroits étaient à un tel point resserrés par la rivière que la place y manquât pour des tombeaux, à plus forte raison y manquait-elle pour l'installation d'une grande route.
La Gaule, en l'an 20 avant notre ère, n'était pas encore tellement pacifiée que l'on n'eût plus à prévoir aucune tentative de soulèvement. Lyon offrant par sa situation un point stratégique de premier ordre, Agrippa, chargé d'ouvrir quatre grands chemins à travers les quatre provinces dont elle se composait d'après la division nouvelle, doit avoir eu principalement en vue des considérations de stratégie, et il semble bien difficile d'admettre qu'une voie militaire importante soit venue passer au pied des Étroits
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alors qu'elle avait toute facilité de passer sur le plateau. Pour la même raison, les deux routes du nord : celle de Bretagne et celle de Germanie, soit séparément, soit réunies en une seule, devaient pouvoir arriver à Lyon par le plateau et probablement aboutir à Trion. Trion aurait ainsi été un point commun de rayonnement dans toutes les directions ; celle de l'Aquitaine en poursuivant à l'ouest par le chemin de la Favorite ; celle d'Arles en rejoignant par la rue de Trion la voie du sud qui sortait par la porte Saint- Just, enfin la direction du nord en prenant l'actuel chemin de Trion à Vaise.
Outre les quatre routes dont il vient d'être parlé, une communication constante de la ville avec le quartier du Confluent, et de celui-ci avec l'autre rive du Rhône, était indispensable pour rattacher à Lyon la route abrégée de Vienne. Cette communication répond vraisemblablement aux actuels emplacements du pont de la Feuillée ou du Change et du pont de la Guillotière.