LES MONUMENTS
Lyon n'a conservé que peu de monuments de' son antique existence. Ceux qu'avait pu épargner l'incendie arrivé sous Néron cent et quelques années après la fondation , ceux qu'avait vu s'élever pendant sa durée le siècle qui a suivi cette catastrophe, n'ont sans doute pas échappé au second incendie survenu, cent trente-deux ans plus tard, au commencement du règne de Septime Sévère. Mais déjà alors on touchait aux temps de décadence et d'appauvrissement universels où disparaissaient plus de monu-
ments qu'il ne s'en édifiait, où l'on ne faisait plus et ne savait plus faire rien de vraiment beau. Des tronçons d'aqueducs demeurés debout aux environs de Lyon et à Lyon même, une ruine peu considérable d'un théâtre, des substructions visibles dans une petite partie seulement d'un amphithéâtre, un pan de mur presque entièrement caché qui a peut-être appartenu au forum, deux monumentales colonnes de granit qu'on suppose provenir de l'autel de Rome et d'Auguste, des réservoirs souterrains, quelques rares débris d'architecture et de statuaire, quelques mosaïques, des autels mutilés, des piédestaux privés de leurs statues, une riche épigraphie en tête de laquelle prend place un précieux bronze qui contient une partie d'un discours de l'empereur Claude, quelques bases de grands tombeaux rappelant ceux de Pompéi, de nombreux cippes et sarcophages en général sans ornements, de nombreux menus objets d'usage domestique, sont les seuls restes de sa splendeur passée que Lyon, l'ancienne capitale des trois Gaules, ait aujourd'hui à offrir à la curiosité des étrangers.
Aqueduc du Mout-d'Or. — Fonder une ville sans la pourvoir d'eau n'était pas une idée qui pût se présenter à l'esprit des Romains. Des trois principaux aqueducs qui alimentaient Lyon, un au moins doit avoir été construit dès l'époque de la fondation de la colonie, 11 est admis que c'est celui du Mont-d'Or, le plus faible et le plus court et celui aussi dont la construction est la plus simple. 11 prenait naissance à il ou \2 kilomètres au nord de Lyon, au fond de la vallée de Poleymieux, à l'endroit où sourd le ruisseau d'Anthoux, qu'il absorbait; il circulait ensuite, à 20 ou 30 centimètres au-dessous de la surface du sol et avec de grands et nombreux détours, sur le flanc des coteaux de Curis, d'Albigny,
de Couzon, de Saint-Romain, de Saint-Cyr, de Collonges, de Saint-Didier, de Limonest, de Dardilly et d'ÉculIy d'où il devenait extérieur et parvenait à Lyon par le territoire des Massuts.
« A Couzon ». dit l'auteur du Mémoire auquel nous empruntons (Flachéron, Sur les trois aqueducs qui amenaient les eaux du Mont-d'Or, de la Brevenne et de Pilât, Lyon, 1840), « l'aqueduc traversait le chemin dit « à Rouchon » et recevait là une seconde source apparente...; il parcourait ensuite les territoires de Saint- Romain, où il recueillait d'abondantes eaux, de Saint-Cyr, de Collonges, de Saint-Fortunat et arrivait près de Limonest en s'appropriant toutes les sources qui dans ces communes coulaient à son niveau ou surgissaient de plus haut. Après avoir recueilli de cette manière un volume d'eau capable de remplir son canal, il descendait de Limonest presque en droite ligne par le plateau de la commune de Dardilly, où ses eaux, ayant à franchir une forte dépression du sol, abandonnaient leur canal souterrain pour entrer dans un réservoir de chasse ou château d'eau, entièrement disparu, mais qui devait être à droite et en avant du village. De ce point il s'agissait de traverser un vallon profond et très large et d'arriver avec une vitesse suffisante au point culminant des Massuts dans un réservoir de fuite. Au moyen de conduits en plomb on put se dispenser d'entreprendre un pont de proportions gigantesques et franchir facilement d'une montagne à l'autre. Les Romains se servirent donc de siphons renversés pour amener d'ÉculIy aux Massuts les eaux de l'aqueduc du Mont-d'Or. Dans le fond de la vallée, les conduits reposaient sur un pont en maçonnerie, qu< avait au milieu deux étages d'arcades. Les débris de ce pontaqueduc subsistent, debout encore en partie, dans la petite vallée du ruisseau d'ÉculIy, au midi du village, actuellement sur la propriété de M. Etienne Récamier. De là les tuyaux remontaient sur le terrain jusqu'aux arcs rampants qui se voient près du réservoir de fuite des Massuts ; puis l'eau s'engageait dans un canal porté par une longue suite d'arcades jusqu'au réservoir de
distribution à Lyon. Ce réservoir était à i 5 mètres au-dessous du plateau de Fourvière et de l'emplacement qu'occupa plus tard le dividiculum de l'aqueduc de Pilât ».
Reste de l'aqueduc du Mont-d'Or chez M. Etienne Récamier.
L'aqueduc, mesuré à l'endroit où, sur la commune de Couzon, il est coupé par le chemin appelé « à Rouchon », avait 49 centimètres de largeur sur une hauteur à peu près égale jusqu'à la naissance de la couverture. Cette couverture était composée de deux rangs de pierres plates posées en encorbellement et d'une troisième assise recouvrant le tout. Les restes d'arcs qui subsistent dans le vallon d'Ecully présentent extérieurement le petit appareil carré en moellons de roche.
Une publication récente (Gabut, les Eaux de Lyon sous les Romains, Lyon, 1880) conteste une partie des observations qui précèdent. L'auteur constate qu'à partir de Collonges il n'a pu réussir à rencontrer aucun vestige de l'aqueduc du Mont-d'Or, si
ce n'est peut-être à Nervieux sur la commune de Saint-Cyr, et il lui paraît certain (opinion selon nous absolument inadmissible), que cet aqueduc ne venait pas jusqu'à Lyon ; celui qui traversait par un siphon le vallon des Massuts aurait été. croit-il, l'aqueduc de la Brevenne.
Aqueduc de la Brevenne. — Le second aqueduc est celui auquel on donne le nom de « la Brevenne » parce qu'il suivait un des côtés du bassin de cette rivière. Il était beaucoup plus long que celui du Mont-d'Or. Il avait un parcours d'environ =,o kilomètres. La tête se trouve au pied du versant occidental du mont Yzeron, à 25 kilomètres à peu près à l'ouest de Lyon, dans une vallée étroite où coule l'Orgeole. Après avoir pris les eaux de ce ruisseau, il traversait les communes de Duerne, de Saint-Genis-l'Argentière, de Courzieu, de Chevinay, de Saint-Pierre-Ia-Palud, de Sourcieux, ramassant les eaux abondantes qui coulent sur ces communes, et arrivait à Lentilly en passant par le Crêt-de-Montches aux hameaux de la Rivoire et de Lachaux. Jusque-là il était constamment souterrain et formait, dans quelques-uns des nombreux ravins qu'il traversait, des anses et des sinuosités très anguleuses. Il atteignait ensuite la Tour-de-Salvagny en franchissant un vallon sur une série de ponts et de massifs en maçonnerie. De là ses traces se montrent « à Dardilly. à la Fouillouse. au hameau de l'Etang, à « l'ouest du Clair et en bas de la Grégoire » (Faisan, Monographie géologique du Mont-d'Or lyonnais. 1886), ou, pour plus de précision d'après les dernières explorations (Gabut, ouvrage cité), « aux « lieux dits la Pussetière, le château de Villedieu, la Brochetière, « le Clair, la Crépillière, la Guillière, la Grégoire, Liasse, Parsange, « Dodain, le ruisseau de Serre, Paisy, la Bruyère où se voit un « tronçon d'un massif de maçonnerie qui le supportait, enfin au « Rafour-d'EculIy. Là se trouvait à l'altitude de ~o ~-, mètres le « réservoir de chasse précédant le siphon de Grange-Blanche, dont « l'arc rampant des Massues soutenait le réservoir de fuite et
« commençait la ligne d'arcades aboutissant à Lyon à l'altitude « de 282 mètres ».
Le canal de l'aqueduc de la Brevenne avait 1 mètre 57 centimètres de haut ; il avait 67 centimètres de large à Lentilly et 77 à la Tour-de-Salvagny. Il était voûté. Dans ses parties élevées au-dessus du sol. l'aqueduc présentait, comme celui du Mont-d'Or, l'appareil carré en petits moellons de roche. On attribue sa construction à Auguste, mais sans aucune preuve certaine.
Aqueduc de Crapoime. — Il existe, à une dizaine de kilomètres de Lyon, au village de Craponne, un reste d'un aqueduc qui doit avoir été le tronc primitif ou un embranchement de celui de la Brevenne. Ce reste consiste en deux piliers de maçonnerie reliés autrefois par un pont-aqueduc qui aurait servi de support à un réservoir placé entre deux rampants opposés, l'un du côté d'ouest pour les conduits de fuite d'un siphon établi sur le ruisseau de l'Yzeron, l'autre du côté d'est pour les conduits de chasse d'un second siphon traversant le ruisseau de Saint-Genis-les-Ollières. Ces piliers, dont le moins détérioré peut avoir près de 10 mètres de haut et l'autre à peine plus de 2 mètres, sont connus dans le pays sous le nom de « Tourillons ». Ils sont parementés en petit appareil de moellons de roche.
Une inscription, malheureusement réduite à un fragment (cidessus I, p. 239), semble parler d'un prolongement d'un aqueduc; mais il peut tout aussi bien s'agir de l'aqueduc de la Brevenne auquel on aurait embranché celui de Craponne, que de l'aqueduc de Craponne qu'on aurait prolongé par celui de la Brevenne.
Une notice récente, intitulée Le nouveau pont d'AJaï (Lyon. 1887), reporte à au moins 10 kilomètres plus loin à l'ouest, c'està-dire à plus de 20 kilomètres de Lyon, la naissance de l'aqueduc de Craponne; elle la place sur la commune de Pollionay à l'endroit appelé « les Bechères », où il prenait, à 600 mètres d'altitude, les eaux de plusieurs sources qui s'épanchent des flancs du massif
montagneux de Saint-Bonnet-Ie-Froid. De ce point élevé l'aqueduc descendait souterrainement, en traversant les lieux dits « la Maison- « Brûlée » et « le Recrêt », à Grézieu-la-Varenne, s'adjoignant là, par un embranchement également souterrain venant du hameau de Cussieu en passant par Vaugneray, les eaux réunies des deux branches du Dronant. Puis il venait à Craponne, où se voient les restes extérieurs appelés « les Tourillons », et de là à Alaï, dont il franchissait la rivière au même endroit que la traverse le pont du chemin de fer. D'Aku il se serait porté vers les Massuts. La ruine connue sous le nom de « Touriche des Massuts », ancien château-d'eau encore pourvu de son rempart soutenu par quatre arceaux, serait un témoin de sa direction sur Lyon ou plus vraisemblablement de sa soudure avec l'aqueduc de la Brevenne.
Aqueduc de Pilât. — L'aqueduc de Pilât était bien autrement considérable que ceux de la Brevenne et du Mont-d'Or. 11 ne parcourait guère moins de 79 kilomètres, dont plus de 10 en travaux extérieurs. Il avait sa prise d'eau à plus de 40 kilomètres au sud de Lyon, au pied de la montagne de Pilât, à une demi-lieue au-dessus de Saint-Chamond, dans la rivière du Gier, au hameau de la Martinière sur la commune d'Izieux. Nous extrayons de la Description du pays des Ségusiaves, d'Auguste Bernard, ce qui est dit de cet aqueduc :
« L'eau, élevée par un barrage dans le lit du Gier, entrait à gauche dans un canal souterrain qui se trouve à environ 450 mètres d'altitude ; elle prenait son écoulement sur les coteaux jusqu'au ruisseau du Janon, qu'elle traversait sur un pont aujourd'hui détruit. Après le pont du Janon l'aqueduc redevenait souterrain et était creusé dans le roc en plusieurs endroits. 11 . traversait le vallon et le ruisseau de Langonant au-dessus de Saint-Chamond sur un pont de neuf arcades, puis disparaissait sous terre jusqu'à une petite gorge. Il passait cette dernière sur un pont de cinq arcades, dont il reste une pile, et s'enfonçait ensuite dans le flanc
de la montagne au-dessous de l'ancien château de Saint-Chamond, franchissait un petit ruisseau sur un quatrième pont et arrivait sur la commune de Cellieu, où le roc avait été entaillé pour son passage. C'est ainsi qu'il traversait le territoire de Chagnon, où l'on voit encore un souterrain de plus de 600 pas de longueur qui est marqué sur la carte du Dépôt de la guerre (n° 168) ». Sur ce même territoire de Chagnon, à 200 mètres en amont du village, près du chemin de Saint-Julien-en-Jarez à la Madeleine (voy. cidessus, I, p. 50), vient d'être découverte (avril 1887) une inscription qui relate une ordonnance de l'empereur Hadrien faisant défense « à tous de labourer, semer ou planter » sur une largeur déterminée de terrain affectée à la garantie de l'aqueduc : Ex auctoritate imperatoris Caesaris Traiani Hadriani Aiigusti nemini arandi, serendi, pangendive jus est intra id spatium agri quod tutclae ductus destinatum est.
« L'aqueduc ressortait ensuite près et au-dessous du village de Saint-Genis-de-Terrenoire pour se décharger dans un réservoir de chasse d'où huit tuyaux en plomb descendaient pour remonter jusqu'à un second réservoir de fuite après avoir traversé une vallée profonde. Dans le bas de la vallée, un pont de douze ou treize arcades et de 7 m. 60 de largeur portait les tuyaux. Le réservoir de fuite, qui est détruit, devait être peu élevé, et l'aqueduc disparaissait de nouveau sous terre jusqu'à un endroit appelé « Molet », à 1000 mètres environ du village de Saint- Martin-la-PIaine , où l'on retrouve les culées d'un pont qui pouvait avoir dix arcades. Un pont ruiné traversait un petit ruisseau peu éloigné du dernier, puis l'aqueduc passait près du hameau de Bérieux sur le ruisseau de Bosançon à l'aide d'un autre pont détruit et entrait sur la commune de Saint-Maurice-sur-Dargoire, où on le voit aux hameaux de Jurieux et des Combes traversant deux ruisseaux qui se jettent dans le Bosançon ; trois ponts de peu d'étendue, dont deux sont détruits, portaient les conduits entre ces deux hameaux ; puis l'aqueduc circulait à peu de distance de la grande route de Saint-
EXPOSÉ PRÉLIMINAIRE 28l
Etienne à Lyon entre les hameaux de la Serve et de la Condamine, passait sur un pont, se rendait au hameau de la Guiraudière et, un peu plus loin, traversait dans deux gorges resserrées le Mornant. A quatre cents pas au-dessus du bourg de Mornant, il atteignait un pont dont quelques arcs et pieds-droits sont très dégradés, passait sur une substruction de quelques mètres de longueur et
pénétrait sous terre Après avoir traversé le ruisseau du Janon
et deux autres cours d'eau moins considérables, il se dirigeait sur les communes de Saint-Laurent-d'Agny et d'Orliénas. 11 venait ensuite sur la commune de Soucieu, où l'on voit une substruction de plus de ioo pas, et redevenait souterrain jusqu'à un pont de 485 mètres de long et de 17 mètres de hauteur. Ce pont, qui ne comptait pas moins de 7 1 arcades , aboutissait au réservoir de chasse de Soucieu, d'où partaient des siphons qui traversaient la vallée du Garon, dans le fond de laquelle était un autre pont de 2j arches et de 208 mètres de longueur sur 7 m. 5s de largeur portant neuf conduits. Au sortir de cette vallée, l'aqueduc arrivait sur la commune de Chaponost, qu'il traversait du midi au nord sur deux substructions et sur trois ponts. Ces ponts n'étaient pas sur des ruisseaux ; ils étaient construits pour maintenir la pente des eaux sans qu'on fût obligé de faire de trop grands circuits.
L'aqueduc parvenait ainsi à un pont qui précède le ruisseau de l'Yzeron et était destiné à conserver au réservoir de chasse des siphons une élévation convenable.
« Ce pont est un des plus beaux ouvrages de tout l'aqueduc;
il a plus de 351 mètres de longueur et 91 arcades de dimensions proportionnées à leur hauteur, c'est-à-dire qu'au commencement elles sont à la fois beaucoup moins hautes et moins larges que vers le réservoir de chasse. Au sortir de ce dernier, l'eau était reçue dans des siphons qui suivaient une pente rapide mais régulière jusqu'au fond de la vallée de Beaunant, où se trouvait un pont de 268 mètres de longueur sur 7 m. }} de largeur pour passer l'Yzeron ; on apprend de Delorme que les deux arcades écroulées sous lesquelles passe la route sont tombées en 1757. Après avoir franchi ce pont, les siphons remontaient sur le côté opposé et venaient se dégorger dans un réservoir de fuite situé sur la commune de Sainte-Foy-lès-Lyon. De là l'aqueduc se dirigeait sur un pont qui longe une des rues de Sainte-Foy, puis devenait souterrain, faisait une anse et tendait vers un autre pont qui est parallèle au chemin de Beaunant. 11 tournait ensuite à gauche dans les terres et venait à un pont qui amenait les eaux dans le réservoir de chasse de Saint-Irénée (voir la vignette à la page suivante), dont il traversait le vallon au moyen de siphons.
Au sortir du réservoir de fuite de Saint-Irénée, l'aqueduc était porté sur un dernier pont qui, à la troisième arcade, changeait de direction, passait de droite à gauche du chemin en formant un angle droit, traversait tout le plateau de Fourvière et venait finir et verser ses eaux dans un réservoir de distribution qui est près de la place même de Fourvière, au-dessus de la montée des Anges. On ne retrouve plus que quelques arcades du dernier pont près du réservoir de fuite; toutes les autres, plus près de Lyon, ont été renversées ; mais on en aperçoit quelques vestiges dans la rue du Juge-de-Paix et dans celle qui mène à la descente des Anges. Le réservoir de distribution sert aujourd'hui de substruction à la maison dite « de l'Angélique ». 11 est sur l'arête de la montagne; il a 24 m. 40 de longueur totale et 1 s m. 70 de largeur. 11 y avait des réservoirs secondaires. Quant au canal de l'aqueduc, il avait de 58 à 65 centimètres de largeur et 1 m. 77 de hauteur sous clef.
« Pour ce qui est des détails de la construction, il suffira de dire que le mode adopté pour l'aqueduc du mont Pilât est celui appelé opus reticulatum, ainsi nommé à cause du revêtement composé de petites pierres carrées placées en losanges ou en réseau et coupées à de certains intervalles par une ligne de briques.
Château d'eau de Saint-Irénée.
« La France possède peu de constructions anciennes aussi grandioses que celle de l'aqueduc du mont Pilât. Ces grandes lignes d'arcades font un effet ravissant dans la campagne des environs de Lyon, où elles rappellent sans cesse la grandeur de cette ville. On ne compte pas moins de vingt-cinq ponts ou ponceaux de toutes dimensions, et quelques-uns des premiers sont à arcades superposées. L'aqueduc parcourait un trajet de plus de 40000 mètres en ligne droite depuis la prise d'eau jusqu'au réservoir de distribution, mais avec ses nombreux détours il atteignait au double et à près de 79000 mètres. Les difficultés incroyables de terrain qu'il eut à surmonter, la solidité et l'élégance de sa
construction en font un des plus considérables monuments qui nous restent des Romains ».
On rapporte à Claude la construction de l'aqueduc de Pilât. Des tuyaux de plomb trouvés à Fourvière, au siècle dernier, au nombre d'une vingtaine, près de l'endroit où était le réservoir de distribution des eaux, présentaient, en effet, la marque TLCL-CAES (Colonia, Hist. lift., I, p. 44; De Boissieu, p. 449), c'est-à-dire les noms de l'empereur Claude.
Débit des quatre aqueducs, du Mont-d'Or. de la Breveuue. de Crapouue et de Pilât. — Voici comment un spécialiste, M. Gabut, l'auteur du Mémoire ci-dessus cité : Les eaux de Lyon sous les les Romains, croit pouvoir établir le débit fourni par les quatre aqueducs qui venaient à Lyon.
L'aqueduc de Pilât, à so centimètres de hauteur d'eau sur le radier de son canal de 58 à 65 centimètres de large et à la pente de o m. 001 par mètre, débitait par vingt-quatre heures vingt mille mètres cubes à l'altitude de 300 mètres 20.000 m. c.
L'aqueduc de la Brevenne, à so centimètres de hauteur d'eau sur le radier de son canal de 60 à 77 centimètres de large et à la pente de o m. 001 par mètre, débitait par vingt-quatre heures vingtcinq mille mètres cubes à l'altitude de 282 mètres. 25.000 m. c.
Il faut ajouter :
Le débit de l'aqueduc du Mont-d'Or, à 40 centimètres d'eau sur le radier de son canal de 49 centimètres de large, quinze à dix-sept mille mètres cubes par vingt-quatre heures 15.000 m. c.
Et le débit du petit aqueduc de Craponne, au moins égal à celui de l'aqueduc du Mont-d'Or. . 15.000 m. c.
En tout un minimum de soixante-quinze mille mètres cubes d'eau par vingt-quatre heures .... 75.000 m. c.
On ignore quelle était la population à laquelle répondait ce débit d'eau. On n'a pour se guider à cet égard que la comparaison de l'étendue, imparfaitement connue, de la ville romaine avec l'étendue de la ville actuelle. 50,000 âmes, non compris les esclaves, serait peu; 80,000 ou 100,000 serait peut-être plus près de la vérité. Alexandrie, la plus grande ville après Rome et la plus commerçante du monde entier, comptait, à la fin de la domination des Lagides, plus de 300,000 personnes libres (Mommsen, Hist. ro/n., V, p. 582), et au moins autant sous l'empire. Venait ensuite Antioche , puis en Occident Carthage et , après Carthage, sans doute Lyon.