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AQUEDUCS DU DOMAINE DES TROIS GAULES

Indépendamment des aqueducs qui alimentaient Lyon, plusieurs aqueducs amenaient de l'eau à l'autel de Rome et d'Auguste et à ses dépendances. Un d'eux prenait ses eaux à Cordieu, dans le département de l'Ain , et aboutissait à l'amphithéâtre ; un autre puisait les siennes au Rhône près de Miribel et venait les verser au pied de la colline.

Aqueduc de Cordieu. — Voici comment s'exprime Martin-Daussigny (Notice sur l'Amphithéâtre, Lyon, 1863, p. 10), d'après Artaud : « L'aqueduc supérieur, à partir de Cordieu et passant à la Lombardière, prenait les eaux de Sainte-Croix, qui ne diminuent jamais et sont aussi élevées au-dessus du Rhône que la colline de la Croix-Rousse l'est au-dessus de Lyon. Après avoir parcouru Grillet, Railly, Saint-Barthélémy, Saint-Alban, etc., il pouvait recueillir encore la source abondante de Neyron, puis, suivant le long des vignes près du pont de Barry et se dirigeant vers Montessuy, il côtoyait la gorge dite des Sarrazins, passait à la Boucle,

parvenait à la rue des Fantasques, traversait le clos Villermoz, celui de l'ancien séminaire et arrivait au Jardin-des-Plantes et à

l'amphithéâtre Du temps de Colonia, on voyait cet aqueduc

« au-dessus de Saint-Clair ». Ménestrier en parle également : « On « voit », dit-il, « le long du Rhône, quelques débris d'un grand « chemin qui conduisait vers le Rhin par la Bresse, le Bugey et « les Suisses; il y avait au même endroit un aqueduc qui venait « aboutir vers le milieu de la côte que nous nommons de Saint- « André. Dans le jardin des Pères de l'Oratoire, du côté de Saint- « Sébastien, il reste une pièce de cet ancien aqueduc dans laquelle « ces Pères retirent leurs orangers et autres plantes pendant « l'hiver». Mongez-Laroche, membre de l'Institut, avait remarqué, dans son enfonce, une suite de cet aqueduc; elle était à mi-côteau et arrivait jusqu'à la porte Saint-Clair, à peu près à la hauteur du second étage de la maison Joannot ; avant que le chemin actuel y eût été pratiqué, il n'y avait qu'un petit sentier pour aller à cette conduite d'eau , qui était à 50 ou 60 pieds au-dessus des plus basses eaux du Rhône. Un témoin digne de foi a assuré à Artaud avoir vu démolir vers 1765 cet aqueduc, qui formait un coude vers la chapelle Saint-Clair, c'est-à-dire à la hauteur à peu près du deuxième étage de la maison Vêpres, pour se diriger sur la rue des Fantasques et de là pénétrer dans le clos des Bernardines et dans celui de l'Oratoire, où Artaud en a retrouvé lui-même une partie. Il put le suivre, depuis la maison des demoiselles Creuzet, où il a été coupé, jusqu'à l'extrémité du clos Casati, l'espace d'environ 100 pas. Le canal était à plein cintre; il avait 5 pieds de haut et 4 pieds et demi de large. Sa direction était parallèle à la rue Vieille-Monnaie, de l'est à l'ouest. Il était construit en moellons de roche ; ses clefs et contre-clefs étaient formées intérieurement avec des briques romaines. Sa pente était de 1 pouce sur 30 pieds d'étendue. En prolongeant la ligne on trouve que l'aqueduc aboutissait précisément à l'extrémité est de l'amphithéâtre. Un dégorgeoir, établi au midi de l'amphithéâtre, donnait

dans un canal qui , après avoir traversé l'emplacement où est aujourd'hui la maison Girodon, prenait sa direction vers la rue des Auges pour aller sans doute se jeter dans le canal des Terreaux du côté de la rue du Bessard.

Aqueduc de Miribel. — Il reste à parler d'un autre aqueduc encore, celui de Miribel, qui dérivait ses eaux du Rhône et les amenait de la distance de 13 kilomètres, non pas à Lyon, — car il lui eût fallu pour cela traverser la Saône, — mais au domaine national de l'autel de Rome et d'Auguste.

« L'aqueduc de Miribel était à double voie mesurant chacune de 2 mètres 50 à 2 mètres 40 de hauteur et de 1 mètre 90 à 1 mètre 85 de largeur; sa pente était de 14 centimètres par kilomètre et il débitait par chacune de ses deux voies, à un mètre d'eau sur le radier, 65,000 mètres cubes par vingt-quatre heures, et par ses deux voies à la fois 130,000 mètres cubes » (Gabut, /. c.) et même au besoin, croit M. Gabut, jusqu'à 200000.

Ce puissant volume d'eau, pouvant dépasser de beaucoup plus du double celui qu'apportaient tous ensemble à Lyon les quatre aqueducs affectés à l'approvisionnement de la ville, n'est pas un des moindres témoignages de la magnificence dont était entouré le siège du culte impérial et de l'assemblée gauloise. On ne peut guère, en effet, penser à autre chose qu'à des pièces d'eau courante pour l'embellissement de cette partie du domaine sacré, où se développaient de splendides jardins peuplés d'innombrables statues représentant, accompagnés des plus proches membres de leur famille, les riches seigneurs gaulois parvenus à la prêtrise ou à quelqu'une des autres grandes fonctions de la représentation nationale. Les fêtes brillantes qui remplissaient le temps de la session, la célèbre foire qui avait lieu à la même époque attiraient, chaque année, au Confluent, pendant tout le mois d'août, un immense concours d'étrangers de tous les points de la Gaule et même de l'univers. On voit que, sous le rapport de l'approvi-

sionnement de l'eau, les maîtres du lieu avaient fait grandement les choses; ils offraient à leurs visiteurs, non pas de maigres fontaines, mais de véritables torrents, des lacs et des rivières.

L'eau s'écoulait par un large canal qui allait à la Saône et passait par l'actuelle place des Terreaux.

Un autre intérêt de l'aqueduc de Miribel , aussi bien que de celui de Cordieu, c'est de permettre de constater que le domaine de l'autel, autrement dit le pagus de Condate, s'étendait au moins jusqu'à Miribel vers l'est et jusqu'à Cordieu au nord-est.

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