CHEMINS PAVES
De la rive droite de la Saône, du point où est actuellement le pont Saint-Vincent, partaient deux chemins pavés ; l'un suivait en amont le bord de la rivière vraisemblablement jusqu'à Vaise ; l'autre gravissait diagonalement le coteau par la montée Saint- Barthélémy jusqu'à l'actuelle place de l'Antiquaille, où avait lieu une première bifurcation ; l'une des deux branches se dirigeait vers la porte Saint-Just, l'autre tournait à angle droit vers l'ouest et se partageait bientôt en deux nouvelles branches dont celle de droite tendait vers Loyasse et, au moyen d'un embranchement, vers Pierre-Scize, et l'autre allait , par la rue du Juge-de-Paix, à la porte d'Aquitaine. Peut-être cette porte était-elle, non à l'extrémité de la rue du Juge-de-Paix, mais, un peu plus à droite, à l'extrémité d'un chemin qui, de l'angle nord-est de la place de Fourvière, aurait traversé l'actuel champ de manœuvres de la Sarra pour aller sortir en face du bastion n° 4 ; une ligne d'aboutissements de propriétés, marquée sur les anciens plans de Lyon, serait, d'après l'opinion de notre collègue M. Dissard, une trace de son passage.
Du même bord de la Saône, de la place de la Trinité, autrefois
le « Treyve du Gourguillon », un autre chemin pavé suivait la montée de ce dernier nom et atteignait à la porte Saint-Just, après avoir rencontré, à la place des Minimes, celui dont il vient d'être parlé, aujourd'hui la rue de l'Antiquaille. Reconnue, il y a quelques années, sous la cour du pensionnat des Minimes, cette rue avait 8 mètres de largeur totale, c'est-à-dire une chaussée de 4 mètres et, de chaque côté, un trottoir de 2 mètres.
Toujours sur la rive droite de la Saône, mais plus bas, au sud et en dehors des murs de la ville, sur le tracé de la montée du Petit-Choulans, un chemin pavé allait rejoindre la voie d'Arles à son issue de la ville par la porte Saint-Just.
Le pont Saint -Vincent, à la place duquel existait peut-être déjà un pont à l'époque romaine, était aussi le point de départ de plusieurs chemins pavés sur la rive gauche de la rivière et sur le domaine des trois Gaules. Le premier en s'écartant vers l'est montait par l'actuelle côte des Carmélites au couchant de l'amphithéâtre national ; il avait, de même que le chemin qui reliait le carrefour des Minimes au Forum, 8 mètres de large y compris ses trottoirs. Le second, aujourd'hui représenté par la montée de la Grand'Côte, conduisait, en passant le long du côté opposé de l'amphithéâtre, sur le plateau de la Croix-Rousse. Un troisième chemin gagnait par la montée Saint-Sébastien les hauteurs qui dominent Saint-Clair et le Rhône; c'était, il n'y a pas encore très longtemps, la route de Lyon à Genève.
Un quatrième chemin, qui vraisemblablement ne partait pas du pont Saint-Vincent, mais d'un point inférieur et était établi sur un quai qui longeait le bord gauche de la Saône, a été découvert dans la partie comprise entre le pied de la colline et la jonction des deux fleuves, depuis l'extrémité nord de la rue Mercière jusqu'à la rue Ferrandière. C'était le chemin pour aller au bac du Rhône. Le quai qu'il accompagnait était construit en grands polygones irréguliers de granit.
Un tronçon de voie pavée , rencontré dans les travaux du
chemin de fer de Lyon à Montbrison au croisement de la ligne et du chemin de Gorge-de-Loup, appartenait peut-être à la grande voie qui conduisait à la Manche et au Rhin.
D'après les aboutissements des chemins dont il vient d'être parlé, il est très présumable qu'un pont doit avoir été établi sur la Saône vers l'endroit où est actuellement le pont Saint-Vincent et où le lit de la rivière est le plus rétréci ; aucune trace ni aucun souvenir n'en étant resté, c'est que probablement, s'il a existé, ce pont était en bois.
Les rochers qui, avant d'avoir été détruits il y a une trentaine d'années, émergeaient vis-à-vis l'église Saint-Nizier au-dessus de l'étiage ordinaire en obligeant toute l'eau à passer dans un étroit chenal à la rive gauche , ne se prêtaient pas à la construction d'un pont de bois, mais facilitaient grandement celle d'un pont de pierre; cependant, si un pont de pierre avait été construit là par les Romains, on ne comprendrait pas qu'il ait péri sans transmettre au moyen cage quelques vestiges et qu'au moins son souvenir ne soit pas venu jusqu'à nous. Vraisemblablement il n'y en avait pas en cet endroit.
Y avait-il un pont de bois pour communiquer de la rive droite de la rivière à l'île d'Ainay? C'est extrêmement probable, mais on n'en a aucune connaissance.
Quant à la traversée du Rhône par la route abrégée de Vienne, elle se faisait sans doute, comme nous venons de le dire, par un bac.