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QUARTIER DU FORUM

Le Forum. — Le Forum couvrait en partie le plateau de Fourvière. 11 en reste la muraille de support qui le terminait du côté sud. Cette muraille, « de 160 pieds de long sur 4s pieds de haut « et 14 pieds d'épaisseur, est actuellement dans la propriété des « Dames de la Retraite. Elle est construite en petit appareil de « moellons de roche avec des ceintures de briques, et était ren- « forcée par des contreforts espacés de 4 mètres 50 les uns des

« autres, maintenant en majeure partie détruits. Elle soutenait le « devant d'un plateau régulier de 200 pas de long sur 80 pas de « large, non comprise l'actuelle place de Fourvière », qui ajoute 100 pas à la longueur et 158 à la largeur (Artaud, Lyon souterrain, p. 3). La chapelle de Fourvière en occupe l'angle nord-est. De riches débris trouvés en creusant les fondations de la tour dite « des Vents » : « des tronçons de colonnes de marbre de « 6 pieds de diamètre, des chapiteaux corinthiens, des corniches « de marbre, des chambres revêtues de marbre, des fragments « de statues, une crypte ronde au lieu vulgairement appelé les « Salles dans une vigne près de l'église de Fourvière », ont fait

supposer sur cet emplacement l'existence d'un magnifique édifice : « un temple ou un palais ».

On apprend de la Chronique de saint Bénigne de Dijon {Recueil des historiens de la Gaule et de la France, 6, p. 212) que le Forum de Lyon, le Forum vêtus comme il s'appelait alors, s'est écroulé sous le règne de Louis le Débonnaire, en 840, « le jour même « du commencement de l'automne, après avoir duré depuis le « temps de Trajan près de sept cents ans » : Hoc anno (840) memorabile ac insigne opus quod Forum vêtus vocabalur Lugduni corruit eo ipso die intrantis autumni, quod steterat a tempore Trajani per auuos fere septingentos. Si on doit accepter sans hésitation cette date de la chute, on n'est sans doute pas tenu à la même confiance pour la date de la construction. Un chroniqueur du moyen âge, parlant d'événements antérieurs de plus de sept siècles, ne mérite que la foi qu'on veut bien lui accorder. La construction du Forum de Lyon par l'empereur Trajan, qui très probablement n'est jamais même venu à Lyon, a bien l'air de n'être rien autre chose qu'une savante réminiscence de la célébrité du forum Trajanum de Rome.

De Forum vêtus est venu le nom de Fourvière, que l'on écrivait anciennement Forviel, Forvièdre, Forvière.

Le Palais impérial. — Sur l'emplacement de l'actuel hospice de l'Antiquaille existent, visibles en plusieurs endroits, des substructions en grand appareil avec des contreforts. On y a trouvé « de « nombreux fûts de colonnes en marbre et en pierre blanche, « des chapiteaux, un réservoir voûté de plus de cent pieds de « long » et, à la distance de cent cinquante pieds en avant de ce réservoir et alimentée par lui , « une salle de bains à quatorze « places entourée de petites colonnes en marbre gris ». Une relation manuscrite De ce qui s'est passé de 1628 à 1685 au monastère de la Visitation appelé l' Antiquaille parle également de « grandes quantités de marbre, de jaspe, de porphyre, ainsi que

« de fourneaux, de médailles, de fragments de figures dont le « clos était rempli, de nombreuses inscriptions qui se voyaient « dans les murs des bâtiments ; d'aqueducs souterrains, de fon- « taines, de voûtes, de caves et de salles qui existaient », et existent sans doute encore, dans la propriété ; « d'une mosaïque « de toutes sortes de couleurs trouvée dans la balme du côté qui « regarde la ville », et ajoute que, dans cette même balme, on découvrit « la porte d'une grande voûte longue de plus de deux « cents pieds et, au fond, une belle source d'eau ». Elle parle aussi d'un souterrain « taillé dans le tuf et aboutissant à une « chambre soutenue par un pilier au milieu ».

On croit qu'en cet endroit s'élevait un palais des empereurs. Des briques extraites des murs et portant l'estampille de fabrique SEVERI ont donné lieu à la bizarre supposition que ce palais aurait été construit par Septime Sévère, ce violent et implacable ennemi des Gaulois et particulièrement des Lyonnais. Beaucoup moins invraisemblablement il aura été construit par Auguste, et, si le palais des empereurs était la domus Juliana d'une inscription dont il a été déjà et sera encore parlé, on apprendrait d'elle qu'il se trouvait en partie dans la circonscription d'un laraire public qui s'élevait sur un carrefour aujourd'hui représenté par la place des Minimes.

Les Jardins du palais impérial. — Au palais impérial joignaient des jardins, qui. couvrant sans doute à l'est et au nord la partie penteuse du coteau et abreuvés par des sources nombreuses et de l'eau dérivée des aqueducs, ne pouvaient manquer d'être verdoyants et pittoresques. Là, se voyaient, à côté de fraîches et brillantes pelouses aux riants aspects, des bocages pleins de calme et de mystère comme les aimait le dieu Silvain, qui, en effet, y avait un temple. Une inscription découverte au-dessous des bâtiments de l'Antiquaille, à laquelle sa belle facture assigne une haute ancienneté , est une dédicace à Silvain auguste par un

Marcus Aemilius Laetus, « secrétaire de l'empereur pour ses « études ». Le secrétariat impérial a studiis n'apparaît pas dans l'administration romaine avant le temps de Claude et très vraisemblablement a été une création de ce prince studieux, qui , comme on sait, cultivait les lettres avec un réel amour, et composa, tant avant qu'après son arrivée au trône, un grand nombre d'ouvrages non dénués d'érudition ni même d'élégance, entre autres, pour n'en citer que la moindre partie, quarante-trois livres d'Annales et huit volumes de Mémoires sur sa propre vie. Claude était lyonnais de naissance ; Caligula son neveu , Germanicus son frère, Tibère son oncle, Drusus son père, Antonia sa mère, Auguste avaient tous eu une part plus ou moins grande aux événements de la Gaule et tous plus ou moins ont résidé à Lyon. Il n'est sans doute pas par trop téméraire de penser que, pour les recherches nécessaires à ses travaux historiques et biographiques, Claude aura eu besoin d'avoir à Lyon un secrétaire. Laetus, qui a laissé sur notre colline le souvenir de sa dévotion au dieu des bois, aura peut-être été, à cette époque, ce secrétaire spécialement attaché aux études libérales de l'empereur.

Le Prétoire et la Prison. — Tout n'était cependant pas félicité pure et poésie sereine dans cette demeure magnifique affectionnée des Muses et hantée par Silvain. En tranchant contraste avec l'apparence fortunée de ses ombrages aux élyséennes délices, de ses murailles aux décorations fastueuses où se jouaient entre les statues, entre les colonnes de marbres rares, le jaspe et le porphyre mariés aux mosaïques multicolores, il y avait sous ses splendides portiques le redoutable tribunal du gouverneur, et, au-dessous de ses fondations les plus profondes, la prison. Elle était, cette prison, tellement horrible, étroite, infecte, suffocante que son incommodité seule était une torture mortelle. C'est la chambre circulaire creusée dans le tuf et à pilier central dont parle la Relation, chambre qu'elle dit « encore marquée du sang de

« ceux qui y avaient souffert, encore pourvue de quelques-uns « des anneaux de fer qui garnissaient le pilier, et de la porte « de fer grillée en losanges qui la fermait ; elle communiquait « avec trois autres réduits plus affreux encore et par une voûte « souterraine avec le prétoire, bâti au-dessus ». Dans ce terrible lieu pnt été détenus les patients de ce drame lugubre de l'an 177, commencé sur le Forum et dénoué dans l'Amphithéâtre, monuments tous deux attenants à l'impérial palais (Voir plus loin, p. 297, l'article spécial intitulé l'Amphithéâtre.

Le palais et le prétoire ne faisaient si bien qu'un qu'au cinquième siècle le palais des empereurs, devenu alors le palais du roi, s'appelait indifféremment Palatium et Praetorium. Sidoine Apollinaire (Epist., IV, 20), parlant d'une fête nuptiale dans laquelle Sigismer, probablement un fils d'un roi Visigoth, paraît à la cour du roi des Burgondes, place cette fête dans le « Prétoire»:

Si Sigismer em régi uni juvenem utpote sponsum seu pctitorem

Praetorium soceri expetere vi disses.

L'Hôtel de la Monnaie. — Un coin en fer, destiné à la frappe d'un auréus à l'effigie de Faustine jeune, femme de Marc Aurèle, a été trouvé en 1857 sur le versant oriental du coteau de Fourvière, où est actuellement le passage dit « du Rosaire ». Vraisemblablement l'hôtel de ia Monnaie était installé, ainsi que les autres administrations publiques, dans le palais du gouvernement, et les dépendances de ce palais devaient embrasser une partie plus ou moins grande de la colline.

Là devait être également la caserne de la cohorte XVIIe préposée à la garde de la Monnaie et dite, à cause de cela, Luguduniensis ad Moue ta m.

Edifices aux clos Caille et Billou. — « Lorsque l'abbé Caille a « fait miner pour asseoir les fondations de son pavillon, il a « reconnu dans son jardin un grand espace de terrain ou plutôt

« une plate-forme soutenue par des piliers énormes qui formaient « des galeries souterraines. A fleur de terre apparaissaient les « restes d'une muraille très épaisse, qui a dû faire partie d'un « édifice considérable. Cet édifice, contigu aux ruines du château « d'eau de l'aqueduc de Pilât, reposait sur des voûtes qui passent « sous la maison de l'Angélique et qu'on retrouve encore dans le « clos Billon

« A l'entrée du pavillon a été rencontrée une conserve d'eau « pavée de petites briques posées de champ... et, sous le pavillon « même, une pierre fondamentale sous laquelle étaient répandues « sans ordre 241 médailles d'argent, toutes du règne d'Auguste ».

Dans une maison voisine des clos Caille et Billon, à la montée des Anges , se voyait au siècle dernier un buste polychrome , « dont le casque était en marbre de couleur et le buste en « albâtre fleuri ».

Edifice à la Sarra. — « A l'entrée de la maison de campagne appelée autrefois la Sarra, aujourd'hui propriété des Dames du Calvaire, ont été reconnus des restes d'un bâtiment somptueux : « des tronçons de colonnes en brèche violette, des substructions, « des aqueducs souterrains ». Là ont été trouvés « une tête colos- « sale de Jupiter en marbre, couronnée de chêne » : le plus beau morceau de statuaire que possède le musée de Lyon ; « des « pierres gravées, des moules pour couler des médailles ». Dans une vigne de la même propriété, ont été ramenés au jour « un « réservoir antique voûté » et, un peu plus loin, « un empla- « cernent dont le sol était bétonné ». De là provient une jolie mosaïque trouvée en 1873 avcc plusieurs autres; on y voyait, au moment de la découverte, dans un médaillon central octogone, « deux ou trois forgerons façonnant sur une enclume une sorte « de coupe toute ronde, d'une forme bizarre » (Lettre de Mora père et fils, mosaïstes à Lyon, adressée en date du 7 novembre 1873 à M. Neaud, propriétaire à Vaise, acquéreur de la mosaïque.

A cette lettre est joint un dessin où est laissé vide le médaillon des forgerons).

L'actuelle place de la Sarra, qui sert de champ de manœuvres, est un endroit fertile en trouvailles d'objets précieux. C'est de ce sol favorisé que provient un petit moule en terre cuite, carré-long (o m. 60 sur o m. 85), aujourd'hui au Musée, qui paraît avoir servi à couler des plaques de bronze ou d'argent destinées à la décoration de coffrets artistiques. Le sujet qu'il représente est une gracieuse scène de sacrifice à laquelle prennent part quatre petits Génies groupés autour d'un autel. Un d'eux joue de la flûte, un autre tient élevée une torche allumée, le troisième entraîne un chevreau en même temps qu'il répand une libation sur l'autel : le dernier porte une branche de verveine ou de laurier.

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