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QUARTIERS DU SUD

L' Amphithéâtre . — La simple lecture de la lettre dans laquelle est raconté le martyre des chrétiens de Lyon met en parfaite lumière la situation de l'amphithéâtre, témoin de cet acte mémorable de notre histoire, à proximité du Forum et dans l'immédiat voisinage du prétoire et de la prison, et déjà, sur cette seule donnée et en l'absence même de toute trace du monument, on serait en mesure de certifier sans crainte d'erreur l'existence d'un amphithéâtre à Lyon sur la colline de Fourvière, voisin à la fois du prétoire et de la prison, aujourd'hui l'Antiquaille, et du Forum, aujourd'hui la partie sud-ouest du plateau.

Cet amphithéâtre, dont aucun vestige n'était connu il y a peu de temps encore, vient de se révéler d'une manière inattendue. Dans les premiers mois de l'année 1887, M. Lafon. professeur à la Faculté des sciences de Lyon, propriétaire d'un immeuble qui fait l'angle des rues Cléberg et du Juge-de-Paix. voulant se rendre

compte des causes de la déclivité du sol d'une partie de son jardin, rencontra, en y creusant à cette fin, des substructions romaines considérables, qui, dégagées peu à peu sur une longueur de 75 mètres et une largeur d'une trentaine de mètres, lui permirent de reconnaître une disposition applicable seulement à un amphithéâtre. Cette disposition présente trois murs concentriques épais et également espacés, reliés les uns aux autres par des murs de rayonnement soutenant autrefois des voûtes, encore partiellement existantes en plusieurs endroits. Le développement de la courbe à laquelle appartiennent les premiers de ces murs est tel que, l'hypothèse d'un édifice circulaire étant hors de toute vraisemblance et même de toute possibilité, on est forcément amené à conclure à une construction elliptique, ce qui, d'ailleurs, répond à la configuration du lieu. M. Lafon a pu constater sûrement que l'édifice était orienté du nord-est au sud-ouest et mesurait environ dans sa plus grande longueur, prise extérieurement. 130 mètres, et, prise intérieurement, au moins 70 mètres. Le côté d'ouest était appuyé à la colline; le côté opposé était, au contraire, tout en construction extérieure et devait, à cause de la déclivité du terrain, être assis sur un ou plusieurs étages de murs de soutènement. Une difficulté pareille s'est présentée aux constructeurs de l'amphithéâtre des trois Gaules, bâti au penchant de la colline Saint-Sébastien et a été résolue par le même procédé. M. Lafon, obligé de s'arrêter à la limite de sa propriété, n'a pu parvenir à l'extrémité sud du monument, dont les fondations pénètrent de ce côté sous le clos des Dames de la Compassion ; mais, du côté nord, on remarque, dans la propriété Mayet, qui fait suite dans la direction de l'est à celle de M. Lafon le long de la rue Cléberg. une série de terrasses qui paraissent motivées par des substructions cachées et continuer le mouvement elliptique de la partie découverte.

Dans cette même propriété, visitée par notre collègue M. Dissard , existent contigus et parallèles deux souterrains voûtés à

plein cintre, de construction romaine, l'un de 4 mètres environ de largeur sur 3 de hauteur, l'autre à peu près de la même hauteur, mais n'ayant guère que 2 mètres de large ; tous deux traversent, non seulement sous la rue, mais bien au-delà, et leur direction se trouve être exactement dans le rayonnement de l'ellipse. Probablement, il y avait à chacune des deux extrémités de chacun des deux axes une arcade principale ; le plus grand des deux souterrains était l'arcade de l'extrémité nord du grand axe, de même qu'un mur appareillé auquel s'interrompent les substructions reconnues par M. Lafon pouvait appartenir à l'arcade principale de l'extrémité ouest du petit axe. Dans ce même grand souterrain de la propriété Mayet s'ouvrent, en face l'une de l'autre, deux galeries voûtées de près de 1 mètre et demi de large sur au moins 2 mètres de haut, de construction également romaine. L'une va déboucher dans le clos des Dames du Calvaire à la Sarra, l'autre dans celui de l'Antiquaille, après avoir traversé la chambre circulaire à laquelle la tradition a donné ou , pour plus exactement parler, a conservé le nom de « Cachot de saint « Pothin ». Si cette tradition ne se trompe pas, — et il y a toute apparence qu'elle dit vrai, — c'est par cette galerie qu'ont passé les martyrs de la célèbre lettre, chacune des nombreuses fois que de leur prison : le cachot en question, ils ont été conduits à l'amphithéâtre ou que de l'amphithéâtre ils ont été ramenés à leur prison.

11 faut mettre au rang des erreurs et rayer définitivement de l'histoire de Lyon le martyre des chrétiens de l'an 177 à l'amphithéâtre national des trois Gaules à la colline Saint-Sébastien. C'est à Fourvière, à l'amphithéâtre municipal de Lyon, qu'appartiennent ce sanglant événement et l'auréole de gloire qui resplendit sur son souvenir.

Le Théâtre. — Chez les Dames de la Compassion, ancien clos des Minimes, au sud de l'amphithéâtre, subsistent des ruines d'un

théâtre : une partie de l'hémicycle adossé à la colline, une partie du massif voûté qui portait les gradins, quelques-uns de ceux-ci, des restes d'escaliers. Cinq escaliers ou plutôt leurs traces se laissent reconnaître : trois de ceux qui conduisaient intérieurement aux étages et deux de ceux qui, rayonnant extérieurement du bas au haut de la cavea, donnaient accès aux gradins. Des trois premiers, l'un se voit tout à l'extrémité gauche, dont apparaît l'angle de retour, et était supporté par trois voûtes; les deux autres, plus rapprochés du centre, étaient affrontés l'un à l'autre et chacun d'eux était pareillement établi sur trois voûtes.

Des deux escaliers extérieurs, dépendants tous deux de l'étage d'en bas, l'un occupait le bout à gauche; l'autre, encore aujourd'hui accompagné de plusieurs rangs de gradins de chaque côté, lui faisait suite à droite et traçait la séparation entre les deux cunei à partir de l'extrémité gauche de l'hémicycle.

Sur cet emplacement ont été recueillis « des marbres précieux, « des tessères d'ivoire sur lesquelles étaient inscrits des numéros ». Dans une fouille faite entre 1825 et 1830, ont été aperçues « des « traces d'une colonnade qui a dû faire partie de la décoration de « la scène ».

Tel qu'il s'offre aux regards dans son délabrement, ce reste d'un des plus nobles édifices de Lyon romain garde quelque chose encore de sa majesté primitive, et le saisissant contraste, par lui réveillé, du passé et du présent parle vivement à l'imagination. Où règne aujourd'hui la morne tranquillité d'un jardin solitaire, se faisaient entendre jadis les bruyantes clameurs d'une foule

tumultueuse; où s'agitait le spectateur frémissant d'émotion, se penche inconsciemment du haut de la muraille ébréchée le grêle arbrisseau à l'aérien feuillage; à la place de l'orchestre disparu, le lierre étale son épaisse ramée, asile toujours mouvant d'une tapageuse troupe d'oiseaux folâtres. . . Pauvre et fade spectacle, sans doute, auprès de celui d'autrefois! mais spectacle non sans charmes. Grâce à l'éternelle jeunesse de la nature, la vieille ruine se montre belle encore dans sa décrépitude : sous la mousse à la verdure d'émeraude, sous les touffes empanachées de pourpre et d'or, ses plaies se transforment en parures, ses rides, ses cicatrices en sourires, ses dix-neuf siècles de ravages en un pittoresque original et gracieux.

Près des restes du théâtre a été trouvé en 1704, dans une des propriétés qui sont au-dessus, l'autel taurobolique d'Antonin le Pieux, et, en 1820, parmi ces restes, celui de Commode.

Le Cirque. — On ne connaît pas l'emplacement du cirque. Nous supposons cet édifice situé autrefois derrière le théâtre sur un large espace encore actuellement plat, compris entre la rue du Juge-de- Paix et le bastion n° 3. Une inscription fait connaître qu'un édile nommé Julius Januarius y avait donné de ses deniers cinq cents places : Loca n(umero) D in circo Sex(tus) Iul(ius) Ianuarius aedilis dal; puis une autre inscription, qui ne paraît pas être antérieure à Septime Sévère, rappelle que la corporation des centonaires y a réparé à ses frais ces mêmes cinq cents places autrefois données par Januarius : Curante Fulvio Aemiliano c(larissimo) v(iro), loca quae Iulius Ianuarius rei p(ublicae) donaverat centonarii suo iiupendio restituerunt. Le fait que la lourde pierre sur laquelle se lit la dernière des deux inscriptions provient de l'église Saint-Irénée et ne doit pas avoir été apportée d'en bas, autorise à supposer le monument situé dans ce voisinage.

Si c'est le cirque de Lyon qui est figuré sur la curieuse mosaïque de notre Musée, on y voit qu'il aurait été fait en charpente. La

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spina était en pierre; elle formait bassin dans toute son étendue; elle était décorée d'un obélisque au milieu et se terminait à chaque

bout par trois hautes bornes. Sans doute, il est représenté tel qu' aura été reconstruit après le sac de Lyon en l'an 197.

Ce sont peut-être les courses du cirque de Lyon qui ont inspiré un bas-relief découvert au quartier Saint-Paul dans les travaux de construction du chemin de fer de Lyon à Montbrison. On y voit

D'après une photographie de M. L. B. Morel.

deux biges se poursuivant avec ardeur ; l'un a dépassé les trois bornes qui terminent un des bouts de la spina, l'autre s'apprête à franchir le périlleux tournant.

Sur un des plus précieux fragments de verre recueillis aux fouilles de Trion. est figurée en relief une course dans un cirque;

Collection et d'après une photographie de M. L. B. Morel.

un aurige conduit un char attelé de quatre chevaux autour d'une Spina sur laquelle s'élève une colonne portée par une base carrée; un autre attelage vient derrière.

Temple des Lares. — Sur la place des Minimes, où se réunissaient autrefois trois voies pavées : l'une venant au bord de la Saône et que suit à peu près maintenant la montée du Gourguillon, l'autre représentée par l'actuelle rue de l'Antiquaille, la troisième répondant à l'actuelle rue des Farges, s'élevait un temple des Lares. C'est là qu'en i 505 a été découverte une lampe en bronze aux chaînettes de laquelle était fixée une petite plaque inscrite à la dédicace Laribns sacrum; un pieux personnage, qui ne nous est

pas autrement connu, Publius F Romanus ou Amoenus, en

avait fait don au laraire du carrefour. C'est près de là aussi qu'a été trouvée, il y a peu d'années, une inscription de laquelle on apprend qu'à ce laraire était attachée une confrérie de dévots dite « le Collège des Lares », et que la circonscription composant la paroisse de ce collège comprenait en partie ce qu'on appelait alors la « Maison Julienne » : Finis collegii Lanim in domo Iuliana, c'est-à-dire très vraisemblablement le palais impérial , construit d'après ce nom par Auguste, bien sûr non par Tibère ni par Caligula, et qu'on croit avoir existé, ainsi qu'il vient d'être expliqué, sur l'emplacement aujourd'hui occupé par l'hospice de l'Antiquaille.

Temple de Mithra. — Deux inscriptions, dont il a été parlé (ci-dessus p. 108), dédiées à Mithra : deo invicto, deo invicto Mifhrae, permettent de supposer l'existence d'un Mitbraeum au quartier Saint-Just en deçà et près de la porte de la ville. Les deux inscriptions, aujourd'hui perdues, ont été découvertes dans ce quartier. L'une était encastrée, du temps de Gabriel Symeoni, en 1557, « dans le mur d'une maison voisine de la porte, dans la « rue des Farges », d'où elle fut transportée et se voyait encore, au temps de Spon, «dans l'escalier de la maison de Madame Pichon, « autrefois l'Hostel de Chevrières, à la place Saint-Jean ». On y remarquait, outre la dédicace renfermée dans un petit cartouche à appendices semi-circulaires, un serpent sculpté en relief et la

tête du dieu sous les traits d'un jeune homme, les cheveux noués par derrière (1); l'autre, s'il faut en croire Paradin, était « inscul-

« pée sur une lame de cuyvre dorée, treuvée en un sépulchre à « Sainct Just es fondemens d'une maison privée qu'on batissoit, « et fut cette lame donnée à M. le Président de Daulphiné, Bel- « lièvre ». Vraisemblablement Paradin aura pris pour un caveau funéraire : « un sépulchre », comme il dit, la crypte souterraine qui accompagnait habituellement les temples consacrés à Mithra et en était le sanctuaire secret. C'est tout ce qu'on sait d'un temple de Mithra à Lyon, dans la partie du quartier Saint-Just traversée par la rue des Farges et voisine de la porte, qui devait être, à l'époque romaine, à peu près où elle est encore actuellement.

La Grotte Berelle. — Au grand séminaire, au bas de l'esplanade qu'enveloppent les bâtiments et au milieu de la longueur de l'allée d'arbres qui domine le jardin, existe sous terre, en état presque

(1) Si ce dessin, emprunté aux Antiquités de la ville de Lyon du Père jésuite de Colonia, est exact, c'est que déjà, à l'époque où il a été fait, le monument avait subi une dégradation qui lui avait enlevé sa partie supérieure.

parfait de conservation, le réservoir que les Lyonnais du temps de Spon appelaient la « Grotte Berelle », ce qui veut peut-être dire une grotte faite en berceau. C'est un carré voûté de 49 pieds de long sur 44 de large et 10 de haut, orienté du nord au sud et formé de deux galeries concentriques enveloppant une pièce centrale. Cette pièce centrale a 12 pieds de longueur sur 7 de largeur; la galerie intermédiaire a 6 pieds de large, et la galerie extrême 6 pieds et demi. Le sol et les murs jusqu'à la naissance des voûtes sont recouverts d'une épaisse couche de ciment de briques avec un bourrelet de renforcement dans les angles.

L'eau arrivait dans la galerie extrême par deux conduits débouchant dans l'angle nord-est, l'un à trois pieds au-dessus du sol, l'autre à un peu plus de six pieds, et elle s'en échappait par un conduit à l'un des angles sud; de là elle communiquait avec la seconde galerie par douze arcades : trois sur chacun des quatre côtés, et de cette seconde galerie avec la chambre du centre par quatre arcades : une au milieu de chacune des quatre faces. Dans chacun des deux axes, les voûtes sont percées à leur sommet de soupiraux circulaires de deux pieds de diamètre, en tout neuf soupiraux. On parvient à ce magnifique réservoir, aujourd'hui à sec, par une brèche pratiquée dans la paroi du couchant.

D'après Artaud, l'eau était fournie par l'aqueduc de Saint-Irénée et allait alimenter un bain qu'on rencontrait un peu plus bas.

Bain d'Apollon. — Le bain d'Apollon devait être situé vers le Gourguillon , au quartier Saint-Georges. Dans ce quartier a été trouvée une inscription qui le mentionne et semble lui attribuer des vertus très recommandables; on apprend d'elle qu'hommes et femmes ou tout au moins maris et femmes s'y baignaient en commun : Tu qui legis vade ad Apolinis lavari, quod ego cum conjuge feci, vellem si aduc possem. Une autre inscription, dont on ignore la provenance précise, mais qui ne devait pas être fort éloignée du même endroit, apporte aussi son témoignage en faveur des propriétés éminemment salutaires du bain d'Apollon : Mercurim hic lucrum promittit, Apollo salutem...

C'est à Fourvière et à Saint-Just qu'ont été trouvés, au nombre de trois sur cinq, les autels à Apollon dont le souvenir nous est parvenu. Sur un de ces autels, Apollon était associé à Hygie. Le dévot qui l'avait dédié avait en même temps fait don des statues des deux divinités.

Il faut peut-être rapprocher du bain d'Apollon une salle de bains romains vue , au temps d'Artaud , au Gourguillon et alimentée autrefois par le réservoir de la grotte Berelle. De cette salle de bains provient la curieuse mosaïque, aujourd'hui au musée de Lyon, qui représente une lutte entre Éros et un Satyre.

Au quartier Saint-Georges existe une fontaine qui, pendant tout le moyen âge et jusqu'à nos jours, a été en possession d'une certaine célébrité locale sous le nom de « Fontaine-des-trois- « Cornets ». Cette fontaine, aujourd'hui détournée par le passage souterrain du chemin de fer de Saint-Just, prend naissance dans la dépression intermédiaire entre la pente méridionale de Fourvière et la colline de Saint-Just.

Port des bateliers du Rhône. — Une inscription qui provient du quartier Saint-Georges mentionne un monument élevé « en l'hon- « neur des bateliers du Rhône » : In bonorem nautarum Rbodanicoriini, sur un emplacement concédé par un décret de la corpora-

« tion ; chaque membre actif reçoit, à l'occasion de la dédicace de « ce monument, une gratification de trois deniers ». La base sur laquelle est gravée l'inscription ayant été extraite des fondations de la Commanderie de Saint-Georges, sur la rive droite de la Saône, et ne pouvant guère à cause de son volume et de son poids avoir été apportée d'une grande distance, il est présumable que là ou non loin de là était le terrain appartenant à la corporation et que non loin de là aussi devait être le port de la Compagnie,

Murs de soutènement du coteau au-dessus de ta porte Saint-Georges. — Au-dessus de la porte Saint-Georges, à l'endroit où la pente du coteau est tellement abrupte qu'elle forme précipice, s'élevaient à plusieurs étages en retrait les uns des autres de grands murs de soutènement. Ils étaient formés de séries continues de cintres verticaux butant horizontalement par leurs arcs contre la colline et se terminant à leur partie supérieure par des voûtes en cul-de-four. Lorsqu'à été démolie, près du Jeu du Mail, la muraille de Saint- Just, il a été reconnu qu'elle reposait sur un de ces murs.

A l'extrémité sud de ces substructions existait encore au XVIe siècle un petit édifice d'apparence antique, représenté sur le plan scénographique de Lyon de ce temps sous la forme d'une pyramide à soubassement orné. Ce même édifice dans une des planches qui illustrent les Antiquités de la ville de Lyon du père jésuite de Colonia, apparaît avec une pyramide beaucoup moins élancée et avec un soubassement orné de guirlandes et ressemble à un tombeau.

En creusant, il y a une trentaine d'années, non loin de l'actuel pont d'Ainay, les fondations de la maison qui, du côté du midi, est la dernière de la rue Saint-Georges, a été aperçue et laissée enterrée, parce que l'extraction eût exigé beaucoup de travail, une grande et belle colonne de granit qui ne pouvait guère avoir appartenu qu'à un monument remarquable par sa richesse et ses dimensions.

De ce même quartier provient une jolie colonne en poudingue factice, exhumée en 185s de la montée du Gourguillon et qui aujourd'hui est au Musée.

Édifice près de l'église Saint-Just. — Une grande pierre de « 12 pieds de long », trouvée, au temps d'Artaud, dans la rue devant l'entrée du couvent des Ursulines, c'est-à-dire actuellement entre l'église Saint-Just et le Grand -Séminaire, et « ayant fait « partie d'un fronton », provenait vraisemblablement d'un édifice public. En compagnie de la pierre étaient épars dans le sol « beau- « coup de marbres sculptés, qui devaient avoir appartenu à des « placages ». Sur le plan de Lyon antique de l'architecte Chenavard, l'édifice présumé est devenu un petit temple terminé à chacun de ses bouts par une colonnade.

Tombeaux de la voie d'Arles. — Passé le carrefour des Minimes, où s'élevait le laraire augustal dont il a été précédemment parlé, on arrivait promptement à la porte Saint-Just et on s'engageait sur la voie d'Arles entre deux rangées de tombeaux . On y a découvert, à peu de distance de la porte, « une chambre souter- « raine dont les parois, revêtues de stuc rouge, étaient décorées « d'une série de panneaux peints : un Cupidon armé de l'arc et « du carquois, un vase de tulipes blanches, des animaux sau- « vages »... et. plus loin, dans un jardin contigu à la cure de Saint-Irénée, une autre « chambre sépulcrale voûtée, où se voyait, « au milieu de chacune des quatre faces, une niche de 3 pieds de « profondeur sur 7 ou 8 de largeur pour contenir une tombe ». En 1824 a été trouvé, dans les travaux d'agrandissement de l'église Saint-Irénée, le magnifique sarcophage de marbre, aujourd'hui au musée de Lyon, représentant la marche triomphale de Bacchus. Le héros revient de sa conquête de l'Inde. Couronné de pampres et somptueusement vêtu, il est debout, Ariadne à son côté, sur un char traîné par des panthères; la Victoire, Hercule ivre et

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trébuchant , des Indiens montés sur des éléphants et sur des

chameaux, des bacchantes forment son cortège. Toute cette belle

et riche composition, probablement sculptée en Grèce, est si profondément fouillée que la plupart des reliefs se détachent entièrement du fond et ressortent en ronde-bosse.

Beaucoup plus près de la sortie de la ville, existait, au temps de Sidoine Apollinaire, sur la gauche de la route et tournée vers la Saône, l'église des Macchabées, alors récemment construite; la façade, formée d'un triple portique, était soutenue par des colonnes de marbre d'Aquitaine ; la nef, portée également par des colonnes et éclairée par des fenêtres à vitraux peints, resplendissait d'or ; sur les murs, aux deux côtés de l'autel, se lisaient des vers des poètes lyonnais Constantius et Secundinus, et, tout à l'extrémité, en dehors, une longue épigraphe en vers de Sidoine lui-même. A une petite portée de flèche au couchant était le tombeau du consul Syagrius, entouré d'un gazon qu'abritait un berceau de vigne, et, non loin de là, la place presque nivelée de celui du vieil Apollinaris. Plus ou moins près de l'église se trouvait un terrain où l'on pouvait jouer à la paume, peut-être l'actuelle place de Choulans (Voir dans Du Cange le verbe cheollare , cheoller, choller, chouiller, soller, c'est-à-dire jouer à la paume).

En face de l'église des Macchabées s'ouvrait, à main droite, le chemin de Trion conduisant à la voie d'Aquitaine et pareillement bordé de tombeaux. L'épitaphe d'un de ces tombeaux trouvé en place sur le côté nord du chemin adressait aux passants le souhait du bon voyage : Salvi eatis ! Salvi redeatis ! La disposition de ces légendes est telle qu'elles sont à contre-sens par rapport au corps de l'inscription, c'est-à-dire le souhait d'heureux aller placé au bout qui termine les lignes, celui d'heureux retour au bout qui les commence ; elles étaient également à contre-sens à l'égard du passant sorti de la ville par la porte d'Aquitaine ou y rentrant par cette même porte ; elles étaient, au contraire, dans le bon sens à l'égard de celui qui, pour sortir ou rentrer, aurait pris la porte Saint-Just. C'est que, le principal noyau de population étant à Saint-Just et les quartiers de la Sarra et de Fourvière peu

habités, occupés qu'ils étaient par des édifices publics avec leurs vastes dépendances et par d'aristocratiques demeures, on passait peu par la porte d'Aquitaine et beaucoup par la porte Saint-Just.

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