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QUARTIERS DE L EST

Port et celliers. — En 1740 ont été découverts, en creusant les fondations de la loge du Change, « des voûtes souterraines et un « mur de quai de 4 mètres d'épaisseur auquel étaient appuyées « des marches. Le devant des dalles était retenu par des pilotis à « double et triple rang, très serrés et garnis de fortes assises de « pierres de taille. A côté de ce quai, des fragments de marbre « poli, un piédestal, un autel avec les lettres M-A-T-R ».

Le port auquel appartenaient ces celliers voûtés et ce quai avec ses marches et ses pilotis était celui de la Compagnie des bateliers de la Saône. Une inscription, retrouvée près de là à l'ancien hôtel des T rois-Ambassadeurs, au quai de Bondy entre les actuels ponts de la Feuillée et Saint-Vincent, fait connaître qu'une statue, décernée par cette Compagnie à un de ses curateurs en même temps son patron, s'élevait sur un terrain concédé par elle. A l'endroit où cette inscription était déposée, le rivage de la Saône présente un dégagement parfaitement suffisant pour l'établissement d'un port et de ses accessoires. Au contraire, dans la direction d'amont à partir d'un peu au-dessus de l'église Saint-Paul, le rapprochement du pied de la colline ne laisse nulle part sur un long parcours un espace assez large pour une installation de ce genre, et, dans la direction d'aval, précisément en face du Change, un banc de rochers, qui barrait, il y a peu d'années encore, presque entièrement le lit de la rivière en rejetant toute l'eau dans un rapide à la rive gauche, opposait à la navigation un obstacle, sinon insurmontable, au moins difficile et dangereux. Entre le Change et Saint-Paul étaient certainement, ne pouvant pas être ailleurs, le port et les entrepôts de la Compagnie des bateliers de la Saône.

Bureaux de la douane. — Les endroits de la Saône où l'on a trouvé le plus de plombs de douane sont au bas de la montée de la Chana et à Saint-Georges vis-à-vis la rue Martin. Une importante collection de ces plombs est en la possession de M. Etienne Récamier ; beaucoup sont marqués à l'effigie de l'empereur régnant, depuis Auguste jusqu'à Sévère Alexandre et au-delà ; d'autres portent des indications d'ateliers impériaux. Quelques-uns permettent de constater des rapports de commerce entre Lyon et les principales. villes riveraines de la Saône et du Rhône et d'autres villes même très lointaines; un de ceux-ci, qui est à légende grecque avec date par l'année du règne, doit être venu avec quelque ballot envoyé d'Alexandrie.

Ainay. — L'île d'Ainay était un quartier habité et, paraît-il, richement habité. L'eau y arrivait par des tuyaux portés sur des piliers qui traversaient la Saône entre le pont de l'Archevêché et celui d'Ainay. De là est sortie la précieuse mosaïque qui représente le cirque de Lyon. Dans les rues Vaubecour et de Jarente ont été découvertes plusieurs autres mosaïques. Une de ces dernières, ramenée au jour vers 1857 en creusant les fondations d'une maison près de l'extrémité orientale de cette dernière rue et restée enfouie, offrait, entre autres motifs, dans un grand tableau central entouré d'une bordure remarquablement riche, une panthère chargée de divers attributs de Bacchus, sujet rehaussé par de brillants contrastes de couleurs vives.

A Ainay existait un petit temple aux Mères augustes, pieuse

libéralité d'un médecin appelé Phlégon. De ce même quartier provient une pierre priapique qui, ainsi que l'autel aux Mères, a obtenu asile au Musée.

Le quartier des Kanabae. — C'est peut-être dans la partie ouest de l'île d'Ainay, à la rive gauche de la Saône, qu'était le quartier appelé in Kanabis, où les négociants en vins avaient leurs

caves. Deux inscriptions, qui décoraient autrefois des piédestaux de statues décernées par la corporation à deux de ses patrons, ont été découvertes dans la rue Sainte-Colombe, vers la place Saint-Michel. Près de là aussi a été trouvé, dans la Saône, devant la petite porte de l'ancien couvent de Sainte-Claire, un fragment d'une des plus belles inscriptions de Lyon, sur lequel il semble être parlé des vinarii. Ainsi s'expliquerait très bien la richesse de ce quartier à l'époque romaine. Il est au moins remarquable que, la langue latine ne possédant aucun mot avec la signification de cave à vin, c'était à la langue grecque, au mot oîve»v, qu'il fallait avoir recours et on serait assez tenté d'en tirer l'étymologie d'Ainay (on écrivait aussi Enay), si on ne savait positivement qu'au sixième siècle, au temps de Grégoire de Tours, ce nom était Athanacum (à corriger peut-être en Attianacum), dont Ainay est la déformation régulière.

Tombeaux de la voie abrégée de Lyon à Vienne. — Au-delà du Rhône s'étendait un large espace bocager que traversait la route abrégée de Lyon à Vienne, route bordée de tombeaux qui vraisemblablement étaient ceux des habitants de la ville basse et du quartier d'Ainay.

Tous ceux de ces tombeaux qui, au moyen âge, étaient encore épars sur le sol, furent alors employés soit dans la construction du pont de la Guillotière, soit bientôt après dans l'endiguement des îles qui, en amont et en aval du pont, appartenaient à l'abbaye d'Ainay. Ces derniers, aujourd'hui que les îles ont disparu, forment dans le Rhône plusieurs gisements, composés, estime-t-on, de quinze cents à deux mille blocs, et on peut juger, d'après le volume et les ornements de quelques-uns, qu'ils ont appartenu à de riches monuments.

C'est sur une ligne de tombeaux dirigée de la place Grolier à la voie de Vienne qu'ont été retrouvés, en 1869, à la Vitriolerie de la rue de Marseille, à la Guillotière, les débris du mausolée

du jeune décurion Acceptius Venustus, en la forme d'un petit temple à colonnes sur un soubassement renfermant une chambre sépulcrale, dans laquelle étaient contenus au moins deux sarco-

phages sculptés. L'épitaphe occupait tout le haut du mur intérieur de la salle que portait ce soubassement, et, au milieu de cette salle, ouverte par devant et sur une partie des côtés, se dressait un autel anépigraphe. Un des deux sarcophages est venu au Musée; il représente la résurrection d'Ariadne par Bacchus.

Bacchus, qui a disparu avec la partie aujourd'hui manquante

de la face antérieure du sarcophage, était monté sur un char dont on n'aperçoit plus que la partie postérieure, sur laquelle était assise une jeune femme richement vêtue ; il était accompagné de la Victoire et suivi d'un bruyant cortège de Faunes et de Satyres dansant au son des flûtes et des tambourins autour du vieux Silène obèse et ivre , se maintenant avec peine sur son âne.

D'après une photographie de M. L. B. Morel.

Hercule, des Bacchantes délirantes, des Faunisques folâtrant avec des panthères grossissaient la joyeuse escorte. Au bruit de cette troupe turbulente, Ariadne, à demi couchée sur le sol et entourée de pleureuses qui gémissent sur son trépas, se réveille et, appuyée d'un de ses coudes sur l'échiné d'une panthère, regarde avec étonnement ce qui se passe autour d'elle. Détail curieux! son âme,

qui déjà s'était envolée, revient, sous la forme d'un minuscule Genius ailé, prendre possession de sa demeure.

D'après une photographie de M. L. B. Morel.

Un autre sarcophage de petites dimensions et dont il ne restait que peu de débris représentait, à ce qu'il semble, une scène chrétienne. On y voyait des personnages agenouillés. Le travail de la sculpture paraissait romain et d'une époque déjà basse. Au contraire, la sculpture du tombeau mythologique est manifestement grecque, et sans doute le sarcophage qu'elle décore est venu tout sculpté de la Grèce, où les bonnes traditions de l'art se sont plus longtemps maintenues qu'en Occident.

Atelier d'ouvriers brouiiers à Diara. — En 1875 a été découverte à Meyzieu, à 12 kilomètres environ au levant de Lyon, au

lieu dit « la Dent », dans la propriété de M. Vachon Pierre et dans la partie de son jardin comprise entre la maison d'habitation et le bord du coteau qui domine les (parais du Rhône et dépend du rideau de collines connues sous le nom de Balmes Viennoises, une statuette en bronze avec son piédestal circulaire de même métal, portant une inscription qui en fait le tour :

GEN 10 AERAR DIARENSIVM

« Au Génie des ouvriers bronziers de Diara ». C'est , en effet . le Genius des ouvriers bronziers de Diara : acra-

riorum Diariensium, que représente la statuette. Comme on le voit, la main droite avec l'avant-bras et l'objet que tenait la main gauche manquent actuellement; vraisemblablement cet objet était une corne d'abondance, attribut habituel des Génies, et celui que devait

tenir l'autre main, une patère. Une particularité intéressante, c'est que le socle sur lequel repose la statuette était une tirelire; sur sa face supérieure, une ouverture pratiquée transversalement devant les pieds du Dieu et communiquant avec l'intérieur, qui est creux, ne permet pas de doute à cet égard. Ce socle a 5 centimètres de hauteur, la statuette 16.

A Décines, dont le territoire, riche en débris romains, est contigu à celui de Meyzieu, vient d'être trouvée une casserole de bronze à l'estampille DRACC1VS-F — Draccius fecit, — et cette marque de fabrique ne s'est encore jusqu'à présent rencontrée que sur deux objets de bronze : « deux patères » (Mowat, dans le Bulletin épigraphique 1883, p. 274), provenant de ces mêmes parages, l'une de Villeurbanne, qui du côté d'est confine à Décines, l'autre de Lyon, qui de ce même côté d'est joint Villeurbanne.

Où était situé l'endroit que nous supposons, d'après l'ethnique Diareiises, s'être appelé Diara? En l'absence de tout nom de localité actuelle présentant la moindre analogie avec cette dénomination et de toute trace connue d'une fonderie antique sur les territoires où ont été faites les découvertes qui viennent d'être mentionnées, nous ne savons le dire, mais il nous paraît vraisemblable que la fabrique dont il s'agit, eût-elle été établie même hors de Lyon, à Villeurbanne, à Décines ou à Meyzieu, doit être considérée comme une fabrique lyonnaise; à cette officine aurait appartenu l'artiste bronzier qui signait Draccius.

A cause de sa provenance, l'inscription de notre statuette figure au volume du Corpus inscriptiouum latinarum consacré à la Narbonnaise, parmi les inscriptions du territoire dépendant de la cité de Vienne, avec la lecture : Gcnio aerarii Diareiisium ; « Au Génie « du trésor des Diareiises »; ce trésor des Diareiises ne serait autre chose que la petite tirelire qui sert de piédestal à la statuette du Genius. Si la lecture du Corpus est la bonne, — et nous sommes disposé à le croire, — il y a nécessité de renoncer à notre atelier lyonnais de bronziers de Diara et de laisser l'inscription à Vienne.

Quant à la situation de la localité dont est dérivé l'ethnique Diarense-s, M. Hirschfeld déclare n'en pas savoir plus que nous.

Il resterait encore à parler d'un Jupiter en bronze, de grandeur deux tiers de nature, extrait du Rhône vers le pont de la Guillotière en 1859, une des belles choses de notre musée des Antiques. Nous ne savons dire à quel temple public ou particulier il pourrait être rattaché, ni même si ce temple doit être rapporté à la ville ou au domaine des trois Gaules.

Sur la rive droite du Rhône, à quelques kilomètres de Lyon en aval, s'élevait une chapelle rustique consacrée à des déesses celtiques : les Maires Eburnicae, dont le nom subsiste dans celui du village d'Ivour, où un débris de leur autel se voit encore. Le mot Ebur, dont s'est formé l'ethnique Eburnicae, et qui apparaît dans les noms des villes gauloises Eburodunum et Eburobriga, et dans les noms de peuples gaulois Eburones et Eburovices, appartient certainement à l'ancien idiome du pays et est le seul vestige resté à Lyon d'un culte antérieur à la colonisation romaine.

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