X. — CORPORATIONS AUTRES QUE CELLES DES SEVIRS
Les corporations que font connaître les inscriptions sont d'abord, outre les sévirs augustaux et le collège des Lares, une autre corporation religieuse : celle des dendrophores augustaux, et deux corporations d'utilité publique : celles des fàbri et des centonarii, qui paraissent avoir été des milices contre l'incendie, puis plusieurs corporations marchandes :
Les negotiatores vinarii, négociants-marchands de vins en gros ; la plus considérée et sans doute aussi la plus riche. Dans la distribution faite par Ligurius (ci-dessus n° 144), viennent en première ligne les décurions, en seconde ligne les chevaliers romains, les sévirs augustaux et les negotiatores vinarii ; au troisième rang toutes les autres corporations lyonnaises autorisées.
Les nautae Rhoàanici et Ararici, « bateliers du Rhône et de la « Saône », qui apparaissent comme formant tantôt un seul corps, tantôt deux corps distincts.
Les condeates (?) et les arcariiQ) ou elciarii, qui semblent avoir été aussi des bateliers.
Les iitricularii , « fabricants d'outrés ».
Les sagarii, « fabricants ou plutôt marchands de sayons ».
Les fàbri tigunarii, « maîtres charpentiers entrepreneurs », et les artifices tectores, « artistes stucateurs » , réunis en une seule corporation .
Les negotiatores Cisaipini et Transalpin! ', « marchands des divers « produits des Alpes et des pays y attenant en deçà et au delà », corporation dont un siège aurait été à Milan et l'autre à Lyon.
Les diffnsores olearii ex Baetica, « marchands d'huile de la
« Bétique », corporation qui avait peut-être une succursale à Lyon.
Les annonarii riparii, « annonaires du rivage », qui devaient être un corps d'agents fiscaux plutôt qu'une corporation municipale.
L'organisation des corporations était en petit celle des curies municipales comme celles-ci étaient elles-mêmes des images réduites de la curie de Rome. Elles avaient chacune leur Conseil qui rendait des décrets relativement à des constructions à faire en commun, à des emplacements à concéder pour des monuments religieux ou honorifiques, à des adlections, à des immunités, à des privilèges, à des honneurs à accorder ; elles avaient leur série de fonctionnaires et leurs dignitaires, parmi lesquels on trouve des questeurs, des curateurs, des quinquennales, c'est-à-dire des censeurs, des préfets, des honorati ou omnibus honoribus funcii, des patrons. Chacune d'elles avait une fortune propre et sa caisse particulière.
Quelques-unes avaient leur quartier particulier, comme les vinarii in Kanabis consistentes, ou leur cimetière à elles, exclusivement réservé à leurs membres, comme celle des fabri tignuarii et des artifices tectores.
Corporation des dendrophores.
Les dendrophores de Lyon apparaissent tantôt avec le nom de dendrophores, tantôt avec celui de dendrophores augustaux.
Ils formaient une corporation : corpus, dont le siège était à Lyon : Luguduni consistentes, avec des questeurs : dendrophorus Augustalis, quacstor eiusdem corporis duplicarius ex cou sensu
universorum; des curateurs : dendrophorus Augustalis, curator ciusdem corporis ; des quinquennaux : dendrophorus..., perpetuus
qiiinquennalis ; des honorafi : omnibus honoribus apud eos fundus.
Leur corporation était en même temps marchande, comme étant composée de bûcherons . et de marchands de bois, et religieuse comme formant une confrérie de dévots à Cybèle, confrérie dont le rôle acquit une grande importance par l'extension du culte de la déesse. C'est un dendrophore en même temps sévir augustal : ////// vir Aitg(ustalis) item dendrophorus, qui fait en 160 le taurobole offert pour Antonin le Pieux ; ce sont les dendrophores de Lyon : dendrophori Luguduni consiste/des, qui font en 190 le taurobole offert pour la conservation de Commode, et leur quinquennal perpétuel prend à sa charge la dépense de la dédicace de l'autel.
Les dendrophores de Lyon paraissent avoir été en étroits rapports avec les sévirs augustaux et avec les centenaires. Un d'eux est ////// vir Aug(ustalis) Lug(uduni), dendrophorus Aug(ustalis) Lug(uduni) eiusdemq. corporis curât (or), patron us centonarioriim Lug(uduni) consisi(entium) .
De même que les sévirs augustaux, ils n'étaient qu'affranchis.
Épitaphe d'un dendrophore augustal, questeur et promu à tous les honneurs de la corporation.
Arcade XIX. — Grand bloc quadrangulaire sans ornements, « trouvé le 15 janvier 1868 dans le RHONE, vis à vis la place
« GROLIER » (Martin-Daussigny). — Hauteur 2 m. 20, largeur o m. 92.
ET • QVIETI AETERNA
L • SABINI • CASSIANI
DENDROPHORO • AV 5 GVSTÂLI • Q CORPORIS • E
IVSD • DVPLICARIO • EX
CONSENSV • VNIVER
SORVM • OMNIBVS HO
NORIBVS • APVD • EOSD ■o FVNCTO • HOMINI • OP
TIMO • ET • INCOMPARA
BILI • FLAVIA • LIVIA
CONIVGI • RARISSI MI • EXEMPLI • ET '5 prIscivs • EVSTOC-IVS
COLLIBERTO SANC
TISSIMO • INSCRlBEN
D V M C V R AV E RV NT
ET SVB • ASCIA • DEDI 20 CAVERVNT
Le dernier A et le dernier E de AETERNAE liés en un monogramme ; l'H de EVSTOCHVS dimidiée ; accents sur le second A de AVGVSTALI. sur l'O de VN1VERSORVM, sur l'O de EOSD^/h; le T de CVRAVERVNT réduit à l'extrémité gauche de sa traverse; le point entre D M, à la première ligne, figuré par un V fermé en haut par une traverse surmontée d'une languette.
Martin-Daussigny. n° 1 126 de son Registre d'entrées. — Dissard, Catalogue, p. 118.
Ùiis Manibus et quieti aetemae Litcii Sabinii Cassiani, dendropboro Augustàli, quaestori corporis eiusdem duplicario ex consensu universôrum, omnibus bonoribus apud eôsdem functo, bomiui optinio et incomparabili ; Flavia Livia coningi rarissimi exempli, et Priscius Eustochus colliberto sanciissimo inscribendum curaverunt et sub asoia dedicaverunt.
« Aux dieux Mânes et au repos éternel de Lucius Sabinius « Cassianus, dendrophore augustal, questeur de la corporation « admis du consentement de tous les membres au privilège de « la double part, parvenu dans la même corporation à tous les « honneurs, homme excellent et incomparable; Flavia Livia à « son époux très cher et d'un rare mérite, et Priscius Eustochus « à son co-affranchi vénéré ont fait graver cette épitaphe à « sa mémoire et ont dédié le tombeau sous l'ascia ».
Déjà nous avons eu l'occasion (ci-dessus I, p. 30, II, p. 218) de parler des dendrophores, qui formaient une corporation à la fois marchande et religieuse, étaient à la fois bûcherons et membres d'une confrérie de dévots à la Mère des dieux ; nous avons eu à rappeler le rôle important qu'ils remplissaient dans les sacrifices tauroboliques, où ils marchaient en procession, portant l'arbre sacré, c'est-à-dire le pin consacré à Atys, enveloppé de laine et enguirlandé de violettes. Dans le taurobole de l'an 160 pour la conservation d'Antonin le Pieux, c'est un sévir augustal, en même temps dendrophore, qui reçoit et rapporte du Vatican de Rome les vires des victimes et consacre à Lyon l'autel et le bucrâne. Dans celui de l'an 190 pour l'empereur Commode, ce sont les dendrophores demeurant à Lyon qui offrent le sacrifice; le taurobolié est le quinquennal perpétuel, c'est-à-dire le dignitaire le plus honoré de la corporation. Presque toujours les tauroboles étaient offerts pour la conservation des empereurs; de là, sans doute, une sorte de fusion du culte de la Mère des dieux avec le culte augustal, et le nom à'Augustales donné aux
dendrophores, nom qui apparaît pour la seconde fois ainsi joint sur les inscriptions de Lyon.
Entré dans la corporation par la questure, notre dendrophore augustal a été admis à l'unanimité à un privilège consistant, croyons- nous, dans le droit de recevoir double part dans les répartitions qui se prélevaient sur la caisse de la confrérie. 11 y a ensuite parcouru toute la série des honneurs.
La fin de l'épitaphe fait voir qu'il n'était rien de plus qu'un affranchi ; mais il est remarquable qu'il ne portait pas le même nom gentilice que son co-affranchi Priscius Eustochus.
Sa femme paraît avoir été de condition libre. Son surnom Livia était sans doute le gentilice de sa mère.
Inscriptions contenues dans les paragraphes précédents.
Ci-dessus n" 5. — Lucius Aemilius Carpus, l'auteur du taurobole de l'an 160 pour Antonin le Pieux; sévir Aug(nstalis), item dendropbonis.
Ci-dessus n° 6. — Les dendrophores de Lyon, les auteurs du taurobole de l'an 190 pour Commode ; dendropbori Lugiiditni consistentes. Un d'eux, Claudius Silvanus, s'intitule quinquennal perpétuel : perpétuas quinquennalis.
Ci-dessus n° 102. — Anonyme auteur d'une donation à l'amphithéâtre des trois Gaules ; il était en même temps sévir augustal.
Ci-dessus n° 167. — Le sévir augustal [Egjnatius Félix, dendrophore augustal de Lyon et curateur de la corporation : dendropbonis Aug(ustaUs) Lug(ndimi), ciusdcmq(ue) corporis curaior.
Corporation des fabri.
Les fabri simplement dits, gens de métiers, artisans ou plus spécialement ouvriers en bâtiments, formaient une corporation : collegium, qui, plus que toute autre, avait, en dehors de son but d'intérêt industriel, un but d'utilité publique : l'extinction des incendies, et était pour cela étroitement liée, dans beaucoup de villes, à deux autres corporations qui paraissent avoir été utilisées au même service : celle des centonaires et celle des dendrophores.
A Lyon cette union n'apparaît pas. Deux inscriptions seulement y rappellent les fabri ; l'une est au nom d'un patron « des cheva- « liers romains (?), des sévirs, des utriculaires et des fabri demeu- « rant à Lyon » ; l'autre au nom d'un fabricant de poterie de terre appartenant comme questeur au collège des fabri : pertinens ad collegium fabror(um) redemptos honor(es) quaestor(ios).
C'est M. Hirschfeld qui, dans une de ses Études sur la Gaule (3e fascicule, 1884), a porté la lumière sur ce point et démontré d'une manière concluante que les collèges des fabri et des centonaires étaient des milices contre l'incendie. Nous ne saurions mieux faire que de donner ici un extrait de ce savant travail :
« Les incendies ont dû être extrêmement fréquents dans l'antiquité. Sans parler des grands incendies de Rome, Lyon a été, sous Néron, entièrement réduit en cendres en l'espace d'une nuit; Narbonne, Antioche, Carthage ont été, sous Antonin le Pieux, la proie des flammes. Dans le supplément aux Res gestae de l'inscription du temple d'Ancyre, il est parlé de sommes considérables envoyées par Auguste à des villes ruinées par des tremblements de terre ou consumées par des incendies. A l'imitation de ce qui
existait à Alexandrie, Auguste institua à Rome, pour la police de nuit et principalement pour la garde de la ville contre le feu, une milice composée de sept cohortes de vigiles : vigiles, sous le commandement d'un préfet. Des détachements de cette milice veillaient sur les ports d'Ostie et de Pouzzoles, où étaient emmagasinés de grands approvisionnements pour la Capitale. L'exemple de Rome peut avoir été suivi par d'autres villes. On trouve à Lyon un praefectus vigilum , peut-être de Rome, mais peut-être tout aussi bien de Lyon; à Nîmes, un praefectus, vigilum et armorum certainement copié d'institutions fonctionnant à Alexandrie et en plusieurs villes de l'Asie-Mineure. Ce sont des milices municipales contre le feu qu'il y a lieu de reconnaître dans les collèges ouvriers de fabri, qui se retrouvent dans beaucoup de villes ; une lettre de Pline (X, j}) en apporte un témoignage formel ; c'est celle par laquelle il demande à Trajan d'établir à Nicomédie, qui venait d'être détruite en partie par un incendie, un collège de cent cinquante fabri, dans lequel nul ne sera admis s'il n'est faber, c'est-à-dire maître-ouvrier. On sait que Trajan (Ibid., 34), refusa d'accéder à cette demande en arguant de l'esprit séditieux de la ville et du danger d'y créer un collège qui, sous quelque nom qu'il fût institué, ne manquerait pas de devenir promptement une société de conspiration ; mais on voit par sa réponse que des collèges analogues existaient dans un grand nombre de villes : Tibi secundum exempta complurium in mentent veuit posse cotlegium fabrorum apud Nicomedeiises constitui. On rencontre, en effet, dans beaucoup d'endroits, notamment dans la haute Italie, dans la Narbonnaise, le long du Danube, des collèges de fabri (gens de métiers, y compris aussi des artistes et des commerçants), très souvent unis à deux autres collèges : celui des centonaires et des dendrophores. Il n'y a pas à douter que ces collèges, constamment liés les uns aux autres, ne fussent ainsi unis dans un but d'utilité publique et ne doivent être considérés comme des institutions contre le feu.
« On avait généralement admis, jusqu'à présent, que les centenaires n'étaient que des fabricants de centons, c'est-à-dire de couvertures et de bâches faites de rognures d'étoffes de toutes couleurs ou de cuir cousues ensemble, ainsi que de coussins de même confection. C'était une erreur. Il est certain que des centons figuraient en première ligne dans l'outillage contre le feu. Les centenaires auraient été, non pas ceux qui fabriquaient les centons, mais ceux qui s'en servaient pour combattre les incendies. Une inscription de Corne (C, V, 5446) mentionne une centuria centonar(iorum) dolabrar (iorum) scalar(iorum) , que personne sans doute ne s'imaginera pouvoir être autre chose qu'une centurie de miliciens pourvus de centons, de haches et d'échelles. Un curieux bas-relief qui accompagne l'épitaphe d'un dolabrarius d'un collège de fabri d'Aquilée (là., 908), représente un jeune homme tenant de la main gauche une hache et de la droite un objet dans lequel on a cru reconnaître un centon.
« Dans la plupart des villes, les centenaires doivent n'avoir été qu'une subdivision du collège des' fabri ; mais dans un certain nombre de grandes villes, ils apparaissent à côté de ceux-ci comme collège distinct. On rencontre, outre les fabri, des collèges de centenaires en Espagne, à Tarragone et à Hispalis ; dans la Gaule, à Marseille, à Aix, à Arles, à Vaison, à Nîmes, au viens nîmois d'Ugernum, à Lyon ; dans les provinces du Danube à Apulum, à Aquincum, à Carnunte, à Emonae, à Salones, à Siscia. Ni en Bretagne, ni en Germanie, ni en Orient, ni en Afrique, où d'ailleurs l'absence de tout collège est un fait remarquable, il n'y en a trace.
« En Italie, au contraire, et notamment dans les villes de Côme, de Milan, de Brescia. de Vérone, l'organisation des collèges contre l'incendie paraît avoir atteint un développement et une perfection non dépassés, à peine même égalés par les institutions de nos jours. Le corps était organisé militairement. Il se divisait, dans quelques villes au moins, en centuries (12 centuries
à Milan), et en décuries commandées, chaque centurie par un centurion ayant sous ses ordres un optio, chaque décurie par un décurion. On trouve comme sous-officiers des principales et de simples miliciens ; c'est à Ostie, et. il est vrai, sous la désignation de numerus militum caligatorum. A la tête de chaque corps était un praefectus collegii fàbrorum, qu'une inscription (C. III, 3438) nous montre faisant faire l'exercice à ses hommes, et qu'il ne faut pas confondre avec l'officier de l'armée du titre de praefectus fabrum. Une inscription de Vérone mentionne un curator instrumenti : « curateur de l'outillage contre le feu ». Le collège recevait une solde de la ville, et probablement pour cela le nom de la ville est souvent joint à celui du collège.
« Les trois collèges se montrent encore avec honneur sous Constantin. Cet empereur ordonne (Cod. Thèod., 14, 38) que les dendrophores, dans toutes les villes où il s'en trouve, devront tre annexés aux centonaires et aux fabri, parce qu'il y a utilité à ce que ces corps aient un nombreux effectif » (voy. Revue èpigr. IL p. 92).
Épitaphe d'un questeur du collège des fabri, fabricant et marchand de poterie de terre.
Arcade LI. — Petit cippe encore pourvu de son couronnement, mais incomplet en bas et privé de sa base ; « trouvé dans la « démolition du pont du CHANGE » (De Boissieu) ; « en 1846, « dans la deuxième arche du pont du Change, rive gauche »
(Comarmond). Les sigles D M occupent le bandeau de la corniche. — Hauteur o m. 82, largeur 0 m. 45.
ET MEMORIAE AETER
NAE APRICLI • PRISCI
ANI CONSISTENTIS
LVGVDVNI • PERTI NENTIS AD COLLEGI
VM FABROR • REDEiW
PTOS HONOR • Q.V A E S
TOR-EXSERC-ART-CrU FECIT S I B I VIVOS ET-TI /////// PIOL A E • CON //////// MAE ET
L'M de MAE, à la dernière ligne, encore apparente en partie.
De Boissieu, p. 411. — Comarmond, Description, p. 281 ; Notice, p. 103. — Monfalcon, Suppl. à Spon, Recherche, éd. 1857, p. 348; Musée lapidaire, p. 18. — Dissard, Catalogue, p. 118.
Diis Manibus et memoriae aeternae Apriclii Prisciani, consistentis Luguduni, pertinentis ad collegium fabrorum redemptos honores
quaestorios, exsercentis artem cretariam, fecil sibi vivos et Ti
Lupiolae (?), coniugi carissimae et
« Aux dieux Mânes et à la mémoire éternelle d'Apriclius « Priscianus, demeurant à Lyon, admis dans le collège des fabri « avec exemption de la somme honoraire due pour la questure; « exerçant la fabrication de la poterie de terre. 11 a, de son
« vivant, élevé ce tombeau pour lui-même et pour T
« Lupiola, son épouse très chère et ».
L'ars cretaria, dont il a été déjà question, était la fabrication de la poterie de terre. Apriclius était sans doute à la fois fabricant et marchand. Ceux qui exerçaient cette industrie ne formant pas à Lyon une corporation, il s'était fait recevoir dans celle des fabri, ce que font voir les mots pertinentis ad collegium fabrorum. Ceux qui viennent ensuite : redemptos bonor(es) quaestor(ios), signifient, croyons-nous, qu' Apriclius a été exempté de Ybonorarium que devaient à la caisse du collège ceux qui y obtenaient la questure.
Remarquer le gentilice Apriclius formé du surnom Apriculus et l'orthographe exsercentis.
Inscriptions contenues dans les paragraphes précédents ou suivants.
Ci-après n° 171. — Patron. Minthatius Vitalis, négociant en vins, patronus e(ques) R(omanus) ou eq(uitum) R(omanorum), Illlll vir(orum), utriclar(iorum), fabror(um) Lugud(uni) consistentium. 11 était patron aussi des bateliers naviguant sur Saône.
Corporation des centenaires.
Après ce qui vient d'être expliqué au sujet des fabri, il reste peu de choses à dire des centonarii: miliciens contre l'incendie, sapeurs-pompiers armés de centons.
Ils formaient une corporation, dont le titre : corpus ou collegium, n'est pas mentionné, et qui avait son siège à Lyon ; centonarii Lus:, consistentes, avec une hiérarchie de fonctions et de
dignités ; des bonorati : centonarius bonoratus ; omnibus bonoribus functus; des patrons: patron us centonariorum Lug. consistentium .
On les trouve en rapports avec les sévirs augustaux, avec les bateliers de la Saône, avec les marchands de sayons.
Peu de temps après l'incendie de Lyon sous Septime Sévère, ils rétablissent, de leurs deniers, dans le cirque de Lyon, cinq cents places qu'avait autrefois données un édile nommé Julius Januarius.
Les centenaires ne sont rappelés que par des inscriptions déjà vues.
Rappel des inscriptions contenues dans les paragraphes précédents.
Ci-dessus n° 16. — Les centenaires. Ils réparent à leurs frais, avec l'autorisation du curateur de la cité, cinq cents places dans le cirque de Lyon : curante Fulvio Aemiliano c(larissimo) v(iro) , loca quae Julius lanuarius rei publicae donaverat centonarii suo impendio restituerunt.
Ci-dessus n° 162. — Honorât. Toutius Incitatus , centonarius Lug. consistens bonoratus. Il était sévir augustal, batelier de la Saône et négociant marchand de blé.
Ci-dessus n° 168. — Honorât. Caius Rusonius Myron, centonarius bonoratus. Il était sévir augustal bonoratus et fabricant de sayons.
Ci -dessus n° 167. — Omnibus bonoribus functus et patron. Egnatius Félix, patronus centonariorum Lug. consist(entium), omnib(us) bonorib(us) apud eos functus. Il était sévir augustal , dendrophore augustal et curateur de chacune des deux corporations.
Corporation des négociants en vins.
Introduite dans la Gaule par les Grecs de Marseille, la culture de l'olivier et de la vigne s'était sans doute propagée de bonne heure tout le long de la Méditerranée entre les Pyrénées et les Alpes. Dès avant la fin du premier siècle de l'ère chrétienne, la vigne était cultivée, non seulement dans toute la Narbonnaise, mais jusque chez les Arvernes et chez les Séquanes (Pline, XIV, 1,2). Les vins du littoral, excepté ceux de Béziers, qui avaient une certaine réputation locale, étaient peu estimés; ils étaient d'ailleurs habituellement frelatés et ils se consommaient dans la Gaule (6). Il n'en était pas de même de ceux du pays des Helves et surtout de ceux de Vienne ; ils jouissaient d'une renommée qui ne le cédait à aucune autre. Une vigne originaire du sol des Helves avait le nom de carbonica et se cultivait dans toute la province (3). Une qualité de vin, propre au territoire de Vienne et qui probablement se récoltait sur le coteau de Côte- Rôtie, devait à une saveur spéciale de poix le nom de picatum et se vendait à Rome à des prix inouïs (4). La célébrité vignoble de Vienne est attestée par Martial, qui l'appelle vitifera Vienna (Epigr., XIII, 107). L'estime qu'on faisait en général du vin de la Gaule en Italie est certifiée par Pline (XIV, 3). Mais à côté de cela, une jalouse partialité du gouvernement en faveur de l'Italie n'avait pas permis à la culture de la vigne de prendre dans la Narbonnaise tout son développement. Elle y était seulement tolérée et en même temps soumise à des mesures restrictives qui livraient, sans concurrence, aux vins italiens le marché de la Gaule (voy. Mommsen, Hist., V, p. 98).
Lyon était le grand entrepôt des vins de la Narbonnaise et de la
vallée du Rhône, ainsi que des vins fournis par l'Italie en quantité considérable. Ils étaient de là transportés dans toutes les directions par les voies de terre qui rayonnaient de ce point central et encore plus par les voies fluviales :. dans la direction de l'est par le haut Rhône, dans celle de l'ouest par la Loire, dans celle du nord par la Saône et plus loin par la Seine et par la Moselle. Les négociants qui faisaient ce lucratif commerce, negotiatores vinarii, formaient à Lyon une corporation en étroites relations avec celle des bateliers du Rhône et de la Saône et avec celle des fabricants d'outrés, mais au-dessus d'elles et de toutes les autres corporations marchandes de Lyon. Les inscriptions nous font connaître un curateur exerçant pour la seconde fois, un quinquennal, plusieurs patrons, à quelques-uns desquels sont élevées des statues. Un de ceux-ci, qui est en même temps membre, obtient dans la cité des Helves le privilège d'assister aux spectacles parmi les décurions.
Tous les membres connus sont de condition libre. Un d'eux est chevalier romain. Trois sont étrangers et originaires de Trêves.
Le siège, les entrepôts de la corporation sont dans un quartier appelé les Kanabae, dans la partie ouest et nord de l'île d'Ainay.
Statue d'un négociant en vins, patron de la corporation et de plusieurs autres.
Don Martin.
Arcade XXI. — Piédestal avec base et couronnement, incomplet vers le bas à droite: « trouvé en 1829, au quartier d'AINAY,
« en creusant les fondations de la maison située à l'angle de la « rue SAINTE- COLOMBE et de la place SAINT- MICHEL, dans « un épais mur en partie composé de débris antiques » (De Boissieu). — Hauteur i m. 69; du dé 1 m. 10, largeur o m. 70.
MINTHATIO- M- fI/ VITAL INEGOTI AT- Vl'NARo
lvgvd-in kanabis-con sist-cvratvraeivsdem 5 corporbisfvnct-item-5l
cLnavtâe-arare-navig patrônoeivsd corpors
PATRONEQJlirïTîIVIRVTR/
clarfabrorlvgvdcon 10 sistcviordosplendidis
simvscivitât-albensim
consessvm • dedit negotiatoresvinar///"
INKANABCONSISTPATro;/o '5 OBCVIVS-STATVAE-DED/W
TIONESPORTVL--X • . sing DEDIT
L'S de CORPORIS, à la fin de la septième ligne, apparente ; l'R et l'I de VINARIo à la seconde, de CORPORIS à la septième, l'V et l'M de ALBENSIVM à la onzième , l'R et l'I de VINARI à la treizième, liés en monogrammes ; accents sur le premier I de V1TALI et de VINARIo, sur l'I de KANABIS, sur le second V de CVRATVRA, sur le premier O de PATRONO et de PATRONo, sur l'O de FABROR, sur l'E de SPLENDIDISSIMVS, sur l'A de CIV1TAT. sur l'A et le second O de NEGOTIATORES , sur le premier V de CV1VS. sur l'O de DED/ozTIONE.
De Boissieu, p. 209. — Comarmond, Description, p. 143 ; Notice, p. 51. — Henzen, 7007. — Monfalcon, Suppl. à Spon, Recherche, éd. 1857, p. 345 et planche; Musée lapidaire, p. 8 et planche. — Bernard, Autel d'Auguste, p. 33. — Wilmanns, 2230. — Dissard, Catalogue, p. 116.
Minthatio, Marci filio, Vltali, negotiatori vïnario Lugudunensi in Kanàbis consistenti, curatûra eiusdem corporis bis functo , item quinquennali ; nautàe Arare naviganti , patrôno eiusdem corporis ; patrono equiti Romano sévir or um, utriclariorum, fabrôrum Luguduni coiisisteutium , cui ordo spleudidissimus civitâtis Albensium consessum dédit, negotiâtôres vinarii Lugudunenses in Kanabis consistentes patrono. Ob cùius statuae dedicatiônem sportulas denarios singulis dédit.
« A Minthatius Vitalis, fils de Marcus (Minthatius), négociant « en vins, demeurant à Lyon dans les Kanabae, ayant exercé « deux fois la curatelle de la corporation et aussi les fonctions de « quinquennal; batelier naviguant sur Saône et patron de la cor- « poration; patron chevalier romain des sévirs, des utriculaires « et des fabri, qui ont leur demeure à Lyon ; gratifié par le « splendidissime Ordre de la cité d'Alba du droit d'assister aux « spectacles parmi les décurions de cette cité ; les négociants « en vins demeurant à Lyon dans les Kanabae, ont élevé à leur « patron cette statue, pour la dédicace de laquelle il a donné à « chacun d'eux, à titre de sportule, tant de deniers ».
Il est assez singulier que le personnage de cette inscription, étant qualifié « fils de Marcus », soit lui-même nommé sans prénom. Peut-être faut- il voir le prénom dans la première lettre, bien que le graveur ne l'ait pas séparée du reste du mot. Le savant professeur d'antiquités grecques et romaines à la Faculté des lettres de Lyon, M. Bloch, qui a eu à s'occuper de notre
négociant dans sa remarquable thèse De décréta adlectione in ordinès functorum magistratiium usque ad mutatam Diocletiani temporibus rempublicam (p. 43), émet l'opinion qu'il aurait peut-être eu le prénom de son père et se serait appelé M{arcns) Intbatius.
Marcus Inthatius donc ou Minthatius était à la fois membre et patron de la corporation des négociants en vins, la plus honorée des corporations marchandes de Lyon ainsi qu'on l'a vu d'après le rang assigné à ses membres dans la distribution faite par Ligurius Marinus (ci-dessus n° 144), où les décurions viennent en première ligne, l'Ordre équestre, les sévirs et les négociants en vins en seconde ligne, et ensuite toutes ensemble les autres corporations autorisées, et il y avait été promu aux plus hautes magistratures : la curatelle, exercée deux fois, et la censure sous le titre de quinquennalis. Il était, de même, membre et patron d'une autre corporation, celle des bateliers de la Saône, la plus importante après celle des vinarii, et, outre cela encore, patron de l'Ordre équestre, si, d'après le groupement qu'on vient de voir dans la distribution de Ligurius, c'est patrono e(quitnm) R(omanorum) qu'il faut lire ici plutôt que patrono e(qiiiti) R(omano); du corps des sévirs augustaux, du corps des utriculaires et du corps des fabri.
Il tirait probablement de la cité des Helves, Albenses, aujourd'hui Aps, déjà renommée au temps de Pline (XIV, 3) pour une qualité de vins estimée même à Rome, une grande partie des vins de son négoce. Le Conseil des décurions de cette cité lui avait décerné un privilège que le texte désigne par le mot consessum. Dans sa thèse ci-dessus citée, M. Bloch a établi d'une manière entièrement convaincante qu'il faut entendre par ce mot le droit de prendre place parmi les décurions, non pas aux réunions de la curie, car celui que concernait cette concession eût été désigné, dans ce cas, par les mots in ordinem adlectas ou cooptatus, mais aux spectacles qui se donnaient à Alba, le chef-lieu de la cité.
Il habitait le quartier appelé in Kanabis : « les Baraques », qui paraît avoir été spécialement celui des négociants en vins.
D'après l'endroit où a été trouvée l'inscription le concernant, autrefois gravée sur le piédestal de sa statue décrétée par la corporation et par conséquent élevée sur le terrain de la communauté, ce quartier occupait la partie ouest et sans doute aussi la partie nord de l'île d'Ainay, ainsi que déjà cela a été expliqué.
A l'occasion de la dédicace de cette statue, Minthatius a distribué à chacun des membres de la corporation, en remplacement d'un repas en commun, une petite somme d'argent dont le montant était indiqué dans la partie du texte qui nous manque. D'après la distribution ci-dessus rappelée de Ligurius, cette somme remise à chaque membre ne doit pas avoir été inférieure à trois deniers, et, d'après une distribution analogue mentionnée dans l'inscription suivante, elle a été probablement de cinq deniers, équivalente, par conséquent, dans le premier cas, à environ 2 francs 40 centimes de notre monnaie, et, dans le second cas, à environ 4 francs.
Statue d'un Trévère, batelier de la Saône, patron de la corporation et de celle des négociants en vins.
Don Martin.
Arcade XXI. — Piédestal avec base et couronnement ; « trouvé « au quartier d'AINAY, en juin 1829, en creusant les fondations « de la maison située à l'angle de la rue SAINTE-COLOMBE et « de la place SAINT-MICHEL, dans un massif formé en partie
« de débris antiques » (De Boissieu) ; « de provenance inconnue » (Comarmond). — Hauteur 1 m. 65; du dé 1 m., largeur o m. 70.
C • APRONIO
A P R O N I B L A N D I • F I L R A P T O R I 5 TREVERO
DEC • EIVSD • CIVITATIS N • ARARICO PATRONO EIVSDEM ■ CORPORIS NEGOTIATORES • VINARI 10 LVGVD • CONsïs/ENIS
BENE • DE SE Mc^NTI
P A T R O ;/ O CVIVS STATVA? dEDICA TIONESPORTVLAS >5 DED-NEGOT-SINGCORP-X V
Le D de DEC, au commencement de la sixième ligne, encore apparent en partie ; le second T et l'E de CONs/5/ENTES , à la dixième, l'O et I'R de CORP, à la dernière, liés en monogrammes.
De Boissieu, p. 390. — Comarmond, Description, p. 144, pi. 15 ; Notice, p. 50. — Henzen, 7254. — Monfalcon, Suppl. à Spon, Recherche, éd. 1857, p. 338 ; Musée lapidaire, p. 5. — Bernard, Autel d'Auguste, p. 34. — Wilmanns, 2238. — Dissard, Catalogue, p. 116.
C. Apronio, Apronii Blaudi filio, Raptori, Trevero, decurioni eiusdem civitatis, naittae Ararico, patrono eiusdem corporis ; negotiatores vinarii Luguduni consiste n tes bene de se merenti patrono.
Cuius siatuae dedicatione sportulas dédit negotiatorîbus singulis corporatis denarios quùiqite.
« A Caius Apronius Raptor, fils d'Apronius Blandus ; de la « cité de Trêves et décuriôn de cette cité, batelier de la Saône « et patron de la corporation, les négociants en vins demeurant « à Lyon ont élevé à leur patron bien méritant cette statue, « pour la dédicace de laquelle il a donné, à titre de sportule. « a chacun des négociants qui font partie de la corporation, cinq « deniers ».
Apronius Raptor, dont le surnom terrible contraste avec celui de son père, était de Trêves et même décuriôn de cette cité. Il était, en même temps, membre et patron de la corporation des bateliers de la Saône. Les négociants en vins lyonnais, dont il était aussi patron, lui élevèrent, en reconnaissance d'importants services rendus ou de quelque insigne acte de libéralité, une statue. La dédicace de cette statue fut l'occasion d'une distribution, dans laquelle chaque membre de la corporation des négociants en vins reçut cinq deniers, c'est-à-dire à peu près 4 francs.
Trouvées au même endroit, décrétées toutes deux par la corporation et élevées toutes deux sur son propre terrain, les statues d'Apronius et de Minthatius unissent leurs témoignages pour établir d'une manière évidente que le quartier des Kanabae était situé dans la partie ouest de l'île d'Ainay et englobait vraisemblablement aussi la partie nord jusqu'au confluent.
Les relations des négociants en vins de Lyon avec les bateliers de la Saône et avec la cité de Trêves s'expliquent sans peine. Lyon était, dans l'antiquité, la grande place de commerce des vins fournis par l'Italie et par le midi de la Gaule ; une notable partie de ces vins, vraisemblablement la majeure partie, remontait la Saône aussi loin qu'elle était navigable, puis allait rejoindre par terre soit la Seine, soit la Moselle, par lesquelles ils parvenaient à la Manche et au Rhin. Un projet de joindre la Saône à
la Moselle au moyen d'un canal, qui eût, au dire de Tacite (Ann., XIII, 53), « uni sans interruption de navigation les rivages du , « Nord à ceux de l'Occident », l'Océan et la Méditerranée, avait même été sur le point d'être exécuté. Antistius Vêtus, qui en 58 commandait l'armée de la Germanie Supérieure, se disposait à faire creuser ce canal par ses troupes; il aurait mené son entreprise à fin si le gouverneur de la Belgique, animé de jalousie, ne l'eût détourné de ce glorieux dessein en lui faisant craindre que l'intrusion de ses troupes dans une province qui n'était pas la sienne et l'apparence de rechercher la popularité des Gaules, n'alarmassent l'empereur. C'était peut-être à Trêves que s'arrêtait le trajet par voie de terre et qu'avait lieu le rembarquement.
L'inscription suivante va nous montrer un autre Trévère fixé à Lyon et y exerçant le négoce des vins.
Épitaphe d'un Trévère, négociant en vins et fabricant de poterie de terre.
Arcade XLV. — Grand fragment, incomplet de tous côtés; présentant la majeure partie du dé d'un cippe, autrefois sans doute pourvu d'une base et d'un couronnement ; découvert « dans les fondations de l'ancienne église de VAISE » (De Boissieu) ; « en 1846, à Vaise. dans les fouilles ordonnées par « le gouvernement » (Comarmond). Au-dessus de l'inscription se voit une ascia gravée au trait, et, au-dessus encore, un groupe
de trois petits pocula à bec et à anse, sculptés en relief. — Hauteur 1 m. 50, largeur o m. 80. Hauteur des lettres de la première ligne 0 m. 10, des lignes suivantes 0 m. 08.
Groupe de trois vases.
RANIO • V
civi TREVE RO Nego
tia /ORI -VINAr/o et
ar tlS CKETAriae
5 i»g- consista/;
...RAN-CON«îîw /rATERET Heredes . ..-IO • ATERms lih
p. c. ej SVB a se. ded
Le V à la fin de la première ligne suivi d'une haste verticale dont il ne reste qu'une petite amorce de l'extrémité supérieure.
De Boissieu, p. 400. — Comarmond, Description, p. 333, pi. 15; Notice, p. 122. — Monfalcon, Suppl. à Spon, Recherche, éd. 1857, p. 348; Musée lapidaire, p. 22. — Dissard, Catalogue, p. 116.
ranio V , civi Trevero, negotiatori vinario et artis
cretariae Ltiguduni consistenti ; rauius Concessus (?), f rater
et hères, Agatho (?) et Apterus, liberti, ponendum curaverunt et sub ascia dedicaverunt.
« A ranius V de la cité de Trêves, négociant
« marchand de vins et de poterie de terre, demeurant à Lyon, « ranius Concessus son frère et héritier, et Agatho et
« Apterus ses affranchis , ont élevé ce tombeau et l'ont dédié « sous l'ascia ».
Notre personnage pouvait s'appeler Granius ou Afranius ou Turraniiis ou autrement encore. De son surnom il ne reste que la première lettre, un V, qui est l'initiale d'un grand nombre de cognomina, parmi lesquels Verus, Victor, Vitalis, fournissent le plus d'exemples. De Boissieu en a fait l'initiale du nom de la tribu Voliinia, et l'erreur a été admise dans les annotations à la Table de Peutinger, où on lit (p. 18), avec renvoi à l'inscription de Lyon, que les Trévères appartenaient à la tribu Voltinia.
Il était de la cité de Trêves, mais non peut-être citoyen romain, puisque aucune indication de tribu n'accompagne ses noms.
Il était négociant marchand de vins en gros et il joignait à cet important négoce un autre commerce qu'il exerçait sans doute aussi en grand, celui de la poterie de terre. D'après le spécimen que présente la sculpture dont est décorée son épitaphe, ce commerce aurait été restreint à la spécialité du pot à vin : un pot ayant la forme d'une petite cruche pourvue d'une anse et d'un bec, et servant à contenir le vin qu'on mettait sur la table.
Les négociants artis cretariae ne formaient pas, à Lyon, une corporation.
Fragment peut-être relatif aux négociants en vins.
Arcade XL — Très grand fragment incomplet, de tous côtés, « trouvé en novembre 1809 dans la SAONE, devant la petite « porte de l'ancien couvent de SAINTE-CLAIRE » (Artaud); «au
« couvent de Sainte-Claire » (Comarmond), quartier d'AINAY. — Hauteur o m. 34. longueur 1 m. 20. Hauteur des lettres de la première ligne 0 m. 28, de la seconde 0 m. 20.
mer eu r io a 1 1 1 A N a e 0 porticum
negotiatores v / N A R I • C a n a b e n s e s d an t
Lettres de la plus belle forme ; un accent sur l'A de NARI.
Artaud, Notice 181 6, p. 25. — De Boissieu, p. 71. — Comarmond, Description, p. 109 ; Notice, p. 37.
Mercurio Attianaco porticum negotiatores vinârii Canabenses dont.
« A Mercure Attianacus les négociants en vins du quartier des « Canabae donnent ce portique construit de leurs deniers ».
Cette restitution n'est peut-être pas autant faite d'imagination que de prime abord elle peut sembler l'être ; il n'est presque aucune de ses parties qui ne puisse se justifier plus ou moins.
11 y a beaucoup de probabilité que le nom antique d'Ainay ait été Attianacum. Grégoire de Tours l'appelle, il est vrai, Athanacum ; mais ce mot n'étant ni grec à cause de sa terminaison en acum, ni latin ni celtique à cause de la lettre b qui s'y trouve, il y a lieu de présumer une forme altérée. Dans ce cas, la correction la plus simple et la plus naturelle est celle de /; par ti; Ainay aurait été primitivement le domaine d'un Attianus quelconque.
Que l'inscription ait décoré comme épigraphe le frontispice de quelque monument de grandes proportions, c'est la première pensée que font naître dans l'esprit l'extraordinaire grandeur des lettres et le considérable développement que devaient avoir les deux lignes qui la composaient. Nous présumons un portique,
parce que cela répond le mieux à ce développement et à la généralité des donations d'utilité publique par des particuliers.
Plus que tous autres, les négociants en vins étaient assez riches pour construire à leurs frais un portique, afin d'offrir aux habitants d'Ainay et aux nombreux étrangers de leur clientèle un abri en tout temps contre le soleil et la pluie; la somptuosité des habitations romaines du quartier, c'est-à-dire le leur, et le rang élevé où ils apparaissent dans les distributions témoignent de leur richesse, et il est certain qu'ils avaient là leurs entrepôts, comme le montrent les inscriptions qui les désignent consistentes in Kanàbis. C'est, en effet, dans le quartier occidental d'Ainay qu'étaient les Kanabae ; les inscriptions des piédestaux des statues de deux des patrons de la corporation, Minthatius et Apronius, retrouvées vers l'ancien couvent Saint-Michel, dans l'immédiat voisinage du couvent de Sainte-Claire, ne laissent pas de doute à cet égard.
Nous supposons le monument peut-être dédié à Mercure. Quel autre dieu les négociants en vins auraient-ils pu mieux choisir pour être le protecteur de leur donation, comme il l'était déjà de leur commerce? Lors de la substitution du christianisme au paganisme, c'est ordinairement l'archange Michel qui s'empare de l'héritage de Mercure. Ce serait encore le cas cette fois.
Artaud avait pensé « à un édifice public consacré à Diane « ou à une divinité impériale », et il restituait ce qui reste de la dernière ligne par exomari censuerunt ou pnlvinari Caesarum. De Boissieu se borne à dire que, « à en juger par la grandeur et « la beauté des lettres, ce magnifique reste d'un bloc énorme a « dû faire partie de quelque important édifice religieux ».
Il n'est pas non plus impossible que les lettres IAN aient appartenu à un nom d'empereur, et qu'il s'agisse d'un monument dédié TralANo ou HadrlANo : « à Trajan » ou « à Hadrien ».
Inscriptions perdues ou non entrées au Musée.
Negotiator vinarius ? — Hilarianius Cinnamus (inscr. autrefois à SAINT- IRÉNÉE ; voy. de Boissieu, p. 393), citoyen lyonnais, batelier du Rhône et peut-être négociant marchand de vins :
NEGOTIA[/o]RISQjHARI , copie très vraisemblablement
fautive et à corriger par negotiatorisq(tte) (vi)narii.
Inscriptions étrangères.
Negotiator vinarius. — Caius Sentius Regulianus (inscr. de Rome ; voy. de Boissieu, p. 207), negot(iator) vinarius Lugudun[i] in Canabis consisten[s] , curator et patronus eiusdem corporis. Il joignait à ce négoce celui du placement des huiles de la Bétique, et était batelier de la Saône et patron de la corporation.
Corporations des bateliers du Rhône et de la Saône.
Le Rhône, que Pline appelle le plus riche fleuve de la Gaule (Hist. uat., III, 4), était, d'après Strabon (p. 177), la grande voie commerciale par excellence entre la Méditerranée et les contrées du Nord : « navigable sur un très long parcours, il a « pour affluents principaux des rivières également navigables et
« pouvant porter les bateaux les plus pesamment chargés. Il reçoit « la Saône et son affluent le Doubs. De la Saône, le transport des « marchandises se fait par terre jusqu'à la Seine, dont le cours « les conduit à l'Océan chez les Lexobii et chez les Caletes, et « en un jour dans l'île de Bretagne » (p. 189). Un autre transport par terre avait lieu de la Saône à la Moselle ; nous venons de rappeler qu'il y eut même un projet d'unir les deux rivières par un canal (Tacite, Ann. XIII, 53). Plusieurs affluents du Rhône, outre la Saône, étaient navigables dans l'antiquité; la Durance était exploitée par une compagnie de bateliers, l'Ardèche et l'Ouvèze avaient aussi entre elles deux leur compagnie de bateliers. Le Rhône étant, à cause de la rapidité de son cours, d'une navigation difficile , certaines marchandises ne le remontaient pas jusqu'à Lyon, mais étaient voiturées par terre jusqu'à la Loire. On comptait pour la distance du trajet entre la Loire et le Rhône, d'après Strabon (p. 189), « huit cents stades » : environ cent cinquante kilomètres.
La navigation du Rhône et de la Saône était aux mains d'une compagnie qui tantôt forme une corporation unique : corpus ou splendidissimum corpus nautarum Rbodanicorum et Araricorum, nautae Rbodanici et Ararici, tantôt semble former deux corporations distinctes : celle des bateliers du Rhône, corpus nautarum Rbodanicorum, et celle des bateliers de la Saône, corpus nautarum Araricorum. Il y a aussi des bateliers du Rhône naviguant sur Rhône : nauta Rbodanicus Rbodano navigans et des bateliers du Rhône naviguant sur Saône : nauta Rbodanicus Arare navigans ; nauta Arare navigans. Les inscriptions ne fournissent pas d'exemple de bateliers de la Saône « naviguant sur Saône ou sur Rhône ».
Ces corporations rendent des décrets relativement à des érections de statues ou à des concessions d'emplacements de statues : locus datus decreto nautarum Rbodanicorum ; locus datas decreto nautarum Araricorum. Elles ont une hiérarchie de fonctions et de dignités : des curateurs, nauta Rbodanicus Rbodano navigans. curator eiusdem
corporis; naît ta Araricus, curaior eiusdem corporis ; nautarum
curator Us; des honora ti : muta Araricus honoratus ; des préfets : nanta Rhodaniens, praefecius eiusdem corporis; des patrons pris parmi les membres de la corporation ou en dehors. Plusieurs de ces patrons sont des personnages qui ont rempli des fonctions dans l'association des trois Gaules.
Elles sont en rapports plus ou moins étroits avec d'autres corporations, particulièrement avec celle des sévirs augustaux. Un batelier du Rhône naviguant sur Saône et en même temps negoiiator muriarius est sévir augustal et membre de la corporation des charpentiers, fabri tignarii, demeurant à Lyon ; un batelier du Rhône, préfet de la corporation, est sévir augustal ; un batelier de la Saône est sévir augustal, négociant marchand de blé et honoratus de la corporation des centonaires ; un batelier de la Saône est patron des négociants marchands de vins et reçoit d'eux l'honneur d'une statue, à l'occasion de la dédicace de laquelle il donne à chacun d'eux cinq deniers. Dans d'autres distributions les bateliers du Rhône et ceux de la Saône reçoivent trois deniers.
Les bateliers du Rhône et ceux de la Saône sont tous des hommes de condition libre, souvent des étrangers ; on trouve parmi eux un Trévère, un Vangion, un Viennois, tous bateliers de la Saône.
Ils jouissaient à Nîmes de l'honorable privilège d'avoir quarante places réservées dans l'amphithéâtre.
Ils avaient leurs ports à la rive droite de la rivière, ceux de la Saône entre les ponts du Change et de Saint-Vincent, ceux du Rhône vers l'église Saint-Georges (voy. ci-dessus II, pp. 216, 307 et 318).
Base d'un monument élevé en l'honneur des bateliers du Rhône.
Don Laya.
Arcade XXXV. — Base oblongue pourvue d'une inscription sur chacune de ses quatre faces et paraissant avoir formé le dé d'un piédestal ; « retirée récemment des fondations de la Commanderie « de SAINT-GEORGES » (Artaud); « en 181 5 » (De Boissieu). Les quatre inscriptions sont renfermées chacune dans un encadrement de moulures. — Hauteur o m. 90, largeur 1 m. 80, épaisseur o m. 68; hauteur de la partie encadrée o m. 65, largeur 1 m. 45.
L * D C IVLIVS • SAbInIANVS dédicÂtione
NAVTARHOD DONIHVIVS
DEC INHONÔREM omn.bvs
NAVIGANTIBVS -X III
^ ^ ^ NAVTARVMRHODANICOR DEDIT