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LES LEMOYICES JUSQU'A LA DIVISION TERRITORIALE D' AUGUSTE

Comme on a pu le voir par les limites mêmes qui sont données plus haut, les Lemovices faisaient partie de la Gaule celtique. Leur nom est quatre fois rapporté, d'abord par

(1) De bello gall., III, 1. Il n'est évidemment pas possible d'établir un parallèle entre les divisions administratives que César a décrites et celles qui sont en usage de nos jours. On peut admettre tout au plus, pour fixer les idées, que le vicus répondait à la commune, le pagns au chef-lieu d'arrondissement et la cité au département, et, dans quelques cas, à la province.

César dans le récit de sa septième campagne (53 av. J.-C), ensuite par Hirtius Pansa, dans le huitième livre de la Guerre des Gaules.

Parmi les différents peuples dont les représentants furent convoqués par Vercingétorix, César cite nominativement les Lemovices, qui apparaissent ainsi pour la première fois dans l'histoire (1).

« Celeriter, dit-il en parlant du jeune général arverne, sibi Senones, Parisios, Pictones, Cadurcos, Turonos, Aulercos, Lemovices, Andos, reliquosque omnes qui Oceanum attingunt, adjungit » (2).

On sait que, d'un commun accord, le commandement suprême fut adjugé à Vercingétorix, et je n'ai pas à rappeler avec quelle opiniâtreté la lutte pour l'indépendance recommença.

Du passage qui précède, et de ce que Vercingétorix était Arverne, on a voulu en inférer que les Lemovices étaient clients de leurs puissants voisins du côté de l'Est (3). Cette thèse n'est pas soutenable (4).

Dans le conseil tenu à Bibracte, lorsque les principaux chefs gaulois fixèrent le contingent de soldats que chaque peuple devait envoyer au secours d'Alise assiégée, les Lemovices furent taxés à dix mille hommes.

« Imperant (Galli) jEduis, atque eorum clientibus..., millia XXV (qui arma ferre possent)... Sequanis, Senonibus, Biturigibus, Santonis, Rutenis, Garnutibus duodena millia; Bellovacis X, totidem Lemovicibus ; octona Pictonibus et Turonis et Parisiis... (5).

(1) Sur l'étymologie du nom des Lemovices, Cf. Maximin Deloche, Études sur la géographie historique de la Gaule, p. 34, note 4. Plusieurs étymologies ont été proposées, mais aucune n'est satisfaisante.

(2) Debellogall., VII, 4.

(3) Marvaud, Histoire du bas Limousin, t. I, p. 15.

(4) Cf. Maximin Deloche, Éludes sur la géogr. hist. de la Gaule, p. 43.

(5) De bello gall., VII, 55.

On sait ce qu'il advint et comment se termina cette guerre. A la tête de soixante mille soldats, Parverne Vergasiveliaunus (1) tenta de forcer les lignes de la contrevallation romaine ; ses efforts désespérés se brisèrent contre l'opiniâtreté des soldats de César et le compatriote de Yercingétorix ne quitta le champ de bataille que pour tomber au pouvoir des Romains. Le chef du contingent lémovique, Sédulius (2), fut du moins plus heureux que lui. Un soldat de la cavalerie de Labienus le frappa d'un coup de lance et lui donna la suprême gloire de périr au milieu du combat (3).

« Fit magna csedes, dit César, Sedulius, dux et princeps Lemovicum, occiditur. Vergasivellaunus Arvernus, vivus, in fuga comprehenditur. Pauci ex tanto numéro se incolumes in castra recipiunt » (4).

Après la reddition de Vercingétorix et la terrible répression de la révolte de Luctérius, lorsque César eut reçu les otages de l'Aquitaine, où il n'était jamais allé personnellement (5), des ordres furent donnés pour faire prendre à l'armée ses quartiers d'hiver. Quatre légions furent établies

(1) Ou mieux peut-être Vergasillaunus.

(2) Ou mieux peut-être Sedullus.

(3) On connaît au moins trois exemplaires d'une monnaie au nom d'un chef gaulois Sedullus, qui pourrait avoir été celui dont il est question dans les Commentaires de César. En voici la description que j'emprunte au Catalogue des monnaies gauloises de la bibliothèque nationale , publié par M. Muret. (Paris in-4°, p. 103) :

4578. — CONNO EPILLOS. Tête nue ornée d'un bandeau et d'un collier, à droite.

li SEDVLLVS. Cavalier galopant à droite, portant devant lui un sanglier; un autre sanglier au-dessus de sa tête ; deux autres derrière les épaules ; entre les jambes du cheval, personnage renversé. Br.,2 gr. 86. (De Saulcy).

4579. — Id. De moins bonne conservation. La légende SEDVLLVS effacée. (Exemplaire trouvé à Poitiers.) Ar., 3 gr. 27. (De Saulcy).

4580. — CONNO EPILLOS. Tête nue, à droite, ornée d'un bandeau.

H. Cavalier à droite, embouchant le carnyx; deux sangliers derrière; entre les jambes du cheval, ennemi renversé. (Exemplaire trouvé à Montpaon, près d'Arles.) Br. 2 gr. 20. (Lagoy).

(4) De bello galL, VII, 88.

(5) Id., VIII, 46.

en Belgique, deux chez les Éduéens, deux chez les Turons, <l à la frontière des Garnutes pour contenir toutes les contrées qui touchent l'Océan », et finalement deux chez les Lemovices, « non loin des Arvernes », afin, disent les Commentaires, qu'il n'y eût aucune partie de la Gaule qui ne fût gardée : « ne qua pars Galliae vacua ab exercitu esset » (1).

On sait, par Hirtius Pansa, que les légions qui furent établies en Belgique étaient sous les ordres de M. Antoine, G. Trebonius et P. Vatinius, mais les Commentaires ne disent rien du commandement des autres légions.

On a beaucoup discuté sur l'emplacement probable qui fut assigné aux deux légions cantonnées en pays lemovique. Toulx-Sainte-Croix, Ahun, Felletin, et d'autres localités encore ont eu leurs partisans plus ou moins convaincus. M. de Cessac a préconisé les bords de la Cère et fait remarquer, avec assez de justesse, que les deux légions devaient se trouver presque à cheval sur les territoires des Arvernes, des Cadurques et des Lemovices (2) ; M. Maximin Deloche a brillamment soutenu l'opinion qu'elles étaient à Tintignac, en bas Limousin (3), mais la question ne paraît pas encore résolue. On ne sait pas davantage non plus à quel moment précis les cantonnements de ces deux légions furent abandonnés. Il est hors de doute cependant que leur durée fut très éphémère, puisque César, en se rendant en Italie, ne laissa en Gaule que huit légions qui furent établies en nombre égal chez les Éduéens et dans la Belgique où elles ne restèrent d'ailleurs que fort peu de temps (4).

(1) De bello galL, VIII, 46.

(2) De Cessac, Notes complémentaires sur Uxellodunum.

(3) Études sur la géogr. hist. delà Gaule, pp. 488 et suiv.

(4) De bello galL, VIII, 55. Deux légions envoyées contre les Parthes se joignirent plus tard à l'armée de Pompés.

On peut se demander si l'évacuation de la Gaule se produisit complètement lorsque César eut à combattre les légions de Pompée. Les grandes insurrections n'étaient plus de longtemps à craindre chez les Gaulois, mais leur soumission était au fond plus apparente que réelle, et il est à présumer que si les légions de César passèrent en Italie, ce ne fut pas toutefois sans laisser derrière elles des vexillationes dont le nombre dut diminuer de plus en plus jusqu'au jour où la Gaule n'étant plus gardée que par les légions du Rhin, le roi Agrippa put dire avec quelque raison que ce pays comprenait plus de villes que de soldats.

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