‹ Inscriptions de la cite des LemovicesChapitre 116 sur 129 · LES LEMOVICES, D' AUGUSTE A DIOCLÉTIEN · texte numérisé non relu

LES LEMOVICES, D' AUGUSTE A DIOCLÉTIEN

La conquête de la Gaule appartient sans conteste à Jules César, mais la pacification et l'organisation administrative du pays resteront comme l'œuvre personnelle d'Auguste. Maître de Rome et parvenu à l'apogée de la puissance et de la gloire, César voulut aspirer à d'autres destinées. Le poignard de Brutus ne lui laissa pas le temps de fonder une dynastie. Non moins ambitieux que son père adoptif, mais rendu plus prudent que lui par l'avertissement terrible que les sénateurs avaient donné à quiconque serait tenté de l'imiter, Auguste ne changea pas la forme républicaine du pouvoir, mais fut assez habile pour se faire accorder toutes les prérogatives des rois.

Après la guerre civile, le monde romain fut partagé entre l'empereur et le Sénat (année 727 — 27 avant l'ère chrétienne). L'armée et les provinces frontières ou non complètement soumises échurent à Auguste et furent administrées, suivant leur importance, par des sénateurs, anciens consuls

ou anciens préteurs, qui reçurent le titre de legatus Augusti propraetore suivi du nom de la province. L'administration financière ne releva cependant jamais que de l'empereur.

A l'exception de la partie de son territoire qui était située sur le versant oriental des Alpes, la Gaule fut naturellement comprise parmi les provinces impériales. Aussitôt après le partage, Auguste se rendit à Lyon ; il y fit le recensement de la population, les pays conquis par César furent alors cadastrés pour la première fois et la répartition de l'impôt put être régulièrement déterminée. En l'an 732 (22 avant J.-C), Auguste abandonna au Sénat l'administration du pays de Massalia (Marseille) et de la partie du territoire romain qui s'étendait depuis la Méditerranée jusqu'aux Cévennes. Il ne conserva que les trois provinces que César avait trouvées distinctes à son arrivée et que déterminaient les rivalités nationales des Celtes (1). En quittant Lyon, Auguste avait laissé les Gaulois profondément divisés par la guerre civile. Agrippa pacifia le pays et compléta l'œuvre de son beau-père en créant quatre grandes routes qui de Lyon permettaient d'atteindre facilement les différents points de la Gaule. La paix rétablie, il crut pouvoir se rendre non pas en Bretagne, où il comptait aller primitivement, mais en Espagne où l'appelait un soulèvement de Cantabres. Malheureusement, après son départ, les luttes intestines recommencèrent et les Germains, profitant du désarroi général, compromirent la sécurité des frontières par de continuelles incursions en pays gaulois. En l'an 738, les Sicambres prirent même l'aigle d'une légion, et ce fut à la suite de tous ces désordres qu'Auguste revint en Gaule. Dans l'intervalle, et probablement en 727, tout le territoire

(1) Cf. Mouiinsen, Hist. rom., traduct. Gagnai et Toutain, t. IX, pp. 105 et 106.

celtique qui se trouvait au sud de la Loire avait été rattaché à l'Aquitaine ; la Belgique s'était accrue des peuples qui se trouvaient sur la rive gauche du Rhin, depuis le lac Léman jusqu'à la Moselle. La Gaule celtique avait perdu son nom pour prendre celui de Lyonnaise. Les Lemovices avec les Cadurques, les Santons, les Petrucoriens et les Pictaves avaient cessé de compter au nombre de ses peuples. Chaque province nouvelle eut son légat particulier.

Les deux nouvelles années qu'Auguste passa en Gaule furent entièrement consacrées à l'organisation des trois provinces et à la suppression d'un certain nombre de cités en tant que peuplades distinctes (1).

Après le départ d'Auguste, et en sa qualité de gouverneur militaire de l'armée du Rhin, Drususfut appelé à consolider cette récente organisation. La tâche était d'autant plus difficile, que les seigneurs gaulois ne supportaient pas encore le joug romain avec toute l'indifférence qu'ils eurent plus tard pour lui. Des rebellions paraissaient même imminentes ; si elles se fussent produites, Drusus les eût très certainement étouffées dans le sang, mais une politique habile les sut deviner et les déjoua. Prétextant la dédicace solennelle d'un autel consacré à la déesse Rome et au Génie de l'empereur, Drusus convoqua à Lyon, pour le 1er août de l'année 742 (12 ans avant J.-C.), les chefs des soixante cités de la Gaule. Ne pouvant s'abstenir sans déplaire à l'empereur, tous les seigneurs gaulois vinrent au rendez-vous, et ce fut cette députation qui devint le point de départ d'une constitution nationale assez conciliable avec la souveraineté romaine pour satisfaire à toutes les exigences des vainqueurs et des vaincus.

(1) Dion Cassius, LIV, 25.

Fondée en 711 (43 ans avant J.-C), la ville de Lyon, qui devint la métropole des Gaules, fut à l'origine et resta toujours une colonie de citoyens romains. Mais aucune situation particulière ne fut faite sous Auguste et Tibère aux autres parties de la Gaule; elles demeurèrent celtiques et leurs habitants furent exclus des magistratures et du Sénat. Ce ne fut que sous le règne de Claude, que les citoyens des trois Gaules reçurent progressivement le plein droit de cité et purent parcourir la carrière des honneurs.

Parmi les auteurs des premiers siècles, il en est peu qui nous aient laissé des détails sur les Lemovices. Ptolémée, qui vivait au if siècle, dit qu'ils habitaient au milieu des terres,, au-dessous des Pictons, et qu'ils avaient pour ville Augustoritum ;

« Ev os ty) [xscoYa'.a, xoîq [j.su IlYjy,T0C7iv uxôv^viïcn'. Àt^cvact , y.ai ttoXiç AufOuatbptTov » (1).

C'est le seul auteur qui ait désigné ce peuple par le nom de At{Aov(xot, Limovici. César, Strabon (2), Pline l'Ancien IV, 109), et \&Notitia Gallianim donnent les formes Lemovices, Lemovicum ou Ae[/.ovfos!; qui témoignent d'un adjectif singulier : Lemovix, d'ailleurs connu par une inscription de Bordeaux (3).

Dans la liste de Pline, les Lemovices ne sont comptés ni parmi les cités alliées ni parmi les cités libres de la Gaule. Mais outre que cette liste est incomplète, puisque Pline ne parle pas des Lexovii, des Turones, des Petracorii, des Sequani, des Viducasses et des Véliocasses, que des inscriptions ou des monnaies qualifient de peuples libres, il ne

(1) Ptoléméô, I, ii.

(2) Géogr., IV, f° 32, del'édit de 1512.

(3) C. Juilian, Inscript. rom. de Bordeaux, t. 1, p. 43. Cf. plus haut, p. 213.-

faut pas perdre de vue que Pline écrivait sous Vespasien, et qu'à cette époque il est à présumer que plusieurs cités gauloises, soit par sédition, soit pour toute autre cause, avaient été privées du titre de libéra qu'elles avaient reçu de César (1). En ce qui concerne les Lemovices, il n'est pas impossible, par exemple, que leur cité ait cessé d'être libre à l'avènement de Vespasien. L'Aquitaine, pense-t-on, prit parti pour Vitellius ; s'il en fût bien ainsi, la déchéance des Petrucorii et des Lemovices pourrait s'expliquer très facilement. On sait d'ailleurs que dans l'Aquitaine les seuls peuples que Pline a qualifiés de peuples libres sont les Arvernes, les Bituriges Vivisques et les Santons.

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